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  La Vigne AA, revue internationale bimestrielle des Alcooliques anonymes  
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Témoignages...

Quatre décennies de témoignages!

À lire dans la section partages du site Internet de La Vigne, des témoignages et articles choisis dans des éditions parues au cours des 40 dernières années. Notre guide pour cette sélection : le mois de parution doit être le même que La Vigne en cours; l’année d’édition doit être de dix ans, vingt ans, trente ans et quarante ans en arrière; cinq ou six textes doivent être choisis dans chaque numéro sous les thèmes Étapes, Traditions, Concepts, Service, Groupe d'attache, le nouveau, la maladie; aucune manipulation du texte sinon à sa mise en page en format Word qui permet l’impression pour accomoder les groupes de discussion qui souhaiteraient s’en servir.

Une bouteille en cadeau
Cela me dépasse, mon dieu, je vous le laisse

La conférence mondiale A.A.
A.A. dans les institutions pénitentiaires
Je suis heureux
Une histoire d'amour
Le simple fait qu'onassure leurs présences chez les aa c'est déjà très bien
Réflexions sur «l'ivresse mentale»
Si vous vous sentez bien … vous n'êtes pas normal
Oui, j'étais coupable!
L'élément essentiel de la réhabilitation
Par la grâce de dieu!
Un pilote d'essai
Le monstre de la peur
La méthode aa prêche-t-elle l'égoïsme?
Les douze étapes du programme A.A.
Parce qu'il connaissait A.A., son médecin lui a sauvé la vie
«Accroche-toi à un nouveau»
La sobriété par les services
Une recette miraculeuse
Comme au ciel
Marrainage et parrainage dans les services
De rechute en rechute
Sobriété et spiritualité
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Volume 5, No 5 / Février 1970 – Mars 1970 / Pages 1-2 (PDF pour impression)

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UNE BOUTEILLE EN CADEAU

Il osa envisager cette sorte de monstre
Et se fit mordre …

Après quatre années de sobriété heureuse et alors que tout va très bien, n'importe quel alcoolique serait insensé de prendre son premier verre. J'ai eu une attaque de folie temporaire.

L'histoire commence à Noël l'an passé, peut-être avant ça. Un de mes clients me donna une bouteille en cadeau de Noël. Je n'avais pas l'intention de la boire, mais c'était une de mes boissons préférées. Je l'ai rangée et je l'avais oubliée lorsqu'au cours du mois de septembre suivant, je me suis mis à y penser.

Ma vie tout entière était tellement changée pour le mieux depuis que j'avais cessé de boire qu'il me semblait que ce ne devait pas être moi qui s'était mis dans un tel pétrin.

Je me suis mis à penser que probablement ma vie avait été un casse-tête et qu'après tout mon problème n'était peut-être pas l'alcool. (Combien de fois n'avais-je pas entendu cette histoire dans les réunions?) J'ai pensé que je pouvais, de toute façon, ouvrir cette bouteille et en essayer un tout petit peu pour voir si je n'avais pas raison. Je n'étais pas allé à une seule réunion depuis deux mois, le groupe le plus près étant à 30 milles de chez moi. Ma femme avait pris du travail à temps partiel le soir et je commençais à m'apitoyer sur mon sort, et je pensais que j'avais besoin de détente. Cette bouteille m'a embêté pendant plusieurs semaines et je suis sûr que si je n'avais pas eu envie de boire je m'en serais débarrassé.

J'ai pris la bouteille et je l'ai ouverte. Ça y était ... j'ai senti l'alcool, j'ai pris un verre et un autre. C'était bon. Et ensuite vint le même rêve ... et j'ai bu encore et encore. Lorsque j'eus fini la bouteille je me suis couché. Le lendemain matin je n'avais plus le même esprit et je ne me sentais pas aussi en forme et - je me suis rappelé de l'ancienne recette: une autre bouteille! Je n'en ai pas acheté une bien grosse, juste un 10 onces. Puis cet après-midi-là je suis allé me chercher deux autres 10 onces, au cas où j'en aurais voulu au cours de la soirée. J'ai bu les bouteilles au cours de cette soirée-là et j'en ai acheté encore le lendemain matin. Et je me suis mis à penser: si tu veux contrôler ta boisson tu es mieux de commencer! Après tout, je ne faisais que commencer à célébrer ma nouvelle liberté. Le lendemain j'ai pris seulement une couple de bières pour me prouver que Je pouvais ou ne pouvais pas en prendre. J'avais réussi, je pouvais en prendre ou ne pas en prendre. Entre temps, ma femme trouvait que mon comportement était quelque peu étrange le matin, mais elle ne voulait pas se convaincre que j'avais recommencé à boire, et après tout elle ne m'avait pas vu boire. Je croyais que je m'en sauvais.

Je n'ai pas bu pendant une couple de jours et ensuite j'ai cru que je pouvais me permettre quelques bières maintenant que j'en étais capable. Alors voici ce qui arriva: je me suis laissé prendre par ma compulsion de boire et je me rendis de taverne en taverne, j'ai bu tout ce que j'ai pu trouver, et j'ai fait totalement un fou de moi, avant de perdre la mémoire et finalement rentrer en rampant à la maison vers les cinq heures du matin.

Quand je me suis réveillé j'ai retrouvé ma maison. Je me l'étais prouvé encore une fois. Je suis un alcoolique. Je ne suis pas un buveur social. Je ne peux mêler la boisson à mon existence. J'ai été malade ... Oh! j'ai été plus malade que cela autrefois, mais j'ai été assez malade pour me souvenir et je ne veux plus retomber.

De toute façon j'ai passé la journée sans boire et le lendemain je me suis rendu à une réunion. Le sujet qui est venu sur le tapis était: "Comment une personne qui a 4 ou 5 ans de sobriété dans AA recommence-t-elle à boire?".

Si je n'avais su mieux, j'aurais cru à de la conspiration, mais je fus reconnaissant pour la discussion et heureux d'être revenu.

Je n'ai pas pensé à boire depuis et j'ai remercié Dieu de m'avoir donné une nouvelle chance. Beaucoup de personnes qui se sont égarées n'ont jamais pu revenir. Mon ancien mode de vie m'est apparu et je ne peux envisager de nouveau cet enfer.

Je suis reconnaissant à AA de m'avoir redonné mon jugement.

B. E.

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Volume 5, No 5 / Février 1970 – Mars 1970 / Pages 14-15 (PDF pour impression)

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CELA ME DÉPASSE, MON DIEU, JE VOUS LE LAISSE

(3e ÉTAPE)

Après avoir connu AA et la sobriété, il m'arrive souvent d'être dépassé par les événements, de me trouver impuissant à trouver la réponse à une situation bien concrète, de me sentir incapable de faire le bon pas. J'ai beau chercher, en parler à des membres, je me sens pris sans réponse, j'ai la sensation que tout va s'effondrer. Je suis dépassé. Inutile de vous dire que j'en perds ma sérénité.

En réalité, que puis-je faire? Dans ces moments-là je crois qu'il est bon de ne rien faire plutôt que de faire des choses qui pourraient me placer dans une situation encore plus grave. Il vaut mille fois mieux ne pas agir qu'agir dans une mauvaise direction.

Dans AA on m'a appris à PENSER, PENSER, PENSER. Oui je pense dans ces moments-là mais aucune réponse ne vient. Que faire? Je ne bois plus d'alcool depuis des années et je n'ai pas encore la maîtrise de ma maîtrise. Que se passe-t-il? Suis-je normal? Suis-je le seul à qui ces choses-là arrivent? Un jour que j'étais dans un vrai pétrin je me suis dit: "Si Dieu ne nous avait pas pardonné Il nous aurait tout simplement laissés à nos bouteilles et à nos misères, mais ce n'est pas cela qu'Il a fait, Il nous a pardonné". Je viens de prononcer un très grand mot: PARDONNER, et pardonner cela veut aussi dire "aimer", donc Dieu nous aime.

Je viens de faire une grande découverte, je ne suis plus seul avec mon problème puisque Dieu m'aime, j'ai donc un ami et quel ami: le meilleur ami, le plus grand ami, Celui qui est l'Ami des amis, Celui qui cause toutes les amitiés. Et si je Lui en parlais de mon problème. Comment Lui dire, et puis après, Il sait tout, connaît tout de tous. Avoir confiance c'est croire, eh bien! j'ai confiance, je crois. Dans le fond c'est tout ce qui importe, c'est Lui qui vient en premier. Tout le reste est éphémère. Les problèmes ne sont pas éternels. J'en ai vu bien d'autres. C'est probablement mon imagination qui me fait voir le pire.

Et tout d'un coup ma phrase est sortie, un cri du cœur: "CELA ME DEPASSE, MON DIEU, JE VOUS LE PASSE". Et je me suis senti libéré, je pouvais penser à autre chose, à des choses constructives, à travailler; je suis sorti de moi-même, j'ai répondu à quelques appels téléphoniques, je me suis mis à agir sans penser aux résultats. Et tout doucement les choses se sont tassées.

Il y a de ces moments-là pour nous rappeler que nous sommes bien peu de chose par nous-mêmes, mais qu'avec la foi nous pouvons faire ce qui semblait impossible. Arrêter de boire pour un alcoolique est bien une chose qui nous a semblé impossible et c'est arrivé à chacun d'entre nous. Ceci nous est arrivé lorsque nous avons eu la bonne volonté qui est un désir d'arrêter de boire. N'a-t-Il pas promis LA PAIX aux hommes et aux femmes de bonne volonté? Maintenant quand quelque chose me dépasse je le Lui passe. Et ce n'est pas long qu'Il se sert des autres ou des événements pour me donner ma réponse.

MON DIEU, COMME VOUS ÊTES BON; et cette pensée, faites que je conserve toujours la paix.

 
29 juin  
 

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Volume 5, No 5 / Février 1970 – Mars 1970 / Pages 18-20/23 (PDF pour impression)

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LA CONFÉRENCE MONDIALE A.A.

(Du 9 au 11 octobre 1969 à New-York)

Même si la Conférence mondiale des délégués et syndics AA de pays européens, de l'Amérique Latine et de l'Australie a eu lieu il y a déjà quelques mois, soit les 9, 10 et 11 octobre dernier, nous croyons que nos lecteurs seront intéressés à ce résumé de ce qui s'est passé lors de cette réunion très importante pour notre fraternité.

Lors de ces assises, notre fondateur, Bill W., écrivait: "Nous désirons inaugurer une évolution dans l'ordre et toujours plus efficace - non pas une révolution qui causerait du dommage.

"Pour moi, ces questions, disait-il, seront toujours cruciales pour la survivance et l'unité de notre société mondiale. Chaque nouvelle génération de membres AA devra y faire face. On ne peut rien prendre pour acquis. Vigilance constante, prévisions précises, dévouement immense, en plus d'une foi constante - voilà quels sont les éléments qui nous sont nécessaires si nous voulons accomplir la destinée du mouvement AA."

Le 9 octobre, après la visite des bureaux du mouvement, les réunions commencèrent à l'hôtel Roosevelt, sous la présidence du Dr John Norris, président du Conseil des Services Généraux; il fut suivi par Bob H., directeur du bureau du mouvement à New York. Les délégués purent ensuite entendre les mots de bienvenue du fondateur encore vivant, Bill.

Les délégués de l'Australie, de la Belgique, de l'Amérique Centrale, de la Colombie (Amérique du Sud), de la Finlande, de la France, de l'Allemagne, de la Hollande, du Mexique, de la Nouvelle-Zélande, de la Norvège, de l'Afrique du Sud et du Royaume-Uni vinrent tour à tour expliquer aux autres délégués et syndics présents les structures du mouvement AA dans leurs pays. En Australie, par exemple, le premier congrès national AA eut lieu en 1959. En Belgique, il y a un problème de bilinguisme, comme au Québec: on y parle le flamand et le français; le mouvement AA y a débuté en 1954. En Amérique Centrale, où l'on parle seulement l'espagnol, le premier groupe a été fondé en 1958: leur premier intergroupe AA a été établi en 1963. La Colombie, autre pays de langue espagnole, a une structure AA assez élaborée, comprenant un Centre de distribution de littérature officielle en espagnol.

Le mouvement AA eut ses débuts en Finlande en 1948: il a formé une société de publication de littérature AA en finlandais; on y dénombre 176 groupes AA dans 73 localités. Le mouvement AA a fait ses débuts en France il y a 9 ans; les groupes de Paris vont bien, mais des difficultés existent en province; il y a 8 groupes dans Paris et la banlieue et quelques autres en dehors de la capitale. Le premier groupe AA en Allemagne a été fondé en 1953 par des soldats américains stationnés en Allemagne de l'Ouest; le mouvement comprend maintenant 5 intergroupes qui élisent un Comité Général semblable au Conseil des Services Généraux de New York, y compris 5 syndics non-alcooliques.

En Hollande, le mouvement AA est limité à quelques groupes qui, en général, se réunissent une fois par semaine pour étudier les Étapes et les Traditions. Au Mexique, les structures AA coordonnent le travail de nombreux groupes dont le premier a été fondé il y a 11 ans; leurs structures suivent de près les suggestions du Manuel du 3e Héritage telles que nous les connaissons au Canada. En Nouvelle-Zélande, le Congrès annuel AA se tient le premier week-end du mois d'août; leur Conférence des Services Généraux comprend 9 représentants régionaux, 3 membres non-alcooliques, 1 secrétaire d'assem-blée et 1 "exécutif", pour un total de 15 personnes. En Norvège, il y a 90 groupes AA dont le travail est coordonné par un Secrétariat national qui est, selon eux, l'équivalent norvégien du Bureau des Services Généraux de New York. L'Afrique du Sud a une structure AA assez élaborée comprenant 60 personnes, dont 4 personnes non-alcooliques, nommées par un Conseil des Services Généraux; ces derniers ont formé en juin dernier un comité national d'information publique.

Au Royaume-Uni, le mouvement AA existe depuis plus de 20 ans, mais les sections d'Ecosse, d'Irlande du Nord et dû pays de Galles sont encore autonomes; on y publie la NEWS LETTER, l'équivalent du GRAPEVINE américain et de notre LA VIGNE AA.

La journée du la octobre a été consacrée à des explications de Bob H., Dennis Manders, Dominic Maccaro, etc., concernant la publication, la comptabilité et l'expédition de la littérature officielle telle qu'elle est faite par notre bureau mondial de New York. Au cours de l'après-midi, les délégués ont entendu des causeries sur les divers services AA par la secrétaire de la Conférence nord-américaine, Beth, sur l'Information publique, par Cora Louise, sur les services aux Institutions, par Ann, sur la réunion des Services mon­diaux, par Midge, sur les Services outre-mer, par Mary Ellen, sur les AA internationaux, par Ann, sur les membres solitaires, par Midge, et sur les projets spéciaux, par Kleina.

Le soir, les délégués des différents pays invités ont présenté leurs rapports au sujet des Services AA dans chacun de leurs pays. Il y eut aussi des tables rondes sur les services AA.

Le samedi matin, le 11 octobre, fut consacré au GRAPEVINE (dont nous tirons plusieurs articles pour LA VIGNE AA), à la Conférence annuelle nord-américaine et au Conseil des Services Généraux de New York et aux Conseils équivalents des pays visiteurs. Il y eut aussi des tables rondes sur ce sujet.

Durant l'après-midi, la réunion porta sur l'avenir des réunions mondiales des Services et sur l'avenir du mouvement AA dans le monde entier.

En terminant ce résumé, nous ne pouvons que citer Eric B., syndic régional, qui disait, en parlant du Conseil des Services Généraux: "Notre 12e Étape - transmettre notre message - est le service de base qu'offre notre fraternité AA; c'est là notre principal but et la principale raison de notre existence. Le mouvement AA est donc plus qu'un ensemble de principes: c'est une société d'alcooliques à l'oeuvre." Il ajoutait: "Le Concept No 1 (de service) déclare: «La responsabilité finale et l'autorité ultime en ce qui a trait aux «Services Mondiaux AA devrait toujours demeurer dans «la conscience collective de notre fraternité tout entière.» Nous avons ici le premier et le plus important de tous nos concepts de service et il affirme que les groupes AA détiennent l'autorité ultime et la responsabilité finale dans le domaine de nos Services Mondiaux." Il concluait en rappelant le Concept No 5: "C'est souvent, dit-il, une responsabilité que nous oublions: « Le droit d'appel». Ici nous reconnaissons encore une fois, selon le Conférencier, l'amour et la liberté extraordinaires que nous donnons à chaque membre AA individuellement. Et avec la liberté se produit la responsabilité. Quand une minorité considère qu'un sujet est assez grave pour affecter sérieusement le mouvement AA comme tel, elle devrait considérer de son devoir de présenter un rapport minoritaire .... Les minorités doivent avoir droit de parole à tous les échelons du mouvement AA. Rien dans notre monde n'est plus important pour nous que de vouloir le bien de nos frères et soeurs AA, de partager nos expériences avec eux, et de transmettre notre message AA."

