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  La Vigne AA, revue internationale bimestrielle des Alcooliques anonymes  
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Témoignages...

Quatre décennies de témoignages!

À lire dans la section partages du site Internet de La Vigne, des témoignages et articles choisis dans des éditions parues au cours des 40 dernières années. Notre guide pour cette sélection : le mois de parution doit être le même que La Vigne en cours; l’année d’édition doit être de dix ans, vingt ans, trente ans et quarante ans en arrière; cinq ou six textes doivent être choisis dans chaque numéro sous les thèmes Étapes, Traditions, Concepts, Service, Groupe d'attache, le nouveau, la maladie; aucune manipulation du texte sinon à sa mise en page en format Word qui permet l’impression pour accomoder les groupes de discussion qui souhaiteraient s’en servir.

L'épouse de Bill W. se rappelle des premiers AA
La porte ouverte
Témoignage
Le Père Noël ivre
« La vie commence pour moi à 40 ans »
Une buveuse périodique
Alco-Actualité
AA et l'amour
Un ancien gaspésien qui accepte son alcoolisme
Le père noël se paye une crise d'apitpoement!
Je m'appelle Michel, je suis un alcoolique
J'étais seule, triste et désemparée
Gâteaux d'anniversaire
Les médicaments et les alcooliques
L'anonymat : le frein des meneurs autoritaires
Mettre en pratique ces principes …
Suggestions pour des Fêtes sobres et joyeuses
Je n'étais plus seule
Persévérance
Après Noël, j'arrête …
Persiste avec nous : tu ne sera plus jamais seul!
Sobre, heureuse et confiante
Resté grâce aux services
À coup d'amour
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Vers le hautVolume 5, No 4 / Décembre 1969 – Janvier 1970 / Pages 2-4 (PDF pour impression)

49

L’ÉPOUSE DE BILL W. SE RAPPELLE DES PREMIERS AA

Comme épouse d'un membre AA de la première heure, certaines de nos expériences et mes réactions devant la vie transformée de mon mari peuvent intéresser d'autres épouses. Bill, je crois, fut un alcoolique dès son premier verre, quelques mois seulement avant notre mariage. Dès lors et durant dix-sept ans, je fis tout ce que je pus imaginer pour l'éloigner de la boisson.

Je raconterai un peu de notre vie avant AA, pour aider à expliquer certaines de mes émotions ultérieures. Bill et moi n'avions pas d'enfants, je sentis bientôt alors que mon rôle dans la vie était d'aider Bill à s'en sortir. Avec le temps, il essayait sérieusement d'arrêter de boire. Il était toujours très perplexe et bourrelé de remords le lendemain matin. Nous décidions alors de combattre ensemble son problème de boisson d'une façon nouvelle.

Comme son problème s'aggravait, je dus prendre toutes les décisions et les responsabilités. Heureusement que nous nous entendions bien, car peu à peu, comme tous nos contacts sociaux se rompaient, nous n'avions plus que pour nous deux pour nous supporter réciproquement.

Afin d'échapper à l'alcool durant les fins de semaine, j'avais l'habitude d'imaginer quelque genre d'excursion, car nous aimions tous deux le grand air. Si notre porte-monnaie était vide, nous pouvions prendre le métro vers le traversier à la rue Dickman et rouler le long des Palissades vers quelque site où grignoter nos sandwiches et contempler le paysage. Ou nous pouvions traverser à Staten Island et nous promener; peut-être faire griller un "steak" sur un feu de camp. Un jour, nous avons loué une chaloupe à rames à Yonkers et, nous servant d'une serviette de bain comme voile, nous avons remonté l'Hudson jusqu'à une pointe de terre près de Nyack, où nous avons campé et essayé de dormir. Nous sommes allés si loin une fois pour fuir l'alcool, que nous avons abandonné nos emplois et pris une année entière de vacances. Nous avons passé cette année à faire de la motocyclette et à camper dans plus de la moitié des États-Unis.

Ces voyages, quoique excellents pour la santé de Bill, ne firent rien pour sa sobriété permanente. En fait, son alcoolisme s'aggravait continuellement. Il perdit position après position, jusqu'à ce que je perdisse tout espoir à son sujet.

Et puis, soudainement et finalement, Bill se releva grâce à l'aide d'un vieil ami. Je fus convaincue sur-le-champ de sa complète transformation, et fus évidemment extrêmement heureuse. Bill commença à assister à des réunions religieuses et à travailler fiévreusement avec les alcooliques. J'allai aux réunions moi aussi, et j'essayai de partager ses nouveaux enthousiasmes. Il avait toujours quelque alcoolique avec lui et travaillait toute la nuit, ou se levait au milieu de la nuit pour aller dans les faubourgs si on l'y appelait. Il y avait des alcooliques partout dans la maison; parfois pas moins de cinq y hébergeaient en même temps.

Un alcoolique se suicida dans la maison après avoir vendu pour une valeur d'environ 700 $ de nos vêtements et de nos bagages. Un autre glissa de la rue dans la chute à charbon de la cave, après qu'on lui eut refusé la porte d'entrée. Deux autres se battirent, et l'un pourchassa l'autre autour de la maison, armé d'un couteau à dépecer. L'alcoolique poursuivi a été sauvé par un troisième, qui désarma l'autre en l'assommant. Un alcoolique qui vivait au sous-sol fut invité à monter pour un déjeuner aux crêpes. Après avoir mangé sa part, il mit soudainement son chapeau, et se dirigea vers la sortie en faisant remarquer qu'il allait chez Childs, manger "beaucoup" de crêpes.

