MEGAplace, babillards, noms de domaine, sites Web, formulaires, conceptions graphiques, photos, illustrations
  La Vigne AA, revue internationale bimestrielle des Alcooliques anonymes  
Javascript DHTML Drop Down Menu Powered by dhtml-menu-builder.com

Pour imprimer cette page

Témoignages...

Quatre décennies de témoignages!

À lire dans la section partages du site Internet de La Vigne, des témoignages et articles choisis dans des éditions parues au cours des 40 dernières années. Notre guide pour cette sélection : le mois de parution doit être le même que La Vigne en cours; l’année d’édition doit être de dix ans, vingt ans, trente ans et quarante ans en arrière; cinq ou six textes doivent être choisis dans chaque numéro sous les thèmes Étapes, Traditions, Concepts, Service, Groupe d'attache, le nouveau, la maladie; aucune manipulation du texte sinon à sa mise en page en format Word qui permet l’impression pour accomoder les groupes de discussion qui souhaiteraient s’en servir.

Qu'est-ce que l'acceptation?
Ce sentiment d'inquiétude
Signification et nécessité de l'anonymat dans A.A.
La tension
La main d'A.A.
Le dilemme du débutant
Il m'a fallu accepter la prison
Alco-actualité
Les drogues, que faire à leur sujet?
Une dette de reconnaissance envers AA
In memoriam
Un trou dans le cœur
Mettre en pratique ces principes
La grâce de Dieu
La quantité importe peu
L'aide «sans aide»
En attendant un stupide autobus sous un soleil de plomb
L'importance du parrain
Quatrième étape, quatrième vérité
S'impliquer …
Je lui serai à tout jamais reconnaissante
Cinq causes de succès
Vingt façons d'avoir une rechute
La panthère rose

Archives : 00 - 01 - 02 - 03 - 04 - 05

Vers le haut


Vers le haut

Volume 6, No 1 / Juin 1970 – Juillet 1970 / Pages 1-5 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

QUEST-CE QUE LACCEPTATION?

Par Bill W.

Une façon de pénétrer la signification du principe de l'acceptation, c'est de le méditer dans le contexte de la prière souventes fois répétée chez les A.A. "Mon 'Dieu, donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux changer, ·le courage de changer les choses que je peux changer et la sagesse d'en connaître la différence."

Ceci revient, en définitive, à faire appel aux ressources de la grâce qui nous permettra de progresser spirituellement en toutes circonstances. Dans cette merveilleuse prière, le besoin de la sorte de sagesse qui sait distinguer entre le possible et l'impossible est bien exprimé. Nous verrons aussi que le formidable étalage de douleurs et de problèmes que comporte la vie nécessitera plusieurs degrés différents d'acceptation à mesure que nous tenterons de mettre en pratique ce principe précieux.

Parfois, il nous faut trouver, pour chaque jour, l'acceptation appropriée. En certains cas, il nous faut formuler une acceptation de ce qui arrivera demain et encore nous faudra-t-il parfois accepter une condition qui ne changera jamais. Souvent aussi faut-il pouvoir accepter avec droiture et réalisme des failles graves qui sont nôtres et de sérieux défauts chez ceux qui nous entourent - des imperfections qui ne pourront être corrigées avant des années et, peut-être jamais.

Nous aurons tous à faire face à des insuccès, quelques-uns irrémédiables, d"autres pas. Nous rencontrerons souvent la défaite, quelquefois par accident d'autres fois infligée par soi-même et d'autres fois encore infligée par l'injustice et la violence des autres. La plupart d'entre nous atteindront un certain succès matériel et cela posera un problème réellement difficile que de trouver une acceptation correcte. Il y aura aussi la maladie et la mort. Comment, en effet, pourrons-nous accepter tout cela?

Il vaut toujours la peine de considérer comment on peut injustement abuser de ce bon mot "acceptation". Son sens peut être faussé pour justifier toutes sortes de faiblesses, d'absurdités et de folies. Nous pouvons, par exemple, "accepter" l'insuccès comme une condition chronique, perpétuellement sans remède et sans profit. Nous pouvons "accepter" le succès matériel avec orgueil, comme quelque chose qui n'est dû qu'à nous. Nous pouvons aussi "accepter" la maladie et la mort comme l'évidence incontestable d'un univers sans Dieu, hostile. Nous avons eu, nous les A.A., une vaste expérience de cette acceptation défigurée. Nous tentons constamment de nous rappeler que ces corruptions de l'acceptation ne sont que des machines à faire des excuses; un jeu à tout perdre où nous sommes (ou, à tout le moins, avons-nous été) les champions du monde.

C'est pour cela que nous chérissons tellement notre prière de la Sérénité. Elle nous apporte une lumière nouvelle qui peut faire disparaître notre vieille habitude presque fatale de nous fourvoyer nous-mêmes. Par le rayonnement de cette prière nous voyons que la défaite, bien acceptée, n'est pas nécessairement un désastre. Nous savons maintenant que; nous n'avons pas à nous évader de l'adversité ni à tenter à nouveau de la vaincre par une action à l'emporte-pièce qui ne fait qu'accumuler devant nous les obstacles plus vite que nous ne pouvons les déblayer.

En adhérant aux A.A. nous sommes devenus bénéficiaires d'une expérience très différente. Notre nouvelle façon de rester sobres est littéralement basée sur la proposition formulée que "'De nous-mêmes, nous ne sommes rien, c'est notre Père qui fait tout." Dans la première et la deuxième étape de notre programme de relèvement, ces notions sont particulièrement définies: "Nous avons admis que nous étions impuissants devant l'alcool - que nous avions perdu la maîtrise de nos vies" - "Nous en sommes venus à croire qu'une Puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison." Nous ne pouvions vaincre l'alcool avec les ressources qui nous restaient; ainsi avons-nous accepté ce fait que la dépendance par rapport à une Puissance supérieure (ne serait-ce· ce que nos groupe A.A.). pouvait accomplir cette tâche jusqu’ïci impossible. A compter du moment où nous avons pu accepter parfaitement ces faits, la contrainte qu'exerçait sur nous l'alcool se relâcha. Pour la plupart d'entre nous, cette double acceptation avait demandé beaucoup d'effort. La chère philosophie de notre puissance personnelle dut être entièrement rejetée. Cela ne s'était pas produit par notre bonne vieille volonté; ce fut plutôt le résultat de notre désir d'accepter ces nouvelles réalités de la vie. Nous n'avons pas combattu et nous ne nous sommes pas enfuis. Nous avons bel et bien accepté. Et alors nous sommes devenus libres. Aucun désastre irréparable ne s'était produit.

Ce mode d’acceptation et de foi peut produire la sobriété à 100%. De fait, c'est ce qui arrive habituellement et cela se doit d'arriver ainsi car autrement nous n'aurions plus de vie à vivre. Mais à partir du moment où nous transposons ces attitudes dans nos problèmes émotifs, nous nous rendons compte que seuls des résultats relatifs sont possibles. Nul ne peut, par exemple, devenir entièrement dépourvu de crainte, de colère et d'orgueil. Partant, nous n'atteindrons jamais, durant cette vie, l'amour et l'humilité parfaits. Nous devrons aussi nous contenter, en ce qui a trait à la plupart de nos problèmes, de progrès minimes, souvent ponctués de sérieux reculs. Nous devrons abandonner nos anciennes attitudes de "tout ou rien".

Ainsi, notre tout premier problème consiste à accepter notre état actuel tel qu'il est, nous-mêmes tels que nous sommes, et ceux qui nous entourent, tels qu'ils sont. C'est adopter une humilité réaliste sans laquelle aucun progrès ne peut s'effectuer. Encore et de nouveau devrons-nous revenir à ce point de départ peu flatteur. Voilà un exercice d'acceptation dont la pratique peut nous être profitable tous les jours de notre vie. A condition que nous évitions avec vigueur de tourner ces constatations réalistes de la vie en excuses irréalistes pour l'apathie ou le défaitisme, elles peuvent devenir l'assise solide sur laquelle pourra s'ériger notre santé émotive et, dès lors, notre progrès spirituel. Du moins, dans ma propre expérience, cela semble ainsi.

Un autre exercice que je pratique consiste à essayer de formuler un inventaire complet des bienfaits qui sont miens puis à tendre à une acceptation sereine des nombreux dons dont je suis doué, tant temporels que spirituels. J'essaie d'atteindre par ceci un état de reconnaissance joyeuse. Lorsqu'un tel sentiment de gratitude se réitère et qu'il est réfléchi, il peut remplacer la tendance naturelle qui me porte à me féliciter moi-même des quelques progrès accomplis dans certaines sphères de la vie. J'essaie de m'agripper au dicton qui dit qu'un coeur plein et reconnaissant ne peut contenir de grandes vanités. Nos battements de coeur doivent sûrement émettre des vibrations d'amour quand ils regorgent de reconnaissance: c'est l'émotion la plus pure que nous puissions ressentir.

Dans les grandes difficultés, l'acceptation reconnaissante des bienfaits possédés, souvent renouvelés, peut aussi m'apporter cette sérénité dont parle notre prière des A.A. Lorsque je me sens écrasé par des problèmes graves, j'allonge mes promenades quotidiennes et je répète lentement la prière de la sérénité au rythme de ma respiration. Si j'ai l'impression que d'autres sont partiellement responsables de ma douleur, j'essaie de répéter: "Seigneur, accordez-moi la sérénité d'aimer ce qu'il y a de meilleur en eux et de ne jamais craindre ce qu'ils ont de pire."

Ce procédé de progrès par la répétition – qu'il faut parfois persister à employer pendant plusieurs jours – a rarement failli à sa tâche de me redonner un équilibre émotif et une perspective viables.

Une autre étape salutaire consiste à affirmer la compréhension que peut apporter la douleur. De fait, la douleur est un de nos plus grands maîtres. Quoiqu'il me soit encore difficile d'accepter la douleur et l'angoisse de tous les jours avec beaucoup de sérénité - à l'instar de ceux qui sont plus avancés spirituellement - je puis tout de même, à condition de m'y appliquer avec force, remercier pour la douleur du moment. Je consens à m'y forcer par la contemplation des leçons apprises des souffrances passées - des leçons qui m'ont conduit aux bienfaits que j'éprouve aujourd'hui. Si je m'y efforce, je puis me souvenir dans quelle mesure les agonies de l'alcoolisme, les douleurs de la révolte et de l'orgueil contrarié m'ont souvent conduit à la grâce divine et, par là, à une liberté nouvelle. Ainsi, alors que je marche, je répète des phrases dans le genre de celles-ci: "La douleur est la pierre de touche du progrès" ... "Ne crains aucun mal" … " "Cela aussi passera" … "Cette expérience peut avoir du bon".

Ces bribes de prières apportent beaucoup plus qu'un simple réconfort. Elles me gardent sur la voie de la véritable acceptation; elles contrecarrent mes thèmes de culpabilité, de dépression, de révolte et d'orgueil; et parfois elles m'apportent le courage de changer les choses que je peux changer et la sagesse de reconnaître la véritable différence qui existe entre ma vie d'autrefois et celle d'aujourd’hui.

A ceux qui n'ont jamais donné à ces exercices l'occasion de produire leurs effets, je les recommande fortement dans les moments difficiles. Et pourquoi pas en tout temps?

.........................................................................................................................................................................................................

L'homme qui a réussi sa vie est celui qui a bien vécu, qui a ri souvent et beaucoup aimé; c'est celui qui a recherché ce qu'il y a de mieux dans les autres et leur a donné ce qu'il avait de mieux.

Robert Louis Stevenson


Vers le haut

Volume 6, No 1 / Juin 1970 – Juillet 1970 / Pages 6-7 (PDF pour impression)

CE SENTIMENT D’INQUIÉTUDE

CE SENTIMENT D’INQUIÉTUDE

Pourquoi, après tant d'années de sobriété, ce charme d'une sérénité, tranquille et heureuse, semble-t-il disparaître et faire place à une sérénité raisonnée? Pourquoi après s'être donné en toute confiance à AA, à ses principes et à ses services, vient-il tout à coup ce désir de recevoir d'AA le moins possible, car ses principes ne sont que réguliers et ordinaires, et ses services naturels et humains?

L'assistance aux assemblées déplaît, fatigue; les membres sont trop fiers, trop indiscrets ... ils choquent à la fois pas leur sobriété ou par leurs doutes. Les conférenciers sont moins intéressants ... les mêmes histoires cent fois répétées ... les mêmes résultats: contents d'avoir rejoint AA ... faire comme eux ... et vivez bien.

Plus de problèmes ... excepté celui d'un dégoût presque voulu: s'éloigner du mouvement, tout en restant sobre.

La voilà cette période si difficile à traverser ... la paix qui semblait avoir été trouvée, grâce à AA, se trouble, s'inquiète, doute; un seul remède: être seul.

Mais pourquoi Dieu, tout ce tourment? Qu'est-ce qui l'amène? Il faudrait reprendre son inventaire personnel. L'a-t-on déjà fait même? Reste-t-il quelque chose du passé qui veut remonter à la surface? Non, ce n'est pas l'envie de boire. Ce seraient les amis moins nombreux, les membres eux, ne sont plus des amis puisqu'ils sont comme moi. Ce seraient ces occasions de vivre socialement, de voyager, d'apprendre la nature, de rêver des horizons ou des étoiles, de découvrir mon esprit curieux, de m'attacher, oui, de m'attacher mais à qui? à quoi? puisque je ne veux plus.

Quelle solitude m'apportera la tranquillité ... je doute ... ou est-ce parce que je doute. J'ai vaincu des troubles; depuis si longtemps maintenant, je contrôle ma vie, oui, et assez bien. J'en ai même donné une part à Dieu. Oh! mais pas toute entière, du moins la très grande part puisque j'ai confiance en LUI, puisque je sais que demain ... ce demain viendra-t-il? Et là encore, raison de plus, pourquoi donc fréquenter les groupes, me prêter à des confidences qui me déplaisent, ne pas croire à ces "belles" réhabilitations ... tromperies!

Mais que fais-je? C'est me mettre à part et juger les autres. Allons-y pourquoi pas ... ils sont tous déséquilibrés maintenant autant qu'avant, ou plus qu'avant ... ils voient clair aujourd'hui, ils sont sobres ... Celui-là qui est fier, je l'étais moi aussi il y a quelque temps. Cet autre qui lutte encore, il réussira, j'ai réussi. Ce parrain qui conseille, seront-ils suivis ses conseils? Moi, je n'ai pas voulu de parrainage, je n'ai pas tout dit, j'ai mes restrictions et tant mieux. Cet autre parrain qui écoute, il laissera trouver la solution, moi aussi, j'en ai trouvé une, mais aujourd'hui, il faut trouver cette autre solution à mon sentiment d'inquiétude.

Je ne jugerai plus ... s'ils ont été et me paraissent encore mêlés, déséquilibrés, fous, moi aussi, je l’ai été, Le suis-je encore? mais j'ai réussi tout de même ma sobriété et il me faut dès aujourd'hui reprendre confiance en moi, dans les amis des groupes, dans AA et dans ses vues sur moi.

Pourquoi suis-je ici? Pourquoi ai-je souffert? Pourquoi AA s'est-il trouvé tout à coup sur mon chemin? Pourquoi ne pas obéir à la destinée qu'IL m'a tracée. SES raisons, à LUI, ont voulu ce doute de ma part ... je n'ai plus ce droit d'être seul, l'inaction est néfaste, je veux être là, être prêt, ce peu de moi-même pourrait être ce qu'IL a voulu de moi pour aider mon prochain, celui qui a besoin de revivre. Comment pourrais-je me haïr moi-même, si je décide d'aimer mon prochain?

Est-ce là le secret, un des moyens AA?

JANVIER

Vers le haut

Volume 6, No 1 / Juin 1970 – Juillet 1970 / Pages 13-14 (PDF pour impression)

SIGNIFICATION ET NÉCESSITÉ DE L’ANONYMAT DANS A.A.