Au nom de tous les groupes AA du Québec, nous souhaitons aux membres et aux groupes AA qui sont situés en dehors de l'Amérique du Nord tout le succès possible en vue de la sobriété et de la sérénité de chacun de leurs membres. Aux groupes francophones tout particulièrement, nous offrons toute notre collaboration.

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Volume 5, No 5 / Février 1970 – Mars 1970 / Pages 21-23 (PDF pour impression)

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A.A. DANS LES INSTITUTIONS PÉNITENTIAIRES

J’essaie de retourner porter le message dans les prisons …

Alors que je n'avais que 6 mois il avait commis un meurtre. J'ai deux frères plus âgés que moi, mais je suis le seul alcoolique et le mouton noir de la famille.

Ma mère s'est remariée alors que j'avais 8 ans. Je venais tout juste de finir ma 1ière année à l'école lorsque mon beau-père me retira pour que je puisse travailler sur la ferme. Il était cruel envers moi. Je me souviens de ces jours passés comme si c'était hier. Je me souviens des fois où il me fouettait si fort que le sang coulait sur mes jambes et que ma chemise me collait au dos. Je me souviens des fois qu'il me frappait avec ses poings, si fort que j'en tombais par terre.

Cela devait avoir une fin. A 13 ans j'ai pris la clef des champs. Combien de fois par la suite je me suis endormi le soir en pleurant, en désirant être près de ma mère, mais ayant trop peur de retourner à la maison. Tôt dans la vie je me suis rendu compte que l'alcool pouvait me faire oublier, du moins pour un moment, ma mère et mes ennuis. Je ne savais pas alors ce que la boisson ferait de moi plus tard! Mais dès le début la boisson m'a fait tout oublier et m'a donné le courage d'agir et de me sentir comme un homme, et j'aimais cela.

Ce ne fut pas long pour que mon amie la bouteille commence à me malmener. A 15 ans j'ai payé ma première amende pour ivresse et assaut avec l'intention de blesser. D'autres troubles arrivèrent et j'ai dû quitter l'État dans lequel je résidais.

Quelque temps plus tard, j'ai appris que ma mère était malade et sur le point de mourir. J'allais la visiter à la cachette en prenant le chemin des bois pour y arriver, et souvent je m'enivrais en route.

En examinant le passé Je dois dire sincèrement que ce n'est que par la grâce de Dieu si je ne suis pas devenu un assassin, car lorsque je buvais je portais toujours une arme sur moi.

J'ai traversé trois stages d'alcoolisme. Au début je buvais pour oublier et pour me sentir important. Par la suite je découvris que je devais boire pour commencer ma journée. Et ensuite je devais boire pour vivre. Les pertes de mémoire sont venues et je ne pouvais ni me rappeler où j'étais allé ni ce que j'avais fait. J'ai changé de marque de boisson; j'ai changé de situation; j'ai changé de ville; j'ai changé d'État; et ça n'a rien changé. Dans l'espace d'un an je fus envoyé au pénitencier dans un État et ensuite dans un autre État. C’est là que j'ai rencontré AA pour la première fois.

A la suggestion du chapelain et de deux autres prisonniers, j'ai décidé de me renseigner sur cette association qui s'appelle AA - tout particulièrement parce que je n'avais pas d'autre endroit où aller. Il y avait tout de même quelque chose dans ces réunions! J'ai commencé à les désirer. Petit à petit je me sentis différent. Ces réunions AA étaient non seulement devenues partie de ma vie en prison, mais elles étaient devenues partie de moi-même. " et j'ai commencé à penser à mettre la boisson de côté. Je savais mieux que quiconque le prix que j'avais payé pour boire. Et de toute façon, même avec mon esprit affaibli par l'alcool, je croyais que si les AA avaient donné des résultats pour les autres ils pouvaient en donner pour moi.

J'ai purgé ma sentence et j'ai profité du temps de mon internement pour apprendre tout ce que je pouvais sur AA et pour travailler sur moi-même. J'étais comme un athlète qui fait un retour. Je faisais de gros efforts pour mener ma vie moi-même au lieu de me laisser mener par la bouteille.

Lorsque je sortis de prison, sur parole, je ne pensais pas y revenir. Mon parrain en prison m'a assuré qu'AA réussirait et j'avais une sorte de foi. Pour la première fois je regardais la vie du bon côté. Je voulais ma sobriété plus que tout au monde. Alors que j'écris cette lettre, onze années ont passé sans un seul verre. Ça n'a pas été facile, mais je l'ai apprécié.

Mes deux désirs les plus chers sont de demeurer sobre et de pouvoir aller porter le message derrière les barreaux.

Qu'est-ce que je fais pour demeurer sobre? J'essaie d'aider un ami prisonnier alcoolique à apprendre un nouveau mode de vie sans alcool. Lorsque nous devenons sobres on doit remplacer l'alcool par autre chose dans nos vies. Pourquoi ne pas laisser AA remplir et accomplir ce but?

Qu'est-ce qu'AA accomplit dans les prisons? AA réussit n'importe où, n'importe quand. AA m'a sauvé la vie et sauvera la vie de bien d'autres amis alcooliques en prison, si nous pouvons aller leur porter le message. Mes amis alcooliques sont en prison pour la même raison pour laquelle j'y suis allé: ils ne pouvaient plus contrôler la bouteille, la bouteille les contrôlait; ils n'avaient pas le choix en allant en prison la bouteille avait fait le choix pour eux.

Mais pendant leur séjour en prison ils peuvent apprendre - à travers AA - pourquoi ils sont là et comment maîtriser leur vie avec l'aide d'AA. Ils peuvent apprendre qu'ils ont un choix à faire en sortant. Ils ne sont pas obligés de retourner en prison. Prenez l'avis d'un ex-détenu: AA réussit n'importe quand, n'importe où lorsque le désir de demeurer sobre est plus fort que le désir de boire. Aussi longtemps qu'AA demeurera dans le monde, il y aura de l'espoir et de l'aide.

Mon espérance et ma vie sont orientés vers l'aide aux alcooliques en prison. Et vous?


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Volume 5, No 5 / Février 1970 – Mars 1970 / Pages 24-26 (PDF pour impression)

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JE SUIS HEUREUX

Toute ma vie, Je me SUIS posé des questions; avant même de prendre mon premier verre soit vers l'âge de 21 ans. Je me sentais différent des autres. De nature timide et peureuse envers tout, j'étais malheureux et demeurais replié sur moi-même. Fils unique, j'étais obéissant, sage et très poli.

J'excellais dans les sports, la musique et le dessin. Étant toujours le dernier de ma classe, je récoltais à chaque année le prix de politesse et de dessin. Je me croyais vraiment inférieur: je voyais mes camarades débrouillards qui prenaient l'initiative de produire des choses bonnes ou mauvaises. Je me sentais battu.

Vint le jour de la délivrance. Pendant mes études aux Beaux-Arts de Montréal, je pris mon premier verre et fus agréablement surpris du changement de ma personnalité. La timidité et la frayeur de tout ce qui m'entourait, n'existaient plus. Il était normal pour moi de croire que j'avais trouvé la solution à mes problèmes et que je pouvais vivre enfin normalement. C'est-à-dire que j'avais trouvé le remède magique à mes soi-disant complexes.

Après avoir fait des études spécialisées dans les arts à New York, je prends épouse, personne excessivement riche. Nous prenons domicile à New York, ma position est enviable, etc., et je n'ai aucune raison de boire. Mais déjà Je besoin de ma béquille d'alcool s'était installé confortable-ment dans mon esprit. II était difficile pour moi de fonctionner sans mon verre. Si je cessais de boire je redevenais aussitôt le petit garçon d'autrefois avec mes peurs, etc.

Jusqu'à maintenant, l'alcool ne m'a pas encore causé de problèmes majeurs. J'ai cinq adorables enfants. Avec le temps, e la progression de ma maladie alcoolique s'aggrave et les bêtises se multiplient. Pertes de mémoire, remords, verre du matin, angoisses, tremblements, souffrances physiques et mentales, esprit brumeux, etc., etc. Je buvais toujours. Nouvelles positions et les unes après les autres Je démissionne avant l'expulsion certaine. C'était la glissade et j'étais incapable de freiner. Je voulais bien arrêter mais mon orgueil me disait: "tu arrêteras avant qu'il soit trop tard". Il l'était déjà. Au fond, j'étais impuissant devant l'alcool et envers moi-même. La boisson m'était nécessaire pour vivre ou survivre. Viennent les traitements psychiatriques et la camisole de force aux États-Unis, puis quatre séjours dans des cliniques au Canada. Deux tentatives de suicide, a part des accidents d'autos où j'aurais pu y laisser ma peau. La séparation, le divorce s'ajoutent à ma collection de déboires. Je perds tout: famille et fortune. Il me reste mes vêtements et une voiture. Un peu plus tard je vendais la voiture pour mes besoins de boisson.

De retour au Canada et au lendemain d'une cuite je rencontre deux membres AA qui me "traînent" à une assemblée. On m'encourage à faire des "meetings" tous les soirs de la semaine. Je prends goût à cette nouvelle activité. A la fin d'un mois, je m'étonne d'être encore sobre et plus extraordinaire, je vais chercher un jeton au bout de trois mois. J'étais heureux d'être sobre et orgueilleux du fait que j'avais réussi tout seul pendant trois mois. Remarquez que je ne donne aucun crédit à AA. J'avais réussi seul. Durant ces trois mois, j'avais connu AA de fond en comble. Lorsque je trouve un emploi dans la région de Montréal, je décide de faire AA tout seul et à ma façon, assister à des assemblées lorsque nécessaire, i.e. jamais. Résultat? J'ai lamentablement échoué. Échec après échec, quelques assemblées après une cuite, toujours avec le désir sincère de ne plus recommencer. Encore une fois tout s'écroule. Plus de position, je végète et bois mon dernier sou. Mon propriétaire m'expulse avec mes quelques meubles.

Un bon membre m'héberge et ici commence une expérience indescriptible. C'est avec humilité que je tente de vous faire sentir cette nouvelle expérience en guise de terme à ce récit. Ce membre est devenu mon parrain. Imaginez-vous, moi qui ne voulais pas de parrain parce que personne n'était assez intelligent pour me comprendre, je faisais là un tour de force. Son comportement exemplaire a été pour moi une révélation et je voulais acquérir cette sérénité qu'il possédait. Mais comment faire?

Un jour je décide à l'instar de mon parrain de donner ma vie à Dieu sans restriction, sans condition et sans marchandage. Je refais mon inventaire moral (Antérieurement, il se résumait ainsi. Toutes les bévues que j'avais commises étaient la faute des autres ou des circonstances.) Cette fois-ci je découvre que je suis orgueilleux et que l'orgueil est la source de toutes mes déficiences. J'en découvre en abondance. La libération se fait doucement en les admettant et les acceptant. J'essaie de les corriger. Je m'aperçois qu'à force de travailler sur l'humilité, mon coeur devient moins lourd.

L'Être Suprême m'a aimé. Il m'a aimé en me faisant passer par l'affreuse maladie de l'alcoolisme pour qu'un jour je cesse de mener ma vie à ma façon et que je souffre assez pour enfin me donner à Lui pour vivre ma vie à Sa façon. Que Sa volonté soit faite! Il m'a aimé en me faisant rencontrer AA pour que je puisse Le reconnaître. Je l'aime beaucoup Lui aussi car Il est infiniment bon. Après Lui avoir fait totalement confiance, j'ai trouvé la paix intérieure. C'est extraordinaire, jamais je n'aurais cru cette expérience possible. 24 heures à la fois j'essaie de me corriger et 24 heures à la fois mon bonheur grandit. De plus en plus, j'aime mon prochain, je le juge de moins en moins. J'essaie de comprendre les autres à la place d'être compris. Quelle joie j'en éprouve. Plus j'avance, plus je me réjouis à la pensée des découvertes et des connaissances à venir. Quelle belle vie en perspective m'attend si je continue selon le mode de vie AA. Quand je vais aux assemblées: c'est l'école. Par l'expérience des autres, j'apprends à vivre, je m'enrichis en écoutant les autres. L'"école" AA m'a gratuitement donné avec amour toutes ces richesses. Merci mail Dieu, merci AA. Je suis ressuscité, je suis heureux.

J. M., Laval-des-Rapides

 

Les hommes sont comme les disques. Même s'ils jouent à différentes vitesses, ils sont agréables même s'ils ont 33, 45 ou 78 ... ans.

(The Islander)

xxx

Quand vous êtes fatigué comme un chien, le soir, c'est peut-être parce que vous avez hurlé toute la journée.

(AA Family Croup Bulletin, Springfield)

xxx

Vivez de façon à ce que vous n'ayez pas honte de vendre votre perroquet à la commère du village.
(News Letter, Angleterre)

xxx

A Tokyo, la police se sert de l’électronique pour corriger les ivrognes, selon une nouvelle récente. Quand ils sont soûls, la police enregistre les conversations des alcos. Le lendemain, les agents leur font écouter leurs rubans sonores. Il paraît que les résultats sont excellents.

 

Chers amis,

Étant moi-même alcoolique, la revue «LA VIGNE AA» m'a fortement aidé, non seulement par les histoires comiques qu'elle renferme, mais aussi par les témoignages dans lesquels je me suis, hélas! où heureusement, reconnu.

Faisant partie des AA depuis presqu'un an, je me suis retrouvé sobre un beau matin, Dieu merci, et ce beau matin a continué, voilà quatre mois déjà, jusqu'à aujourd'hui. Je veux m'abonner à "LA VIGNE AA" et, ci-inclus, vous trouverez la somme de $2.25. Je vous félicite et vous remercie.

Sobrement vôtre,

Donald C., Victoriaville.


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Volume 5, No 5 / Février 1970 – Mars 1970 / Pages 28-30 (PDF pour impression)

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UNE HISTOIRE D’AMOUR

Même si Je ne suis pas alcoolique, Je suis une des nombreuses personnes qui ont bénéficié indirectement, et beaucoup, du programme des Alcooliques Anonymes.

Mon histoire est à la base une histoire d'amour, mais j'avoue que je serais difficilement le sujet d'un récit romantique. Je suis une ménagère de 34 ans et mère de six enfants.

Si ridicule que cela puisse paraître, venant d'une personne comme moi, je suis devenue follement amoureuse ces derniers mois, pour la première et seule fois. Fait assez curieux, je dois remercier AA pour cette nouvelle et merveilleuse émotion qui est entrée dans ma vie.

L'homme que j'aime, je l'ai rencontré seulement il y a quelques mois. Il est merveilleux, fort, fiable et prévenant. Il possède toutes les belles qualités que j'enviais aux femmes plus fortunées, durant les longues et misérables années ou j'ai été mariée à un homme qui ne pouvait dominer sa boisson. D'autres épouses de membres AA vont reconnaître sur-Ie-champ l'identité de l'homme merveilleux qui est entré dans ma vie. C'est l'homme que mon mari est devenu depuis qu’il s'est joint aux AA.

Je ne puis rien dire qui n'est pas bien connu de n'importe quelle femme qui a été l'épouse d'un buveur à problème, mais peut-être se trouvera-t-il quelque chose dans mon expérience qui aidera à clarifier, pour certains maris nouveaux dans le mouvement AA l'énigme du "pourquoi la petite femme a réagi comme elle l'a fait?" - d'abord au problème de boire sans contrôle, et, plus tard, aux changements apportés aux relations matrimoniales pour un mari qui participe au mouvement AA.

Malheureusement, Je n'ai pas connu mon mari avant que l'alcool ne devienne le facteur dominant de sa vie. Si je l'avais connu, peut-être que cette nouvelle personnalité n'aurait pas été une si grande surprise pour moi. Je constate maintenant qu'il ne s'agit pas là vraiment d'une nouvelle personnalité. Elle était toujours là, mais si obscurcie par les habitudes de sa pensée orientée vers l'alcool et par le comportement alcoolique que, même moi, qui aurais dû mieux le connaître, je ne le connaissais réellement pas du tout. J'ai mépris ses mensonges, son égoïsme, ses petites déceptions, et son manque de confiance en soi - état d'esprit de l'alcoolique - comme faisant intrinsèquement partie du caractère et de la personnalité de mon mari. J'ai appris depuis que c'étaient des symptômes de sa maladie, comme ses bredouillements et sa démarche trébuchante d'alcoolique.

Pendant des années, je me suis considérée comme la force de notre ménage. Moi seule, je faisais des efforts pour acquit ter notre montagne de factures pour donner à nos enfants le peu de stabilité qu'ils ont reçue, pour tenir uni notre mariage chancelant et notre foyer de plus en plus malheureux. J'étais la victime de mon propre "moi" surgonflé, je me voyais comme une petite martyre héroïque.

Je savais vaguement que j'avais quelques défauts. Qui n'en a pas? J'étais une femme très indifférente, mais est-ce que cela n'était pas justifié par le fait que la façon de boire de mon mari nous avait ravi la maison que nous avions achetée et nous avait forcés à déménager dans une série de maisons louées, qui ne ressemblaient guère à des maisons?