Bill s'était trouvé un emploi vers cette époque; et son travail l'éloignait beaucoup de la maison, et j'étais laissée seule à m'occuper d'un ou de plusieurs alcooliques. Une fois, un de ces hommes coucha dans le vestibule toute la nuit et me lança des invectives car je refusais de le laisser entrer. Il criait si fort que les passants s'arrêtaient, regardaient et écoutaient. Une autre fois, il était quatre heures du matin avant que je réussisse à ramener un alcoolique à la maison. Il était inquiet pour son travail du lendemain matin, et nous étions partis vers minuit à la recherche d'un médecin, aucun n'ayant voulu venir à la maison à cette heure de la nuit. Je l'aidais dans ses pas chancelants et ses vacillations, j'allumais ses cigarettes pour lui et finalement, comme nous ne pouvions réveiller un médecin, je portai un verre à ses lèvres dans un bar.

Comme je lui demandais alors comment il se sentait, il me répondit: "Bien, un oiseau ne peut voler d'une seule aile". Après quelques autres verres, je m'arrangeai pour le ramener à la maison, mais il ne retourna pas à son travail le lendemain. Une fois, je tombai malade, et lorsque ma soeur arriva pour me soigner, elle trouva cinq hommes installés dans le salon, l"un d'eux marmottant: "Une femme peut s'occuper de cinq alcooliques, mais cinq alcooliques ne peuvent s'occuper d'une femme".

Et maintenant pour décrire mes réactions à tout ceci. Lorsque Bill fut sobre au début, j'étais terriblement heureuse, mais bientôt, sans y penser, je commençai à regretter le fait que Bill et moi n'étions plus jamais seuls ensemble. Je demeurais à la maison lorsqu'il allait quelque part en quête de nouveaux alcooliques ou travailler avec des alcooliques rétablis. Le but de ma vie d'amener Bill à la sobriété et à ses anciennes responsabilités m'était soudain retiré. Je n'avais encore rien trouvé pour combler le vice. Et alors j'eus le sentiment d'être en dehors d'une petite clinique très fermée d'alcooliques, dans laquelle aucune épouse ne pouvait possiblement entrer. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait jusqu'à ce qu'un dimanche, Bill me demanda de l'accompagner à une réunion. A ma propre surprise aussi bien qu'à la sienne, j'éclatai sur le champs: «Que le diable emporte toutes vos réunions», et je lui lançai mon soulier de toutes mes forces.

Cette méchante sortie de mon caractère me réveilla. Je me rendis compte que je m'étais perdue dans l'apitoiement sur moi-même; que la transformation de Bill était miraculeuse; que son activité fiévreuse avec les alcooliques était absolument nécessaire à sa sobriété; et que si je ne voulais pas être laissée en arrière, j'étais mieux de sauter dans le "train", moi aussi.

L'épouse de Bill
- Lois
(Grapevine, Noël 1944)


Vers le hautVolume 5, No 4 / Décembre 1969 – Janvier 1970 / Pages 15/20 (PDF pour impression)

50LA PORTE OUVERTE

Pendant plus de vingt ans, nous passions, ma femme et moi, la veille de Noël chez nos meilleurs amis, les aidant il garnir l'arbre de Noël et déposer les cadeaux pour leurs enfants, car nous n'avons pas d'enfants. C"était un rituel régulier.

Soudain, il y a cinq ans notre amitié a cessé. Je n'en ai pas fait beaucoup de cas à ce moment-là; j'étais trop occupé il boire, mais ma femme en a été peinée, même si elle ne m'en a touché mot. Cette porte et bien d'autres, me fut fermée. Encore là, ça ne m'a pas dérangé. J e n'étais pas tracassé par les « petite » choses, seulement par le prochain verre que je prendrais.

Il y a plus de trois ans, je me joignis aux AA et là les portes fermées m'ont tracassé. Pourquoi restaient-elles fermées? A mesure que j'accumulais de la sobriété avec AA et que je changeais mon mode de vie, j'étais de plus en plus inquiet. J'étais heureux et content, exception faite de la seule réelle amitié que nous avions perdue et de la porte close la veille de Noël.

Et enfin à Noël dernier, le téléphone a sonné et j'ai répondu. La voix de mon vieil ami à l'autre bout du fil disait: "Quand allez-vous donc venir pour garnir l'arbre de Noël? Nous vous attendons comme à l'habitude." C'était aussi simple que ça, comme si la porte n'avait jamais été fermée.

Vous pouvez deviner ma réponse, et nous sommes allés chez nos amis passer la soirée comme dans le bon vieux temps, et aucune mention n'a été faite des cinq années passées, alors qu'ils ne nous avaient pas invités. Ce fut le meilleur cadeau de Noël que j'ai jamais reçu, et tout ça est dû au mouvement AA.

Depuis, toutes les autres portes se sont ouvertes, une par une, et nous avons retrouvé nos vieux amis.

La boisson peut couler pour les "buveurs sociaux" mais je me contente d'un bon café, de limonade ou d'autres boissons semblables non-alcoolisées.

Une journée à la fois, même à Noël, c'est ma devise.

D.H.W.

Vers le hautVolume 5, No 4 / Décembre 1969 – Janvier 1970 / Pages 18-20 (PDF pour impression)

51TÉMOIGNAGE

Je suis né dans un milieu alcoolique. Je n'ai pas connu d'affection pendant mes premières années. Je poussai au gré du vent comme l'ortie sur le talus.

A 15 ans, je me soûlais à en rouler dans les fossés. A 18 ans, un jour que j'avais avalé une liqueur douteuse dans une cuisine de café, comme fou, je voulus tuer mes parents.