SIGNIFICATION ET NÉCESSITÉ DE L’ANONYMAT DANS A.A.

"L'anonymat fut l'enfant de nos premières craintes. Les structures de notre Société fu­rent forgées aux durs coups de l'expérience."   Bill W.

Pendant quelques moments j'aimerais partager quelques réflexions qui me viennent à la tête au sujet de l'anonymat, la base spirituelle de nos Traditions. Nous devons une fière chandelle à Bill W., notre co-fondateur, qui nous a laissé par écrit sa conception de l'anonymat dans A.A. à la suite d'expériences vécues.

Bill remarqua que si notre société actuelle connaît tant d'échecs, cela est dû en partie à la lutte pour le pouvoir, au prestige et à la richesse. Par conséquent, si A.A. ne veut pas connaître les mêmes échecs, il faudra que ses membres et le Groupe au lieu de rechercher le prestige cherchent l'oubli de soi, au lieu de la soif du pouvoir, l'esprit d'ouverture, au lieu du désir de la richesse, l'esprit de pauvreté. En un mot, A.A. acceptera le sacrifice symbolisé par l'anonymat.

Le sacrifice, voilà ce qui est nécessaire pour acquérir la sobriété. Bill, par le mot sacrifice, n'entend pas du tout le sens de privation, mais l'esprit d'abandon et d’acceptation. Notre sobriété est née de l'abandon de notre façon de penser, de nous justifier, de juger les autres lorsque nous étions alcooliques actifs. Notre sobriété est née aussi de l'acceptation de nos responsabilités personnelles et de notre collaboration que nous avons donnée à ceux qui souffrent.

De cette première constatation, nous en sommes venus à croire que si le sacrifice devait entrer dans nos vies personnelles pour acquérir la sobriété, il devait en être ainsi dans notre vie A.A. En effet, si A.A. peut exiger des sacrifices de notre part cela est dû à son besoin d'unité. Nous pouvons dire que l'unité est au mouvement A.A ce que la sobriété est aux alcooliques.

L'unité du Groupe A.A. est le motif essentiel qui doit nous amener à garder notre anonymat. L'anonymat maintient notre unité; notre unité nous permet de travailler au relèvement de ceux qui souffrent encore. L'anonymat nous aide comme groupe et comme individu à garder notre oubli de soi, notre esprit d'ouverture aux autres et notre esprit de pauvreté. Bill a donné d'autres motifs qui justifient notre anonymat: ceci encourage les alcooliques à venir demander de l'aide; c'est une protection pour notre propre cause; la société regarde avec sympathie un groupe qui travaille avec joie, tranquillité et modestie.

Maintenant qu'est-ce que l'anonymat? Essentiellement, l'anonymat est un renoncement à la renommée personnelle en public; en pratique ça signifie que nous devons placer les principes au-dessus des personnalités. Pour plus de précision, citons textuellement la pensée de Bill W. sur ce sujet: "Que tous les groupes ou individus, .lorsqu'ils écrivent ou parlent à l'intention du public comme membres des A.A. se sentent tenus de ne jamais dévoiler leur véritable nom. C'est au sujet de cette publicité que nous reconnaissons devoir nous arrêter dans le domaine de l'anonymat."

Pour terminer, je voudrais vous laisser l'exemple du Dr Bob, l'autre fondateur qui a compris et mis en pratique la tradition de l'anonymat; l'exemple nous est rapporté par Bill W.: "L'été dernier, j'ai visité le cimetière d'Akron où Bob et Ann sont enterrés. Sur leur simple pierre tombale, il n'est fait aucune mention des Alcooliques Anonymes. Ceci m'a tellement rendu heureux que j'en ai pleuré... Je crois que cet ultime exemple d'effacement personnel sera d'une plus grande valeur pour les A.A. que toute gloire spectaculaire ou le plus beau mausolée."

A tous, un heureux 24 heures.

Lionel ("Le Bois Franc")


Vers le haut

Volume 6, No 1 / Juin 1970 – Juillet 1970 / Page 15 (PDF pour impression)

QUELQUES SUGGESTIONS … LA TENSION

QUELQUES SUGGESTIONS … LA TENSION

Êtes-vous sous pression constante à cause de "trop à faire et trop peu de temps pour le faire"?

Stress et tension semblent faire partie de la vie moderne, avec trop à faire, pas de temps pour relaxer et tout le monde à la course. Voici quelques règles simples données par des médecins pour aider à soulager vos tensions ou,  du moins, pour vous aider à vivre avec elles.

Faites une chose à la fois. C'est la façon de vous libérer d'une charge qui semble trop lourde. Lorsque vous êtes tendu, même les travaux ordinaires semblent trop ardus.

Faites les travaux les plus urgents d'abord, oubliant le reste jusqu'à plus tard. Une fois ces choses faites, elles ne sembleront pas si énormes et les autres tâches se feront plus facilement.

Si vous avez l'impression que rien ne peut attendre à plus tard, vous feriez mieux d'arrêter et de reconsidérer. Êtes-vous sûr que vous ne donnez pas trop d'importance aux choses que vous faites? Peut-être pensez-vous que vous êtes trop important. Personne n'est totalement indispensable; alors, allez-y doucement !

Ne vous fixez pas des objectifs impossibles. Le besoin d'être un surhomme, le désir d'être parfait en tout, cause du souci et de l'anxiété. Où que vous alliez ou quoi que vous fassiez, commencez en temps afin de ne pas avoir à vous dépêcher.

Apprenez comment dire "non" et quand dire "oui". Parce que notre temps est toujours limité, il nous faut apprendre à faire passer les premières choses les premières. N'essayez pas de tout faire. Déterminez également quelles sont les choses que vous faites bien et mettez-y votre meilleur effort. Quant aux autres, ne soyez pas bouleversé si le travail n'est pas parfait.

La vie, malgré ses responsabilités, est faite pour qu'on en jouisse; donc, donnez-vous du bon temps!

THE PATHFINDER.


Vers le haut

Volume 6, No 1 / Juin 1970 – Juillet 1970 / Pages 19-21 (PDF pour impression)

LA MAIN D’A.A.

LA MAIN D’A.A.

Tout ce que je savais d'A.A. avant d'adhérer au mouvement, c'était l'étonnante fraternité qui y existait. Et, aujourd'hui, depuis que, par la grâce de Dieu, j'ai l'incommensurable bonheur de faire partie de cette association qu'aucun superlatif ne saurait réussir à qualifier adéquatement, je constate jusqu'à quel point les non-membres (les "civils", comme d'aucuns disent) sont intrigués par cette réputation d'entraide mutuelle dont jouit A.A. à travers le monde. C'est peut-être l'aspect qui exerce le plus d'attrait chez les gens de "l'extérieur" et ceci, aucun membre ne devrait l'oublier. Au contraire, nous devrions nous faire un devoir de perpétuer cette traditionnelle amitié, chacun de nous, dans son propre milieu, car c'est ce qui nous sauve. Mais cette fraternelle attention, comment se traduit-elle? Nous la concrétisons par un signe qui est devenu traditionnel et dont on ne devrait jamais oublier .L'importance primordiale et la valeur profonde: la poignée de main ...

De mon premier "meeting", je ne me souviens de rien sinon que lorsque tout tremblant, angoissé, effacé, je franchis la porte d'une petite salle, je fus ACCUEILLI par une foule de mains tendues. Qu'elles étaient chaudes ces poignées de mains et rafraîchissants ces sourires! Qui me les a offerts ces mains et ces sourires? Je ne m'en souviendrai jamais.

Mais ce qui est resté gravé dans ma mémoire, pour toujours, c'est ce geste ESSENTIEL. Il voulait dire tant de choses à la fois: "Bonjour Jean, nous sommes heureux de t'avoir avec nous, tu es ici avec des amis; tu es ici mieux que chez toi; tu entres dans un monde meilleur; tu viens de poser le geste le plus important de ta vie; tu sais, nous autres, on te comprend; nous sommes PROCHES de toi; accroche-toi à cette main, elle te sortira des sables mouvants; sois calme; aie confiance en nous; laisse-toi bercer tout doucement; t'en fais pas, mon frère, tu trouveras la paix, le calme, la sincérité, la sérénité; nous sommes ici pour te réconforter, t'aider à toute heure du jour et de la nuit; laisse-nous nous occuper de toi... "

C'est tout cela qu'elles voulaient dire ces chaleureuses mains accueillantes et ces souriantes figures et combien d'autres choses encore...

Je m'attriste parfois de trouver certains groupes où cette essentielle main est absente, où la porte est froide, où je dois m'imposer et aller interrompre des conversations et me sentir obligé de "déranger" des petits cercles en ayant l'impression d'affronter des citadelles. Je trouve déplorable qu'il y ait certains endroits où l'on doit parcourir une foule de couloirs dans l'obscurité avant de pouvoir réussir "enfin" à reconnaître l'odeur de café et des voix au bout du 3e étage. Je pense alors au nouveau que j'étais ainsi qu'à tous les nouveaux en désarroi qui n'ont personne, en bas, pour les accueillir. Encore chanceux s'il se trouve par hasard un concierge dans les environs… Oui je pense à lui et aux occasions qu'on lui FOURNIT de virer de bord et d'aller à la taverne dont, au moins, il connaît le chemin... Où était-elle cette main salvatrice? Où était-il ce sourire qui veut dire confiance, paix, amour et repos?

Et il existe des poignées de mains sans signification, des poignées de mains qui ont l'air de relever beaucoup plus de l'habitude que de la charité, qui ont l'air aussi sincères que ces cartes de souhaits que l'on envoie parce qu’il "faut bien répondre" qui n'ont aucune conviction. N'est-ce pas un devoir, pour nous qui avons échappé à la démence et souvent même à la mort, de réconforter les autres par un sourire et une main sereine, énergique, débordante de vie? Est-ce que ce n'est pas cela la Charité que de se dire: "Je m'efforce de dissimuler mes petites frustrations personnelles pour offrir une gerbe de sourires aux autres ... "? Je pense ici à l'écrivain Paul Claudel qui disait "Seigneur, faites qu'en me voyant, les autres aient envie de chanter ... " C'est beau, n'est-ce pas? C'est rempli de générosité, d'attention et de délicate tendresse, tout ce dont a besoin chacun d'entre nous et surtout celui qui "arrive". En agissant ainsi, je me mets en état de réceptivité, je consens à ouvrir mes yeux sur les besoins de ceux qui m'entourent, je m'efforce à vivre décentré de moi-même pour me centrer sur les autres, j'ouvre mon coeur à ceux qui ont besoin de ma tendresse. Je tente en quelque sorte d'imiter le bon Samaritain ...

Sachons donc accueillir et donner une main heureuse qui signifie que, par la grâce de Dieu, nous sommes devenus des instruments de paix, d'harmonie, d'amour, de vérité, de foi, de joie, de plénitude en essayant de donner son véritable sens à la parole de Bill: "JE SUIS RESPONSABLE...

Lorsque n'importe qui, n'importe où, tend la main en quête d'aide, je veux que la main d'A.A. soit là Et pour cela, je suis

RESPONSABLE."

Bonne poignée de mains frères et soeurs

JEAN S., Québec.

Pourquoi vous faire du mal deux fois? Évitez le ressentiment.

C.F.G

Vers le haut

Volume 6, No 1 / Juin 1970 – Juillet 1970 / Pages 26-27 (PDF pour impression)

LE DILEMME DU DÉBUTANT

LE DILEMME DU DÉBUTANT

Nous lui demandons peut-être de croire des faits AA passablement difficiles à avaler. Plus d'un membre AA ayant rechuté a été rejeté par son groupe avec le verdict sommaire: "Il ne veut pas cesser de boire." Peut-être. Mais il se peut qu'il ne soit pas préparé mentalement à croire, dès la première fois, à ces principes et pratiques étranges, nouveaux, incroyables, qui ont apporté le succès à la fraternité AA

La réputation d'AA et son  pouvoir d'exemples s'allient pour nous amener la sobriété à une attitude favorable et pleine d'espoir. A sa première réunion de débutant, il s'attend à entendre "des réponses rationnelles et sensées". Mais lorsque nous commençons à expliquer le mécanisme d'AA, sa partie fonctionnelle, nous lui demandons de croire des choses qui entrent directement en conflit avec son expérience passée. Voyons deux exemples de ces faits AA difficiles à avaler:

  1. La volonté: Durant toute sa vie, on a enseigné à M. l'Alcoolique que le succès en toute chose requiert une force de volonté suffisante pour balayer tous les obstacles. Maintenant, AA lui dit que la volonté humaine, basée sur l'ego et les objectifs humains, est un passif, et non un actif. Pour devenir sobre, il doit maintenant abandonner la volonté humaine et engendrer quelque chose de nouveau: la volonté spirituelle, basée sur l'humilité personnelle et sur la capitulation devant le fait de son impuissance.
  2. Dieu comme Puissance supérieure: M. l'Alcoolique est d'accord avec nous lorsque nous lui disons qu'il est impuissant devant l'alcool et qu'il doit remettre sa sobriété entre les mains d'une puissance extérieure supérieure à lui-même. Mais lorsque nous mettons une étiquette sur cette puissance, Dieu, tel que nous Le concevons, nous provoquons un conflit, même s'il est possible que le nouveau venu ne l'exprime pas. Le mot "Dieu" a un effet particulièrement négatif sur la personne non-religieuse. Pour ce qui est de l'alcoolique religieux, il a essayé précédemment d'atteindre Dieu par des prières conventionnelles et autres rites religieux. AA essaie-t-il de lui dire que nous avons quelque influence exclusive auprès de Dieu?

La même attitude incrédule confronte souvent l'exposé d'autres faits AA aussi difficiles à croire: le programme de vingt-quatre (24) heures, le mode de vie AA égoïste mais non-égoïste, la puissance de la sobriété de groupe par opposition à l'approche solitaire.

Comment pouvons-nous contourner la discussion intellectuelle qui s'ensuit lorsque nous lançons soudainement au nouveau venu ces nouveaux mots-images et propositions qui contredisent directement ce qu'on lui a enseigné dans le passé?

Vous pouvez peut-être essayer ceci: la prochaine fois que vous conduirez une réunion de débutants, je suggère qu'au lieu de raconter l'habituelle histoire de relèvement, vous mettiez l'accent sur trois points de persuasion:

  1. Les grandes lignes de l'histoire du succès AA.
  2. Un avertissement à l'effet qu'AA est une nouvelle expérience d'apprentissage et que certains de ses principes, tels que ceux cités plus haut, entreront en contradiction avec ses croyances passées.
  3. Une explication à l'effet qu'AA n'est pas simplement une connaissance académique. C'est une sagesse qui peut être prouvée seulement par l'expérience personnelle.
N'enlèverions-nous pas la violence des arguments de notre débutant si nous concédions dès le début que certaines des vérités AA sont difficiles à croire à leur première audition? Si nous pouvions le persuader d’apprendre par l'action plutôt que par l'étude, n'éluderions-nous pas le côté analytique et ne le lancerions-nous pas plus facilement dans son programme d'une journée à la fois? Je le pense.

Vers le haut

Volume 6, No 1 / Juin 1970 – Juillet 1970 / Pages 28-29 (PDF pour impression)

IL M’A FALLU ACCEPTER LA PRISON

IL M’A FALLU ACCEPTER LA PRISON

Mais j'ai découvert ma liberté dans le don de la vie.

II y a quelques mois, j’assistais à ma première réunion AA; les circonstances n'étaient pas exactement plaisantes car je me trouvais dans une prison d'État. J'étais complètement abattu. Essayer AA était mon dernier espoir; d'une façon ou d'une autre, il me fallait voir s’ils pouvaient m'aider car je savais et je m'étais enfin admis à moi-même que je ne pouvais demeurer sobre seul. Je ne me souviens pas beaucoup de la réunion, excepté d'une affiche avec, dessus, la Prière de la Sérénité et de quelques remarques que fit la présidente.