J'ai fait peu d'effort pour me vêtir d'une façon attrayante, mais est-ce que cela n'était pas excusable, puisque la façon de boire de mon mari nous laissait peu d'argent pour les vêtements? Sûrement, j'avais mauvais caractère, je criais, je boudais. Mais on pouvait pardonner cela à une femme qui vivait sous la tension d'être mariée à un buveur à problème.

Bref, tout comme mon mari se servait de l'alcool comme d'une béquille, je me servais de l'alcoolisme de mon mari pour expliquer mes fautes et justifier mes propres défauts.

Je ne prétends pas bien connaître l'alcoolisme. Je sais cependant que, tout comme je ne puis me blâmer d'avoir causé la maladie de mon mari, je ne puis non plus rien accepter à mon crédit pour sa nouvelle libération de la contrainte de boire. Il est vrai que j'essaie, plus fortement que je n'ai jamais essayé auparavant, d'être une bonne épouse et de faire en sorte que mon mari soit heureux.

J'ai exhorté mon mari à se joindre aux AA, croyant naïvement qu'avec les AA pour le réformer, il pourrait devenir digne de ses enfants et de moi. Quelle idée! Depuis ce jour, j'ai dû ajuster ma façon de penser. C'est moi qui dois travailler fort et continuellement pour être digne de cet homme merveilleux à qui je suis mariée.

Il a eu une rechute. Après avoir assisté à des assemblées AA durant quelques mois, un jour il a décidé de faire une expérience pour voir s'il pouvait prendre un ou deux verres et s'arrêter. Le résultat fut inévitable, mais cela l'a laissé plus déterminé que jamais à faire en sorte que le programme AA fonctionne pour lui.

J'ai eu des centaines de rechutes, rechutes dans l'arrogance et la mauvaise façon de penser, mais avec l'aide de Dieu je me suis corrigée à nouveau. Mon mari n'est pas seul dans AA. Nous sommes une famille AA. Nous essayons de vivre, de penser et de travailler en gardant à la pensée les Étapes et les Traditions AA. Il n'est pas nécessaire que l'on ait été un buveur à problème pour bénéficier de la sagesse de vivre un jour à la fois ou de placer sa confiance dans une Puissance supérieure à soi-même.

Ceci est un lieu que nous avons en commun, vous les alcooliques et nous les non-alcooliques.

Je ne puis dire que je suis fière que mon mari soit un alcoolique puisqu'il a souffert plus qu'une personne aussi aimable ne devrait avoir à souffrir. Je suis heureuse, cependant, que l'on m'ait fourni l'occasion de me familiariser avec le programme AA, et j'ai trouvé, pour moi et ma famille, un meilleur mode de vie grâce aux Alcooliques Anonymes.

].G.D.


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Volume 15, No 5 / Février 1980 – Mars 1980 / Pages 5-10 (PDF pour impression)

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LE SIMPLE FAIT QU’ON ASSURE LEURS PRÉSENCES CHEZ LES AA C’EST DÉJÀ TRÈS BIEN

Bien des bruits courent au sujet des assignations contraignantes, qui nous sont recommandées par certains services extérieurs; mais nous devrions être conscients que bien souvent, ces alcooliques qui souffrent encore deviennent de sobres membres AA.

Récemment, je voyais entrer dans une réunion un homme qui était manifestement un nouveau. Il regardait nerveusement autour de lui et paraissait très mal à l'aise. Comme personne ne s'approchait de lui, moi, je l'abordai: je le saluai en lui disant bonjour et je lui demandai s'il avait déjà assisté à une réunion AA auparavant. Il sortit une feuille de papier en expliquant qu'il n'était là que pour la faire signer à l'intention de son agent de probation. J'employai quelque temps à le convaincre de ne pas s'en aller et d'accepter une tasse de café. Il insistait pour se déclarer non alcoolique - on lui avait mis un carcan, disait-il. A son avis, son agent de probation était un idiot. Son haleine dégageait une discrète odeur d'alcool, ce qui m'inspira d'user de beaucoup de patience. Je l'approuvais sur tous les points, espérant qu'en retour, il accepterait d'assister à la réunion.

Pendant qu'il écoutait le conférencier, mon esprit travaillait en surtemps. Il y a maintenant trois ans que je travaille sur deux paliers. C'est une expérience joyeuse pour moi. De temps à autre, j'entends des murmures chez les AA au sujet de ces "merveilles de quatre-vingt-dix jours" et je regarde derrière moi avant de me rendre compte que c'est bien moi la cible de la flèche, ou l'un de mes collègues. Car nous sommes nombreux en commençant par le Dr Bob qui fut le premier à chapeauter la double thérapie (comme membre AA et thérapeute pour alcooliques).

Puis j'entends des critiques sur la façon dont certaines personnes sont dirigées vers le mouvement, et cela m'agace  - ou, devrais-je dire, avait l'habitude de m'agacer. Quant à moi, j'approuve toute méthode sérieuse dont l'effet est de conduire des gens à s'asseoir dans l'auditoire d'une réunion ouverte, pour voir ce que nous avons à offrir.

Néanmoins, je ne peux faire la sourde oreille aux remarques défavorables que j'entends dans cette Fraternité à qui je dois la vie. La voix de celui qui exprime de tels blâmes peut être bien faible, mais j'ai tout simplement le devoir de l'écouter et de faire un inventaire continuel pour découvrir si ces blâmes sont fondés ou non.

Il y a tellement de façons différentes de considérer le problème du "double-chapeautage" et les références contraignantes d'une part, et la coopération d'AA avec les services de l'extérieur de l'autre, à tel point que j'en éprouve une certaine frustration quand j'essaie de les énumérer par écrit. Après tout, les mécontents ont plutôt raison quand ils disent qu'AA change. C'est vrai. Parfois on se demande: un tel changement est-il bon? Est-ce qu'on ne se rapproche pas un peu trop dans AA de la création d'une élite professionnelle? Sommes-nous en train d'accepter la séduction des projets subventionnés et des professionnels impressionnants?

Prenons un véritable changement fondamental: la désintoxication dans les hôpitaux. Dans certaines régions, il y a belle lurette qu'on ne va plus tenir compagnie à un ivrogne pendant toute une nuit. Certains membres AA diront, "Dieu merci", puisque dans le passé, nous avons perdu plusieurs personnes qu'un secours professionnel aurait réchappé. D'autres disent que nous perdons la joie personnelle d'un travail pénible bien accompli, que l'activité de Douzième Étape est en perte de vitesse. Quant à moi, il m'est bien difficile de passer sous silence les avantages du traitement médical pour la désintoxication aiguë. Dans les régions qui profitent d'une clinique de désintoxication bien montée et capable d'établir un diagnostic élémentaire, la conscience du groupe s'exprime avec force et clarté. Les groupes AA veulent ce service et ils s'en servent.

Après la phase de désintoxication, la coopération entre les AA et les hôpitaux devient plus complexe. Occasionnellement, les hôpitaux ou d'autres services tenteront d'absorber le programme AA et de le présenter comme une aile de leur service. Ordinairement ça ne réussit pas longtemps. L'expérience démontre qu'AA réussit au meilleur de sa performance, n'importe où il peut oeuvrer en toute liberté et de façon autonome, quand il se manifeste avec vigueur, sous la directive d'une puissance supérieure qui se filtre amoureusement dans la conscience collective du groupe.

Dans certains hôpitaux, on confie la présidence des réunions AA à un professionnel. Voilà qui paraît très bien sur un organigramme; mais on peut craindre que les soûlons ne réagissent pas très bien à cette ambiance confuse. Ou bien, on fait AA, ou bien on fait une session d'orientation; mais il existe et devrait exister une différence entre les deux.

Les groupes industriels semblent aussi miroitants sur papier; mais n'aboutissent qu'à des résultats limités. L'alcoolique et il est en droit d'agir librement dans l'entière ambiance du partage que lui offre ce monde anonyme qu'est AA. (Je ne fais pas ici allusion aux sessions structurées de thérapie. Elles sont autre chose, entièrement).
 
Avec la croissance d'AA, se greffe aussi l'acceptation de notre programme au sein de la collectivité professionnelle. Si nous persévérons dans nos principes, un jour viendra où AA sera considéré au même niveau que les professionnels comme mode de traitement. Mais nous ne saurions mériter considération si nous allions lourdement prétendre, comme le font certains membres, qu'AA détient la seule et unique solution au problème de l'alcoolisme.

Je travaille en collaboration avec six médecins. Au début, certaines de mes idées leur paraissaient étranges. Il fallait que je permette aux médecins d'agir à leur guise. Je me limitais simplement à donner discrètement mon opinion sur ce que je croyais devoir être l'issue de chaque cas. Après que les faits m'eurent donné raison un certain nombre de fois, les médecins commencèrent à me demander mon avis. J'étais très fier, la première fois qu'un docteur m'a demandé de l'aider à conclure un diagnostic et faire des suggestions de traitement. Après tout, n'étant qu'un profane, je n'avais pas la compétence légale pour faire un diagnostic ou pour prescrire un traitement.

Essayez de penser comme le font les professionnels. Faire de longues années d'études pour être reçus, des années d'internat ou travailler une thèse, seulement pour se faire dire par une poignée d'heureux soûlons que les professionnels n'y connaissent rien aux malades de la boisson. Je comprends dès lors très bien pourquoi il se forme de l'interférence sur nos lignes de communications. Pour faire taire ces bruits parasites, il faut permettre aux professionnels de reconnaître qu'ils n'ont rien à redouter de nous et il en va de même à leur sujet. Ils doivent nous respecter et nous soumettre leurs patients d'une façon rationnelle, et nous devons reconnaître que l'alcoolisme ne nous appartient pas. Comme collectivité, AA nous appartient, mais pas l'alcoolisme.

Beaucoup a déjà été dit et écrit sur notre attitude face aux procédures contraignantes d'acheminer des cas vers AA. On aurait vraiment beaucoup de mal d'ajouter quoi que ce soit d'innovateur. J'ai le sentiment qu'un peu partout dans le mouvement, l'opinion collective penche fortement dans le sens d'ouvrir largement les bras à ces cas recommandés. Le mécontentement (souvent justifié) s'estompera avec le changement graduel de la nature des groupes. Dans mon groupe, il y en a un bon nombre qui ont connu" l'hospitalisation, qui sont en thérapie, ou qui ont été propulsés dans AA. Je pense que la tendance générale va se maintenir. Au fur et à mesure que ces adhérents forcés se joindront à la famille des membres, les murmures cesseront. C'est simple comme ça.

Avec le temps également, disparaîtront les histoires qu'on fait au sujet des signatures d'attestations. Quand les agences d'assignations réaliseront qu'un morceau de papier n'atteste que la présence à la réunion et non sa sobriété ni son adhésion à AA, les demandes diminueront. De notre point de vue, les réticences à signer seront amoindries lorsque nous cesserons d'y voir un bris d'anonymat. (A franchement parler la Tradition de l'anonymat ne peut être brisée qu'au niveau des masse-media).

Je suis personnellement enchanté qu'AA résiste à toute forme de contrôle des présences ou autre forme de bureaucratie. Cette façon de procéder ne fait pas partie de notre tâche et j'espère qu'elle ne le sera jamais. Nous ne sommes pas des officiers de probation, ni des moniteurs de groupe de bienfaisances et n'avons pas à agir de la sorte. Mais poussons au moins la collaboration jusqu'au point de présenter AA comme une ressource que le professionnel trouvera intéressante à utiliser. Il est possible d'imaginer des moyens qui, sans indisposer les groupes AA, fourniront aux cours de justice et aux autres instances les vérifications qu'elles désirent.

A Denver (Colorado), une initiative judiciaire consistait à remettre à un groupe local AA des enveloppes et des formules d'attestation et on demandait d'autre part à chaque alcoolique, qu'on dirigeait vers AA, de se procurer une attestation au groupe et de la retourner par la poste dans la dite enveloppe. L'alcoolique concerné ne pouvait obtenir la formule autrement qu'en assistant à la réunion AA, ce qui devenait donc la preuve de sa présence. Personne, n'a signé quoi que ce soit; le nouveau, lui, ne demandait pas mieux que de reconnaitre qu'il s'était rendu à la réunion; et la cour était satisfaite. Ceci n'est qu'une modalité possible parmi bien d'autres qui seront solutionnées dans un proche avenir.

Pendant que le nouveau venu prenait place dans cette réunion, la formule en poche, je réfléchissais sur ma propre situation comme un "double-chapeauteur". L'insinuation malveillante du "merveilleux prodige des quatre-vingt-dix jours", qu'on applique aux AA qui deviennent conseillers en alcoolisme est souvent justifiable, à mon avis. Trop d'entre eux se pensent qualifiés pour devenir conseillers, simplement parce qu'ils ont été sobres dans AA pendant une courte période de temps. Bien que l'ancienneté n'est pas une garantie de succès dans le domaine de l'alcoolisme, les membres AA qui jouissent d'un certain équilibre pendant un certain temps sont ordinairement mieux habilités pour le travail de conseiller.

D'autre part, les personnes capables d'engager à leur service des alcooliques rétablis, doivent apprendre à demander les mêmes hautes exigences de ces conseillers que de leurs employés dans n'importe quelles autre discipline. Sur ce point, un professionnel que je connais différait d'avis avec moi. Il disait: "Un soulon n'est pas différent d'un autre". Je ne suis pas d'accord. On devrait mettre plus de soin au choix d'un AA pour occuper un poste professionnel ou para professionnel.

Le membre AA lui-même devrait, aussi, être prudent. Si au terme d'un entraînement professionnel, il devient un spécialiste chevronné et perd son aptitude à différencier entre le programme de réhabilitation d'AA et ce qui relève des techniques de psychiatrie ou d'orientation, il risque non seulement d'y perdre toute humilité, mais transmet souvent aussi à l'alcoolique, des messages confus. Le soûl on se grattera la tête en se demandant ce que veut dire "double-chapeauteur". L'expertise et l'approche multidisciplinaire sont de mise; mais la mégalomanie et les suggestions compliquées sont exaspérantes pour un patient.

Une autre de mes protestations est la formation de bureaux de consultations partout dans le pays. Des centaines de gens bien intentionnés ne cessent de prendre des cours interminables qui font miroiter subtilement des promesses d'emplois à la fin. Ceci n'est pas vrai. Il n'y a pas tant d'emplois et il s'en trouve bien peu pour le para professionnel sans diplôme. A dire le contraire, on trompe ceux qui s'enregistrent. Je me réjouis, en pensant qu'au moment où je suis arrivé à demi-mort à la porte des AA, il n'existait pas de brouhaha, au sujet de ces postes de conseillers.

C'est - dans l'ordre - l'activité de groupe, du travail de comité et des projets communautaires - que j'ai fait mon chemin cadrant ma croissance dans la position de "double-chapeauteur". Récemment, j'assistais à une réunion de ces gens "double-chapeauteurs" et j'entendais deux d'entre eux discuter, à savoir lequel faisait le plus d'argent. Je ne sais pourquoi, j'avais bien l'impression qu'on avait perdu quelque chose dans ce débat. Je savais bien ce que c'était: l'amour du service à rendre à l'alcoolique qui souffre encore. Plusieurs de mes semblables, qui satisfont aux exigences suggérées par les Orientations du BSG en ce qui concerne les "double-chapeauteurs". Ils ont dû accepter de subir une sérieuse perte de salaire pour faire ce travail. Ce n'est que récemment que j'ai réussi à rattraper mes revenus d'autrefois. Nous aussi, avons des problèmes d'emploi. J'ai grandi avec mon travail. Il s'est développé autour de moi. Je me suis lancé dans ce travail seulement quand il m'a semblé assez évident que je ne pouvais plus négliger l'opportunité qui s'offrait dans mon milieu. J'étais déjà un "double-chapeauteur" avant même de connaître l'expression.

Ces pensées et d'autres encore me sont revenues à l'esprit pendant que le nouveau venu écoutait' avec nervosité, les conférenciers. Je ne lui révélai par la nature du rôle que je jouais, le jour, dans l'industrie. J'ai signé sa formule en tant que membre AA. En me quittant, il admit, avec un sourire: "J'ignore pourquoi mais je me sentais bien ici, ce soir".

"Reviendras-tu?" lui demandais-je tout en notant pour lui mon numéro de téléphone. (Je prenais aussi des mesures pour l'amener à rencontrer d'autres membres du groupe.) "Je persiste à croire que je ne suis pas un alcoolique" dit-il, "mais chose certaine, je me sentais vraiment bien ici ce soir".

Nous nous quittions en amis.

J'ignore ce qu'il adviendra de lui; mais rien n'est perdu. Il est possible qu'avec mon intervention et celle d'un agent de probation, un homme se dirige vers une merveilleuse nouvelle vie.

E.S. Brooklyn, N. Y.


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Volume 15, No 5 / Février 1980 – Mars 1980 / Pages 12-13 (PDF pour impression)

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RÉFLEXIONS SUR «L’IVRESSE MENTALE»

Je veux tout simplement exprimer mon opinion sur "l'ivresse mentale". Les mots "dry drunk" peuvent se traduire mot à mot par "ivresse sèche"; je préfère le terme: "blocage mental" qui exprime mieux ma pensée.