Heureusement, une fois dégrisé, ma première réaction fut de ne plus consommer d'alcool. Je me lançai dans la bière, ce qui me permit d'être plus calme pendant quelques années.

Mais à 25 ans, une maladie des yeux me valut une incapacité permanente et totale.

Malgré ce handicap visuel, je repris de plus belle le chemin des bistrots pour occuper mes loisirs, tuer le temps et ... pour oublier.

Ce régime devait aboutir à l'alcoolomanie totale et à toutes les misères qui s'ensuivent tant pour les miens que pour moi.

Heureusement, un jour d'octobre 1958, je reçus la visite d'un autre alcoolique qui me parla des AA. Ceux-ci en étaient à leurs débuts dans le pays.

Cette rencontre avec ce membre AA fut mon salut.

En me transmettant le message, il sut mettre en moi la foi dans le mouvement AA; il m'a fait espérer en ma réhabilitation et surtout il a déposé, en mon coeur un immense amour des autres.

Aussi, je suis toujours resté en contact avec lui, pour mon plus grand bien.

Je ne pouvais toutefois rester isolé. Pour mettre fin à mon hésitation, une AA, Irène, m'emmena à une réunion des AA à BruxelIes, au groupe St-Michel. Je n'étais pas fier; je me sentais comme une bête traquée, sous le coup des idées et des appréhensions que je me faisais dans le chaos où je me débattais.

Je me souviendrai toute ma vie du premier contact avec les AA. Dans une atmosphère de chaleur et de compréhension humaine et surtout de confiance - où la médecine, le prêtre et d'autres moralistes avaient échoué - les AA, réussissaient à me faire admettre mon impuissance devant l'alcool et que le seul moyen de m'en libérer était· la volonté de ma part d'une abstinence volontaire de 24 heures à la fois.

On m'inculqua un nouveau mode de vie grâce aux douze étapes des AA. De prime abord, ces étapes me révoltèrent, mais je ne tardai pas à les apprécier et à les adopter.

Je ne pouvais m'en tenir à ces premiers pas dans l'amitié AA. Dès décembre, ce fut la grande aventure qui commença. J'avais beaucoup reçu, je devais donner beaucoup.

Des AA publiaient leurs témoignages où ils démontraient par leur propre expérience la possibilité de se STABILISER dans la fuite de l'alcool et les effets de la maladie.

Un petit groupe se forma. Des appels au secours se multiplièrent. On me conseilla de fonder le groupe AA du Borinage. Je ne pouvais me dérober.

Les débuts furent difficiles à cause de l'impression pénible que nous produisait l'indifférence totale de l'entourage envers notre dévouement aux autres alcooliques.

L'expérience ne devait pas nécessairement mettre fin à ces difficultés. Mais elle m'ouvrit les yeux sur la complexité de la tâche. Je découvris aussi que les A.A. forment une formidable école de vie, heureuse et courageuse -- qui ne semble pas être enseignée en dehors de ceux qui se dévouent aux victimes de la maladie alcoolique.

J'étais engagé; je ne pouvais fuir les responsabilités. Je fonçais tête baissée. Depuis lors, jour par jour, défilent auprès de moi et de mon groupe toutes les déchéances et misères que la société ne veut pas voir et ne pense qu'à rejeter.

Il est vrai que du fait que nous sommes des alcooliques - sortes de lépreux. - nous pouvons capter la confiance des malades. Nous les entourons de notre compréhension et de notre affection et, par là, nous leur donnons leur chance de commencer une vie nouvelle.

Là est le secret de notre réussite. L'alcoolique, plus que tout autre malade, a besoin d'être aimé, compris et aidé. Cette aide charitable demande le concours de toutes les bonnes volontés.

A cette condition, on peut espérer mettre fin à bien des drames et réaliser des merveilles.

("La Vie en beauté")

Vers le hautVolume 5, No 4 / Décembre 1969 – Janvier 1970 / Pages 21-24 (PDF pour impression)

52LE PÈRE NOËL IVRE

"Je viens juste de les voir ramasser le Père Noël couché sur le trottoir et le jeter dans le fourgon de la police. Il était soûl mort!" Ainsi parla le jeune homme alors qu'il arrivait du froid de décembre. Tout le monde, d'un bout à l'autre du bar, sourit à belles dents ou grogna. Il y eut une farce ou deux. L'humour n'était pas de très bon goût. Mais, ce n'était pas un bar de très grande classe non plus.

"Il semble que ce sera Noël à l'asile pour le vieux Santa", dit celui qui était assis devant un verre, à l'extrémité de l'acajou pas trop propre.

"Attends que je raconte ça à mes enfants l'Pas d'étrennes cette année. Le Père Noël est dans l'aile psychiatrique!" Cela venait d'un buveur qui bafouillait.

Ce Père Noël n'était pas celui dont parle la fable. Il s'était tenu au coin durant une semaine ou plus dans son habit rouge et sa barbe blanche, faisant sonner une cloche aux côtés d'une marmite recouverte de broche et suspendue à un trépied. Vous en avez vu dans votre localité.

C'était un homme âgé et un triste ivrogne. Un gars comme moi pouvait dire ça à cinquante pas. Il entrait au dépôt de gin huit, dix fois par jour. Freinant à l'extrémité la plus rapprochée de la porte, il commandait une consommation, pure. Il enlevait sa barbe postiche et la plaçait sur le bar afin d'avoir les deux mains libres et la voie claire jusqu'à sa bouche. Il en avait besoin. Il tremblait comme moi le matin. Seulement, ce vieux bonhomme était comme ça tout le temps, même lorsqu'il en avait pris quelques-uns.