Elle disait: "Si vous êtes venus ici pour de l'aide au sujet de votre problème de boisson, vous la trouverez". J'étais assis là et je mémorisais la prière de ce soir-là.

"Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne puis changer." Pendant des jours, ce fut 'la supplication constante de mon coeur et de mon esprit. Pour arrêter de combattre le fait que je suis un alcoolique et en prison, j'assistai à des réunions et j'écoutai des conférenciers. Ils étaient sobres et heureux. Pour la première fois de ma vie, je fis l'expérience du sens de l'appartenance et l'espoir grandit que moi aussi pouvais rester sobre et en être heureux. La sobriété devint mon but, et le lieu où j'apprenais à rester sobre n'était plus important.

"Le courage de changer les choses que je peux changer." Barreaux, murs ou portes d'acier ne constituent pas une prison, car mon esprit est libre. J'ai vécu dans une prison de ma propre fabrication pendant un bon nombre d'années. AA m'a apporté la liberté mentale, m'a rappelé que je possède le don d'une volonté libre et m'a enseigné comment me servir de ce cadeau en vue du maintien de la sobriété. Que puis-je changer, sauf moi-même? Il me faut regarder honnêtement le passé et voir ce que je suis devenu. Il me faut du courage pour entreprendre le travail d'essayer de devenir une meilleure personne. Pour faire les changements nécessaires pour que je vive une vie sobre, il faut le travail d'une vie qui ne sera jamais terminé tant que je vivrai. Dieu me donne le courage et AA me donne la connaissance.

"La sagesse d'en connaître la différence". Je demande une orientation constante pour aller de pair avec le nouveau sens des valeurs que j'ai obtenu. AA m'enseigne la différence entre ce qui est bien et mal pour moi comme alcoolique. Je suis toujours à un verre d'une cuite. J'ai un besoin spécial d'un modèle selon lequel vivre. Ceci m'a été donné dans les Douze Étapes et le temps m'enseignera comment me servir de cette connaissance par l'entremise d'AA.

Il n'y a plus de crainte ou de désespoir dans ma vie. Un chemin a été ouvert pour moi. Maintenant, je vis pour aujourd'hui, je fais de mon mieux pour aujourd’hui et je remercie Dieu pour aujourd'hui. Je ne peux être que reconnaissant pour le temps qui m'est donné pour apprendre à marcher le long de cette nouvelle route, sans la tentation de boire. Entre-temps, j'ai appris combien je suis chanceux. J'ai la sobriété, un cadeau sans prix, et AA pour m'aider à la conserver. J'ai l'impression d'appartenir à AA où je peux être compris et je peux essayer de comprendre.

Un jour, je retournerai dans le monde libre et j'aurai quelque chose à apporter avec moi. J'aurai ma sobriété et l'espoir que je puis aider d'autres alcooliques comme j'ai été aidé. Je voudrais partager ce merveilleux cadeau que Dieu m'a donné: le cadeau de la vie.

Anonyme, Westfield State Farm.

Vers le haut

Volume 16, No 1 / Juin 1980 – Juillet 1980 / Page 1-4 (PDF pour impression)

ALCO-ACTUALITÉ

ALCO-ACTUALITÉ

SEUL UN EX-DROGUÉ PEUT AIDER UN TOXICOMANE

C'est sur le thème "La pratique de la psychologie auprès des alcooliques et des toxicomanes" que M. Robert Proulx, psychologue au Centre Domrémi de Montréal, donnait mercredi soir dernier une conférence-réalité organisée par un groupe d'étudiantes en psychologie de l'Université de Montréal.

Abordant la question sous l'aspect de la maladie, soulignant le travail et les résultats extraordinaires du mouvement des Alcooliques anonymes (AA) et relatant quelques expériences personnelles en tant que soigneur, M. Proulx a, en quelque sorte, décrit à la trentaine de participants le cheminement, l'état physique et mental ainsi que le déroulement de la réadaptation chez un alcoolique et un toxicomane.

"Plusieurs considèrent les toxicomanes comme des névrosés", dit M. Proulx. Seul un alcoolique est capable d'aider un autre alcoolique, comme seul un toxicomane est capable d'aider un "drop-out". Les jeunes se sont donc organisés entre eux parce qu'ils n'en pouvaient plus de remplir des papiers pendant trois heures à l'hôpital en "bad-trippant" devant des chiennes blanches après avoir avalé des mandrax ou des stéréos (speed et acide). Ce qui devait donner naissance à Drogue-Secours, Portage, Spéra ou Alternative, centres d'aide, de désintoxication et surtout de possibilités de réinsertion sociale."

Mais il existe plusieurs sortes de toxicomanes. Quand le père traite son fils de drogué, alors que lui-même prend cinq cafés le matin, un wake-up et deux apéritifs avant le dîner, quatre scotchs dans l'après-midi, deux martinis avant le souper, un cognac après, en plus d'un valium pour être capable de dormir, on se demande lequel des deux est le plus drogué! "La panoplie de médicaments, indique M. Proulx, existe pour soulager la douleur humaine. Ça rend des services, mais il y a des dangers ... Le toxicomane ou l'alcoolique, une fois guéri reste aux prises avec des problèmes sociaux: le père ou la mère, l'insertion sociale, le milieu professionnel ou conjugal, les éducateurs ou les troubles d'ordre sexuel. Quand on veut l'aider, souligne le psychologue, il faut y penser tout en étant énormément polyvalent. Parfois, on retrouve plus de psychologie entre deux voisines qui étendent leur linge sur la corde qu'entre deux psychologues qui discutent entre eux... "

Si le premier outil de l'intervenant reste sa personnalité et non la science, le conférencier a tenu à faire une mise en garde pour les jeunes praticiens: ne pas se lancer dans le domaine de la toxicomanie. "Il faut avoir une certaine expérience en ce domaine pour ne pas être déboussolé, a-t-il confié à son auditoire. Le psychotrope ou l'alcoolique recherche un mieux-être. Il faut arriver à lui redonner de bonnes sensations sans produits artificiels. Ces gens-là, poursuit M. Proulx, sont très impulsifs. Ils ont des besoins immédiats. C'est pourquoi, en approche de groupe, on leur fait remarquer leur comportement quand ils boivent ou se droguent. Ils ont, pour la plupart, des traits paranoïdes et se sentent très vulnérables. Et à cause de leur verre ou de leur joint, ils se retrouvent dans des situations conflictuelles.'

Définissant le chemin qui mène au delirium tremens, M. Robert Proulx a brossé le tableau des différentes étapes qui amènent une personne à devenir alcoolique. On retrouve donc, d'abord, la période de sevrage où l'alcoolique est en réaction de manque dans un ensemble de symptômes physiques et psychiques de l'alcool. Le symptôme classique, selon M. Proulx, est le tremblement, la sudation et le vomissement après vingt-quatre ou quarante-huit heures. Ensuite, vient la période des hallucinoses auditives ou visuelles alors que le patient déforme les choses réelles avant d'en arriver carrément aux hallucinations. Enfin, on reconnaît le delirium tremens par de fortes poussées de fièvre tandis que l'alcoolique a l'impression d'être entouré de serpents, d'araignées ou d'insectes divers.

Terminant sa conférence, le psychologue a souligné: "On traite l'animal, on traite le raisonnable ... mais on traite peu l'animal raisonnable."

Pierre Gingras (Forum, Univ. de Mtl. 25-2-80)

.........................................................................................................................................................................................................

LES PRÊTRES ET L’ALCOOL

(Sujet mouillant. Pavé glissant).

Selon une dépêche de l'AFP en provenance du Vatican, "l'alcoolisme chez les prêtres augmente dans le monde entier". Vous avez lu? Personnellement, cela ne m'a pas étonné. J'ai commencé à me rendre compte de ce phénomène alors que, très jeune, je servais la messe tous les matins.

Quand le moment arrivait où je devais verser du vin dans sa burette, avant la communion, mon célébrant penchait le verre avec insistance. D'un air de dire: "Allez, le petit, mets-en'''. Alors, je remplissais la burette. Full. Je n'ai jamais vu un homme déguster le sang du Christ avec autant de joie. Ça devait être un saint'
J'avais parfois l'impression qu'il était pour m'en demander "un deuxième" ..

Mais il lui fallait faire attention: il y avait du monde.

Le snoro!

Après la messe, dans la sacristie, l'un de mes devoirs était de ranger dans un placard (et sous clé) la chasuble et l'étole du célébrant, mon surplis et ma soutane, ainsi que tous les accessoires ayant servi à la célébration de la messe - y compris la cruche de vin! Or, il arrivait à mon prêtre de me dire:

- Ce matin, je vous donne congé.
Allez déjeuner, allez, allez. Je m'occupe de ranger le tout moi-même. Allez.

Moi, je le savais que c'était à cause de la cruche! On a beau être un jeune adolescent. .. Mais je faisais semblant d'pas savoir. Je m'en allais au réfectoire déjeuner en bon petit gars qui n'a rien vu. Je me demande même si je n'y allais pas les mains jointes.

Le plus drôle, c'est que quelque dix minutes plus tard, mon célébrant s'amenait au réfectoire à son tour. (Il n'y avait pas deux endroits, mais un seul, où prendre le petit déjeuner, et c'était là). Et je le regardais traverser d'un pas allègre - faut pas exagérer, il n'était quand même pas saoul - le réfectoire pour aller prendre sa place à la table des prêtres. Mon Dieu qu'il avait l'air heureux d'avoir tant communié avec le Christ!

De bonne humeur

Chemin faisant vers sa table, il me donnait une petite tape sur l'épaule, lançait un clin d'oeil à certains de ses élèves, serrait la main d'un confrère et, lorsqu'il s'asseyait, il avait toujours un petit gag qui semblait dérider ses copains de prêtrise. Rien de gros. Rien pour s'esclaffer. Seulement un petit mot d'esprit, car il était supérieurement intelligent... Une bolle...

Ce qui m'étonnait beaucoup de lui, à ['époque, c'est qu'il refusait toujours, après s'être attardé à la sacristie, de manger des oeufs. Ce n'est que plus tard, beaucoup plus tard, lorsque je suis moi-même devenu buveur, que j'ai appris que les oeufs et l'alcool ne se marient pas. Ça donne des nausées. C'est terrible pour le foie vous voyez? Lui, il savait déjà Une bolle, je vous dis! Une vraie, vraie bolle. Il était tellement bolle qu'il était super-bolle.

Or, cette bolle est décédée à l'âge de 54 ans. Cirrhose du foie. C'était bien jeune.

Si je vous ai raconté cette histoire, c'était pour en arriver à l'avertissement contenu dans le paragraphe précédent. Ce n'était certes pas pour manger du curé; d'ailleurs, je me suis bien gardé de vous donner son nom, même s'i! est disparu. D'ailleurs, même si le Vatican semble s'inquiéter de la situation, il ne faut pas généraliser. Il y a beaucoup plus de laïcs que de prêtres, toute proportion gardée, qui souffrent d'alcoolisme.

André Rufiange
Journal de Montréal

.........................................................................................................................................................................................................

EFFETS DE L'ALCOOL SUR LE CERVEAU

L'action la plus importante de l'alcool s'exerce sur le système nerveux central. Il agit comme un anesthésique, un léger tranquillisant, et provoque le sommeil, L'apparente stimulation provoquée par l'alcool est due à l'anesthésie des contrôles assurés par le cerveau, et à la dilatation des vaisseaux sanguins de surface.

Voici, brièvement, le mécanisme de l'intoxication.

Supposons qu'une personne ait bu 3 onces de whisky, la concentration d'alcool dans son sang sera d'environ 0,04%, quantité déjà suffisante pour diminuer le travail des centres supérieurs: le jugement diminue.

À mesure que se poursuivent les consommations, l'esprit s'obscurcit, le contrôle de ses muscles est moins assuré, il pourra tituber.

Finalement, s'il a absorbé une quantité d'alcool donnant une concentration de 0,40%, il deviendra inconscient. Cette concentration équivaut à 20 consommations: 30 onces de whisky.

Au niveau d'une concentration approximative de 0,50% le centre respiratoire cesse de fonctionner, et c'est la mort.

Notons que la loi, qui fixe à 0,08% de concentration d'alcool dans le sang la limite pour juger de la responsabilité criminelle d'un automobiliste présumé incapable de conduire, est nettement indulgente.

En effet, un taux de 0,06% (3 consommations en moins d'une heure) est déjà dangereux, car il signifie: vision troublée, champ visuel restreint, erreur de jugement sur la distance et la vitesse des véhicules, réflexes ralentis, coordination des mouvements troublée.

EFFETS SUR LE FOIE

Une large consommation d'alcool entrave les fonctions hépatiques et empêche l'emmagasinage des sucres et des vitamines essentielles. À long terme, il entraîne une sclérose et une détérioration grave des cellules du foie, qui provoquent la mort.

EFFETS SUR L'ESTOMAC

L'alcool augmente la quantité du liquide stomacal: un danger pour les ulcéreux. Il peut provoquer des gastrites.

EFFETS A LONG TERME: L'ALCOOLISME - MALADIE

De fréquents excès d'alcool peuvent à la longue conduire à une maladie chronique: l'alcoolisme. Est devenu alcoolique celui qui a définitivement perdu le contrôle de ses consommations. Cette maladie est incurable en ce sens que l'individu qui en est atteint ne pourra jamais plus boire la moindre quantité d'alcool, même après des années d'abstinence totale, sans que réapparaisse cette perte de contrôle.

Le consommateur excessif passe par plusieurs étapes avant de contracter cette maladie. Cette évolution s'étend sur une période de 7 à 25 années, mais elle varie selon la résistance et l'âge du sujet. Avant 20 ans, le jeune consommateur peut devenir alcoolique plus rapidement.

Gouv. du Québec Mars 1978

Vers le haut

Volume 16, No 1 / Juin 1980 – Juillet 1980 / Page 5-10 (PDF pour impression)

LES DROGUES QUE FAIRE À LEUR SUJET?

LES DROGUES
QUE FAIRE À LEUR SUJET?

Par Bill W.

Peut-il exister souffrance plus terrible que l'habitude des drogues, surtout la morphine, l'héroïne, le LSD, etc.?  Ces drogues étourdissent l'esprit et le terrible "sevrage" de la drogue détruit parfois le corps de l'affligé. Comparées à celles du drogué nos souffrances d'alcooliques ne sont que de la "petite bière". Les barbituriques pris en grandes quantités peuvent être très dangereux. Dans A.A. nous avons des membres qui ont obtenu d'heureuses réussites contre la bouteille et l'aiguille. Cependant nous en avons aussi beaucoup d'autres qui ont été (ou le sont encore) victimes des "barbituriques" (goof balls) et même des nouveaux tranquillisants (sédatifs).

Conséquemment, ce problème de s'adonner à la drogue sous ses formes diverses nous touche de près. Il éveille nos plus grandes attentions et sympathies. Dans notre monde d'aujourd'hui, nous voyons des légions d'hommes et de femmes qui tentent, par cette façon d'agir, de solutionner leurs problèmes ou de s'en évader. Plusieurs A.A., surtout ceux qui ont souffert de ces tendances particulières, se demandent: "Que pouvons-nous faire au sujet de la drogue avec ou sans l'aide de notre Association?"

Vu que plusieurs projets d'aide aux usagers de la pilule ou de la drogue sont déjà en marche - lesquels se basent sur les 12 Étapes d'A.A. et auxquels participent des membres actifs d'A.A. – il s'en est découlé une longue série de questions, à savoir comment ces efforts - dont les résultats immédiats sont douteux - peuvent être directement rattachés aux groupements A.A. et à A.A. dans son ensemble.

Plus spécifiquement, voici une liste de questions.