S'il est une manifestation mal connue des alcooliques, (c'était mon cas) c'est bien celle du blocage mental. Pour moi, c'est un ensemble de réactions qui empêchent un alcoolique abstinent d'évoluer, de changer. Cet état d'esprit est caractérisé par certains traits dominants.

Tout d'abord, l'alcoolique en état de blocage mental vit dans l'irréel et il essaie de réaliser des rêves absurdes. Il agit comme s'il était sous l'influence de l'alcool. Il exagère tout, il exagère dans tout, il va au-delà de ses moyens et de ses limites. Il est le seul, qui, d'après lui, va bien; les autres qui le voient agir ont tous tort. Il juge les autres d'une façon très sévère. Son jugement est faussé. Il devient nerveux, irritable; il accepte de plus en plus mal la réalité et il finit par se perdre. Cela vient du fait qu'il y a chez lui des désirs, des sentiments basés sur des souvenirs qu'il ne peut plus revivre. Il ne peut plus "accepter l'acceptable" ou tout simplement la vérité. Il est malheureux. Pour lui, "c'est pas pareil", il fait de l'apitoiement.

Il essaie de s'en sortir. Il commence à rationaliser pour justifier sa façon de penser. Il tourne en rond et gaspille des heures précieuses. Il ne peut s'objectiver; et pourtant les autres observent ce curieux comportement. Il se sent persécuté. Il fait du ressentiment. Il est au bord de la crise; il est bloqué mentalement. Il ne peut plus penser, il a des difficultés à s'exprimer, il veut agir. C'est précisément là où se trouve le blocage mental: il veut agir et tout de suite. Il éprouve un grand besoin d'agir, de s'en sortir. Il refuse l'aide et envoie tout le monde chez le bonhomme.

Il est convaincu d'être quelqu'un d'irréprochable. S'il demande de l'aide, il est sauvé. S'il persiste dans son refus, la crise se prolonge et il s'expose à ce que la soif d'alcool réapparaisse. Pour moi, j'ai vécu plusieurs blocages mentaux et le plus grave a débouché sur une tentative de suicide. Pour lui venir en aide, il faut le placer dans des situations où il pourra s'objectiver et se voir tel qu'il est; il doit essayer de devenir "rigoureusement" honnête.

Pour devenir honnête, il se doit d'apprendre l'authentique humilité en se confiant à une Puissance supérieure à lui-même afin que son "moi" se dégonfle. Par la prière et la méditation, il améliorera sa relation avec Dieu tel qu'il Le conçoit. Ordinairement, il n'a pas de "parrain"; ce sera l'occasion pour lui de faire un choix judicieux d'un guide. Également, il doit revenir à une certaine spontanéité première; car les jeunes ne vivent pas de blocages mentaux. Enfin il devra s'intégrer à un groupe AA où, par sa participation, il s'affirmera à sa juste dimension.

Les blocages mentaux peuvent revenir à l'occasion l'assiéger; mais l'alcoolique l'ayant vécu aura certes le "discernement" des premiers signes: fatigue physique, fatigue mentale, altération des perceptions des sens.

Le temps est venu pour l'alcoolique de vivre sa réalité "JUSTE POUR AUJOURD'HUI" et de faire un autre pas sur le chemin de "l'Amour en action".

Yvon B. Montréal


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Volume 15, No 5 / Février 1980 – Mars 1980 / Pages 18-20 (PDF pour impression)

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SI VOUS VOUS SENTEZ BIEN …
VOUS N’ÊTES PAS NORMAL

J'ai constaté avec surprise qu'écrire un article au sujet de la dépression peut devenir très "déprimant". Mais est-il nécessaire qu'il en soit ainsi? Si je m'en tiens à mentionner joyeusement des principes d'aide personnelle et à omettre mes propres expériences décourageantes, alors tout cela peut devenir moins déprimant.

En premier lieu, je dois dire clairement que je ne suis pas une autorité en la matière. Après avoir fait quelques recherches supplémentaires, je n'ai pas été étonné de découvrir que certaines dépressions sont presque totalement physiques alors que beaucoup d'entre elles sont causées par d'autres facteurs. Sans doute, comme l'alcoolisme, la dépression peut être mentale, physique ou spirituelle. Pour des personnes souffrant de certains genres de dépression, il faut absolument une aide professionnelle. Par contre, pour les autres, j'aimerais partager quelques anti-dépressifs qui m'ont soulagé.

Je réalise maintenant que mon brusque retour sur terre, après avoir séjourné sur un nuage rose au cours de mes premiers cinq mois dans AA, était tout à fait normal. La réalité ne réside pas quelque part dans l'espace. J'ai eu de la difficulté à comprendre pourquoi le programme AA qui m'avait rescapé de la terrible maladie de l'alcoolisme, n'avait pu me soulager de mes dépressions et de mes anxiétés. J'ai essayé de faire un inventaire personnel encore plus profond, j'ai pris plus de temps pour méditer, j'ai étudié de nouveau la troisième étape mais sans résultat. J'ai assisté à plus d'assemblées et j'ai trouvé que cela pouvait m'aider en autant qu'elles étaient joyeuses et pleines de rires. Les visites de douzième étape ont contribué à me faire sortir de moi-même mais seulement temporairement; parfois, il semblait que je ne pouvais pas atteindre les gens.

Les sentiments négatifs étaient toujours présents, surtout la nuit. Je ne pouvais trouver les causes de mon état, excepté peut-être que mes anciennes habitudes de penser négativement étaient revenues chez moi, se percher. Ou peut-être, était-ce que je visais trop la perfection ou bien que beaucoup de temps s'était écoulé sans que je n'aie encore obtenu de succès? J'éprouvais peut-être de la colère envers moi-même et une grande culpabilité pour toutes ces raisons. J'avais demandé l'aide de ma Puissance Supérieure mais il semblait que j'éprouvais un blocage spirituel.

Un jour, j'ai découvert dans le journal un article intitulé: "Si vous vous sentez bien aujourd'hui, vous n'êtes pas une personne normale". Voici ce que mentionnait cet article: "Vous vous sentez en pleine forme aujourd'hui? Si tel est le cas, le Bureau de la Santé Économique veut vous faire part que vous êtes dans une condition "très anormale". L'auteur continuait en définissant comme tout à fait anormal de se sentir "totalement en forme physiquement, mentalement et socialement".

En d'autres termes, si vous pensez être cent pour cent en forme, alors vous êtes malade. En lisant l'article en question, je me suis mis à rire à gorge déployée. C'était marrant de penser que toutes les fois que je me sentais déprimé ou découragé, j'étais tout simplement normal. Je commençais à me demander s'il avait bien été nécessaire que je fasse la deuxième étape AA. Selon l'article du journal, je pouvais recouvrer la raison tout en étant normal et misérable.

J'ai également lu un article qui avait pour titre "Le Bruxisme". Il s'agit des gens qui grincent des dents pendant leur sommeil, ce qui a pour résultat qu'à leur réveil, ces personnes ont la bouche très douloureuse et les yeux enflés. (Si vous êtes marié, je suppose que grincer des dents en dormant ne vous rend pas bien populaire auprès de votre compagnon ou compagne de lit). Apparemment, les causes de cet étrange comportement sont la dépression, le stress et une colère refoulée et contrôlée; les surmonter apporte le soulagement. J'ai éprouvé tous ces états mais moi, j'appelle cela de l'alcoolisme et non pas du "bruxisme".

Toutefois, je dois mentionner que figurativement j'ai grincé ouvertement des dents envers le monde en général et certaines personnes en particulier.

Jusqu'au moment où j'ai lu ces articles dans le journal, je n'avais pas réalisé combien mon sens de l'humour était à un niveau très bas. Je me prenais trop au sérieux. J'avais laissé aussi trop de choses en suspens dans mon inventaire personnel. Mes qualités et mes déficiences étaient embrouillées. Je constate maintenant que je ne connaîtrai peut-être jamais les causes de mes dépressions mais j'essaie quand même de les trouver. Lorsque je me couche chaque soir, je peux demander à mon Être Suprême de faire en sorte que je me réveille le lendemain libéré de ces découragements. Quand je me sens bien tout à coup, il me semble un peu étrange de ne plus ressentir ces moments dépressifs ou d'avoir des pensées négatives.

Les sentiments de désespoir, de dépression et de négativisme sont terriblement contagieux. Lorsque je les éprouve, je porte atteinte aux autres aussi bien qu'à moi-même. Dans ces périodes, j'ai pris des décisions stupides et j'ai refusé d'agir, exactement comme lorsque je buvais. Mais le rire est également contagieux ainsi que la bonne humeur. Ils font partie du recouvrement de la raison. Je peux me voir tel que je suis réellement et j'ai de plus en plus la volonté de m'aider moi-même et d'accepter l'aide des autres. L'habileté à rire de moi-même me rend capable d'être honnête.

Même Thomas Edison avait ses mauvais moments. On dit qu'il avait sur son bureau une carte sur laquelle on pouvait lire ceci: "Si vous êtes englouti par le découragement, souvenez-vous de Jonas; il s'en est très bien sorti!"

Une fois de plus, j'en suis venu à croire que le programme AA et surtout les Douze Étapes peuvent m'aider à vaincre ma dépression aussi bien que mon alcoolisme. J'admire cela. J'ai toujours remarqué que dans mon cas, l'alcoolisme et la dépression ont tous les deux presque les mêmes symptômes.

Ce n'est pas surprenant que dès le tout début, j'aie été attiré par la joie et les rires dans AA. Il ne faut jamais sous-estimer Il) pouvoir curatif du rire. J'ai appris dans AA à rire de nouveau et je m'aperçois que lorsque je ris, tout le monde autour de moi semble rire aussi. J'en suis venu à la conclusion que j e suis en train de recouvrer complètement la raison quand je retrouve mon sens de l'humour et que je cesse de me prendre trop au sérieux. La seule chose que je dois faire, c'est de remettre ma vie, ma volonté et ma dépression à Dieu. AA est le meilleur anti-dépressif que j'aie pu trouver.

Évidemment, si l'article du journal que j'ai mentionné plus haut est véridique, alors je ne suis pas normal puisque je suis si heureux dans AA. La plupart de mes amis AA ne se douteront de rien. De toutes façons, quelqu'un m'a dit que si je guérissais totalement, je perdrais probable-ment tous mes amis.

M.U. (Brighton, Colorado)


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Volume 15, No 5 / Février 1980 – Mars 1980 / Pages 21-23 (PDF pour impression)

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OUI, J’ÉTAIS COUPABLE!

Bonjour, je suis une alcoolique poly-toxicomane, sobre par la grâce de Dieu et l'aide du mouvement AA. Ce que j'entends par l'aide du mouvement, c'est d'abord les 12 étapes que je mets en pratique et l'aide de chacun de vous. Avec un beau sourire dans un moment de tristesse, un bon mot dans un moment de dépression ou une chaleureuse poignée de main dans un moment où l'on a tant besoin d'un ami. C'est ainsi que le mouvement m'a impressionnée.

Je veux vous raconter quelques épisodes passés dans ma période active.

Reportons-nous en 1964 alors qu'au mois d'octobre, j'ai eu un terrible accident, je dus être internée dans une institution psychiatrique.

Quand vint Noël, je n'avais aucun souvenir de mes enfants; et lors du dépouillement de l'arbre de Noël, on oublia une patiente et ce fut moi. Je criai donc au Père Noël qu'il avait oublié mes enfants. Pour moi, le réveillon se passa avec les médecins qui me firent parler jusqu'à ce que je me souvienne de mon passé. Un peu plus tard je sortis de cette institution.

L'année suivante, je demeurais rue La Gauchetière, coin St-Laurent. Au début de l'hiver, les religieuses de la crèche d'Youville me dirent que j'aurais mes enfants pour la période de Noël. Je pris panique et je me prostituais pour vivre. Je demeurais dans un petit appartement de (4' x 4'), je n'avais qu'un lit simple, une table et deux chaises. Je me demandais comment et quoi faire.

J'ai reçu par erreur un chèque d'un nom Grec et précipitamment, je m'oriente chez Woolworth pour m'acheter un porte-monnaie. Sur la carte d'identité, je m'inscris au nom de Mme Grec, je disais être l'épouse de l'homme à qui appartenait le chèque.

Je suis allée chez Dominion et je fis une grosse commande de pommes, d'oranges, sans oublier deux camions pour mes garçons et deux poupées pour mes filles. Mais rendue à la caisse, la caissière me demanda d'attendre car il fallait que le chèque soit accepté par le gérant.

Ce fut la police qui me mit la main sur l'épaule en me disant: "La prochaine fois, ne prends pas un chèque de vieillesse", puisqu'alors je n'avais que 27 ans.

Le juge, comme cadeau de Noël, me libéra.

Les enfants arrivèrent; et toujours sous l'effet des pilules et de la boisson, j'essayai de m'en occuper. Les trois plus vieux se couchèrent de travers sur le lit; alors que la plus jeune coucha dans un tiroir mais elle n'aima pas son biberon rempli de vin. Ils retournèrent à la crèche et la vie continua. Mon alcoolisme progressa.

En avril 1974, j'avais un bon emploi mais je continuais à boire le soir et la fin de semaine, lorsqu'un jour j'allai au cabaret et chantai dans un concours d'amateurs. Au bord de l'estrade deux gars étaient là et m'invitèrent à boire avec eux. Ce que je fis; et l'un d'eux me dit: que si j'avais besoin d'argent, il serait prêt à m'en prêter. Comme tout bonne alcoolique, j'acceptai sur-le-champ et je fis la bombe toute la fin de semaine, pour en arriver finalement avec une fracture du bassin qui me fit perdre mon emploi. Donc je ne pus remettre les 500$ empruntées. Je fus donc obligée de travailler pour eux afin de leur remettre 800$.

Je fus arrêtée dans une banque et j'avais 21 témoins contre moi. Je fus accusée de 32 charges de fraude, faux et usage de faux avec une possibilité de 8 à 10 ans de pénitencier. La cause fut remise en juin.

Comme au mois de mai, c'est ma fête, je commence à fêter une semaine avant et termine une semaine après. Le 24 mai 1974, je suis allée chez une amie, elle me dit: "On descend dans le bas de la ville". Je croyais que nous irions rue St-Laurent, mais non, elle me conduisit sur la rue Ste-Catherine au groupe Arc-en-Ciel.

Là, les gens me donnèrent la main, tous souriaient et me disaient de bonnes paroles. Je fus prise par le mouvement. J'écoutais attentivement et je me suis identifiée au message. Lorsque nous sommes parties, j'ai demandé à mon amie s'il y avait d'autres places comme ça ailleurs. Elle me remit une liste de meetings et de la littérature. C'est ainsi que j'ai connu AA. En juin, j'ai fait une dépression et je me retrouvai de nouveau internée jusqu'en septembre où mon avocat me dit que j'en aurais pour environ 8 ans. La cause fut remise en décembre.

Le 20 décembre 1974, ma cause fut entendue à 11 h et à 17 h 15, l'avocat de la couronne me dit: "Le papier que vous lisez depuis le début, ça doit être les mensonges que vous voulez vous rappeler, remettez-le moi".

Il aurait pu me fouiller, la seule chose que j'avais sur moi était la prière de la SÉRÉNITÉ. Il l'a prise et me regarda en ayant l'air de rire de moi, il l'a remise au juge qui me demanda: "Depuis quand avez-vous cette prière?" Je lui dis: "Ça va faire 7 mois le 24, soit dans quatre jours". Il me demande: "Sans lâcher". Je lui réponds: "Oui, votre Honneur". Il vint me remettre ma prière et me dit: "Lâche pas". L'avocat de la couronne dit à 17 h 05: "Votre Honneur si vous croyez les mensonges qu'elle vous a racontés, libérez-la" Et le juge me regarda avec un beau sourire en me disant: "Comme c'est Noël dans quatre jours, je vous libère en vous demandant de ne pas lâcher".

Si vous ne croyez pas en un Être Supérieur et bien moi, j'y crois. Car seul Dieu a pu placer un juge qui connaissait le mouvement. La prière de la Sérénité, je la vivais. J'avais demandé à Dieu d'accepter le temps que j'aurais à faire, car OUI, J'ÉTAIS COUPABLE et comme j'acceptais, Dieu me donna après 7 mois d'AA des dividendes. Je ne pouvais par moi-même changer cette chose-là, mais Dieu le pouvait.

Changer les choses que je pouvais, oui je les avais changées car avec AA je n'avais plus touché à mon premier verre.

La sagesse d'en connaître la différence. Dieu sait que je la connais.

La personne qui n'avait que haine et révolte dans le coeur, a aujourd'hui de l'amour plein son coeur.

Et depuis, avec Dieu dans ma vie, en ne touchant pas à l'alcool, je vis des jours de bonheur et de joie avec mes enfants.

En ce moment, c'est ce que je demande à Dieu de vous accorder ainsi qu'une belle Sérénité.