Aussi, il n'y avait aucun doute sur l'origine de l'argent. Lorsque les gars essayaient de le taquiner à propos de fausse représentation, il leur répondait par un petit sourire comique ou un acquiescement de sa vieille tête. Mais il n'avait pas à parler pour nous dire que les pièces de monnaie qu'il poussait sur le bar provenaient de cette marmite, les cinq cents, les dix cents et les vingt-cinq cents que les gens y jetaient en pensant acheter des repas de Noël pour les nécessiteux. Non pas que je le blâmais. Étant le genre d'ivrogne que j'étais, je savais qu'il était obligé de le faire.

Alors, le pauvre vieux avait trébuché dans la boue et le policier, faisant sa ronde, dut appeler une ambulance municipale pour le sortir de là. Je ne le connaissais pas mais cela me causa intérieurement une drôle d'impression, un malaise et une crainte, comme s'il avait perdu un combat que j'avais mené sans m'en rendre compte jusqu'à ce moment-là. Et je faisais du ressentiment à cause des farces d'un goût douteux.

"Oui, claironna le petit homme qui avait apporté la nouvelle. Le seul emploi qu'il ait obtenu de toute l'année, je gage. Et il n'a même pas été capable de le garder!"

"Alors, quoi!" dit Pierre, le barman. "Un autre voyou, tout simplement! Qu'est-ce que ça peut te faire? De toute façon, qu'est-ce que tuveux pour Noël?" Il ne parlait à personne en particulier. Mais ses dernières paroles pénétrèrent comme une lame.

Oh, Dieu! Ce que je voulais pour Noël? Soudain, tout ce que j'avais retenu en dedans pendant des années jaillit du fond de moi-même. On dit d'un gars qu'il "vomit ses entrailles". Eh bien! j'ai vomi les miennes juste là, et sans dire un mot!

Ce que je voulais pour Noël? Je le savais si bien et je ne le savais pas du tout. Je voulais tant ou si peu. Je ne savais même pas comment y penser, bien moins le dire. Ce que je voulais ne pouvait s'envelopper dans du papier de fantaisie et se lier d'une boucle de ruban avec une petite branche de houx. Ce n'était rien que pouvait accompagner une carte disant: "Joyeux Noël! Avec amour, de Kay". Oh non! Même une épouse qui m'avait donné sa fierté, sa foi et son courage, même Kay, ne pouvait me donner les choses que je désirais mais que je ne pouvais même pas nommer!

Je me vautrais dans l'apitoiement et j'accumulais les verres. Au cours de cette nuit-là et de toute la journée suivante, veille de Noël, ce fut une course désespérée. Il fallait que je boive assez pour garder mes pensées à distance, pour ne pas être bouleversé par le désespoir. En même temps, je m'agrippais à une lueur entêtée de décence, pensais-je, qui me gardait déterminé à demeurer sur mes pieds pour terminer mes lamentables préparatifs de Noël. Après que j'aurais vu Kay et les petits à Noël, on verrait. Suicide, peut-être. Mais d'une façon ou d'une autre, il était terriblement important que je passe à travers Noël.

Je rentrai chez moi vers quatre heures le matin de Noël. J'avais l'arbre, ou plutôt ce qui en restait et perdait ses aiguilles. Kay m'entendit et descendit l'escalier, effrayée et en larmes. Je lui ordonnai de retourner au lit. N'avais-je pas promis que tout allait être en ordre, l'arbre debout et paré, les étrennes en place en dessous? Elle fit demi tour sans mot dire, retourna au lit et s'endormit à force de pleurer.

Cette scène finale était apparemment tout ce qui restait en moi. Seul avec l'arbre et les boîtes de décorations que ma femme avait déployées, toute l'affaire devint soudainement "trop". L'ivresse de trois jours qui m'avait soutenu jusque là semblait simplement disparaître, comme si quelqu'un avait enlevé le bouchon, et tout, courage, bravade, bluff même s'étaient taris. J'étais absolument à bout. Je pris une longue gorgée à même la bouteille. Rien ne se produisit ...

Lorsque je m'éveillai, il ne faisait pas encore jour. J'étais dans mon propre lit mais j'étais encore habillé, y compris mon paletot. Même avant d'entendre Kay pleurer doucement de l'autre côté de la chambre, même avant de constater que c'était le matin de Noël, j'étais étendu là, paralysé par un sentiment de honte et une crainte accablante de ce jour.

J'ignorai ma femme. Il le fallait. Dans la salle de bain, je fis éclabousser de l'eau froide dans ma figure, je plaçai mes cheveux sans oser regarder dans le miroir. J'oubliai que je ne m'étais pas rasé depuis trois jours. Et je descendis.

L'arbre était étendu au beau milieu du salon. Les branches n'avaient même pas été déficelées. Les décorations, je les avais simplement déversées dessus. Des garnitures reposaient dans un tas en désordre. Nos enfants avaient trouvé une couple d'étrennes à bon marché que Kay était parvenue à acheter avec l'argent que je n'avais pas réussi à boire.

Je pense que je n'ai rien dit aux petits et je ne pense pas qu'ils m'aient parlé. Je me dirigeai directement à la cuisine. Une couple de verres en vitesse et quelques minutes d'attente et j'entrai pour raconter aux enfants une histoire à dormir debout, à savoir combien le Père Noël avait dû être occupé la veille et qu'il n'avait tout simplement pas eu le temps de terminer son travail. Ça n'a pas collé.

Je fis la seule chose qu'un alcoolique pouvait faire. Je sortis de là en vitesse et, durant trois semaines, je me gardai aussi soûl que possible.

Cette année, l'arbre sera debout, les étrennes en place. C'est de cette façon que ça s'est passé depuis six Noëls maintenant, et je ne pense pas qu'il y ait en ce pays de foyer plus heureux que le nôtre, particulièrement le matin de Noël.