  1. Un non-alcoolique qui s'adonne à la pilule ou à la drogue peut-il devenir membre A.A.?
  2. Telle personne peut-elle être invitée comme visiteur à une réunion A.A. pour y trouver aide ou inspiration?
  3. Un habitué de la pilule ou de la drogue, qui a aussi une réelle histoire d'alcoolique, peut-il devenir membre A.A.?
  4. Des membres A.A. qui ont souffert à la fois et de l'alcoolisme et de la drogue peuvent-ils organiser un groupe dans le but spécialement d'aider d'autres A.A. qui ont le problème de la drogue?
  5. Un tel groupe peut-il être reconnu comme groupe A.A.?
  6. Un tel groupe peut-il aussi inclure des non-alcooliques qui font usage de drogues?
  7. Si oui, ces non-alcooliques, habitués de la pilule ou de la drogue peuvent-ils être portés à croire qu'ils sont devenus des membres A.A.?
  8. Y a-t-il objection à ce que les A.A. qui ont eu ce double problème, fassent partie d'autres groupements, tels que les Narcomanes Anonymes (N.A.)?

Même si quelques-unes de ces questions trouvent réponse en elles-mêmes d'autres ne le font pas. Mais toutes, je pense, peuvent être résolues rapidement si l'on porte attention aux Traditions qui les concernent, et si l'on considère aussi les expériences des, groupes à but spécifique avec lesquels nos membres A.A. travaillent activement - à la fois dans notre Association ou non.

Il y a toutefois certaines choses qu'A.A. ne peut faire à l'endroit des uns, même en tenant compte de nos intentions ou de nos sympathies les plus vives. Notre premier devoir, comme association, est d'assurer notre propre survivance. Nous devons donc éviter les erreurs et les activités à buts diversifiés. Un groupe A.A., comme tel, ne peut s'approprier tous les problèmes personnels de ses membres, encore moins les problèmes du monde entier.

La sobriété - cette libération de l'alcool - par l'enseignement et la pratique des 12 Étapes, est l'unique but d'un groupe A.A.; les groupes ont, à plusieurs reprises, visé d'autres buts mais ils ont toujours failli. On en est venu à apprendre qu'il n'est pas de moyen possible pour faire d'un non-alcoolique un membre A.A. Nous devons restreindre notre appartenance au mouvement à des alcooliques et nous devons orienter nos groupes vers un seul but. Si nous ne nous en tenons pas à ces principes, presque assurément nous tomberons. Et si nous tombons nous ne pourrons aider personne.

Pour mieux comprendre, considérons ensemble quelques expériences typiques: – Il y a quelques années, nous espérions considérer comme membres A.A., nos proches parents et quelques amis non-alcooliques qui nous avaient grandement aidés. – Ils avaient leurs problèmes aussi, et nous les voulions dans notre entourage. A regret, nous nous sommes aperçus que c'était impossible. Ils ne pouvaient pas nous donner de vrais messages A.A.; à quelques rares exceptions pouvaient-ils s'identifier comme membres A.A.; ils ne pouvaient pas, non plus, effectuer le travail de Douzième Étape. A ces bonnes gens, si près de nous fussent-elles, nous avons dû refuser la reconnaissance de membres A.A. Nous pouvions seulement les bien accueillir à nos assemblées ouvertes. 

Par conséquent, je ne vois aucune façon de reconnaître comme membres dans A.A. les narcomanes non-alcooliques. L'expérience démontre clairement que nous ne pourrons admettre aucune exception, même si les habitués de la drogue et les alcooliques paraissent être en quelque sorte de proches cousins. Si nous persistons dans cette attitude, je crains que ce ne soit troublant pour l'habitué de la drogue et pour A.A.. Nous devons accepter ce fait que nul non-alcoolique, quelle que soit son affliction, ne peut être transformé en un membre A.A.
 
Supposons, cependant, que nous sommes approchés par un "drogué" qui, pour autant, a déjà eu un véritable passé d'alcoolique. – A une certaine époque cette personne aurait été rejetée. Plusieurs des premiers membres A.A. avaient cette notion plutôt comique de se considérer comme des alcooliques authentiques – seulement des avaleurs de boisson, sans autre problème sérieux. – Quand, au début, des anciens détenus alcooliques et des habitués des drogues vinrent à nous, il surgit une pieuse indignation: "Que vont penser les gens?", s'exclamaient les vrais alcooliques. Heureusement cette légère folie s'est vite dissipée.

Un des meilleurs A.A. que je connaisse est un homme qui, durant sept années, s'est adonné à l'aiguille avant de se joindre à nous. Mais auparavant il avait été un alcoolique terrifiant et son histoire le prouvait.  Donc il pouvait se qualifier membre A.A. et assurément il le fit. Depuis lors, il a aidé de nombreux A.A. et quelques non-AA. dans .leurs problèmes de pilules et drogues. Sans doute, c'est strictement "son" affaire et d'aucune façon celle du groupe A.A. dont il est membre,

Dans son groupe, il est un membre véritable parce que de toute évidence il est un alcoolique.

Voilà l'exposé de ce qu'A.A., ne peut faire - pour les narcomanes ou toute autre personne.

Mais alors, que peut-on faire? Des solutions efficaces à ces problèmes autres que la libération de l'alcoolisme ont toujours été trouvées dans les groupes à buts spécifiques, les uns opérant au sein d'AA, les autres en dehors de l'Association.

Notre premier groupe d'un but particulier fut fondé dès 1938 – A.A. avait besoin d'un bureau de service mondial et de quelque littérature. Il avait un problème de service qu'un groupe A.A. comme tel ne pouvait résoudre. C'est pourquoi nous avons formé un Conseil de Syndics (The Alcooholic Foundation) pour prendre soin de ces besoins. Quelques-uns de ces Syndics étaient des alcooliques tandis que d'autres étaient non-alcooliques. Évidemment, ce n'était pas un groupe A.A.. Plutôt, c'était un groupe de A.A. et de non-A.A. qui, eux-mêmes se dévouaient à une tâche spéciale.
 
Un autre exemple: En 1940, les A.A. de New York commencèrent à s'ennuyer et s'installèrent dans un club. Le club avait des directeurs et des membres A.A. qui payaient leurs contributions. Très longtemps, les directeurs et les membres du club crurent qu'ils constituaient un groupe A.A. Mais après un certain temps on constata qu'un grand nombre parmi les A.A. qui fréquentaient le groupe "Old 24" se fichaient du dit club. Or, l'administration du club (pour ses activités sociales) dut se distinguer tout à fait de l'administration du groupe A.A. qui venait y tenir ses réunions. Il fallut des années de "tâtonnement" pour prouver qu'on ne pouvait mêler un groupe A.A. au commerce d'un club et y réussir. Partout aujourd'hui, les dirigeants de clubs et les membres accrédités de ces clubs sont considérés comme groupements spéciaux, mais non comme groupes A.A.

La même chose s'est reproduite pour les cliniques de désintoxication et les maisons de repos (l2e Étape) dirigées par des A.A. Nous ne les considérons jamais comme étant des groupes A.A. Ils sont clairement reconnus par les fonctions des personnes intéressées à fournir un travail d'assistance et si souvent très apprécié.

Il y a quelques années, plusieurs d'entre nous, A.A., nous voulions faire partie d'un service enseignant ce qu'était l'alcool. Je suis un de ceux-là. Nous nous sommes associés à quelques non-alcooliques, intéressés eux aussi. Les non-alcooliques invitèrent les A,A. parce qu'ils avaient besoin de notre expérience, de notre philosophie et de notre méthode. Tout alla bien jusqu'à ce que quelques-uns d'entre nous dévoilèrent - au groupe d'éducateurs leur statut de membre A.A.. Immédiatement, le public fit le rapprochement que cette sorte particulière d'enseignement sur l'alcoolisme et les A.A. ne faisaient qu'une seule et même chose. Il fallut des années pour changer cette impression. Mais aujourd'hui, cette correction étant faite, plusieurs membres A.A. travaillent dans ce domaine et nous sommes fiers qu'ils le fassent.

Il fut ainsi prouvé que, comme individus, nous pouvons répandre Ies expériences et les principes A.A. dans tout autre domaine, quel qu'il soit, pourvu que nous gardions notre anonymat et que nous refusions de nous servir du nom d'A.A. pour des fins de souscriptions ou de publicité.

Je suis très certain que ces expériences du passé peuvent être la base qui éclaircira l'état de confusion actuelle dans le cas des narcotiques. Ce problème est nouveau mais l'expérience A.A. et les Traditions qui peuvent le résoudre sont déjà vieilles et éprouvées avec succès. Nous pouvons, je crois, résumer comme ceci: nous ne pouvons pas donner un statut de membres A.A. à des narcomanes non-alcooliques. Mais, comme n'importe qui, ils devraient pouvoir assister à certaines réunions ouvertes A.A. pourvu sans doute que les groupes eux-mêmes y consentent.

Les membres A.A. qui s'y intéressent devraient être encouragés à s'unir, s'ils le désirent, à un groupe de véritables narcomanes pour résoudre ensemble leurs problèmes de l'alcool et de la drogue. Mais évidemment, un tel groupe à double but ne devrait pas insister pour être connu comme un groupe A.A. et ne devrait pas se servir du nom d'A.A.. Son contingent de narcomanes ne devrait pas non plus être porté à croire qu'ils sont devenus membres A.A. en raison d'une telle association.

Il y a assurément de bonnes raisons pour que les A.A. intéressés fassent partie des groupements étrangers qui traitent des problèmes des narcotiques, pourvu que Ies traditions de l'anonymat et de la non-affiliation soient respectées.

En terminant, je veux dire que, dans l'histoire d'A.A., la majeure partie des groupes à double but ont accompli des choses merveilleuses. Il y a de grandes raisons d'espérer que les A.A. qui s'occupent maintenant dans ces tristes régions de l'habitude des narcotiques atteindront un égal succès.

Dans A.A. le groupe a de strictes délimitations, mais l'individu n'en a pratiquement aucune. En se rappelant qu'il doit s'en tenir aux traditions de l'anonymat et de la non-affiliation, il pourra porter le message A.A. dans chacune des parties troublées de ce monde très troublé.

Vers le haut

Volume 16, No 1 / Juin 1980 – Juillet 1980 / Page 11-13 (PDF pour impression)

UNE DETTE DE RECONNAISSANCE ENVERS AA

UNE DETTE DE RECONNAISSANCE ENVERS AA

Mon nom est Marielle G., je suis une alcoolique sobre et heureuse, aujourd'hui par la grâce de Dieu et le mouvement des Alcooliques Anonymes, mes efforts personnels et les exemples des AA, 24 heures à la fois. J'ai 51 ans et je suis la 3ième d'une famille de sept enfants dont deux sont morts. Je fus élevée dans une famille à l'aise, mon père est un professionnel et ma mère une infirmière. Mes parents sont catholiques et moi aussi. J'ai eu une jeunesse et une enfance heureuses et j'ai de belles études.

Je me marie à 26 ans à un médecin cardiologue. Je n'ai pas le problème de la boisson. Mes parents ne buvaient pas. Je suis en parfaite santé et, si je le mentionne, vous verrez que plus tard, ça mal tourné. Mon premier contact avec l'alcool eut lieu en voyage de noces. Mon mari achète du cognac; j'en prends et je dépasse la mesure. C'est mon premier verre. J'ai un frère qui a eu des problèmes avec la boisson. Il est présentement membre des Alcooliques anonymes.

Mon mari pratique la médecine et un soir, je bois beaucoup trop, lorsque des amis viennent à la maison; je suis malade et mon mari me dispute. J'ai une fille de 21 ans qui a aussi un problème de boisson, je lui cause des ennuis et elle souffre. A l'école, je suis orgueilleuse et je me mets en colère. Ça dure plusieurs années, je fais beaucoup de ressentiment, je suis susceptible, j'en veux à tout le monde, j'ai toujours raison, je suis agressive et hypersensible, loyale et charitable quand je ne vole pas de boisson. Je vous demande de la tolérance et de ne pas me juger.

A 30 ans, je suis à Boston, mon mari étudie la cardiologie, je fais une dépression et mon mari me transporte de force par ambulance à l'hôpital psychiatrique. Je demeure là 3 mois et je suis transférée sur le boul. Gouin.

Lorsque je peux sortir, je vais au bar avec des patients; on transporte de la boisson en cachette, parce que c'est défendu. Je me compromets et me sépare de mon mari en 1963, à l'âge de 34 ans. Je m'installe à Québec avec ma fille; je fais des séjours prolongés dans les différents hôpitaux psychiatriques, St-Michel Archange, St-Jean de Dieu et autres. Je vais à Dom-rémi pour une désintoxication. Je bois, je me saoule pendant seize ans. Je bois au travail et je perds mes emplois.

En plus de la boisson, j'ai un sérieux problème de médicaments, je dépassais la dose prescrite. En 1963, mon mari demande l'annulation de notre mariage à l'église, pour maladie mentale. Le procès a duré 8 ans, pendant ces années-là, je bois. Je ne fonctionne plus, ne pratique plus la religion catholique. Je me suis divorcée en 1971 et mon mariage fut annulé.

En 1971, je suis à mon appartement avec ma fille; je prends beaucoup de boisson, de drogues, je deviens violente agressive envers mon père, il fait venir la police. On me transporte au Parc Victoria où je passe la nuit en tôle. Le lendemain, je passe en cour et les policiers m'amènent à la prison des femmes, mentalement malade. Deux mois en cellule et une journée seule dans le donjon parce que j'avais répondu à la religieuse à l'arrivée en prison.

La prison m'a marquée et m'a fait mal. A ma sortie, les policiers me reconduisent à St-Michel Archange pour une couple de mois. J'ai vu de nombreux psychiatres; ils ont dit à mon mari qu'il n'y avait rien à faire. Je ne communiquais pas, je ne parlais pas, j'étais un cas désespéré. Je fus deux années sans boire parce que j'avais peur. J'étais sobre, sec; je ne savais pas ce que je faisais en boisson, j'avais des trous de mémoire. J'ai retrouvé ma foi, en 1976, quand j'ai été malade et que j'ai habité avec les amis de Jean Vanier qui m'ont soignée et m'ont donné bénévolement de leur temps et argent. Aussi, un séjour chez des amis croyants qui m'ont gardée et soignée à la communauté de Tracy où j'ai demeuré 2 mois 1/2. Je n'ai pas pris de boisson avec eux.

Ma fille a pris un appartement en 1976, à l'âge de 19 ans. Je me loue une chambre et je suis malheureuse. Je me saoule, je déménage souvent d'une chambre à l'autre, ne pouvant en garder aucune et je pleure beaucoup tout en buvant. Je me fais mettre à la porte des bars. Je suis en chambre deux ans, mon père est impotent et âgé. Je m'en occupe, quand je ne bois pas. La mort de mon père remonte à 18 mois. J'étais sobre (au salon mortuaire) le jour de sa mort. Heureusement, je l'aurais regretté, j'aimais beaucoup mes parents même s'il y a eu des conflits. Je les ai fait souffrir.

A neuf reprises, je suis hospitalisée, variant de 3 à 10 mois de séjour à la fois. J'ai eu des obsessions de suicide quand j'étais plus jeune. Je n'en parle à personne, je souffre beaucoup et je suis malheureuse. Je fais beaucoup de ressentiment et j'en veux à tout le monde. J'ai toujours raison, cela apporte des conflits avec ma famille. Je suis hors de moi.