Mariette B., alcoolique


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Volume 15, No 5 / Février 1980 – Mars 1980 / Pages 38-39 (PDF pour impression)

49

L’ÉLÉMENT ESSENTIEL DE LA RÉHABILITATION

Dans la livraison récente d'une revue fort réputée, l'article-vedette citait des commentaires élogieux sur les Alcooliques Anonymes et signalait leur succès auprès des alcooliques. La revue attribue ce succès à la fraternité qui règne dans ce mouvement. Il n'accorde pas d'attention à la "fraternité" qui souvent, dans les tavernes, existe parmi les camarades buveurs et les "partenaires de cuites". Nulle part, cet article ne tient compte de la nature spirituelle de l'homme, ni ne reconnaît le besoin spirituel de l'individu. De même, l'article ne reconnaît pas l'élément essentiel qui fait l'exclusivité des Alcooliques Anonymes; la raison qui explique le succès de cette organisation: l'importance d'un "Dieu d'amour".

Je suis un médecin psychiatre. Ma profession classe l'alcoolisme essentiellement au rang des autres dérèglements émotifs et mentaux. En complément à la psychothérapie, nous prescrivons ordinairement des médicaments de la famille des tranquillisants et! ou des anti-dépresseurs. Quant à la thérapie, elle se veut ordinairement persuasive et recourt aux techniques de rationalisation du genre du behaviorisme et de la psychanalyse. "Un Dieu d'amour" ne fait pas très scientifique et ne peut être assujetti à notre modèle expérimental.

La plupart d'entre nous reconnaissent avoir beaucoup de difficulté à traiter l'alcoolique et trouvent bien pauvre le diagnostic. L'alcoolique est bien souvent narcissique et imprévisible, invalidant le traitement par son refus de prendre la médication telle que prescrite, ou par son défaut de se présenter aux rendez-vous. Après avoir connu bien des déboires auprès de lui, nous réglons souvent le cas par le moyen d'une désintoxication, comportant quelques jours à l'hôpital, un avertissement relatif à l'état de son foie, puis on le laisse partir. Dans le cas de certains alcooliques, nous espérons trop souvent qu'ils se présenteront quand ce sera le tour d'un autre psychiatre d'être de garde.

Je crois que notre échec et l'échec de tout autre procédé thérapeutique, s'explique par la nature unique de l'alcoolisme (et des autres toxicomanies).

Cette maladie échappe à la méthode scientifique, telle que généralement conçue. L'alcoolisme domine et absorbe tout procédé thérapeutique, tout médicament qui assujettit toutes ses victimes à l'alcool comme si l'alcool était une sorte de dieu. Chez ces personnes, l'alcool semble exercer une autonomie unique en son genre.

Ces hommes et ces femmes racontent toujours la même histoire: un mariage brisé, son job en danger, le désarroi financier et la santé rongée. Il s'agit la plupart du temps de gens intelligents, et pourtant, aussi incroyable que ce soit, ils insisteront qu'ils ne sont pas alcooliques.

Ceci persiste même quand toute leur vie s'écroule autour d'eux. Ils ne sont pas en mesure, ni dans leur esprit, ni dans leur corps, de s'affranchir de la dépendance alcoolique - et cela échappe aussi à l'habileté de mon esprit et de mon corps.

Mais au-delà des ressources mentales et physiques d'un être humain, se trouve la dimension spirituelle. Cela, nous l'oublions trop souvent, ou nous l'écartons, ou le nions. Pourtant, ce n'est qu'à ce niveau spirituel que l'alcoolique peut être libéré.

Les médicaments ne lui procureront pas une abstinence durable. (Ce qui est pire, plusieurs médicaments peuvent aggraver son état). Le conditionnement par réflexes d'aversion n'est que temporaire. La résolution des éléments psychogénétiques n'est d'aucune utilité, malgré son coût élevé - à moins qu'il se crée une forte relation, très positive, à l'endroit du thérapeute, c'est-à-dire à moins que l'alcoolique ne soit pris d'affection pour son thérapeute. Et quand cela se produit, que le thérapeute s'en rende compte ou non, il intervient au niveau spirituel.

La Première Étape des Alcooliques Anonymes consiste à admettre l'impuissance de l'alcoolique devant l'alcool. La Deuxième Étape lui fait reconnaître "une puissance supérieure" à lui-même. La Troisième Étape il remet sa vie aux soins de cette Puissance telle qu'il La conçoit. C'est alors, et alors seulement, que commence le processus de guérison, que l'alcoolique se trouve chez les AA, ou à l'église ou tout seul.

B. Grimmer, m.d., psychiatre


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Volume 15, No 5 / Février 1980 – Mars 1980 / Pages 40-42 (PDF pour impression)

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PAR LA GRÂCE DE DIEU!

En 1976, au cours d'un long périple au Canada, j'ai eu l'occasion de rencontrer de nombreux groupes AA francophones. Dans chaque salle, et presque toujours face à l'entrée, était affiché le slogan: "Par la grâce de Dieu".

Le "Gars d'en Haut", dont parlaient avec humour mais respect aussi bien les rudes bûcherons et fermiers des Laurentides que les membres des groupes "sélects" de Montréal m'aidait à mieux comprendre ce que pouvait être AA, m'ouvrait un horizon nouveau sur les étapes spirituelles de notre programme. Ces hommes et ces femmes avaient, m'expliquaient-ils, "viré leur cuti"; je les sentais libérés d'un certain conformisme étriqué - Ils me disaient être sortis de leur archaïsme religieux. A leur contact, j'ai beaucoup appris, et c'est la somme de cette expérience que je voudrais vous faire partager.

Pour être parfaitement honnête, il reste le fait que les pensées que je vais exprimer sont totalement miennes.

L'une des choses les plus merveilleuses, comme membre AA, c'est que je puisse soumettre ces réflexions aux lecteurs de la Vigne AA sans soulever aucune objection - nul n'étant obligé d'accepter ou de suivre des directives qui me paraissent bonnes à moi.

D'abord, les étapes commencent toutes par le pronom NOUS, et pourtant le seul pronom important qui compte pour moi est JE. JE dois vivre ces étapes - ni ma femme, ni mon parrain, ni le groupe ne peuvent les assumer pour moi. Quand NOUS lisons les étapes, en réunion, nous nous rappelons que nous sommes dans une fraternité, mais mon désir de progresser proviendra d'un effort, d'une sorte de gymnastique spirituelle strictement personnelle et journalière.

D'abord, m'être débarrassé de cette fascinante idée de ne plus boire - l'avoir acceptée, en être convaincu. Ensuite, trouver un moyen de maîtriser ma vie. Ce n'est pas un phénomène qui se produit avec la rapidité de l'éclair, cette puissance supérieure qui pouvait me rendre la raison.

La première force qui m'a frappé est celle que le groupe engendre. Je me suis aperçu, expérience après expérience, des fois très douloureuses (oh! le nuage rose!), que les amis, mon foyer, ma position sociale lentement recouvrée ne fournissaient pas la solution à tous mes problèmes, à mes déficiences caractérielles.

Comme j'avais dû accepter ma maladie et que je ne voulais pas d'un bonheur "d'occasion" mais d'un bonheur "vrai", j'ai été obligé d'utiliser l'idée d'un "Dieu" parce qu'il est, pour tout homme, l'image de la perfection et que je butais sur la 3e étape. Cette première idée, début d'un lent cheminement, aurait sûrement fait sursauter, jeter les hauts cris, à tout ministre d'une religion quelle qu'elle soit; elle était la résultante de l'éveil, du réveil de ma conscience, de la renaissance de mon âme.

Cette idée, je l'appelais mon "grand soleil d'amour", mimétisme pour l'avoir entendue exprimée par un ami, me mettait au diapason, en unité d'esprit avec les gagnants; mais j'ai vite découvert, en écoutant beaucoup, tout l'orgueil, la démesure, disons le mot, la mythomanie, d'essayer de me créer une idée d'un Dieu personnalisé et de reconnaître que je vivais encore dans le monde du rêve, dans les horizons perdus d'une terre, fruit de mon imagination.

J'ai accepté alors la nécessité de me connaître vraiment. Il m'a fallu me rappeler que j'étais membre de fait de l'Église catholique. Je n'y pouvais rien; c'était comme cela, même si la croyance tiède de mes jeunes années s'était noyée dans mon océan d'alcool. Si, maintenant, je refusais de faire le premier pas, c'était simplement de l'orgueil, et de l'orgueil bien mal placé; car j'avais la chance d'avoir une organisation idéale dont je pouvais me servir: un homme tenu par le sceau du secret.

Mais il me restait une démarche personnelle de grande importance à faire: si je reconnaissais que cette description de moi-même était bien exacte, je devrais accepter qu'à partir du moment où j'en parlerais, cette image devrait changer. Je comprenais qu'il me fallait prendre la résolution d'agir. J'avais été créé avec une volonté libre et c'en était fini pour moi des résolutions pour demain: demain, je boirai moins, demain, toujours demain, Si je veux essayer d'avoir une sobriété physique et émotionnelle, je dois accepter d'en payer le prix. Cela veut dire pour moi aujourd'hui: j'aurai un mode de vie différent dans certains aspects de mon comportement, sans tricher, et j'arrive à me rendre compte qu'à moins que j'en vienne à désirer qu'il en soit ainsi, rien ne se produit. Le cycle sur le plan spirituel se présente comme pour le premier verre: l'analyse du problème, la résolution d'agir et l'action proprement dite.

En arriver à chercher par la prière et la méditation à avoir un contact conscient avec Dieu. La prière a été une lente évolution pour moi; depuis la Prière de la Sérénité, dite et redite en catastrophe à travers les pulsions, les angoisses du début. Je n'y cherchais qu'à me rattacher au groupe qui me répétait inlassablement: "Ne te bloque pas, garde l'esprit ouvert". Puis, j'ai passé à la prière d'acceptation, "Que ta volonté soit faite, et non la mienne", peut-être pour moi la plus difficile à dire sans arrière-pensée. Il était facile d'offrir ce que j'appelais ma volonté, encore plus facile de la reprendre avec ma nature humaine toujours présente.

Enfin, pour déboucher sur ce que les anciens appellent REMERCIER. Alors se passe quelque chose d'indéfinissable: la prière devient méditation, dialogue. J'ai été beaucoup aidé par notre littérature; pouvoir me dire: ces textes ont été écrits par des alcooliques comme toi, et voilà les suggestions qu'ils t'offrent.

Les discussions du groupe m'ont fait apparaître, non pas ce que les membres pensent de ce contact avec Dieu, mais ce qu'ils ont découvert de Lui ... et ce qu'Il a fait pour eux.

A travers les témoignages, je les vois différents, mais se transformant; il y a une touche de miracle; ils deviennent tout autre et il fait bon vivre avec eux.

Il n'existe qu'une seule autorité ultime: un Dieu d'Amour comme il peut se manifester dans la conscience du groupe, et, là, se justifie le slogan "Par la grâce de Dieu".

Venir en AA avec, dans mon subconscient, l'espérance de modérer ma maladie, arriver à reconnaître mon impuissance devant l'alcool, apercevoir qu'il me faut changer, devenir un être différent, pour aujourd'hui c'est trop pour moi, mais que le "Gars d'en Haut" de mes amis canadiens m'aide, lui le peut et veut le faire si je le recherche.

JEAN By (France)


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Volume 25, No 6 / Février 1990 – Mars 1990 / Pages 4-5 (PDF pour impression)

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UN PILOTE D’ESSAI

COMMENT UN PILOTE D’ESSAI A CONNU ET VAINCU LA PEUR

Je gagne ma vie comme membre d'une équipe d'essai dans un avionnerie; je fais des envolées d'essai aux manettes de nouveaux avions pour le compte d'un important manufacturier d'avions. Pour conserver mon titre de pilote, je dois me soumettre à un examen médical semi-annuel passablement sévère.

Jusqu'à mon arrivée au mouvement A.A., il Y a deux ans et demi, j'appréhendais chacun de ces examens et je les craignais, sans doute avec raison, puisqu'en maintes occasions les médecins me questionnèrent avec insistance au sujet de mon habitude de boire, et m'avertirent que le travail de pilote et la boisson n'allaient pas ensemble.

Naturellement, aussitôt l'examen passé, je retournais à cette course endiablée entre la beuverie et le malaise qui s'ensuit, mais à chacune de ces cuites, mon sentiment de culpabilité et de crainte augmentait. Peut-être, comme je le mentionnais ci-haut, était-ce parce que j'appartenais à une équipe et parce que je savais qu'en exécutant mon travail avec indifférence à cause de mes malaises du lendemain ou un esprit embrouillé, je mettais en danger la vie des autres et la mienne.

Je suis venu aux A.A. un mois après avoir réussi un de ces examens et célébré mon astuce par une cuite de huit jours. Je suis venu au mouvement A.A. malade, battu et même effrayé à l'idée que A.A. pouvait apporter une solution à mes problèmes.

En réponse à mon appel téléphonique au Bureau Central de ma ville, deux membres sont venus chez moi, et, pour la première fois depuis que je m'étais rendu compte que j'avais un problème de boisson, j'ai été surpris de parler avec quelqu'un qui savait réellement de quoi je parlais, avec des gens qui comprenaient, à cause de leurs propres expériences amères, les inqualifiables terreurs, l'amertume et le remords que je ressentais. Mieux encore, je me suis surpris à écouter ce que cette méthode avait fait pour eux.

Ils ont pris congé ce soir-là en me laissant de la littérature à lire pendant les heures d'insomnie, que le lendemain d'une cuite m'apportait toujours. Au fur et à mesure de ces lectures l'espoir qu'ils m'avaient apporté devenait la conviction que si eux pouvaient le faire, je le pourrais aussi.

Le lendemain soir, ils sont revenus, et m'ont amené à ma première assemblée A.A. Ma Puissance Supérieure devait être avec moi dès le début puisque le conférencier à cette assemblée avait une vie tellement semblable à la mienne, que j'ai pu m'identifier comme alcoolique immédiatement. Une fois encore, une voix intérieure me disait: «S'il a pu le faire, tu le peux, toi aussi ».

Je remercie mon Être Suprême parce que pour moi la route, jusqu'à présent, n'a pas été difficile. Depuis cette première assemblée, je n'ai pas ressenti le désir de boire, les bénéfices que j'en ai retirés sont trop nombreux pour être énumérés ici, mais je peux dire qu'ils ont été matériels, physiques et spirituels.

Récemment, je me trouvais encore chez le médecin, pour un de ces examens semi-annuels habituellement redoutables. Il s'est aperçu il y a quelque temps de l'amélioration de ma santé et je lui ai expliqué la raison. «Je ne bois pas aujourd'hui» lui ai-je dit, et c'est le mouvement A.A. qui est la cause de ce changement.

Lors de cette récente visite, après m'avoir donné un certificat de bonne santé, il m'a demandé, en passant, ce que je pensais être le plus grand bénéfice que j'avais retiré du fait de ma participation au mouvement des A.A. Presque sans y penser, j'ai répondu: «Je n'ai plus jamais peur, je n'ai plus peur de rien ».

Après être sorti de son bureau, je pensais à cela et j'ai constaté que par ces mots, j'avais alors presqu'inconsciemment exprimé toute la nouvelle façon de vivre que j'ai apprise dans A.A.

Ma libération de la peur, quelle bénédiction ce fut pour moi! E le s'est produite quand j'ai franchi la troisième Étape en prenant la décision de remettre ma volonté et ma vie aux soins de Dieu, tel que je le conçois. Et après avoir ainsi agi, qu'ai-je à craindre?

T.C. Ste-Dorothée, Québec
Avril 1965


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Volume 25, No 6 / Février 1990 – Mars 1990 / Pages 11-13 (PDF pour impression)

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LE MONSTRE DE LA PEUR

Mon désir d'arrêter de boire a été motivé par la peur des actes que j'avais commis en état d'ivresse mais dont je ne me souvenais pas.

J'ai eu des blancs de mémoire dès le début et dans les derniers stages de ma vie de buveur, je devenais très violent. Je brisais tout et je me querellais avec les femmes et les hommes. Je battais ma femme souvent et, en plusieurs occasions, je me suis réveillé dans des villes étrangères, à l'hôpital ou en prison, ne me souvenant pas comment je m'y étais rendu.

La peur des blancs de mémoire m'a aidé à désirer la sobriété. J'avais essayé à plusieurs reprises d'arrêter de boire, surtout pendant les trois dernières années. J'ai promis à ma femme que, si je m'enivrais encore une fois, je quitterais la maison, car il était dangereux de vivre avec moi. Hélas! j'ai recommencé à boire, même si je savais que je perdrais tout ce qui m'était cher. J'ai bu jusqu'à ce dernier soir que je n'oublierai jamais.

Ma femme dormait dans la chambre avec nos filles quand elle savait que j'avais recommencé à boire. Je suis arrivé sans savoir ce que je faisais. On m'a dit plus tard que j'ai arraché ma femme de son lit en la frappant. Ma fille aînée était terrifiée et elle n'a pensé qu'à s'enfuir. La porte de la chambre était bloquée par moi et ma femme que je tiraillais. Alors ma fille brisa la vitre de la fenêtre et, en tentant de s'enfuir à reculons, elle se blessa sérieusement le genou sur une pointe de vitre restée dans la fenêtre.