Parce que, alors que chacun de nous quatre ouvrons tour à tour nos étrennes, chacun d'entre nous est conscient d'un cadeau bien plus grand que toutes les belles choses que nous déballons et au sujet desquellles nous roucoulons.

En songeant au passé, je me rappelle ce moment terrible, à un bar de cinquième classe, après qu'un vieillard impuissant se fut effondré et qu'un garçon de comptoir eût dit: "Et puis après? De toute façon, qu'est-ce que tuveux pour Noël?"

Ce fut le moment où les portes de l'écluse s'ouvrirent, et, malgré moi, je commençai à capituler! Ce fut une sorte de précipice que même mon raisonnement alcoolique et dénaturé ne put esquiver.

S'il s'agissait d'un film d’Hollywood, ce vieux Père Noël me serait apparu pour me "sauver" J'ai l'impression de devoir à ce vieillard inconnu une dette de gratitude éternelle. Mais, je ne l'ai jamais revu. Il est peut-être mort ce soir-là.

Deux mois plus tard, cependant, un autre "Père Noël" se présenta. Il avait aussi "dormi" sur quelque trottoir. Un étranger, il me donna le plus beau des cadeaux!

J.C.

Vers le hautVolume 5, No 4 / Décembre 1969 – Janvier 1970 / Pages 25-27 (PDF pour impression)

53 « LA VIE COMMENCE POUR MOI À 40 ANS »

Je suis un alcoolique admis, accepté et en voie de réhabilitation pour aujourd'hui. Je crois que nous avons tous une destinée sur terre; Dieu a voulu que je sois un alcoolique; Il m'a choisi moi comme exemple dans la vie sociale, avec tous les défauts que l'alcoolique peut avoir, mais en retour Il m'a donné une puissance incroyable, celle d'aider les autres alcooliques qui souffrent encore et qui ont besoin d'aide; aujourd'hui je me sacrifie nuit et jour à cette tâche.

Je suis né à Montréal le 10 août 1924, aujourd’hui c’est mon anniversaire, je suis heureux, j'ai eu de bons parents, très bien élevé, j'ai perdu mon pète à l'âge de'12 ans, j'aimais les études; ma mère s'est remariée j'avais 16 ans, un homme très bon; aujourd'hui je peux dire que cet homme avait la sérénité dès que je l'ai connu. Nous avons resté à la campagne car il était cultivateur à l'époque, j'aimais la ferme; cependant nous étions nombreux, on m'a envoyé travailler dans un magasin général, là où la population était anglaise; je me suis débrouillé très bien. J'y suis resté sept mois, c'est là que les débuts commencèrent vers l'âge de 17 ans. Ensuite viennent les évasions, les changements d'emplois dans le même genre de travail, commis avec augmentation de salaire, la grosse vie commence là. Je restais dans le village et il y avait trois hôtels, pas de sport. Cela a progressé de jour en jour. J'aimais le goût de la bière et, plus tard, je me suis permis de prendre du petit blanc, un autre effet mais celui-ci plus rapide que la bière et j'ai continué à boire tous les jours. J'avais beaucoup d'occasions, étant commis. Je livrais la marchandise aux hôteliers qui étaient tous ensemble dans le village et cela progressait toujours. J'ai rencontré une fille que j'ai aimée et qui est aujourd'hui mon épouse; nous avons eu trois enfants: une fille, deux garçons. J'ai fêté cela à chaque fois comme un buveur excessif; à ce stage j’étais déjà alcoolique, mais personne ne me 1'a dit Mon épouse me di­sait: "Tu bois trop"; .je lui répondais : "Je vais modérer". le lendemain matin, c'était à recommencer car il faut que je vous dise que le verre du matin était toujours là. Je ne vous raconte pas les bêtises que j'ai faites; ça n'aide personne à mon avis, la réhabilitation est plus importante pour moi, je pense. Là où je travaillais un employé m'a dit: « Lâche de boire, tu vas perdre ton emploi »; mais la maladie était en moi et je ne le savais pas, ça progressait de jour en jour et j'ai voyagé de place en place pour trouver de l'emploi, toujours en transportant mon problème avec moi.

Les enfants grandissaient toujours, mon épouse était très bonne pour moi: j'ai perdu toutes mes économies, j'ai fait des retraites fermées en essayant d'arrêter de boire; impossible, je retombais toujours. Un jour mon frère et mon cousin sont venus me voir, ils étaient membres des Alcooliques Anonymes, ils m'ont laissé de la littérature. Je ne l'ai pas lue tout de suite. Plus tard un voisin qui était membre m'a aidé, aujourd'hui c'est mon parrain. Je le remercie de tout ce qu'il a fait pour moi, Dieu va le récompenser, j'en suis sûr; c'est en donnant qu'on reçoit. Quelques mois plus tard un autre individu se présenta à la maison me demandant si j'avais besoin d'aide car je buvais de plus en plus; les derniers temps je buvais jour et nuit, je ne mangeais pas et je ne dormais pas. J'ai passé par toutes les phases de l'alcoolisme: peur, angoisse, perte de mémoire, etc. Je lui ai répondu "oui".