Il y a 8 ans que je connais les Alcooliques Anonymes, un membre AA, Henri G. m'amène aux réunions. Je fais beaucoup de meetings, je bois et me fais mettre à la porte du groupe Bon Pasteur. Je vais aux réunions en boisson. Je ne comprends rien aux Alcooliques Anonymes et je n'ai pas atteint mon bas-fond. J'ai eu 3 mois de sobriété, une rechute, et 2 autres jetons de 3 mois. Ça fait un an et quatre mois que je suis sobre. J'ai retrouvé l'équilibre, le bonheur, du travail, ma fille parce que j'ai rencontré les Alcooliques Anonymes et enfin la sobriété. Ma fille me considère et elle est fière de moi. Je lui fais honneur, elle a oublié ces heures tourmentées et ces heures d'enfer. Je mets en pratique les douze Étapes.
 
J'ai fait la 4ième et la 5ième Étape. Nous avons courageusement procédé à un inventaire moral et minutieux de nous-mêmes. "Nous avons avoué à Dieu et à un autre être humain la nature exacte de nos torts. " J'ai fait ces étapes par écrit avec une autre personne en qui j'ai confiance et qui m'aide. J'ai aussi fait la première étape : "Nous avons admis que nous étions impuissants devant l'alcool et que nous avions perdu la maîtrise de nos vies". Je travaille aussi les autres étapes. J'ai confié ma vie à Dieu, je Lui confie ma vie qu'Il dirige. J'ai une dette de reconnaissance envers les Alcooliques Anonymes. J'espère demeurer sobre longtemps avec mes amis AA. Aujourd'hui, je suis heureuse car j'ai refait ma vie. Pour le nouveau, ne te décourage pas et à celui ou celle qui a une rechute, reviens. C'est possible de s'en sortir, 24 heures à la fois. Parfois, c'est long, mais ça se fait. J'ai eu mon bas-fond et j'aimerais demeurer sobre encore plusieurs années, si Dieu me donne la santé et la vie. Je suis en réhabilitation et en quête d'une vie meilleure.

Les médecins, aux tribunaux, ont déclaré que j'étais incapable de prendre mes responsabilités. Je suis toujours à un bras de mon premier verre. Je dis souvent la prière de Sérénité lorsque ça va mal. Aujourd'hui, ça va beaucoup mieux. Je vous remercie tous d'être indulgents et compréhensifs. Je ne vous laisserai pas, j'ai besoin d'AA et de mon Être Suprême. Je remercie Dieu de m'avoir protégée. J'ai enfin retrouvé la paix et la sérénité.

Marielle G. (Québec)

Volume 16, No 1 / Juin 1980 – Juillet 1980 / Page 35 (PDF pour impression)

NOTRE BIEN-AIMÉE HENRIETTA SEIBERLING MEURT À 91 ANS

IN MEMORIAM

Le décès d'Henrietta Seiberling, âgée de 91 ans, survenu le 5 décembre 1979, a inspiré à plusieurs membres AA des pensées de reconnaissance pour le rôle vital qu'elle a joué dans la fondation de notre Fraternité.

En 1935, résidente d'Akron, Ohio, Mme Seiberling fut le lien qui a réuni deux alcooliques, un visiteur sobre de New York et un médecin local ivre, qu'elle essayait d'aider. Alors, Bill W., a rencontré le Dr Bob (Voir "AA, Cornes of Age", pp. 66-67). Comme nos co-fondateurs étaient en quête d'autres alcooliques, Mme Seiberling donna son appui à ce groupe encore sans nom.

Plus tard, elle déménagea à New York, où elle fut souvent l'invitée d'honneur aux dîners annuels pour célébrer l'anniversaire de Bill. Les membres se souviennent qu'il a présenté "Notre bien-aimée Henrietta" comme une des non-alcooliques pour qui AA avait une dette éternelle.

 

 

 

 


Vers le haut

Volume 26 No 2 / Juin 1990 – Juillet 1990 / Pages 2-6 (PDF pour impression)

UN TROU DANS LE CŒUR

UN TROU DANS LE CŒUR

Le mot "alcoolique" non seulement décrivait ma façon de boire, mais c'était comme la pointe, petite mais apparente, d'un iceberg, indiquant que, juste sous la surface, se trouvaient de vastes quantités de désordres mentaux, émotifs et spirituels. Les Douze Étapes m'avaient fidèlement tracé la voie pour explorer sans danger ces particularités, et il m'avait suffi d'être prêt à la suivre pour découvrir déjà beaucoup de choses à mon propre sujet.

Plusieurs des écarts que j'ai découverts, au cours des dix dernières années, étaient soit une émotion exagérée, soit une diminution d'intérêt ou un désir inopportun. Et même s'ils étaient souvent déplaisants, je les partageais facilement avec mes confrères et consoeurs, et les maîtrisais habilement grâce au mode de vie. Un de mes défauts, toutefois, m'avait particulièrement donné du trouble. Avec tout le pouvoir de guérison et de rétablissement que le mouvement avait répandu sur moi, j'étais devenu fondamentalement un alcoolique sobre, honnête, responsable et aimé – mais vide de tout amour, tel que je le concevais. Cette absence, ce vide absolu, au milieu de notre fraternité d'amour, semblait étrange, déplacé. Ce défaut-là, je ne pouvais pas en parler.

Je faisais partie de ces chanceux qui sont arrivés en trébuchant au mouvement sans avoir perdu leur emploi, leur femme, leurs enfants ou leur maison. Plus exactement, nous avions cinq enfants une fille de quatorze ans, trois garçons pas encore adolescents, et la plus jeune des filles qui est née le jour de mon dernier verre. Grâce à Dieu et au mouvement AA elle n'a pas encore vu son papa boire. S'il y avait en moi quelque émotion ressemblant â l'amour, cette petite pouvait la faire sortir.

Dans le monde matériel, j'avais reçu ma part d'humilité, admettant et acceptant le fait que je pouvais avoir tort et que ça m'arrivait parfois. Mais dans le royaume du spirituel, j'avais conservé une attitude pharisaïque inflexible: toute manifestation de malhonnêteté, d'orgueil ou d'égoïsme de la part des autres était suffisante pour que je les condamne.

Mes enfants étaient particulièrement sensibles à ces attaques. Comme ils n'arrivaient pas à satisfaire mes critères irréalistes, je leur sautais dessus en les condamnant et en les sermonnant. Après quatre ans de sobriété, j'en avais vu assez pour me convaincre que mes quatre plus vieux étaient fondamentalement amoraux. Deux d'entre eux, à mon avis, se préparaient de sérieux problèmes. J'étais un juge dépourvu de compassion. Je voyais si rapidement leurs défauts et j'écartais si facilement leurs réussites. Ma femme, comme elle l'avait fait tout au long de notre mariage, continuait de les défendre. Elle me cachait leurs erreurs, leurs échecs, argumentait qu'ils n'étaient que des enfants et criait que j'étais trop dur avec eux.

Ce jugement froid et cruel, face à des attentes impossibles, ce n'était pas nouveau. Je traitais mes enfants comme je me traitais moi-même. Ricochant de l'engagement total et au complet abandon, je me considérais soit comme un saint ou comme un vil pécheur. Il n'y avait donc rien de surprenant à ce que les enfants, arrivés à majorité, fassent leurs maigres bagages et déménagent. À chaque fois que l'un d'eux se préparait à partir, je voyais les yeux de ma femme se remplir de larmes et je sentais honteusement le soulagement m'envahir.

J'avais appris que Dieu parfois, dans le but d'agir dans nos vies, doit d'abord nous rendre encore plus impuissants; et c'est ce qui m'est arrivé. J'avais vécu sur un "nuage rose" pendant mes deux premières années de mouvement. J'avais eu la grâce de ressentir la présence constante de mon Dieu. Avec ce puissant contact conscient, je n'avais pas eu de mal à faire les choses difficiles. Bien sûr, ce n'était pas moi - Dieu m'avait donné ce dont j'avais besoin. Puis arriva la descente inévitable de mes vertigineux sommets spirituels et je me suis retrouvé dans une position particulièrement intenable. Chaque désir charnel dont j'avais été merveilleusement délivré revint soudain et s'enracina profondément en moi. Mes jugements arbitraires maintenant me condamnaient.

Grâce au mode de vie, j'ai pu trouver assez de force pour résister à chaque tentation et, Dieu merci, je ne suis jamais vraiment passé à l'action. Mais pendant ces quelque cinq années, j'ai perdu suffisamment de terrain, sur le plan moral, pour en être complètement ébranlé. Peu importe tout ce que j'avais appris à connaître d'un Dieu d'amour et de pardon, mes manquements à ma propre moralité m'amenèrent à craindre de plus en plus qu'il ne m'abandonne.

Je tentai d'éviter de raconter mon histoire dans les réunions, craignant que Dieu me juge inapte à transmettre son message. Mes commentaires, dans les réunions forums, contenaient moins de "réponses". Je commençais plutôt à parler de mes défauts, de mes doutes et de mes peurs. Je commençais à ressentir de la compassion pour mes compagnons de souffrance – alors qu'auparavant j'avais dû lutter pour pouvoir tolérer certains d'entre eux. J'avais trébuché et j'étais retombé par terre, avec le reste de l'humanité, et c'était un lieu où j'avais grandement besoin de me retrouver.

Quand l'étudiant est prêt, Dieu fournit le professeur. À une réunion, le conférencier dit: "Je n'ai pas pu aimer les autres, tant que je n'ai pas eu appris à m'aimer moi-même." Je me suis rappelé les nombreuses occasions où j'avais vu les enfants imiter mon comportement, et le dégoût que je ressentais en voyant ce vivant reflet de moi-même. Ce n'était pas l'enfant lui-même que je ne pouvais pas aimer; c'était le défaut, la souillure, ce reflet de moi chez l'enfant, qui soulevait ma colère et mon dégoût. L'enfant avec qui je me sentais le plus à l'aise, c'était celui qui me ressemblait le moins. Maintenant, après neuf ans de mouvement, ma vision s'est suffisamment éclaircie pour que je puisse voir une partie cruciale de mon problème.

Mon mariage, qui durait depuis plus de vingt-quatre ans, semblait suffisamment en danger pour que nous ayons besoin de consulter quelqu'un. Ma femme avait elle-même rendu plusieurs fois visite à une conseillère et mon tour était finalement venu d'y aller avec elle. La conseillère passa en revue les complications qu'il y avait à essayer de sauver un mariage marqué par la maladie de l'alcoolisme. Puis elle commença à parler des liens affectifs familiaux.

Je regardai le dessin qu'elle avait fait sur une grande feuille de papier blanc. On y voyait des cercles qui représentaient ma femme, mes enfants et moi. Les cercles étaient reliés par des lignes; une seule ligne entre ma femme et moi, et différentes lignes entre ma femme et les enfants. La conseillère était en train d'expliquer comment ma femme et mes enfants avaient développé des liens étroits et solides - comment, à cause de mon alcoolisme, ils s'étaient unis. L'absence de lignes entre moi et les enfants était censée signifier que mon sentiment d'isolement n'était qu'une conséquence de plus de ma maladie.

En pensée, je remontai le cours des ans, songeant à cette époque où ma femme et mes enfants se serraient les uns contre les autres, pendant que je tempêtais à propos de tout et de rien. Alors là, dans le bureau de la conseillère, contemplant la feuille blanche, j'ai commencé à ressentir une intense tristesse, un serrement dans la gorge. Automatiquement, j'ai prié en silence: "Mon Dieu, donnez-moi la sérénité ... "

Les trois plus vieux étaient tous partis s'installer dans la région de Los Angeles. Ma fille, qui avait maintenant vingt-quatre ans, était mariée et sur le point de donner naissance à mon premier petit-enfant. Les deux garçons avaient chacun leur appartement et travaillaient dans la construction. L'un s'était marié, l'autre sortait encore. Je vis venir passivement les circonstances qui nous amenèrent à planifier un voyage en avion à Los Angeles, pour y passer deux semaines de vacances après la naissance du petit bébé. Deux semaines, j'en étais sûr, qui allaient être remplies de "moi et d'eux".

On m'avait appris, dans ma sobriété, à faire les choses difficiles, à faire face aux problèmes, à traverser la douleur, à tolérer les malaises. Je ressentais l'anxiété et repoussais la crainte, alors que passaient les jours l'un après l'autre, jusqu'à ce que vienne l'heure de nous rendre à l'aéroport. J'étais sûr de si peu de choses, à ce moment-là, mais je croyais toujours que passer à l'action, c'était faire un pas dans la foi. Je n'avais même pas songé à prendre un verre, donc Dieu ne m'avait pas encore abandonné.

Au moment de l'atterrissage en Californie, je me préparai mentalement à accepter les conséquences de ces années où j'avais élevé les enfants de façon abusive, mais en quittant l'avion je suis tombé tout de suite dans la chaleur de l'amour de mes enfants. Avec leurs conjoints et amis, et le bébé, c'était en fait une foule qui était venue nous accueillir. J'observai attentivement le visage de chacun de mes enfants, cherchant des signes cachés de colère, de froideur ou de dédain. À la place, j'ai trouvé les visages de petit garçon et de petite fille que j'avais connus avant leur adolescence, comme si nous étions tous, d'une manière ou d'une autre, retournés dans le temps. J'étais entouré par l'innocence de la jeunesse, leurs doux yeux bleus tournés avec espoir vers moi, leur père, Je ne suis pas surpris de la difficulté que j'ai à comprendre Dieu; il est merveilleusement illogique.

Les jours passés en Californie furent de précieux cadeaux, l'un après l'autre, à savourer et à apprécier. À leurs amis, amoureux, propriétaires, voisins et parents ils disaient tous fièrement: "C'est mon papa." Si j'avais choisi de ne pas m'aimer, ça me regardait. Eux, ils allaient m'aimer quand même. "Tu n'étais pas si mauvais, me disaient-ils. Je ne me souviens plus tellement d'avant." Ma plus vieille, celle que je croyais avoir fait souffrir le plus avec ma maladie, avait, juste trois mois auparavant, donné naissance à une belle petite fille. Elle a dû se demander pourquoi j'avais les yeux humides, quand elle m'a tendu le bébé en disant: "Tiens, papa, prends ta petite-fille."

Pendant près de deux semaines, la vie prit la couleur et la saveur d'une de mes fantaisies. Nous semblions participer à une pièce de théâtre divine, écrite et mise en scène par une puissance supérieure. L'un après l'autre, mes enfants et moi avons connu des moments d'une telle intensité qu'ils compensaient pour des années. Agenouillé près du lit, dans la noirceur tranquille du soir, je ressentais ma prière d'action de grâces plus que je ne la disais.

Mes enfants avaient outrepassé mes sombres attentes et déçu mes espoirs les plus chers, Mais, comme moi, ils essayaient de vivre une vie utile dans un monde difficile, Prenant les meilleures décisions que nous pouvions - endurant les défaites, célébrant les victoires, battus par des émotions et des faiblesses, soutenus par des valeurs et des forces -, nous traversions tous péniblement chaque jour ensemble.

Chacun de nous aspire certainement à de plus grandes choses, Mais tels que nous sommes, eux et moi, nous essayons seulement d'être nous-mêmes le mieux possible, Alors, qui suis-je pour critiquer ces enfants qui sont les miens?

Pendant que le temps me poussait petit à petit, impitoyablement, vers la fin de mes vacances, la réalité, comme les murs d'une pièce qui rétrécirait, se resserrait de plus en plus autour de mon esprit, Réunis ensemble, le dernier jour de notre visite, tous autant que nous étions, presque en même temps, nous sommes tombés dans le silence trouble des condamnés attendant l'inévitable. Les tentatives de farces, bien intentionnées mais non sincères, étaient maladroites et sonnaient faux, Aucun de nous n'osait regarder l'autre longtemps dans les yeux, comme si ce contact avait pu combiner la force de la tristesse individuelle de chacun et les amener à pleurer ensemble, Il ne fallait surtout pas qu'à un aussi beau moment quelqu'un pleure!

Comme nous le savions tous, il devait arriver, ce moment terrible, ce moment où nous devons regarder l'autre bien en face, et, en y voyant l'angoisse, accepter et exprimer la nôtre, Alors, au moment de nous séparer, je me soumis et pris chacun dans mes bras, acceptant ma douleur intérieure comme la preuve d'un autre don de Dieu: l'amour.