Sans doute ce fut une scène d'enfer. Je jurais et hurlais. Ma femme et mes filles criaient et pleuraient, et l'aînée gémissait et gisait par terre à l'extérieur de la maison.

Je suis reconnaissant de ne pas me souvenir de tout cela. Je pense que je serais maintenant mort ou fou. Je me souviens d'avoir été présent à l'hôpital lorsqu'ils ont opéré le genou de ma fille, et je me souviens du regard méprisant de notre voisin qui avait conduit ma femme et ma fille à l'hôpital.

Les jours qui suivirent furent angoissants. J'essayais d'arrêter de boire, mais mes remords et mon sens de culpabilité étaient trop insupportables. J'ai emprunté un revolver d'un ami pour me tuer et j'ai essayé de trouver du courage en buvant mais je suis tombé inconscient. J'ai aussi essayé de m'empoisonner en bloquant le tuyau d'échappement de mon auto, mais deux hommes m'ont retiré de l'auto et m'ont porté secours.

Je suis allé à l'hôpital municipal pour tenter d'être hospitalisé pour mon problème de boisson mais les médecins m'ont dit de me soûler davantage ou de rentrer chez moi et de me coucher. Je ne pouvais m'arrêter de boire assez pour oublier mes souvenirs.

Éventuellement, ma femme a pris pitié de moi et a trouvé une clinique qui a consenti à me soigner. J'ai souffert pendant plusieurs jours et j'ai vécu l'expérience des hallucinations.

Des millions d'insectes me tourmentaient et des serpents de toutes les couleurs rampaient surmoi. Je n'avais jamais autant souffert. Je songeais au jour où je sortirais et j'avais peur de ce qui m'arriverait. J'étais sûr que je ferais du mal à quelqu'un, et je voulais être interné pour être en sécurité. Alors un membre des Alcooliques Anonymes est venu me voir et m'a dit que je n'étais pas fou et que si je pouvais m'abstenir de prendre mon premier verre, je ne ferais plus de mal à personne. Pour une raison ou pour une autre je l'ai cru. Quand j'ai quitté la clinique, je tremblais tellement que j'avais du mal à m'habiller. Chercher un emploi était impossible et je ne savais où demeurer. Mon frère m'a hébergé et lui et sa femme furent très généreux pour moi. Ils firent de leur mieux pour m'aider. Toutefois, ce n'était pas assez, car j'avais besoin de beaucoup plus pour survivre.

Un soir, dans mon lit, j'ai eu tellement peur que le lit semblait tourner à toute allure et que tous les membres de mon corps me faisaient mal au point que ce n'était plus endurable. J'étais complète-ment désespéré.

Je me suis traîné hors de mon lit et me suis agenouillé sur le plancher froid et j'ai commencé à demander l'aide de Dieu que je craignais tellement: j'étais convaincu que son enfer ne serait pas plus douloureux que ce que je venais d'expérimenter. Je suis resté à genoux longtemps, peut-être plusieurs heures et graduellement, la peur disparut, mes tremblements diminuèrent et la douleur s'en alla. Lorsque je me suis recouché, j'ai dormi paisiblement pour la première fois depuis 37 ans.

Ma vie est devenue paisible depuis cette nuit-là, il y a sept ans. Je suis revenu à ma famille. J'ai vu mes enfants grandir, me respecter et m'aimer. La petite fille qui criait, dans la cuisine, pendant cette soirée horrifiante m'a récemment demandé d'être témoin à son mariage. Je crois que c'est le pardon complet, car les jeunes filles que j'ai épouvantées étaient des filles adoptives.

J'ai beaucoup de problèmes et j'en aurai toujours mais c'est la vie. Dans le mouvement des Alcooliques Anonymes, j'ai trouvé le courage d'écrire cet article. C'est là que je trouve toujours de l'espoir pour demain.

Il y a un an, je me suis brisé le dos à la suite d'un accident et j'ai dû subir deux opérations. Je me remets présentement de la deuxième intervention chirurgicale et je suis incapable de travailler. Néanmoins, ces souffrances et ces soucis ne pourraient se comparer à mes souffrances le soir où je me suis agenouillé pour la première fois. Cette prière était bien simple: «Mon Dieu aidez-moi ». Ce geste et cette prière ont changé ma vie.

Chez les alcooliques anonymes, j'ai trouvé une Puissance Supérieure qui m'aime et me pardonne ainsi que des gens qui m'inspirent et me comprennent. J'ai compris que la foi est vraiment le contraire de la peur. Dans ce nouveau mode de vie, je peux renouveller ma foi chaque jour et je n'ai plus besoin de boire.

Anonyme
Octobre 1966

Par ce message, veuillez accepter ma profonde gratitude pour tout le progrès magnifique qui s'est accompli parmi vous au cours des dernières années - vous tous membres A.A. de langue française tant affectionnés de notre Mouvement.

Je désire particulièrement vous féliciter au début de la publication d'un abrégé de « Grapevine AA » en langue française. Le « Grapevine » n'est pas seulement un forum mondial A.A., c'est aussi une sorte de tapis magique; le lecteur peut ainsi voyager à des endroits éloignés, communiquer avec de nouveaux amis et transmettre des idées nouvelles dans chaque coin du globe.

Je sais aussi que chaque nouveau numéro sera pour vous un travail d'amour, dont tous vos membres récolteront une pléiade de bénédictions.

BILL W..


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Volume 25, No 6 / Février 1990 – Mars 1990 / Pages 20-21 (PDF pour impression)

49

LA MÉTHODE AA PRÊCHE-T-ELLE L’ÉGOÏSME?

SEMONS-NOUS LA CONFUSION CHEZ
LE NOUVEAU QUI EST CHANCELANT?

La méthode A.A. prêche-t-elle l’égoïsme, comme nous l’entendons dire parfois ? N'est-ce pas plus adéquatement une méthode« personnelle»? Ne tendons-nous pas à semer la confusion chez le nouveau venu, sobre enfin, mais encore incapable de faire le compte, d'entendre dire que son parrain et d'autres membres, hommes et femmes, sont des gens égoïstes?

Comment peuvent-ils être égoïstes, alors qu'en lui tendant une main bienveillante et amicale, ils ont peut-être sauvé la vie de ce nouveau membre?

Et ces gens courageux - qui trouvent A.A. sans l'aide de parrainage – allons-nous, d'une façon égoïste, les négliger?

Nous pensons qu'il y a beaucoup de vrai dans l'idée qui veut que le progrès de quelqu'un dans A.A. (au début) - pour les premiers six mois (ou six semaines (le facteur temps varie naturellement) - dépende du parrain ou, peut-être de quelques nouveaux et excellents amis; pour les prochains six mois (ou six semaines), son progrès dépend d'un groupe de son choix ou de la force de plusieurs groupes ; après cela, d'une foi et d'une confiance totales et profondes en une Puissance Supérieure.

Oui, un bel exemple suivi d'une fin heureuse ; simple à lire et simple à écrire - mais où trouve-t-on la responsabilité, s'il y en a, de voir à ce que le nouveau venu fasse le progrès désiré? Jusqu'où le parrain devrai t - il aller dans son enthousiasme d'aider, et dans son désir de voir le nouveau membre obtenir et maintenir sa sobriété?

On nous dit qu'à l'origine, avant l'avènement du Gros Livre, et des nombreuses brochures, les membres A.A. ont acquis leur sobriété de la dure façon. Elle était servie dans le style cafétéria. Un membre devait venir et se servir lui-même. Ce n'était pas servi sur un plateau d'argent. Et cela semble être vrai.

Plusieurs d'entre nous sont d'opinion que la meilleure méthode est encore la suée du sevrage, sans l'aide d'hospitalisation, de sanatorium, d'injections ou de toniques pour les nerfs. Les moments hideux de la période de sevrage sont ainsi toujours frais à la mémoire - leur souvenir ne sera pas adouci par les périodes de sommeil ou de repos - ou encore par de jolies infirmières ou de beaux draps blancs, ou par un heureux oubli quand les nerfs torturés deviennent insupportables.

Mais! Est-ce qu'il n'incombe pas un devoir au parrain pendant ce douloureux processus? Sera-t-il égoïste, et ne pensera-t-il qu'à lui? Est-ce suffisant que de dire au nouveau où et quand sont tenues les assemblées ou de hausser les épaules s'il ne s'y montre pas? Qui sait? Peut-être une toute simple offrande d'amitié aurait joué le truc: Ce soir, je vais dans une assemblée, aimerais-tu que je passe te prendre? » Peut-être devrions-nous nous souvenir que, jusqu'à maintenant, notre homme ne connaît rien d'A.A., de son pouvoir, de sa force, et de son intérêt intense, et du bonheur qui est emmagasiné pour lui dans une sobriété continue?

Il peut désirer sa sobriété et vouloir A.A., plus que tout au monde et craindre néanmoins de venir seul aux assemblées. Nous n'avons certes pas oublié nos propres doutes et soupçons.

Maintenant, rappelons-nous qu'A.A. est un programme pour Soi.

Il est certes rusé le parrain qui presse le moment de détourner de lui son nouvel ami, et de le confier à la Force du groupe. Cela est souvent difficile à faire ; nous sommes devenus attachés au nouveau membre, son bien-être peut être d'une extrême importance dans nos esprits.

Peut-être qu'ici nous ferions bien de nous rappeler que le programme A.A. ne s'enseigne pas - que nous en avons transmis quelque peu à notre nouvel ami - et que maintenant il apprendra par lui-même.

C'est peut-être là un bon moment pour nous de retourner à notre étude du programme avec une courte et sincère prière de remerciements d'avoir été privilégiés par la Volonté de Dieu.

Et, notre nouvel ami trouvera-t-il une foi totale et une profonde confiance en une Puissance Supérieure? Oui - à sa façon et en temps propice pour lui.

Ça s'est produit pour nous - pourquoi en serait-il autrement avec le nouveau? Ceci est son affaire personnelle, son problème particulier.

Lui aussi commence à penser que A.A. est un programme pour Soi. Bientôt, les rôles vont changer, et il parrainera alors quelqu'un - alors nous dirons une courte prière pour remercier de n'avoir pas été égoïste au début, de sorte que maintenant notre nouvel ami puisse penser et agir par lui-même.

Anonyme
Août 1968


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Volume 25, No 6 / Février 1990 – Mars 1990 / Pages 22-23 (PDF pour impression)

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LES DOUZE ÉTAPES DU PROGRAMME A.A.

Les « Douze Étapes Suggérées» forment le noyau de la réhabilitation personnelle par laquelle des milliers de buveurs à problème ont atteint la sobriété avec les Alcooliques Anonymes».

Ces étapes, qui résument l'expérience des premiers membres A.A., furent rédigées en 1939, quatre ans après que le mouvement fut mis sur pied.

Aujourd'hui, les étapes sont considérées comme la pierre angulaire du programme A.A. par plus de 400,000 membres dans quelque 10,000 groupes dans 95 pays à travers le monde.

Les douze étapes sont essentiellement une formule destinée à changer la manière de penser et le mode de vie d'une personne. Les nouveaux membres A.A. peuvent les accepter sans conditions, ou ils peuvent avoir de sérieuses restrictions mentales qui devront être résolues avant que le programme de rétablissement ait un sens pour eux.

Par exemple, un certain nombre des étapes réfèrent à Dieu. Après un certain nombre d'années de beuveries, le nouveau venu, à sec, sera plus ou moins sceptique à toute approche de ce genre.

Ce n'est qu'alors que le nouveau venu, constatant que le mouvement A.A., n'est pas un programme religieux, peut commencer à comprendre la largeur de vue, purement personnelle, de la conception de Dieu «tel que nous le concevons » qui émane des douze étapes.

La plupart des individus admettront qu'il existe une puissance supérieure à eux-mêmes. Dans la plupart des cas, pour l'alcoolique actif, cette puissance est la bouteille. Le mouvement A.A. suggère de lui substituer une autre puissance, libre à lui de l'appeler comme il l'entend, et d'orienter son esclavage de l'alcool vers cette nouvelle conception.

La plupart des membres A.A. remarquent promptement que tous les principes exprimés dans les douze étapes se trouvent dans l'enseignement offert par les divers chefs spirituels d'autrefois. Ce sont ces étapes doublées de la capacité d'un alcoolique de s'identifier à une autre qui rendent le programme A.A. efficace.

L'acceptation entière de la première étape - «Nous avons admis notre impuissance devant l'alcool» - est considérée comme l'épreuve décisive pour l'alcoolique qui veut arrêter de boire. Si le nouveau venu se cramponne à l'espoir qu'il pourra contrôler la boisson dans l'avenir, le programme A.A. ne lui sera d'aucun secours. Alors qu'ils se tournèrent vers A.A. pour la première fois, plusieurs buveurs à problème furent impressionnés par la séquence logique des Douze Étapes.

La première étape m'a paru pleine de bons sens remarquait un nouveau membre à une assemblée récemment: «J'étais réellement impuissant devant l'alcool; ma vie était non seulement incontrôlable, elle n’était qu'un gâchis. Ayant accepté ce principe, il ne me restait plus qu'à croire que Quelqu'un ou quelque chose de plus puissant que moi-même pouvait m'aider; il était sûr et certain que je ne pouvais pas m'aider moi-même».

« La troisième étape demande une honnêteté à toute épreuve. J'étais habitué à tout mener, (ou à penser que je me conduisais) pas mal à ma guise. Ce fut difficile au début d'abdiquer. Mais cela avait du sens, car je n'allais nulle part lorsque je buvais.

« Les étapes quatre à sept pourraient bien s'intituler « étapes concernant le caractère ». On commence par un inventaire moral et on finit par un inventaire continuel, ce qui est ni plus ni moins la pratique des personnes en affaires. Entre temps vous demandez de l'aide, et lorsque la plupart des ex-buveurs commencent à faire leur inventaire, ils ont réellement besoin d'aide».

« Il me semble que la onzième étape est un aide-mémoire pour nous rappeler que nous avons tous besoin de faire notre renouveau spirituel régulièrement. Et la douzième étape - transmettre le message à d'autres alcooliques - est la seule façon dont je puisse exprimer tant soit peu ma gratitude pour avoir reçu le message A.A. À quoi cela se résume-t-il pour moi et pour les autres que je connais dans A.A., non seulement à de la sobriété mais, plus important encore, à de la sobriété heureuse».

L'interprétation personnelle des douze étapes, selon les commentaires résumés ci-dessus, est courante dans A.A., alors que personne ne s'exprime au nom de notre société dans son ensemble, ou même au nom du groupe local. Chaque membre est libre en tout temps d'exprimer son opinion personnelle en ce qui a trait au programme de relèvement.

L'opinion suivante d'un membre résume très bien la signification des douze étapes A.A.

« Vous pouvez les accepter dès que vous en prenez connaissance, dit-il, ou bien vous pouvez essayer de les analyser et les interpréter tant que vous le voulez ; si vous êtes honnête en essayant d'arrêter de boire, cela revient pas mal au même : ça fonctionne. Peu de membres A.A. se souvenant des problèmes et des souffrances de leurs jours de beuveries peuvent demander davantage».

P.M.
Août 1968


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Volume 25, No 6 / Février 1990 – Mars 1990 / Pages 28-30 (PDF pour impression)

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PARCE QU’IL CONNAISSAIT A.A., SON MÉDECIN LUI A SAUVÉ LA VIE

Cher docteur,

Vous allez peut -être trouver cela étrange qu'un de vos patients vous écrive, mais je me souviens d'une de vos phrases, « lorsqu'un malade guérit, c'est très rare qu'on entend parler de lui». Je voulais toujours vous écrire, surtout à l'époque de Pâques. Je vous dois une grande partie de mon bonheur.

Par la grâce de Dieu, je recevrai le 1er avril 1966 mon « Jeton en Or » pour dix années de sobriété. Vous comprenez sûrement ce que cela veut dire pour moi. C'est la preuve pour moi et pour tous les membres A.A. de l'efficacité de notre programme de rétablissement.

Si je retourne quelques années en arrière, je me rappelle, tout comme vous-même d'ailleurs, de la condition de ma santé, de ma famille, de ma situation et surtout de mon alcoolisme. Je dois vous avouer que lorsque vous m'avez dit que j'étais un alcoolique, le même soir, comme d'habitude je ne pouvais dormir. Je tendis la main encore une fois vers une bouteille près de mon lit (vieux canapé) et je me mis à penser, ou à rêver je devrais dire. au sujet de ce mot« alcoolique»

Le problème fut vite résolu, je me suis dit« je suis de la sorte d'homme qui boira toujours».