J'ai fait un stage à Domrémy à Pointe-du-Lac, Trois-Rivières. J'y suis resté 23 jours; c'est là que j'ai fait mon inventaire de la 4e étape. Je dois beaucoup à Domrémy qui m'a fait connaître ma maladie. Par la suite, on m'a expliqué qu'il fallait que je suive ce mouvement car seul je n'étais pas capable de demeurer sobre; j'avais assisté à des assemblées AA, quelques unes, pas beaucoup, avec mon parrain; et un bon soir, mon parrain vint me chercher pour aller à Montréal à un meeting; le message était donné par un Père Oblat. J'ai eu un réveil spirituel, j'avais la foi mais je ne pratiquais pas ma religion. A partir de ce moment, le 28 février 1965, je n'ai pas touché à un verre par la grâce de Dieu. J'en suis sûr, pas de spirituel dans le mouvement c'est très difficile de faire de l'activité. J’assiste à une moyenne de 5 assemblées par semaine, on m'a nommé secrétaire, président, balayeur, j'ai fait Je café, j'ai commandé la littérature etc .. .J’essaie d'aider les autres par mon exemple; aujourd'hui je suis sobre, une journée à la fois, je ne manque jamais de lire mon "24 Heures" et "LA VIGNE A.A.". Une autre chose, il faut avoir confiance. Mon épouse m'a aidé énormément, les enfants aussi. Je leur dois beaucoup, mon épouse a été au mouvement Al-Anon, ce qui l'a aidée beaucoup à me comprendre: aujourd'hui nous pouvons dialoguer à la maison, "la sagesse d'en connaître la différence".

Aujourd'hui j'ai un emploi que j'aime, les patrons me comprennent, ça va bien surtout avec le contremaître que j'estime; il est d'une très grande compréhension pour ses employés. Pour moi dans AA il n'y a pas eu de rechute car s'il faut recommencer, c'est que vous n'avez pas vraiment accepté. Alors c'est aujourd'hui car hier est passé; vivons le moment présent, le moment même de la vie. La nature est si belle et chaque jour j'offre ma journée à mon Être Suprême et je le remercie le soir au coucher de m'avoir gardé sobre pour aujourd'hui. Ma mère est décédée. Mon père vit encore et il est très heureux de voir que je suis sobre, Ceci est mon message principal: j'aime tout le monde, pas de ressentiment pour moi et j'ai été accepté dans tous les domaines de ma vie.

Jean-Claude L.

Vers le hautVolume 5, No 4 / Décembre 1969 – Janvier 1970 / Pages 28-29 (PDF pour impression)

54UNE BUVEUSE PÉRIODIQUE

Mon enfance et une partie de mon adolescence se sont passées dans les collèges. J'ai eu une mère et un père extraordinaires qui ont tout donné à leurs onze enfants dont j'étais la plus jeune; je me suis mariée adolescente ayant beaucoup de diplômes mais sans aucune préparation à mon rôle d'épouse et de mère. J'avais un caractère assez joyeux, j'aimais la musique, le chant, la lecture, tout ce qui pouvait m'apporter quelque chose de beau et de merveilleux. J'étais rieuse, remplie de complexes comme la plupart des femmes de ma génération.

Les premières années de ma vie matrimoniale se sont écoulées dans l'acceptation car nous avions des principes assez rigides et Dieu était un être avec qui on ne transigeait pas, un Dieu vengeur qui punissait toujours ceux qui désobéissaient à ses lois. Des enfants tous les ans, M. le Curé ne permettait pas de repos. J'ai eu beaucoup d'épreuves; inutile d'énumérer toutes mes douleurs physiques et une d'entre elles Psychologique, mon 4e enfant étant un être anormal; cette épreuve fut, je crois, la chose que je n'ai jamais acceptée et le début de ma vie d'alcoolique car je n'avais jamais bu et je détestais les ivrognes. Je dis ce fut le début! En buvant je retrouvais mes rêves; l'oubli total de tous, j'étais transportée dans un univers que j'aurais voulu être le mien, j'étais une autre personnalité, sans complexes, heureuse, complètement dégagée de tout problème.

J'ai toujours été une buveuse périodique. Lorsque certaines choses me dépassaient, je trouvais dans cet univers la paix, l'oubli, pas pour longtemps car j'avais beaucoup de remords; après, j'étais sans sommeil et très malheureuse; dans mon for intérieur, je me haïssais et j'en étais venue à haïr tous ceux qui m'entouraient. Je faisais souffrir les êtres que j'aimais le plus. J'ai continué assez longtemps cette vie, jusqu'à ce que ma santé dépérisse. Je travaillais très fort, j'avais toujours trois bébés aux couches et l'antibiotique de ma vie qui s'appelait l'alcool fit de moi un être complètement agressif et révolté contre Dieu et j'en voulais à tous me demandant pourquoi j'étais si malheureuse et j'en vins à faire des séjours de plus en plus fréquents dans les hôpitaux. On me donnait très peu de temps à vivre. A mes sorties je continuais mon boulot en haïssant ma faiblesse et mon malheur.

Je voulus en finir avec cette vie. Mes enfants, mon mari, plus rien n'avait d'importance. Cette vie ne m'avait apporté que désillusion. Or il y aura deux ans bientôt que je franchis cette porte espérant je ne sais quoi et je trouvais cette salle AA froide. J'étais tremblante, humiliée. Je pris un siège près de la porte, le coeur battant, j'écoutai mais je ne compris rien. Je continuai à venir à ces assemblées qui étaient mon dernier recours. Une âme charitable est venue à mon secours. La proposition qu'il me fit m'humilia davantage, je tentai l'expérience d'un séjour à Roberval car je ne pouvais plus absorber de boisson. Deux verres et j'étais malade. Je fus très bien traitée mais je ne compris pas grand'chose d'abord. Je ne voulais pas admettre que j'avais un problème avec l'alcool; les Étapes, la sérénité, sobriété, c'était du chinois pour moi. Je continuai mes assemblées et en y allant pour comprendre, j'acceptai ma première étape.