J.H., Delaware (Ohio)
© AA Grapevine
Traduit et reproduit avec permission


Vers le haut

Volume 26 No 2 / Juin 1990 – Juillet 1990 / Page 10 (PDF pour impression)

METTRE EN PRATIQUE CES PRINCIPES

METTRE EN PRATIQUE CES PRINCIPES

Sixième Tradition: Un groupe AA ne devrait jamais endosser ou financer d'autres organismes, qu'ils soient apparentés ou étrangers aux AA, ni leur prêter le nom des Alcooliques anonymes, de peur que les soucis d'argent, de propriété ou de prestige ne nous distraient de notre objectif premier.

  1. Devrions-nous, les membres de mon groupe et moi, recueillir des fonds pour doter notre hôpital local de quelques lits réservés aux AA?
  2. Est-il bon pour un groupe de louer un petit édifice?
  3. Est-ce que tous les responsables et les membres de notre club local des AA connaissent les Lignes de conduite des AA sur les clubs (disponibles gratuitement au Bureau des Services généraux)?
  4. Est-ce que le ou la secrétaire de notre groupe devrait siéger dans le comité consultatif de la mairie sur l'alcoolisme?
  5. Certains alcooliques se tiendront dans les parages d'AA seulement si nous avons une salle pour regarder la télévision et jouer aux cartes. Si c'est ce qu'il faut pour leur transmettre le message, ne devrions-nous pas être installés en conséquence?

"Practice These Principles ... "
 © AA Grapevine, juin 1987; traduit et reproduit avec permission


Vers le haut

Volume 26 No 2 / Juin 1990 – Juillet 1990 / Pages 18-20 (PDF pour impression)

LA GRÂCE DE DIEU

LA GRÂCE DE DIEU

La grâce de Dieu se manifeste de bien des manières. Je vais vous raconter de quelle façon j'en suis venu à connaître AA il y a environ huit ans nous étions ma famille et moi aux prises avec des problèmes familiaux et tout particulièrement les problèmes d'alcool de ma mère et de mon frère cadet. Un de mes frères de deux ans mon aîné qui à ce moment là avait cessé de boire depuis plus de deux ans, nous parla du groupe AI-Anon qui selon lui pouvait peut-être nous aider à résoudre nos problèmes familiaux.

Ma surprise fut des plus grandes car je m'attendais à ce qu'on me donne une recette magique afin de les faire cesser de boire. Mais il en fut tout autrement, au lieu de me donner une recette pour les faire cesser de boire on m'a donné une recette afin de m'occuper de mon problème face à l'alcoolisme de ma mère et de mon frère. Vous devez bien vous douter que je croyais que ce programme n'était pas pour moi; je ne croyais pas avoir un problème. De plus je ne m'identifiais pas à ce groupe, ils semblaient tous être dans un état lamentable. Je les ai jugés et n'ai pas écouté ce qu'ils avaient à m'offrir. Pourtant, ils avaient beaucoup à me donner mais j'étais trop remplie de moi-même pour entendre quoi que ce soit.

Après une année, la vie a continué mais dans mon cas tout autour de moi s'écroulait. J'ai commencé à trouver toutes sortes de défauts à tous ceux qui m'entouraient et le premier fut mon mari bien entendu. De plus durant cette période il a été atteint d'une très grave maladie qui a résulté en une transplantation cardiaque. C'est alors que je me suis dit et bien voilà, c'est ça ! La cause de tous mes problèmes, la maladie de mon mari. C'était n'importe quoi sauf moi alors après son rétablissement je n'étais pas plus heureuse et je peux vous assurer que j'ai trouvé toutes sortes de raisons qui justifiaient mon malheur. Encore là, toutes ces raisons étaient à l'extérieur de moi. J'ai cherché du réconfort dans les bars, je cherchais une réponse à tous ça. Pourtant au fond de moi-même 'il y avait une petite voix qui me disait que ce n'était pas là que je trouverais ma réponse. Je n'ai pas bu en quantité industrielle mais j'ai bu pour les mauvaises raisons.

C'est à ce moment là que j'ai atteint mon bas fond. Ma vie était devenue incontrôlable. Je voulais quitter mon mari qui était rétabli de l'alcool mais qui psychologiquement ne l'était pas, la maison et la compagnie que nous avions bâties ensemble. Les finances de la compagnie étaient dans un état lamentable car ni moi ni mon mari n'avaient envie de s'en occuper. Je n'arrivais pas à trouver le courage de le quitter pourtant dans mon fort intérieur je savais que pour moi c’était la solution. Durant toute cette période je n'ai parlé à personne car je croyais que de parler de ses problèmes était une marque de faiblesse. Et je ne voulais surtout pas que l'on sache que j'étais une pauvre et faible femme. Mais Dieu fait bien les choses car étant donné que je n'avais plus personne à qui parler, une bonne journée je suis allée voir mon frère, celui qui trois ans auparavant avait cessé de boire. Je suis allée le voir pas pour parler mais pour avoir un peu de compagnie. À ma grande surprise, il semblait tellement heureux et pourtant il n'avait rien, pas un sou en poche. Je n'arrivais pas à comprendre comment il arrivait à être heureux avec rien et moi qui avais tout j'étais si malheureuse.

Il a commencé à me parler de ce que lui avait fait pour s'en sortir. Il m'a d'abord parlé de la rigoureuse honnêteté. Il ne m'a pas parlé de A.A car selon lui il ne croyait pas que j'avais un problème avec l'alcool. À ce moment-là, je contrôlais encore très bien cet aspect de la maladie. C'est alors qu'un autre soir que je suis arrivé chez lui tout en larmes et qu'il se préparait à sortir, il m'a dit "je ne peux pas te laisser ici toute seule dans cet état et il est primordial que je me rende à ma réunion A.A, je t'emmène avec moi". Cela se passait au milieu de l'été 1984 et ce fut là le début de toute une aventure.

Comme vous pouvez vous en douter je me sentais un peu mal à l'aise, les gens me demandaient si j'étais nouvelle et je leur répondais que j'accompagnais quelqu'un qui appartenait à leur groupe. Je ne pleurais plus mais j'étais très curieuse de voir ce qui ce passait. Ce soir là, l'homme qui était invité comme conférencier était très séduisant. Il commença son partage et je me suis identifié dons plusieurs des élocutions qu'il énonçait. Et tout particulièrement vers la fin de son partage il dit que sa vie était devenue incontrôlable et qu'il essayait en vain de s'accrocher à une femme pour qu'elle l'aide à s'en sortir. Mais le résultat fut qu'ils étaient tous deux en train de couler à pic. Je me suis mis à nouveau à pleurer en sanglot car il avait touché en plein dans le mille. À partir de ce jour je me suis mise à travailler sur moi-même et j'ai commencé à avoir des résultats concrets. Je me suis mise à mettre en pratique les douze étapes en prenant bien soin de les faire et surtout de bien les comprendre une à la fois.

Cela fait bientôt cinq ans maintenant que je suis abstinente mais pas nécessairement sobre. Je dois vous avouer que malgré mes cinq années d'abstinence je me retrouve encore une fois sur le bord de la dépression avec des ulcères d'estomacs. Le slogan 24 heures à la fois ne fait plus partie de ma vie. Et mes peurs sont revenues, je me pensais hors de danger après cinq ans mais je suis tout autant que le nouveau à un fil de prendre mon premier verre quand je suis dans cet état. Alors mon remède je le connais et je n'ai qu'à le prendre. Auparavant je ne savais pas qu'il y en avait un. Alors pour aujourd'hui seulement, je  vais faire confiance à Dieu et en Dieu et lui demander de me guérir physiquement et aussi de me donner le courage de continuer dans la bonne voie, Je vais retourner à la base et faire ma première étape et mettre en pratique ces étapes dans tous les domaines de ma vie.

Merci mon Dieu !

Ginette L., Montréal

Vers le haut

Volume 26 No 2 / Juin 1990 – Juillet 1990 / Page 22-23 (PDF pour impression)

LA QUANTITÉ IMPORTE PEU

LA QUANTITÉ IMPORTE PEU

Bonjour je suis alcoolique et mon problème c'est Marc! J'ai souvent entendu dans divers partages, que la quantité importait peu, mais je m'accrochais quand même à l'image de l'alcoolique dormant sous un banc de parc, ne possédant plus rien, matériellement très pauvre. Il m'a donc fallu près d'un an pour vraiment accepter que j'étais un alcoolique.

Dans de nombreux partages la quantité de boisson prenait toute la place, le rétablissement consistait à ne pas boire pour aujourd'hui. Certes cela est nécessaire mais en même temps, il me semblait que n’avant pas bu de quantités aussi grandes, je n'aurais pas autant de difficultés pour arrêter. Je me trompais bien sûr, mais tant que je persistais avec mes idées préconçues, ma volonté ne laissait pas de place aux conseils des autres membres. Aujourd'hui je suis convaincu que je suis alcoolique et je l'ai accepté. À partir de ce moment, l'obsession de boire baissa graduellement pour ne devenir que de petits "flashs" juste assez forts pour ne pas oublier que la "force" m'est accordée 24 heures à la fois. On voit de plus en plus de jeunes dans AA, le bas-fond élargit sa signification.

Au début du mouvement ceux et celles qui venaient à AA avaient sans doute souffert davantage que moi, mais de plus en plus on s'aperçoit qu'il n'est pas nécessaire d'attendre aussi longtemps avant d'agir. Par contre arriver plus tôt à AA pose le problème de s'identifier sans réserve. J'aimerais aider la personne qui éprouve cette difficulté, en lui transmettant les quelques phrases entendues dans diverses réunions et qui m'ont accrochés davantage.

  • La façon de boire d'un alcoolique me paraît tout aussi importante que la quantité.
  • Un buveur "normal" ne tente pas d'essayer de contrôler le nombre de verres, car il n'a pas cette soif alcoolique; il peut prendre quelques consommations au cours de la soirée mais sa soif s'étanche facilement..
  • L'alcoolique a de plus en plus soif au fur et à mesure qu'il consomme.

J'ai devant moi 24 cokes, j'en prends un ou deux et je n’ai plus soif; si je fais la même chose avec une caisse de bière, je ne sais pas combien j’en prendrai. Se questionner sur sa façon de boire peut être aussi un bon indice car la personne qui n’a pas le problème ne se pose même pas la question. Une autre façon de se rendre compte si on est alcoolique est d’arrêter de boire et de regarder notre comportement sans alcool.

Je trouvais la vie « plate », je redoutais la fin de semaine, je tournais en rond ne sachant que faire pour penser à autre chose qu’au plaisir relié à l’alcool. Un bon repas sans vin impensable, un vendredi soir sans fêter mais que vais-je faire à la place? L’alcool prenait beaucoup plus de place que je ne le croyais car j’organisais mes loisirs en fonction de pouvoir consommer.

Il fallait que l'alcool soit de la partie. J'ai bien tenté de contrôler car je ne voulais pas arrêter complètement, boire que les fins de semaine, acheter 6 bières seulement pour être sûr de ne pas en prendre davantage mais à ce moment là je ne prenais pas beaucoup de plaisir car je "contrôlais". J'ai bien réussi quelques fois à être raisonnable mais quand je m'y attendais le moins, que je n'étais pas sur mes gardes, PAF, je perdais la carte et le lendemain, plein de remords, je me jurais que cela ne se reproduirait plus. Je crois que j'avais perdu la raison une fois de plus, je n'avais pas bu raisonnablement.

Si tu te poses des questions, de grâce reste parmi nous. Les nombreux témoignages que tu entendras finiront bien par faire leurs chemins. Tu auras la certitude de cheminer vers une vie meilleure! Je te souhaite cette chance, les personnes qui croient qu'une rechute n'a pas trop de conséquences en se disant si ça va trop mal je reviendrai et bien je leur dirai que ce n'est pas tout le monde qui a cette chance. Plusieurs sont morts pendant leur rechute à cause de l'alcool; maladie, accidents d'auto, etc. Nous n'entendrons jamais hélas, leurs témoignages.

Je préfère la vie que j'ai aujourd'hui sans alcool même si par fois je faiblis, je ne laisse pas l'idée d'une rechute prendre prise. Je vais tout simplement voir mes amis AA et le tour est joué. Je sais que je suis privilégié d'être parmi la fraternité AA et j'essaie d'en remettre une partie à quelqu'un qui en arrache.

Bon "24"

Marc, Laval


Vers le haut

Volume 26 No 2 / Juin 1990 – Juillet 1990 / Pages 28-30 (PDF pour impression)

L’AIDE «SANS AIDE»

L’AIDE «SANS AIDE»

J'étais un nouveau de six semaines dans le mouvement, quand j'ai fait l'expérience pour la première fois de l'aide "sans aide", façon AA. C'est comme ça que j'appelle l'aide apportée à mes besoins plutôt qu'à mes désirs, Voici ce qui est arrivé.

À la réunion, ce soir-là, toutes mes pensées allaient au problème que j'avais eu à la banque plus tôt dans la journée, j'étais incapable de payer deux comptes de carte de crédit arriérés et je voulais les échanger contre un prêt à bas taux mensuel. Mais ces deux prétentieux de commis sur lesquels je venais de tomber répétaient que je ne pouvais obtenir de prêt à moins de répondre à certaines questions - auxquelles je n'étais pas prêt de répondre.

"Vous rendez-vous compte que je suis un client privilégié depuis des années, ici? leur ai-je demandé, indigné, Je ne compte pas les fois où j'ai obtenu un plus gros prêt que cela de mon vieux copain le vice-président, sans toutes ces questions," Juste à ce moment-là, le vice-président lui-même est entré, Mais Dieu sait pourquoi, il n'a pas voulu me parler, J'étais outragé! Je sentais la tempête monter en moi.

J'avais peur aussi. Je croyais que si je répondais aux questions, cela ternirait mon "image" dans les milieux de crédit, et pis encore, la banque pourrait même me refuser le prêt, de toute façon, et saisir mes maigres revenus, J'étais découragé, assez pour demander de l'aide.

Mes pensées sont revenues à la réunion AA en cours, et je vis exactement la personne qui pouvait m'aider, "l'emprunteur de classe mondiale", Il avait remboursé des dettes faramineuses, depuis son entrée dans AA, tout en obtenant que ses créanciers le laissent en paix, Je l'entraînai dans un coin après la réunion.

"J'ai besoin de ton aide", lui dis-je, et je lui racontai ce qui s'était passé à la banque, "Je sois qu'ils violent mes droits, ai-je conclu, mais Je ne sais pas exactement en quoi. Comment faire pour remettre ces parvenus à leur place et pour que ça colle?" Sa réponse m'a renversé: "Pourquoi ne pas leur dire la vérité? T'as bien volé l'argent, n ' est-ce pas?"

Tout ce que j'ai pu faire, ça été de sortir de là, et vite, En rentrant à la maison, la tempête que j'avais emportée avec moi à la réunion, a semblé doubler d'intensité, "Si c'est ça, l'aide d'AA, me murmurai-je à moi-même, j'en ai pas besoin, Ce, (juron censuré), c'est pas un ami! Oser me traiter de voleur!"

Cette nuit-là fut sans sommeil, mais à l'aube il se produisit une drôle de chose, D'une manière ou d'une outre, il m'est venu à l'idée que ce que j'avais fait, vraiment, c'était bel et bien du vol. Je n'avais pas les moyens de payer les achats faits avec la carte de crédit au moment de les faire. Je me suis souvenu de m'être vanté, dans des réunions, que mes derniers jours de beuverie, je les avais passés seulement dans les meilleurs bars, parce que le seul argent que j'avais, c’était des cartes de crédit, En considérant les choses de cette façon, je me sentis soulagé.