J'étais si malade et si mêlé, et le lendemain matin j'étais encore a chercher une autre bouteille pour chasser cette pensée et celle de ma misérable vie. Pour un homme de 31 ans c'était un mode de vie terrible. En décembre 1955 j'avais refusé l'aide d'A.A. que vous m'aviez offerte. Le matin du Jour de l'An de 1956 je me suis réveillé à l'Hôpital Reddy Memorial à la suite d'une autre hémorragie. On m'hospitalisait pour la troisième ou la quatrième fois. Après trente jours à l'hôpital, je reçus mon congé. Je me souviens de ce jour comme d'aujourd'hui. La garde-malade du deuxième étage me serra la main et me souhaita bonne chance. Je vous ai rencontré au premier étage et encore une fois vous m'avez dit: « Eddy je sais que tu veux être un homme ». Cela m'a regaillardi et je me suis senti beaucoup plus fort. Quelques secondes plus tard je me trouvais dehors au milieu des marches de la sortie de l'hôpital me demandant: «où devrais-je aller? » Je savais que ma femme avait déménagé (selon vos instructions ... nouvel horizon, j'étais concierge dans une maison de chambres. Ma femme demeurait temporairement chez ma mère avec notre bébé. J'avais honte de revoir ma mère après tout ce que je lui avais fait. Je n'avais pas assez d'argent pour me louer une chambre. Alors je suis allé à un endroit où je pensais que ce serait tranquille et où les gens seraient gentils avec moi ... dans une taverne. Quelques heures après j'étais ivre et je suis allé voir ma femme et ma mère. Je suis resté soûl pendant deux mois. Naturellement je ne suis pas retourné au travail.

Le jour de la St-Patrice, un samedi soir, j'étais soûl et si tanné que j'ai pensé m'enlever la vie, mais j'étais trop lâche pour la faire. Je n'avais pas perdu la foi. J'ai demandé à Dieu de faire quelque chose pour moi au sujet de mon problème de boisson. La main de Dieu était là tout près, mais j'étais aveugle ou ma bouteille était plus réconfortante. J'ai demandé à ma femme d'appeler les A.A. Nous n'avions pas le téléphone et elle est allée chez le voisin. Quinze minutes plus tard, un jeune homme venait me voir. J'étais tellement soûl que cela ne me toucha pas. Cependant je lui promis d'aller à une réunion A.A. avec lui. Le lendemain, avec quelques coups dans le corps, je faisais ma première réunion avec ma femme. Trois heures sans prendre un coup, c'était trop pour moi. Je ne suis pas resté pour prendre un café et je me suis rendu chez moi prendre un verre et puis un deuxième. Ma honte et mes remords redoublèrent et j'ai trouvé l'excuse que tous les alcooliques cherchent. Le laps de temps entre chaque verre devenait de plus en plus court, jusqu'à ce que les verres se succédèrent un après l'autre pour tenter d'atteindre un état d'oubli. Seulement de cette façon pouvais-je oublier les choses terribles que j'avais faites.

Deux semaines plus tard, un autre samedi soir, deux membres des A.A. sont venus me chercher pour aller à une réunion A.A. Ils se sont vite aperçus que j'étais ivre et malade. Ils se sont assis et ont parlé avec moi pendant quelques heures (avec véhémence cette fois-ci). Je me souviens encore que l'un d'eux m'a demandé si je pouvais rester sobre pour seulement une journée et m'a dit qu'il viendrait ensuite discuter de mon problème de boisson avec moi. Il m'a dit aussi que la seule façon de réussir dans cette association c'était d'être honnête et sincère avec soi-même. D'arrêter de boire pour moi, non pas pour plaire à mon médecin, à ma femme ou à mes employeurs. Je devais prendre une décision. Ils ont aussi ajouté: pour nous les alcooliques c'est une question de vie ou de mort (vous aviez déjà discuté de cela avec moi). Le lendemain c'était Pâques, le premier avril 1956, mais j'étais si malade que j'ai pris une bouteille de bière (la dernière) et ensuite j'ai dit à ma femme « je vais maintenant essayer leur programme». Mais j'étais malade! J'ai souffert les tortures de l'enfer. J'espère ne jamais l'oublier. Ma femme vous a téléphoné au sujet de mon hémorragie, vous alliez m'envoyer une ambulance. J'ai refusé disant que chaque fois que j'allais à l'hôpital j'y retrouvais ma soif. J'ai accepté ma défaite et j'étais prêt pour A.A. À partir de ce moment-là je devins un autre homme. Un membre A.A. m'a appelé à 6h pour m'encourager. Je suis resté à la maison trois jours sans boire et sans dormir. Je ne dois pas oublier que ma femme est demeurée à côté de moi pour m'aider. J'ai suivi toutes les suggestions données par les membres qui sont venus me voir et vos suggestions et conseils médicaux (une cuillerée de lait toutes les demi-heures et de la nourriture pour bébé les jours suivants, durant des mois ... )

Je suis allé aux réunions sept jours par semaine et j'étais des plus surpris de constater que je n'avais pas soif. J'avais toujours cru, docteur, que j'étais la seule personne au monde qui était aussi malade et aussi malheureuse. Je ne pouvais jamais imaginer qu'il existait des personnes comme moi, et plus malheureuses que moi. Je me suis résolu à suivre le programme A.A. à la lettre parce que je réalisais que c'était ma seule planche de salut pour sortir d'une vie de misère et de peine. Je me suis attaché à un groupe et j'ai offert mes services. Ma femme et moi nous nous sommes faits de nouveaux amis et nous nous réunissons dans ma nouvelle maison. J'ai essayé d'aider les autres et de partager mon expérience avec d'autres alcooliques. Je sais que ceci est une des meilleures façons de demeurer sobre. Comme vous le savez quinze mois plus tard j'étais promu à une nouvelle situation. Je n'oublierai jamais que Dieu nous a récompensés avec un autre enfant, une fille cette fois-ci pour donner un autre aspect à ma famille.

J'ai pensé dernièrement vous raconter mon histoire, même si vous la connaissez déjà.

Je profite de l'occasion pour vous remercier d'avoir introduit A.A. dans ma maison. Vous n'étiez pas seulement mon médecin, vous étiez mon confident (vous l'êtes encore). Votre grand coeur a pu comprendre ma maladie. Je sais aujourd'hui que la sobriété apporte des récompenses, mais, je n'oublierai jamais la paix d'esprit et la vie heureuse que j'ai obtenues. Vous en êtes le responsable.

Merci mon Dieu pour aujourd'hui et des millions de mercis à vous, parce que vous m'avez sauvé la vie. Que Dieu vous bénisse dans votre grande carrière.

Toute ma gratitude.

Eddy B., Montréal
Août 1969


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Volume 25, No 6 / Février 1990 – Mars 1990 / Pages 40-42 (PDF pour impression)

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«Accroche-toi à un nouveau»

Pour nous, c'est pas comme pour les autres. Nous deux, on a un futur. On a quelqu'un à qui parler, qui s'intéresse à nous. On n'a pas besoin de s'asseoir dans un bar pour dépenser not'argent, parce qu'on n'a pas d'autre endroit où aller. .. Nous c'est différent.

Oui, nous deux c'est pas comme pour les autres! Et pourquoi? Parce que ... parce que moi, j'ai toi pour t'occuper de moi, et toi, t'as moi pour m'occuper de toi, et c'est pour ça ... Et il éclata d'un rire heureux».

Ce dialogue tiré du roman de John Steinbeck, «Des souris et des hommes », contient à mon avis un des aspects essentiels qui confère au mouvement A.A. sa force mystérieuse: le parrainage.

Dans mon langage, il m'arrive souvent de substituer aux mots « parrain» et « parrainage» les termes « ami» et « amitié ». Dans mon esprit, le parrain est un compagnon de route, quelqu'un avec qui on fait un bout de chemin. C'est de ce petit parcours à deux sur la route de la sobriété que je voudrais parler dans les lignes qui suivent. Je voudrais surtout parler de la richesse que procure à celui qui joue le rôle de parrain le fait d'aider un nouveau venu à faire ses premiers pas dans A.A. On peut parfois être porté à croire que c'est par vertu et dévouement que le parrain s'occupe d'un nouveau venu ou encore qu'il accepte de faire la route avec un frère ou une soeur A.A. qui lui demande de l'aide. Il y a certes un désir d'aider à la base, cela est indéniable, mais ce sur quoi je désire m'attarder ici ce sont les avantages qui découlent du parrainage. Ceci pour encourager celui qui, manquant de confiance en lui-même ou pour toute autre raison qui lui sont propres, se prive d'aider un autre sous prétexte qu'il n'a pas le temps, ou encore qu'il n'est pas« prêt» ou encore ... À celui ou celle-là qui nourrit des doutes sur l'importance, pour nous alcooliques, de parrainer un autre, de lui transmettre le message des douze étapes en quelque sorte, je tiens à communiquer mes expériences.

À mes débuts dans A.A. mon parrain me disait: «si tu veux rester sobre et connaître les joies de la sobriété, accroche-toi à un nouveau! » Je croyais que je n'avais pas la vertu de renoncement nécessaire pour pouvoir aider quelqu'un. Je me disais que cela exigeait un degré de charité extraordinaire et que j'étais incapable d'un tel oubli de moi-même. Les circonstances, (je devrais dire Dieu) ont fait qu'un jour un membre s'est approché de moi et m'a demandé si je voulais bien accepter de devenir son parrain. Et c'est là que tout a commencé ...

Tout d'abord, j'ai dû lui dire de m'appeler le plus souvent qu'il pourrait le faire. Il me joua un bon tour: il m'appela tous les matins. Il me faisait sentir son besoin d'assister aux assemblées avec moi; cela m'obligeait donc à sortir de ma tanière tous les soirs et souvent même nous allions aux assemblées du Saint-Jacques le midi. C'était, de plus, un gars tellement avide de mettre de l'ordre dans sa façon de penser, dans son spirituel, dans ses relations avec les membres de son entourage, il avait une telle soif de se connaître et de s'accepter lui-même que pour lui donner les conseils appropriés j'ai dû moi-même m'efforcer de lire et mettre en pratique mes étapes. Et cela un peu plus rapidement que je n'aurais voulu le faire. Car je suis d'un naturel paresseux et peu persévérant. Il m'a donc forcé à me dépasser sans cesse. Ses questions innombrables exigeaient de moi que je consulte le gros livre, que je lise quotidiennement mon petit « Vingt-quatre heures », que je prenne de l'activité. Ce petit filleul de malheur me faisait avancer malgré moi ! Un jour, j'ai même dû m'attaquer à la quatrième étape, étape qui m'avait toujours inspiré une crainte insurmontable, parce que je sentais que le temps viendrait bientôt pour lui de faire son inventaire moral par écrit et il fallait tout de même que j'y passe moi-même avant! Il m'a donc fallu prendre un crayon et du papier et faire la liste de mes défauts de caractère, de mes déficiences, étudier la nature de mes ressentiments à l'égard des autres et il en est résulté une libération merveilleuse. Encore une fois, mon filleul m'avait contraint à faire un pas de plus. Puis peu à peu d'autres sont venus s'ajouter à lui, tous aussi exigeants que lui. Tous m'incitaient à devenir de jour en jour un peu plus responsable. Et ils continuent à le faire. Ils me témoignent souvent de la reconnaissance pour le support et l'encouragement que je leur apporte. S'ils savaient jusqu'à quel point je leur dois ma sobriété. S'ils savaient combien souvent ils m'ont aidé lorsque, pris de panique ou aux prises avec un problème qui les dépassait, ils m'appelaient. Souvent, leur appel survenait à un moment où j'étais moi-même dans un état de détresse et ]e fait de leur prêter une oreille compréhensive et de leur conseiller d'adopter une façon de penser et d'agir plus positivement me remettait sur pieds, et me faisait prendre conscience que j'étais loin d'être le seul au monde à éprouver des difficultés. Je me surprenais à leur dire: «Vois-tu, des problèmes, ça n'existe pas. Il n'y a que des réalités! Des réalités que chaque jour nous apporte à toi, à moi comme à bien d'autres, et auxquelles avec la sobriété il est possible de faire face. Vas, t'en fais pas, demande au père d'en haut de t'aider et ça va aller ... » Lorsque je raccrochais l'appareil, je me sentais mieux car à mon tour je commençais à mettre en pratique ce que je venais de leur dire au téléphone ... Encore une fois, les filleuls venaient, sans le savoir, d'aider le parrain à retomber sur ses pattes! Cela prouve que lorsqu'on se sent désespéré, il n'est pas de meilleur remède que celui de faire une douzième étape. En aidant un autre, en écoutant un autre raconter ses problèmes,j' oublie les miens et je cesse de m'apitoyer sur mon «pauvre» sort.

En plus de m'obliger à me renouveler sans cesse, à entretenir à chaque jour une façon constructive de voir les choses et la vie, ces «filleuls de malheur» m'apportent la joie de découvrir ce qu'est l'amitié, l'amour véritable. Autrefois, je croyais que l'amour consistait à satisfaire mes instincts égoïstes et je profitais de mes amis en leur soutirant tout ce qui pouvait me sembler utile. Je ne recherchais que mon propre intérêt. On m'aimait, mais moi, je ne savais pas aimer. Aujourd'hui, grâce à A.A. qui m'a permis de connaître la merveilleuse aventure du parrainage, je cherche plus à comprendre qu'à être compris, je cherche davantage à m'ouvrir les yeux sur les besoins de ceux qui m'entourent plutôt que sur les miens propres. Du coeur regorgeant d'égo-centrisme que j'avais avant mon arrivée au mouvement A.A. mes filleuls sont en train de faire, jour après jour, vingt-quatre heures par vingt-quatre heures, un coeur généreux et reconnaissant. Chaque jour, ces filleuls me sauvent de moi-même, c'est-à-dire de ma vieille façon de penser négative, de ma tendance à la mélancolie, à la tristesse, à l'apitoiement, à la critique, au ressentiment; bref, tous les jours ils me tirent de mon égocentrisme, ils me forcent à sortir de ma tanière et à marcher dans le soleil. Mon gâteau, avec ses deux petites chandelles, c'est à eux que je le dois en grande partie. Je remercie Dieu de me les avoir donnés, d'avoir permis qu'entre eux et moi se créent des liens de compréhension mutuelle et d'espérance commune. Nous marchons ensemble dans une même direction, responsables les uns des autres avec au fond de l'âme cette soif de transmettre à ceux qui l'attendent désespérément le message A.A. qui est celui de la délivrance.

Voilà ce que me procure le parrainage. Rien d'autre qu'une immense joie! Ces amis que j'ai reçus, ils ont à mes yeux une grande importance ... Et je comprends maintenant cette phrase du Petit Prince de St-Exupéry: «C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose si importante ... »

Si vous avez de la difficulté, si votre sobriété vous paraît terne, que l'ennui vous envahit et que par hasard un nouveau venu croise votre chemin, je vous en prie, accrochez-vous à lui, vous verrez le ciel de votre existence se consteller d'étoiles tout à fait extraordinaires.

Jean S.
Juin 1972


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Volume 35, No 6 / Février 2000 – Mars 2000 / Pages 7-9 (PDF pour impression)

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LA SOBRIÉTÉ PAR LES SERVICES

Si j'avais seulement deux mots pour résumer mes vingt -quatre années d' abstinence d'alcool, avec les Alcooliques anonymes, je choisirais: sobriété et services. Si j'avais un seul mot pour décrire mon passé d'alcoolique, je dirais: illusions, au pluriel.

Je suis né à Cochrane, en Ontario. Je suis le plus beau garçon d'une famille de cinq enfants. J'ai quatre sœurs. Dès l'école, je connais mon destin: je serai prêtre. Plus encore, je serai un missionnaire, je subirai un martyre pire que celui du père Brébeuf, pour ceux qui le connaissent. Je deviendrai un héros et j'écrirai à ma mère en trempant une plume dans mon sang.

À quinze ans, en travaillant dans le bois, j'ai goûté à l'alcool et enfin découvert ma vraie vocation: je serai un bûcheron; plus encore, je veux être un voyou de luxe! Je ne veux pas dire que tous ceux qui travaillent dans le bois sont des voyous, mais les premiers bûcherons que j'ai rencontrés ont fait mon affaire. Ça, c'étaient des hommes: «sacrards», buveurs solides, fumeurs, coureurs de femmes, des gars qui laissent leur emploi lorsqu'on les écœure. C'était tout çà que je voulais être, et je mis peu de temps à y parvenir.

À quarante-cinq ans, je ne savais toujours pas ce que je voulais faire, ni qui j'étais ...

Entre-temps, je suis devenu opérateur d'équipement lourd. J'ai eu ma propre entreprise; j'ai fait énormément d'argent et j'en ai perdu encore plus. Il m'arrivait souvent, des soirs où j'étais fauché, de me retrouver, le lendemain, avec un gros rouleau d'argent. J'espère ne pas avoir bu avec aucun de vous, lecteurs ...