Je cessai de juger, un peu de calme se fit dans mon esprit. Je repris les deux· grands commandements: aime Dieu et ton prochain. C'était tout un programme de vie: la semence était bonne, la moisson se mit à grandir, la brume s'envolait de plus en plus, je voulais sincèrement changer, vivre heureuse. Je le voulais et je décidai que mon bonheur était entre mes mains. Les choses s'arrangent dans ma vie comme par miracle et je crois que mes proches bénéficient de toutes ces merveilles; heureuse, je le deviens de plus en plus grâce aux AA.

Essayons mes amis, plus le combat est difficile, plus la victoire est belle et grande et de 24 heures en 24 heures vous verrez de nouveau une vie merveilleuse avec sobriété et sérénité. Et à celles et à ceux qui vivent avec des malades comme moi je dis: "Faites-leur confiance, aimez-les de nouveau".

Même s'il y a quelques nuages à l'horizon, le soleil rayonnera toujours dans chacun de nos coeurs avec AA.

Chicoutimi.
Gisèle B.


Vers le hautVolume 15, No 4 / Décembre 1979 – Janvier 1980 / Pages 1-4 (PDF pour impression)

55ALCO-ACTUALITÉ

Une adolescente de 13 ans se tue en ingurgitant 6 onces de rhum

FORESTVILLE, Maryland (UPI) - Une adolescente de 13 ans est mystérieusement décédée vendredi après avoir absorbé seulement six onces d'un rhum à très forte teneur en alcool.

Selon les policiers, la jeune fille accompagnait ses deux soeurs à une soirée de buanderie et en les attendant dans l'automobile elle aurait décidé de boire quelques gorgées d'une bouteille qui traînait. Après avoir analysé son sang, on a découvert qu'elle avait un degré d'alcool évalué à .46 alors que le taux de .4 est suffisant pour provoquer la mort.

Le rhum était de 151 "proof". (Gay-Lussac).

JOURNAL DE MONTRÉAL

 

Sobres malgré eux

COPENHAGUE (Reuter) - Depuis mercredi, les Groenlandais sont soumis à un rationnement ... d'alcool. Des coupons pour une quantité mensuelle déterminée du précieux liquide sont remis à l'ensemble des habitants âgés de plus de dix-huit ans, soit environ 30000 personnes.

Ces restrictions de vente s'appliquent également aux hôtels et aux restaurants. Mais les touristes seront épargnés sur présentation de leur billet de transport.

Les Groenlandais sont les plus gros consommateurs d'alcool du monde et cette mesure sera sans nul doute l'une des plus impopulaires prises par les autorités de l'île depuis que celle-ci a obtenu l'autonomie de la couronne danoise en mai dernier.

Presse

 

L'ALCOOLIQUE: UN MALADE INCURABLE

Depuis dix ans environ, on a beaucoup parlé et on parle encore beaucoup des drogues. Des sommes fabuleuses ont été dépensées pour expertiser les dommages que font les drogues à la personnalité mentale et à la santé physique.

Ainsi, à moins d'être sourd et par conséquent incapable d'entendre les interviews de la télévision et de la radio, à moins d'être aveugle et dans l'impossibilité de lire les reportages alarmants de la presse, nul ne peut plus ignorer que le L.S.D., l'opium, le haschisch, la mescaline et même la marijuana occasionnent des troubles parfaitement observables qui vont de la vision brouillée au manque de coordination des mouvements, des rêvasseries délicieuses aux cauchemars horrifiants capables de pousser au suicide.

Rien n'a été épargné pour nous ·instruire et nous prouver que l'intoxication par des drogues mène tout droit à la déchéance physique, mentale et morale.

Il 'en est ainsi pour l'alcool dont l'usage abusif est capable d'affaiblir la volonté, de vous enlever la mémoire, de vous empêcher d'exercer votre raison ou encore de paralyser vos mouvements. Cela prouve sans aucun doute, que l'alcoolisme est une maladie qui perturbe le corps autant que l'esprit. Que penser de ces répercussions dans la société?: familles désunies, absences au travail, pertes d'emploi, etc.

N'importe qui peut vous brosser le portrait du buveur invétéré. C'est un être émacié, car il mange peu, son teint est blême, avec des taches violettes dans la face, ses yeux sont brouillés et sa langue articule avec difficulté ses mots, son caractère est instable; il devient facilement irritable, l'alcool lui enlève toute inhibition, toute retenue de langage et de geste. Il insulte, il se bat pour un oui, pour un non. Cinq ou dix ans d'un régime fortement alcoolisé (quarante onces d'alcool ou quelques douzaines de bières par semaine) et vous avez un alcoolique. Si vous êtes un lecteur de faits divers comme il en est rapporté à pleines pages dans les journaux, vous devez avoir lu que l'alcool est responsable des trois quarts des attentats, de petits cambriolages. Je précise "petits" parce que l'intoxiqué d'alcool est bien incapable de projeter un savant cambriolage et encore moins de l'exécuter, tout maladroit et ahuri qu'il est. Par contre, pour son verre de bière renversé par mégarde, il est capable de vous tuer dans sa colère furieuse. L'alcoolisme est responsable d'un grand nombre de meurtres, de brutalité et de viols.

Les Dr Jekyl et Mister Hyde de l'alcool sont légions. Tous les jours, des hommes normalement calmes et doux, étant sobres, se réveillent d'une saoulographie en prison pour avoir battu leur femme ou violé leur fille. Des statistiques nous affirment que 50% des accidents seraient dûs à l'alcoolisme. Cela reviendrait presque à dire que la moitié des conducteurs d'autos et de camions seraient des alcooliques)

Quand il y a eu la grève à la régie des alcools, vous en connaissez des maris ou des femmes d'alcooliques qui se plaignaient? Moi pas. On m'écrivait au contraire: "Pourvu que cela dure!" Cela ne pouvait pas durer. Bien sûr qu'il n'est pas à souhaiter une résurrection de la prohibition des années folles, L'interdiction d'une chose mauvaise est pire que la chose elle-même.