Puis il se produisit une chose encore plus étrange, Je me suis aperçu que je n'en voulais pas à cet emprunteur de classe mondiale, ni aux deux jeunes hommes de la banque. Je me suis même rendu à la banque ce matin-là, j'ai répondu aux questions (en disant la vérité) et j'ai obtenu le prêt, Et ce soir-là, à la réunion, j'ai dit à l'emprunteur de classe mondiale ce que j'avais appris à mon propre sujet.

J'étais en mesure de voir que l'aide sans aide qu'il m'avait donnée était exactement ce dont j'avais besoin. Le choc m'avait permis de me voir moi-même honnêtement et de dégager la voie pour laisser Dieu opérer en moi, à sa mystérieuse manière, un changement d'attitude radical. Mais sans la remarque mordante de mon futur parrain, ma tempête de ressentiment aurait duré beaucoup plus longtemps et je me serais retrouvé en danger de boire.

Je ne me rendais pas compte, alors, à quel point cette sorte d'aide au service du besoin serait essen­tielle à ma sobriété à long terme. Sans elle, j'en suis sûr, je n'aurais jamais fait à fond les Étapes Quatre à Neuf.

Dans ma tête de pioche, j'ai toujours résisté à ces Étapes de "vidage de poubelles", Bien sûr, je les croyais, dans les réunions, les gens qui racontaient qu'ils avaient reculé, par exemple devant leur Quatrième Étape, comment ça n'avait pas été aussi dur qu'ils l'avaient craint, et comme les bénéfices avaient été considérables, Mais cela n'avait qu'un effet intellectuel sur moi. Au niveau des tripes, j'étais comme la mule qui ne veut pas avancer tant que son maître ne lui claque pas un "deux-par-quatre" entre les deux yeux, La douleur est la seule chose qui la fait avancer, Mais si quelqu'un a besoin de la douleur, ce n'est certainement pas moi.

Pendant un certain nombre d'années, j'ai considéré la douleur attendue des Quatrième, Cinquième. Sixième, Septième, Huitième et Neuvième Étapes comme insupportable - un genre de chirurgie morale sans anesthésie, Mais pendant ce temps, je connaissais de nombreuses tempêtes personnelles, qui se déroulaient selon le même schème que l'épisode de la banque, À chaque fois, ma réaction à l'aide sans aide des parrains engendrait suffisamment de douleur supplémentaire pour me permettre de dégonfler mon ego et de procéder à un vidage de poubelle adéquat.

Aujourd'hui, je m'étonne de voir, dans l'épisode de la banque, que j'ai en fait posé tous les gestes de la Dixième Étape telle qu'elle est décrite à la page 77 du gros Livre, Ces gestes constituent l'ensemble des gestes cruciaux des Étapes Quatre à Neuf, Ce qui m'étonne, c'est que j'ai fait cela naturellement, après seulement six semaines de mouvement, même si je ne connaissais rien aux Étapes et n'avais pas de contact conscient avec Dieu. Et ce n'était pas du chiqué, non plus. Je le sais au délicieux sentiment de paix que j'ai ressenti.

Bien que je n'aie pas vu le rapport entre les Étapes Quatre à Neuf et ces expériences d'une portée limitée, toutes ces tempêtes tuées dans l'oeuf me préparaient aux "gros morceaux" du vidage de poubelle. Chacune ramollissait ma résistance un petit peu, jusqu'à ce qu'enfin je devienne consentant. Et le fait "d'aider en n'aidant pas" fournissait l'ingrédient essentiel tout au long de ce cheminement.

Il y eut d'autres tempêtes, dans les premières années, pour lesquelles je ne me suis pas donné la peine de demander de l'aide. C'était cela ou trouver le "type" de membre AA qui m'aide à ma manière. Puis j'essayais d'enfouir mon trouble ou de "l'oublier". Dans ces cas-là, le vrai vidage de poubelle était au-delà de mes moyens. Parfois ma sobriété ne tenait qu'à un mince fil. Une fois, j'ai fait une bringue égoïste et me suis retrouvé enfermé dans une aile d'un hôpital psychiatrique - à la demande du shérif. Je n'ai pas pris un verre, mais il s'en est fallu de peu.

Je suis très, très reconnaissant de voir qu'aider en n'aidant pas est toujours possible, partout où je vais dans AA. Je me demande si ce serait comme cela aujourd'hui, s'il n'en avait pas été ainsi depuis les tout premiers jours de notre association. Le révérend Samuel Shoemaker, en parlant de cette époque, dresse pour nous ce portrait en mots de ce qu'il appelait un "traitement personnel draconien":

"Les membres AA connaissent toutes les excuses en réserve... Ils les ont toutes entendues et reconnaissent en elles le paquet de mensonges justifiés qu'elles sont. Elles constituent, dans leur ensemble, l'Évangile d’Enfer et de l'Échec. Je les ai entendus peiner l'un avec l'autre, tantôt patients comme une mère, tantôt brutaux comme un boxeur professionnel, tantôt expliquant avec soin, tantôt abattant un lourd défi personnel, mais sachant toujours le besoin désespéré et la réponse sûre."

"Le besoin désespéré et la réponse sûre." J'essaie de garder ces deux choses au premier plan de ma pensée, quand je suis celui qui essaie d'en aider d'autres, mais cela n'est pas facile. Il m'est souvent plus facile de penser: "Je ferais mieux de ne pas lui dire ce qu'il doit apprendre, car je pourrais le chasser et l'envoyer boire." Mais je me suis aperçu que, dans presque tous les cas, c'était une échappatoire En réalité, c'est que j'ai tout simplement peur de perdre un ami ou, mieux encore, je ne suis pas prêt à m'offrir le dur travail d' é-c-o-u-t-e qu'il faut pour savoir où il en est. Mais quand je donne une aide au service du besoin, honnêtement, avec ma volonté dans les mains de Dieu, je me sens propre et je me sens bien dans mon for intérieur.

Aider en n'aidant pas, ça existe réellement - c'est Dieu qui aide, alors que moi, je ne suis que l'instrument.

V.M, St-Augustine (Floride)
© Grapevine
Traduit et reproduit avec permission


Vers le haut

Volume 26 No 2 / Juin 1990 – Juillet 1990 / Page 35-36 (PDF pour impression)

EN ATTENDANT UN STUPIDE AUTOBUS SOUS UN SOLEIL DE PLOMB

EN ATTENDANT UN STUPIDE AUTOBUS SOUS UN SOLEIL DE PLOMB

En attendant l'autobus, une autre de ces journées où je n'avais pas trouvé de travail, je me suis pris à penser à ma vie, ancienne et nouvelle. Je ne m'étais établi que récemment dans cette ville du sud, avec ma famille, De plus, ça ne faisait que trois courtes semaines que j'étais sorti d'un centre de traitement pour alcooliques très fortement basé sur AA Et là, je me retrouve sous un soleil de plomb, attendant un stupide autobus.

Et puis qu'est-ce qu'ils en savent, ces gens dans AA ? Que connaissent-ils vraiment de la vie, ces stupides conseillers? C'est facile pour eux. Ils travaillent tous et ont des autos. Ils ne savent pas ce que c'est que d'être assis sur ce banc brûlant, en attendant un stupide autobus.

Ils passaient leur temps à parler d'une puissance supérieure, à dire que si vous laissez votre puissance supérieure travailler avec vous, plutôt qu'à votre place, il ou elle vous aidera toujours de la meilleure manière possible pour vous.

Je me souviens d'un conseiller, en particulier. Ce gars-là, petit et chauve (alors que je mesure six pieds et quatre, et que j'ai tous mes cheveux) disait tout le temps qu'il laissait sa puissance supérieure contrôler sa vie: il racontait comment, quand il buvait et se droguait, il combattait la volonté de sa puissance supérieure à son égard. Maintenant, il agit selon sa puissance supérieure et trouve que les choses se passent toujours pour le mieux, même de la manière la plus inattendue.

Mais où est donc ce stupide autobus? Eh que ça serait bon, là, une bière froide!

Personne n'en saurait rien. Je peux traverser la rue et en acheter une dans ce magasin, avant que l'autobus arrive. Une bière, ça ne peut pas me faire de tort. Il fait chaud assis ici, au soleil. Je mérite une bière, Ça fait neuf longues semaines que je n’en ai pas pris. J'ai été sage, et regarde ce que ça m'a donné: sans travail, assis sur un banc à attendre l'autobus dans une ville inconnue.

Okay, puissance supérieure, j'ai quelque chose pour toi. Si tu veux que je reste sobre, amène l'autobus avant que la lumière change trois fois. Une ... deux ... trois … pas d'autobus. Tu vois? Une puissance supérieure qui travaille pour toi si tu lui demandes? Tu m'en diras tant!

J'ai traversé la rue et j'ai acheté une canette de bière. Là je me suis demandé où je pouvais me mettre pour la boire sons être vu. (II y a une loi, dans cette ville, qui interdit de boire en public). Dans le buisson, là, à côté de l'arrêt d'autobus. Comme ça, si jamais l'autobus arrive, je serai là pour l'attendre.

Je me suis caché dans le buisson, certain que personne ne pourrait me voir. Je me sentais un peu coupable de recommencer à boire, de renoncer à ma courte période de sobriété - pourtant j'avais essayé. J'ai demandé de l'aide à une puissance supérieure et il ne s'est rien passé. Et voilà pour le rien. Je débouchai la canette de bière.

Avant de pouvoir la porter à mes lèvres, j'ai entendu une voix, derrière moi, qui disait: "Jette ça, bonhomme!" Je ne pouvais pas le croire. Est-ce que c'était ma puissance supérieure? J'ai mis un peu de temps à me retourner. Il y avait là un des meilleurs hommes en bleu de la ville, le calepin à la main. "Tu sais qu'il est interdit de boire en public, dans cette ville, et tu viens juste d'enfreindre la loi."

J'avais jamais remercié un policier pour quoi que ce soit jusqu'à ce jour. II a dû me prendre pour un fou. En tout cas, il n'éloignait pas la main de son revolver, quand je lui parlais. Je l'ai remercié de m'avoir arrêté avant de prendre ce "premier verre". Je lui ai dit que je ne m’attendais jamais à être vu dans ce buisson.

Comme je sortais du buisson, tout en mettant la contravention dans mon portefeuille, mon autobus est arrivé. Une fois assis, je me suis souvenu d'avoir demandé cet autobus à une puissance supérieure. Peut-être qu'il avait raison, le conseiller. La puissance supérieure agit peut-être de la manière la plus inattendue, mais elle agit.

RM, Gainsville (Floride)
© AA Grapevine
Traduit et reproduit avec permission


Vers le haut

Volume 26 No 2 / Juin 1990 – Juillet 1990 / Pages 42-43 (PDF pour impression)

L’IMPORTANCE DU PARRAIN

L’IMPORTANCE DU PARRAIN

Mon nom est André, J'ai 40 ans et je suis alcoolique sobre depuis 6 mois, J'ai vécu auparavant une thérapie et une rechute, C'est lors de l'enfer de cette rechute que j'ai compris l'importance vitale du parrain.

Voici mon histoire, Début juillet 1988 j'entrais dans une maison de thérapie, J'avais attendu d'être battu avant de lâcher prise et de demander de l'aide, Après un sevrage très difficile mon séjour en thérapie m'a beaucoup aidé, J'ai compris la maladie et j'ai demandé et obtenu de Dieu qu'il me délivre de mon obsession de boire, MAIS je n'avais pas saisi l'importance du mouvement AA et du parrain.

J'ai commencé à aller aux meetings en "touriste", Je manquais d'humilité car j'étais bien et je ne voyais pas ce que les AA pourraient m'apporter de plus, Comme un bon touriste j'allais de meeting en meeting sans m'accrocher vraiment nulle part et sans m'impliquer, Je lisais les étapes mais mon accord à les mettre en pratique s'arrêtait à la 3e, J'étais seul, je m'isolais davantage (facile pour moi car j'étais un buveur solitaire). Dans mon cas il me manquait ce guide indispensable pour m'aider à comprendre et vivre complètement le programme AA Je n'avais pas ce bon guide: un parrain.

Aussi advint ce qui devait arriver, la rechute brutale qui m'a amené plus bas, Là ma "vieille cassette" de pensée fonctionnait à plein; pensées folles, gestes et actions dégradants et finalement ce que je n'avais jamais envisagé auparavant: le suicide comme seule porte de sortie, Mon orgueil ne pouvait tolérer de me voir tomber en déchéance totale.

Isolé dans un endroit solitaire et après trois jours de beuverie destructrice j'ai redemandé à Dieu de venir à mon secours, C'est alors que je me suis souvenu d'un collègue de travail, bon vieux membre avec qui je partageais (superficiellement) à l'occasion.

J'ai téléphoné chez lui avant de m'écrouler totalement, Il est venu immédiatement à mon secours, Il a été là au bon moment et m'a soutenu tout au long de ces premiers jours de ma reprise en main, Cet ami véritable m'a guidé dons une meilleure compréhension du programme des AA Et peu à peu j'ai pris du mieux et j'ai compris, Aujourd'hui je vais mieux et je m'implique et je travaille sur mon mode de vie quotidien par la pratique des 12 étapes (pas juste 3).

Je sais qu'il me reste énormément à faire. Chaque 24 heures est un petit pas vers ma réhabilitation totale, Je suis heureux de m'y engager avec mon coeur, Tous ces beaux moments je les dois à cet ami qui a été placé dans ma vie au bon moment et qui est devenu mon parrain.

Merci à Pierre L.

A.J., Boucherville


Vers le haut

Volume 36 No 2 / Juin 2000 – Juillet 2000 / Pages 24-25 (PDF pour impression)

QUATRIÈME ÉTAPE, QUATRIÈME VÉRITÉ

QUATRIÈME ÉTAPE, QUATRIÈME VÉRITÉ

« Ils ne sauront pas tous mes secrets, je vous l'assure! me disais-je. Il faut être cinglé pour étaler ainsi son passé avec toutes ses fautes. Après tout, là-haut dans ma tête, ce n'est quand même pas la cassette d'un film d'horreur dont je serais l'acteur principal. Tout est à peu près rentré dans l'ordre, je ne bois plus ... »

Faire un inventaire MINUTIEUX? Pourquoi! Je n'ai pas de temps pour ça. J'ai plusieurs choses à rattraper. .. Je verrai cette Étape une autre fois, car cela m'effraie beaucoup, j'ai peur de me regarder en pleine face... D'autre part, j'ai souvent entendu dire: « La quatrième? Touches pas à ça tout de suite, tu vas te faire mal! » Bref, tous les moyens étaient bons pour ne pas aborder la quatrième Étape.

Entre-temps, je cherchais toujours l'amour des autres. Je m'impliquais d'arrache-pied : café, préparation de salle, présidence, RSG, etc., voulant toujours être reconnu par les autres, et surtout aimé. Durant les assemblées d'affaires, je me sentais visé par les membres; je devenais agressif, sur la défensive, je disais des bêtises, je vivais du ressentiment et je tombais dans l'apitoiement. Je pensais et méditais sur tout cela et je constatais que quelque chose ne fonctionnait pas dans ma « recette» de vie des AA.

Une « petite quatrième» me suffisait alors pour me remettre sur la bonne piste et, pour quelque temps, ça allait ; mais la boule recommençait à grossir et pouf! le même scénario se représentait car, nécessairement, je ne reconnaissais pas encore mon vrai problème : crainte, peur, orgueil. J'étais spécialiste des «mini-quatrièmes» quand je me sentais coincé, mais je savais que rien n'était réglé...

Un jour, après avoir rencontré mon Dieu d'amour et Lui avoir confié ma vie et ma volonté, troisième Étape, troisième vérité, tout a changé. Peu de temps après, j'ai voulu absolument entreprendre ma quatrième Étape avec confiance et détermination. J'ai demandé à un membre responsable de m'indiquer la façon la plus efficace de procéder. Il m'a informé que dans le Gros Livre, le chapitre 5, Notre Méthode, contient tout ce qu'il faut pour procéder à un bon inventaire moral.