Mes bons parents m'avaient pourtant élevé selon le mode de vie des AA, sans le savoir, en m'enseignant à être humble, charitable, à aimer, à être honnête et à avoir foi en Dieu. Mais moi, le gars le plus intelligent de la planète, il me fallait une médecine plus forte pour me faire comprendre. Et dans ce monde d'illusions où je mesure six pieds et quatre pouces, où je suis né dix ans avant mon père, où je connais tout, où tous les autres sont de travers, je suis le seul à avoir le pas ... Et je bois. Vers l'âge de vingt-deux ans, je rencontre les AA et j'arrête de boire durant quelques mois. J'étais retourné habiter chez mes parents parce qu'une fois de plus, j'étais dans la rue. Un dimanche matin, alors que mon père revenait de l'église, il eut le malheur de me dire: «Maintenant que tu as arrêté de boire, tu devrais aller à la messe le dimanche!» Je fis mes bagages et je retournai boire ... durant vingt-trois autres années.

Si j'avais compris la première fois, j'aurais maintenant quarante-cinq ans de sobriété, ou du moins, d'abstinence d'alcool avec les AA. La boisson me mène alors par la main, pas à pas, sur le dur chemin de la déchéance humaine: la rue, l'alcool à friction, la lotion à barbe, les nuits d'hiver à coucher dans une vieille auto, dans un stationnement, malade de jaunisse, condamné si je buvais encore, suicidaire. Je bois toujours!

En 1974, lorsque les policiers me ramassèrent couché sur le trottoir, ils m'amenèrent dans un centre de désintoxication, à Ottawa. Il n'y avait alors pas de thérapeute: on y restait, point. Je demandai alors à un homme qui travaillait là s'il y avait des réunions des AA à Ottawa. Il me dit, assez sèchement, qu'il yen avait quarante. Je faisais un peu d'apitoiement, car je pensais mériter plus d'aide et de considération. Le lendemain soir, deux gars, bien habillés, vinrent me chercher pour assister à une assemblée. En fait, tous les trois étaient des membres des AA. Je leur ai expliqué que je n'avais pas mon « linge propre » avec moi. En vérité, j'avais pour seuls biens une chemise et le pantalon vert que je portais, ainsi qu'un chapeau jaune et un rasoir ébréché, dans ma poche. Ils m'ont assuré que personne ne me regarderait.

Tom a parlé. Je ne l'ai jamais revu, mais il m'avait donné une lueur d'espoir. Ce soir-là j'ai décidé d'essayer... et j'essaie encore! C'était le 7 septembre 1974 et je n'ai pas repris d'alcool depuis.

Dès mes premiers jours dans les AA, je commençai à poser des questions. Au bout d'une semaine, je voulais appeler à New York: on me modéra! J'assistais à 10 ou 12 réunions par semaine. J'aimais les réunions de services et j'avais à peine trois mois d'abstinence lorsqu'on me bombarda adjoint du R.S.G. Les services, sous toutes les formes, ont été ma police d'assurance-abstinence dans les AA.

Après 15 mois dans le Mouvement, je deviens R.S.G. Lors d'une élection à la région, pour le poste de délégué-adjoint, on proposa mon nom. Là, j'ai pris conscience que c'était peut-être un peu trop. Mais mon nom est dans le chapeau et au cinquième tour, c'est lui qui sort: je suis élu délégué-adjoint. J'ai finalement été délégué à New York en 1982-1983.

Je continue d'être aussi actif dans les AA. J'ai participé à l'organisation de sessions d'études des Traditions, des Concepts, etc. J'assiste encore à plusieurs réunions par semaine. C'est ainsi que j'ai enfin trouvé ma raison d'être et que je sais qui je suis. En moi il y a trois personnes: d'abord celle que j'ai haï à mort, mais à laquelle j'ai pardonné; puis celle que je voudrais tellement être: parfaite, impeccable, surhumaine; et enfin celle qui s'en va dans la vie, qui fait des erreurs et se reprend, celle qui peut enfin parler de son Être suprême et qui en parle beaucoup. C'est la personne que je préfère.

Aujourd'hui j'apprends encore à vivre, après 45 ans de rage et de haine. Vous m'avez débâti et rebâti en neuf, vous avez fait de moi un homme qui aime, pas parfait, juste un peu meilleur dans tous les domaines de sa vie. Merci aux AA!

Anonyme, Ottawa


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Volume 35, No 6 / Février 2000 – Mars 2000 / Page 11 (PDF pour impression)

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UNE RECETTE MIRACULEUSE

Je me prénomme Rina M. et je suis alcoolique. Je veux vous parler de ma gratitude envers le mouvement des Alcooliques anonymes.

Depuis que j'ai adhéré au Mouvement, j'ai trouvé un deuxième souffle de vie. Il y a plusieurs 24 heures que je ne consomme pas et, pour m'aider à rester sobre, je m'implique dans le Mouvement. Un jour, on m'a dit: «Assiste à des réunions, assieds-toi et écoute.» C'est ce que j'ai fait et cela m'a ouvert bien des portes dans tous les domaines de ma vie. Cela m'a aidé à découvrir mes belles qualités et un Dieu vraiment plein d'amour, qui m'a donné le courage et la force de me prendre en main et qui m'a fait savoir que j'avais droit au bonheur. Dieu, dans Sa grande sagesse, m'a enlevé le goût mortel de la boisson, qui m'empêchait de voir toutes les belles richesses d'une vie sans alcool. Et surtout, j'ai appris à m'aimer, moi.

J'assiste aux réunions, je prends des tâches, j'écoute. Et j'ai eu la chance, dans ce merveilleux Mouvement, de me faire une amie sincère. Je dis merci à chaque jour que Dieu me prête. Merci pour tout !

Avec beaucoup de tendresse.

Rina


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Volume 35, No 6 / Février 2000 – Mars 2000 / Page 16 (PDF pour impression)

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COMME AU CIEL

Je m'appelle Geneviève et je suis une alcoolique de vingt-trois ans. J'ai neuf mois d'abstinence. Je n'aurais jamais cru, à mes débuts, me rendre jusque-là.

Quand je suis arrivée au Mouvement, on m'a souvent dit de ne pas lâcher, de persister et surtout de vivre un jour à la fois. Je détestais qu'on me dise ça. Je m'en croyais incapable, car tout ce que j'entreprenais dans ma vie s'écroulait toujours. Je n'ai jamais été capable d'atteindre les buts et les objectifs que je me fixais. Le mouvement des AA était, pour moi, la dernière solution. Je ne croyais en rien et je ne voyais pas la lumière au bout du tunnel.

Je commence lentement, enfin, à voir cette lueur d'espoir, même si ce n'est pas facile tous les jours. La réalité me frappe en plein visage chaque jour. J'ai toujours quelque chose à comprendre dans chaque situation qui se présente à moi. Ça ne fait pas toujours mon affaire. J'ai le choix de réagir de façon positive ou négative devant les événements de ma vie.

J'ai commencé à m'impliquer alors que je n'avais que trois mois d'abstinence. Avant, j'étais timide et je n'osais m'impliquer. Depuis, j'ai fait le café, j'ai animé la réunion du nouveau et, au moment où j'écris ces lignes, je suis animatrice dans mon groupe d'appartenance. Je m'implique aussi lors de congrès et de fêtes organisées par le comité des jeunes AA.

Je me disais toujours, au début, que je ne serais jamais capable d'aller parler en avant. J'avais peur d'être jugée. J'ai appris qu'on était tous pareils, qu'on avait le même problème.

Je fais plein de choses pour moi et pour les autres. Je me disais incapable d'aider un autre alcoolique qui souffre. Mais grâce à mon Dieu, je ne me reconnais plus parfois. Je change lentement, mais sûrement, tout ça en neuf mois seulement.

Merci au Mouvement, où je me sens maintenant à ma place, et merci Dieu envers qui je suis très reconnaissante. Il faut persister, ne pas lâcher.

N'oubliez pas que Dieu et les anges sont à nos côtés, même aux jours les plus sombres de notre existence et que, si parfois nous nous comme au ciel, c'est parce que nous y sommes.

Geneviève,


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Volume 35, No 6 / Février 2000 – Mars 2000 / Pages 21-22 (PDF pour impression)

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MARRAINAGE ET PARRAINAGE DANS LES SERVICES

J'ai connu les AA à trente et un ans. Quand je suis entrée chez les AA, je faisais partie d'un autre mouvement depuis six mois et j'allais boire en sortant de la réunion. Pendant cette période, j'ai continué dans les deux mouvements parce que je ne voulais pas m'avouer alcoolique. Je peux vous dire que maintenant, je m'identifie pleinement aux AA. Je crois que peu importe comment on arrive chez les AA, l'important, c'est d'y arriver.

Je veux vous parler de l'importance d'être bien guidée dans le Mouvement. Au début, j'ai eu de la difficulté à démarrer. Je pleurais beaucoup. Malgré cela, j'ai commencé à prendre de petites tâches comme le café, à deux parce que je ne me sentais pas capable de faire un mois complet. J'avais trop peur. Mais Jos, un vieux membre, aujourd'hui décédé, m'accompagnait et me guidait. Je n'étais pas une personne très côtoyée: les membres n'osaient pas me parler, car ils ne savaient pas comment me prendre.

J'ai éprouvé aussi beaucoup de difficulté à faire les lectures. Par la suite, je suis devenue secrétaire et puis animatrice: tout s'est fait graduellement. Aujourd'hui, je me rends compte de l'importance de ne pas sauter d'étapes. Avec le temps, à force de m'impliquer, j'ai arrêté de pleurer. J'ai commencé à prendre plus confiance en moi et à m'aimer un petit peu plus. Ça m'a permis d'aimer les gens un peu plus et de moins les juger. Par la suite, je me suis impliquée au niveau des comités de littérature et d'information publique. Finalement, à force de participer à ces comités, j'ai pu devenir responsable du comité du bulletin.

Heureusement que j'ai été parrainée dans les services: au début, je prenais tout trop à cœur. Je passais des nuits à penser au comité, à ceux qui critiquaient le journal. Je voulais les battre. J'ai pris une marraine de service qui m'a aidée à respirer, à voir les choses différemment et surtout, à accepter la différence des gens. Elle m'a appris à faire mon possible et à laisser mon Être suprême faire le reste.

Je me suis aussi impliquée aux congrès des AA, comme responsable à l'écoute, puis comme responsable du repas et, cette année, comme trésorière. J'ai eu une équipe de personnes formidables avec moi, qui m'ont aidée et appuyée. Merci, mon Dieu, de m'avoir permis de vivre cette unité.

Le fait de m'impliquer et d'être guidée m'a permis de partager dans les groupes, lors des anniversaires et dans les congrès.

Merci AA. Merci à ma marraine de service et à ma confidente. Merci à tous les gens qui composent les AA et qui m'aident tout au long de mon cheminement. Merci de m'accepter telle que je suis et me faire réaliser que je suis une personne douce et tendre, capable d'accomplir des choses positives. Merci à tous.

Sylvie, Trois-Rivières-Ouest


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Volume 35, No 6 / Février 2000 – Mars 2000 / Page 22 (PDF pour impression)

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DE RECHUTE EN RECHUTE

Je suis un membre qui a beaucoup de gratitude. Je vais vous raconter ma dernière rechute. J'ai commencé par une bouteille de vin; je m'étais convaincu que je pouvais prendre un verre de vin. Une semaine après, je recommençais à boite à plein temps. J'ai été interné au département de psychiatrie durant une semaine. C'est mon frère qui m'y a reconduit. J'ai alors admis que j'étais impuissant devant mon premier verre. Je me suis rendu compte que je n'étais pas fou, mais un malade qui devait arrêter de boire, une journée à la fois.

À ce moment, j'ai recommencé à assister à des réunions; je me suis trouvé un parrain et je m'implique beaucoup dans le Mouvement. C'est ce que j'aurais dû faire depuis longtemps.

En passant, ça fait 18 ans que je connais les AA, mais seulement en théorie; maintenant je mets la méthode en pratique. Au nouveau, je dis: «Persiste, ça marche, les AA. Je m'en suis remis à Dieu qui est aussi très important pour moi.

Je n'ai pas beaucoup d'instruction; je fais mon possible, seulement une journée à la fois.

Merci à vous tous, membres des AA, et à mon Être suprême, Dieu. Un membre très reconnaissant qui, par la grâce de Dieu, est sobre pour aujourd'hui.

Gilles B.


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Volume 35, No 6 / Février 2000 – Mars 2000 / Pages 35-36 (PDF pour impression)

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SOBRIÉTÉ ET SPIRITUALITÉ

Mon témoignage dans La Vigne AA, c'est le cadeau que je me fais pour rendre hommage à mon groupe d'appartenance, aux AA ainsi qu'à mon précieux parrain, qui est toujours là quand j'ai besoin de ses conseils.

Ma sobriété et mon cheminement ont débuté à partir de ma thérapie, en 1997, après avoir atteint mon bas-fond et avoué mon impuissance face à mes problèmes de comportement et de consommation.

Étant le sixième d'une famille de huit enfants, j'ai souffert d'un immense manque d'amour. Comme j'en voulais toujours de plus en plus, j'ai tenté, par mon comportement, d'attirer toujours l'attention sur moi. Il s'en est suivi une sensation de rejet de la part de ma famille. Par la suite, je me suis éloigné de celle-ci toute ma vie en consommant.

Dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de neuf ans, j'ai connu l'inceste. Il y en avait beaucoup dans ma famille et ma parenté, à l'insu de mes parents. Ce fait m'a rendu très éveillé face à la sexualité, et curieux envers la femme. Pour moi, à l'époque, l'amour et le sexe ne faisaient qu'un, ce qui a eu pour effet de fausser ma personnalité et ma sexualité. À cause de cela, ma jeunesse s'est passée dans la peur, la honte, la jalousie, l'orgueil, le défi, la compétition face à mes frères et sœurs. L'enfant que j'étais n'était pas capable de prendre sa place dans la famille.

J'ai commencé à consommer drogue et alcool de façon vraiment régulière à la mort de mon père, vers l'âge de 17 ans. À l'époque, ce fut ma raison de vivre pour oublier ce manque d'amour familial. En même temps, j'ai fait la connaissance de la musique, comme saxophoniste, toutes les fins de semaine. Étant musicien dans un orchestre, j'ai connu presque tous les bars de la région de Québec. Cela a duré jusqu'à l'âge de 23 ans.

Comme j'en avais assez de cette vie, je suis entré dans les Forces armées canadiennes pour me discipliner et suivre, pendant cinq années, un cours d'infirmier auxiliaire. J'ai relevé tous les défis, sauf celui de ma sobriété. N'en pouvant plus à la fin de mon engagement dans l'armée, j'ai commencé à consommer de plus belle, et ma vie n'a été qu'un chemin tortueux à la recherche du bonheur pour combler le manque d'amour.

Malgré mes problèmes de consommation, j'ai réussi à compléter mon diplôme d'études collégiales en soins infirmiers, mais j'ai à peine travaillé dans ce domaine à cause des conditions de travail qui me rendaient malade, psychologiquement. J'ai continué à consommer par révolte et par manque d'estime de moi-même.

J'ai passé 20 ans de ma vie à vivre sur mes impulsions, sans me soucier du tort que je faisais aux personnes de mon entourage. J'étais toujours à la recherche de ce qui manquait en moi; je passais d'un extrême à l'autre et, un jour, j'en ai eu assez de cette révolte intérieure. J'étais tellement centré sur moi-même que mes relations avec les femmes s'arrêtaient au seul ordre sexuel.

Pour moi, la relation d'amour était étouffante et ce, à un point tel que ma dernière relation ou vie de couple, qui a duré dix ans, s'est terminée par trois tentatives de suicide. J'ai fait trois séjours en psychiatrie et 23 séances avec un psychologue. J'avais peur du Dieu vengeur, car j'ai été éduqué sévèrement dans la religion catholique. Ma mère était très à cheval sur les principes, à l'époque. Tout ceci ne m'a pas permis de retrouver l'équilibre.

Comme il est dit: « Dieu et la vie se chargent de nous ramener dans le droit chemin ». C'est ainsi que mon bas-fond m'a amené à suivre une thérapie de 21 jours fermes, pour voir ce qui n'allait pas à l'intérieur de moi. Ce fut pour moi une révélation: j'ai connu un réveil spirituel et je me suis complètement abandonné à mon Être supérieur. J'ai remis tous les domaines de ma vie entre Ses mains, car je ne pouvais plus contrôler ma vie.

Aujourd'hui, je me dois de dire merci à mon thérapeute qui m'a fait connaître le mouvement des AA et son mode de vie. J'ai appris à accepter les choses que je ne puis changer, je me sers de mon courage avec prudence et humilité et non pour me détruire. Ma plus belle réussite, c'est le retour à la santé émotive et physique en vivant 24 heures à la fois sans consommer, avec la pratique des Douze Étapes des AA, en m'impliquant dans le Mouvement, simplement, et en restant moi-même, par la grâce de Dieu.

L'équilibre dans tous les domaines de ma vie est le cadeau le plus précieux que je puisse me donner. C'est le mode de vie qui permet de s'aimer et d'aimer les autres autour de soi. Quant à ma famille, le temps arrangera les choses; l'Être suprême fait son œuvre en silence, car il n'est jamais pressé; mais il n'est jamais en retard!

Merci sincèrement à vous tous, membres des AA.

Guy L. Saint-Georges (Beauce)

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