Je me suis mis à ma quatrième Étape aussi honnêtement que possible. J'ai prié mon Dieu de m'éclairer, car j'étais maintenant convaincu que la démarche était essentielle pour vaincre mes peurs et éliminer cette boule qui était toujours prête à éclater. Déjà, je bénéficiais d'avoir entrepris cette Étape et je trouvais le courage de regarder mon passé sans trop de crainte.

Ma mémoire était certainement affectée par l'abus d'alcool et, en peu de temps, le mal de tête m'a repris. Je me suis souvenu alors d'un partage concernant l'inventaire moral où l'importance avait été mise sur l'essentiel seulement, et qu'il ne fallait pas chercher des poux où il n'y en avait pas. Il était aussi important, selon ce membre, que l'inventaire ne s'éternise pas; quelques heures de réflexions sérieuses sur les grandes lignes suffisaient, car Dieu connaît bien notre passé et Il n'a pas besoin de détails. Cela faisait mon affaire, car je trouvais impossible de mettre 50 ans de vie sur papier en si peu de temps ...

Je me suis mis à l'œuvre et j'ai vite compris que je pouvais, avec peu d'efforts, trouver la cause de mes angoisses, de mes peurs et de mes manquements. J'ai identifié rapidement les sentiments qui m'enchaînaient.

J'ai pris un peu de repos pour ensuite continuer cette démarche qui, déjà, semblait moins lourde. J'ai pris note d'autres aspects de ma vie et, bientôt, j'ai eu un bon aperçu de ce qui l'avait faussée, de ce qui m'empêchait d'être heureux dans notre merveilleux Mouvement. Inutile de la pousser à l'infini: des membres d'expérience m'ont dit que la dixième Étape prend soin des oublis de la quatrième.

Cette belle histoire a commencé il y a 35 ans et j'ai attendu 20 ans avant de faire ma quatrième Étape, avant de vivre pleinement ma quatrième vérité. Puis, la paix a commencé à s'établir en moi, dans ma vie, chaque jour, et j’ai été prêt à aller plus loin.

Merci, mon Dieu, pour cette belle ouverture sur demain qu'a été la quatrième Étape. Tout comme pour moi, la vérité vous délivrera!

Paul, Val-des-Bois


Vers le haut

Volume 36 No 2 / Juin 2000 – Juillet 2000 / Pages 26-27 (PDF pour impression)

S’IMPLIQUER …

S’IMPLIQUER …

Je prends le temps d'écrire cette petite lettre pour dire merci à Dieu d'avoir, un jour, permis que Bill et Bob se rencontrent. Je viens juste de terminer le visionnement du film de la vie de Bill. Je suis estomaqué. Ce n'est pas la première fois que je le vois, mais encore une fois, ce film m'a ému.

En voyant le film aujourd'hui, je comprends mieux la signification du mot persévérance. La persévérance de Lois, sa femme, qui ne l'a jamais laissé tomber. Les débuts difficiles avec Bob, alors qu'ils essaient d'aider d'autres alcooliques. Quelle association extraordinaire!

J'ai accumulé plusieurs 24 heures, mais j'ai toujours le feu sacré. Je ne peux pas dire le feu sacré du début parce qu'au début, je ne l'avais pas, mais il s'est développé tranquillement. Je dirais que ça fait sept ou huit ans que je me sens bien dans les AA, c'est-à-dire depuis le moment où j'ai commencé à m'impliquer sérieusement.

Tiens, je viens de m'ouvrir une porte: l'implication. Qu'est-ce qu'on pourrait dire au nouveau et aux vieux membres pour qu'ils s'impliquent. Je ne sais pas. Pour ma part, lorsque je partage, je consacre toujours quelques minutes à ce sujet. C'est à partir du moment où je me suis impliqué dans le Mouvement que ma vie comme membre a changé. Pourquoi? Parce que lorsqu'un membre est venu me demander si j'étais intéressé à devenir R.S.G., parce qu'il n'y en avait pas dans le groupe à ce moment là, j'ai dit oui tout de suite; non pas pour rendre ce que j'avais reçu des AA, mais par orgueil, et cela a été bon pour moi. Ça m’a forcé à m'inscrire à une fin de semaine intensive de formation sur les services, au Bureau des services généraux. J'ai participé à des rencontres sur les Traditions, et assisté à des réunions régionales. Cela m'a permis de comprendre le fonctionnement des AA, de l'intérieur, sur le plan des services. Ça m'a forcé à lire la littérature du Mouvement, à m'informer. Merci, mon Dieu!

C’est ce qui fait qu'aujourd'hui, vu le manque d'implication des membres, j'ai toujours une fonction différente dans les AA depuis huit ans. Présentement, je finis mon mandat de R.S.G. dans mon groupe d'appartenance. J'animerai les réunions deux fois dans les mois qui viennent. Étant donné que j'ai déjà occupé tous les postes dans mon groupe, j'ai décidé de m'impliquer ailleurs.

Ça n’a pas été trop long. J'ai pris le poste d'assistant à l'accueil du nouveau dans un autre groupe. Je suis incapable de rester sans responsabilité dans les AA. Au début du Manuel du service, on dit: « C'est dans l'action que ça passe ». C’est aussi comme ça que je le vois. Je trouve inacceptable que seulement 25% des membres soient impliqués. Par contre, on nous apprend, dans les AA, à respecter les autres tels qu'ils sont. C'est ce que je fais. Mais quand j'entends un partage et que la personne dit: «Laisse-toi bercer», j'ai le goût de dire: «Oui, mais ne t’endors pas.» «Prends-toi en douceur» ... «Oui, mais dans l'action.» En tout cas, pour moi, ça été très bon. Merci encore à ma Puissance supérieure et à nos fondateurs Bill et Bob. Merci aux membres. La vie est belle et bonne pour III!li. Merci à Dieu. Merci aux AA.

André G., Montréal-Nord


Vers le haut

Volume 36 No 2 / Juin 2000 – Juillet 2000 / Pages 29-30 (PDF pour impression)

JE LUI SERAI À TOUT JAMAIS RECONNAISSANTE

JE LUI SERAI À TOUT JAMAIS RECONNAISSANTE

Bonjour, je m'appelle Manon et je suis une alcoolique. Étant fille unique, j'ai été élevée dans un monde d'adultes. Depuis toujours, j'ai bu sur les genoux de mon père et lorsque j'en ai manqué, je me suis cachée  pourboire avec mes cousins.

Depuis mon entrée à l'école, je me sens différente. Les enfants peuvent être tellement méchants... et ce malaise intérieur va me suivre jusqu’à mon entrée au secondaire. À ce moment, je m'empresse de m'impliquer dans une foule d'activités afin de m'étourdir et de masquer ce malaise qui me hante depuis tant d'années.

Enfin, à 15 ans, je découvre les bienfaits de l'alcool: le plaisir, la confiance en moi, l'audace et l'affection des hommes. Mais cette affection se transforme vite en dépendance.

Il m'a fallu cinq ans de consommation régulière pour atteindre mon bas-fond et cela, sans drogue. Ça me fâche de me faire dire: «Vous êtes chanceux, vous, les jeunes; vous arrivez plus vite au Mouvement avec la drogue». Eh bien, pour ma part, l'alcool m'a suffi pour réaliser que ma consommation me faisait perdre la raison. Déjà, à 16 ans, je me disais: « Si je continue comme ça, à 40 ans, je vais être alcoolique.»

Lors d'un stage de plusieurs mois en Ontario, un collègue a vu que l'alcool était un problème pour moi. Il a donc pris de son temps pour m'expliquer lentement les Douze Étapes du mode de vie auquel il avait adhéré quatre ans auparavant. Je lui serai à tout jamais reconnaissante. Il a semé la graine des AA en moi et, quelques mois plus tard, j'assistais à ma première réunion des Alcooliques anonymes.

J'ai tellement aimé l'accueil que j'aurais tout fait pour y rester, même arrêter de boire. J'avais déjà cherché partout un endroit où je pourrais me sentir bien comme chez-moi, sans jugements, sans questionnements, sans attentes. J'avais essayé la pastorale, l'armée, le militantisme, les voyages et rien ne m'avait donné la paix intérieure que je recherchais. Mais lorsque je suis entrée dans une salle des AA, je m'y suis sentie comme dans le ventre de ma mère.

J'ai tout de suite aimé les AA. Mes esprits se sont éclaircis rapidement, et je me suis impliquée immédiatement. Mais à cause de mon travail, j'ai dû déménager souvent au cours de mes premières années, ce qui a fait que, malgré mon temps d'abstinence, j'étais toujours la petite nouvelle. J'avais besoin de ça. J'avais besoin d'être accueillie à chaque fois.

Depuis six ans que je chemine avec vous, vous m'avez appris à bien me comporter en public; vous m’avez appris à respecter mes collègues; vous m'avez appris à prendre des responsabilités et, pour arriver à tout ça, vous m'avez appris à prier.

Je remercie mon Dieu plusieurs fois par jour pour ce qu'il me donne: ma fille qui est mon rayon de soleil, la beauté d'une fleur, la caresse du vent, la saveur d'une pêche, le sourire d'un passant, la mélodie d'une chanson. Tant que je vais apprécier ce qui m'entoure, je n'aurai rien à craindre. Merci d'être là. Merci de m'avoir accueillie si souvent. Merci aux AA.

Manon


Vers le haut

Volume 36 No 2 / Juin 2000 – Juillet 2000 / Page 37 (PDF pour impression)

LES AA VUS DE L’EXTÉRIEUR CINQ CAUSES DE SUCCÈS

LES AA VUS DE L’EXTÉRIEUR
CINQ CAUSES DE SUCCÈS

En définitive, le succès des Alcooliques anonymes tient à cinq causes principales.

  1. Ils ont une vue complète du problème (de l'alcoolisme) l'envisageant sous son triple aspect: physique, psychique et moral. À moins d'un rajustement de l'homme total, pensent-ils, la sobriété définitive est impossible.
  2. Ils remplacent la peur par la confiance. Les nouveaux venus expérimentent ce bienfait dès leurs premiers contacts avec les membres plus âgés de l'association.
  3. Ils ont la conviction profonde qu'on est alcoolique pour la vie: on peut arrêter le cours de la maladie, on ne peut pas la guérir.
  4. Ils ont tendance à placer leur sécurité et leur espoir de sobriété en Dieu, le Maître tout-puissant en qui se trouve la seule vraie source de sécurité et de vertu.
  5. Ils recourent, enfin, à la thérapeutique pour aider l'alcoolique à triompher des prétextes et faux-fuyants qui le harcèlent longtemps, même après plusieurs années de sobriété, et que les personnes non alcooliques comprennent difficilement. Parce que l'alcoolisme comporte une obsession, il est impossible de s'en guérir tout seul; mais c'est relativement facile avec de l'aide. Les AA ne guérissent pas l'alcoolique de son allergie; mais, par leur thérapie de groupe, ils le libèrent de son obsession. Chez eux, on devient membre en admettant qu'on est alcoolique; on persévère dans la sobriété sereine en acceptant d'être alcoolique; on devient sobre avec de l'aide; on se maintient sobre en aidant les autres à le rester.

Les AA vous diront: «Si vous voulez boire et le pouvez, c'est votre affaire. Si vous voulez cesser de boire et ne le pouvez, c'est notre affaire.» Actuellement, plus de 350,000 hommes et femmes goûtent le bonheur d’une sobriété sereine, parce que quelqu’un a compris leur problème et les a aidé à le comprendre et à le régler.

Roland Boyle, S.J.


Vers le haut

Volume 36 No 2 / Juin 2000 – Juillet 2000 / Pages 38-39 (PDF pour impression)

VINGT FAÇONS D’AVOIR UNE RECHUTE AA À L’ENVERS

VINGT FAÇONS D’AVOIR UNE RECHUTE
AA À L’ENVERS

  1. N'allez que rarement, ou pas du tout, aux réunions de votre groupe.
  2. Si vous assistez, tâchez de trouver des erreurs sur le travail accompli par les gens qui organisent la réunion.
  3. N'acceptez jamais un travail quelconque, car il est plus facile de critiquer que d'agir.
  4. Si le président de la réunion vous demande une opinion sur un sujet se rapportant aux AA, répondez-lui que vous n'avez rien à dire, mais dites-en beaucoup après la réunion.
  5. Faites juste le nécessaire, mais lorsque les autres membres mettent leurs épaules à la roue volontairement et sans restriction pour accomplir un travail, criez que le groupe est conduit par une clique.
  6. Critiquez la direction, mais évitez à tout prix d'être élu à une fonction.
  7. Quand un banquet d'Anniversaire est organisé, dites à tout le monde que l'argent est gaspillé, et que ceci fait beaucoup de bruit, mais n'accomplit rien.
  8. Lorsqu'il n'y a pas de banquet, dites que le groupe ou le club est engourdi, et que ça prendrait un pétard pour le réveiller.
  9. Ne mentionnez pas au groupe comment il peut vous aider, mais s'il ne vous aide pas, démissionnez.
  10. Si vous recevez de l'aide, ne songez pas à vous joindre au mouvement.
  11. Si le groupe vous cite certains abus de votre part, fâchez-vous ou démissionnez.
  12. Surveillez attentivement au cas où une erreur se glisserait dans le groupe, et si vous l'apercevez, protestez violemment.
  13. En toute occasion, menacez de lâcher le groupe, et invitez vos amis à faire de même.
  14. Lorsque vous votez sur un sujet ou pour l'accomplissement d'une tâche, retournez chez vous et faites le contraire.
  15. Soyez d'accord sur tout ce qui est dit à une réunion, mais une fois sorti, soyez en désaccord complet.
  16. Lorsqu'on vous demande un renseignement, ne le donnez pas.
  17. Critiquez le groupe local ou les Services généraux pour le manque d’information.
  18. Prenez tout ce que vous pouvez du programme des AA, mais ne lui donnez rien en retour, excepté des critiques.
  19. Critiquez la contribution hebdomadaire au groupe tout en oubliant que vous avez jadis dépensé cinquante-deux fois plus lors d'une seule beuverie.
  20. Lorsque vous aurez été sobre pendant une certaine période de temps, par la grâce de Dieu et les enseignements des AA, dites à tout le monde que vous pouvez maintenant vous dispenser du groupe, et que vous pouvez maintenir votre sobriété seul.

M.T.E. (La Vigne AA, Juin-Juillet 1965


Vers le haut

Volume 36 No 2 / Juin 2000 – Juillet 2000 / Page 43 (PDF pour impression)

LA PANTHÈRE ROSE

LA PANTHÈRE ROSE

Je m'appelle Ghyslain et je suis alcoolique. Je viens tout juste d'obtenir mon jeton de trois mois. Plus sur un nuage rose que çà,  …  tu meurs!

En marchant dans la rue, j'ai l'impression qu'on me regarde comme si j'étais la «Panthère rose». J'ai eu beaucoup de difficulté à m'accrocher au Mouvement. Quelques rechutes en font la preuve. J'essaie d'assister au plus grand nombre de réunions possible. Je m'implique aussi. Actuellement, je fais le café à deux réunions différentes. Cela me rapporte beaucoup sur le plan de ma confiance et je me sens valorisé.

La littérature est aussi une partie importante de mon rétablissement. Je possède le Gros livre, gracieuseté de mon parrain, Les Réflexions de Bill et Les Douze Étapes et Traditions expliquées. Je suis également devenu récemment membre supporteur d'un groupe.

Ça va bien, et je suis conscient de ne pas avoir les deux pieds sur terre.

Ghyslain, Cowansville

MEGAplace, babillards, noms de domaine, sites Web, formulaires, conceptions graphiques, photos, illustrations

La Vigne AA - Tous droits réservés