Mais la réglementation des quantités d'achat? Les heures d'ouverture des magasins de la régie des alcools et celles des heures de vente de la bière au comptoir des épiceries ne pourraient-elles pas être diminuées? Je suis sûre qu'il y aurait des mesures à prendre pour venir en aide aux alcooliques.

On sait que les hôpitaux ordinaires ne peuvent pas admettre et soigner les alcooliques; la place manque, Il y a bien, ici et là, quelques centres d'accueil et de désintoxication privés, mais ils ne suffisent pas à la demande,

Est-ce que les brasseries et les distilleries ne devraient pas subventionner des cliniques de désintoxication et de réhabilitation dans toutes les grandes villes? Cela devrait être leur responsabilité de subvenir aux soins des malades que leur commerce a contribué à avarier et à ruiner, On oblige bien les compagnies d'amiante à faire soigner leurs ouvriers victimes d'amiantose. Pourquoi n'obligerait-on pas pareillement les compagnies de bière et d'alcool à faire soigner leurs victimes')

Qu'est-ce qu'il leur en coûterait de subventionner des organisations parallèles aux AA avec des travailleurs sociaux spécialisés en .réhabilitation des alcooliques?

Car ce n'est pas simple de convaincre quelqu'un qui se croit bien portant qu'il est un malade incurable. Car c'est ce qu'est l'alcoolique: un malade incurable, Une fois ses centres nerveux brûlés par la boisson corrosive, ils sont irréparables. Il ne peut plus boire la moindre quantité, ne serait-ce qu'un seul verre sans replonger immédiatement dans un état de dépendance dont il ne peut se défendre tant sont forts les appels lancinants de ses nerfs qui demandent leur ration de stupéfiants.

Car stupéfiant, l'alcool l'est au sens propre du mot, il produit une sorte d'inertie mentale qui stupéfie, qui annihile la connaissance de l'état où se trouve le malade. Dans ce cas, comment peut-il arriver à convenir qu'il est alcoolique?

Demandez-vous si vous buvez seul, si vous êtes réveillé; la nuit, par le goût d'une bière à tout prix, si vous avez toujours une bouteille de fort dans le coffre à gants de votre auto, si vous perdez la mémoire des endroits où vous êtes allé, des gens que vous avez vus et des paroles que vous leur avez dites à l'occasion d'une sortie où vous aviez bu un peu trop ...

Demandez-vous si, sur le plan professionnel, vous êtes en accord avec votre employeur. Avec votre femme, demandez-vous si votre entente est toujours aussi parfaite sur le plan affectif et sur le plan sexuel... (l'alcool est un grand dévastateur de la puissance sexuelle).

Si, à toutes ces questions, vous avez pu répondre en toute conscience: "Tout va magnifiquement pour moi dans mon emploi comme dans ma vie familiale" - vous n'êtes pas un alcoolique.

Et c'est ce que je vous souhaite du fond du coeur.

Mimi D'Estée (Allo Police)
Adaptation (la rédaction)

 

L'alcoolisme = maladie

A mon avis, les AA constituent le meilleur mouvement pour réhabiliter les alcooliques. Les AA sont d'autant plus remarquables qu'ils s'auto-financent. Contrairement à d'autres organismes, ils ne font pas appel aux subventions de l'État pour rendre à la population d'éminents services. Cette politique d'autonomie rend le mouvement des Alcooliques Anonymes particulièrement efficace parce qu'il fait appel à la motivation et à la reconnaissance de tous ses membres.

L'alcoolisme soulève aujourd'hui moins de préjugés. On ne le considère plus comme un vice, mais comme une véritable maladie, au même titre que toutes les autres maladies. Cette maladie se traite d'abord par la mise en pratique d'un mode de vie particulier. L'appui qu'apportent les AA à la personne qui désire devenir sobre est capital. Il faut tenir compte aussi de l'aspect nutritionnel de la question. J'ai personnellement publié un ouvrage sur cet aspect, ouvrage intitulé "l'alcool et la nutrition". J'y ai fait ressortir l'importance du mouvement des Alcooliques Anonymes, de même que le rôle que certaines carences nutritionnelles jouent dans cette maladie.

Si vous pensez être aux prises avec un problème d'alcool, si cette substance vous cause des ennuis, si vous ne pouvez vous arrêter de boire, pourquoi ne pas venir vous renseigner sur place et découvrir le programme des AA. L'alcoolisme est une maladie qui se traite comme toutes les autres. Le succès dépend de la qualité du traitement. Les Alcooliques Anonymes vous proposent la véritable solution.

J'invite donc, en mon nom personnel, tous ceux qui veulent se renseigner sur les différents aspects de l'alcoolisme, à venir se joindre aux AA. Faites ce premier pas, vous ne le regretterez jamais!

Jean-Marc B. Journal de Mtl
Alcoolisme chez les rats

 

Sur le thème "que cherche l'homme en s'alcoolisant", des savants américains ont entrepris une série d'expérimentations dont il ressort que les animaux, les rats notamment, deviennent alcooliques pour les mêmes raisons que nous.

Normalement les rats refusent de boire une soucoupe de lait additionné de 5% d'alcool. Si, pendant qu'on leur distribue une autre nourriture, on les soumet à un choc électrique, les rats deviennent rapidement névrosés et présentent des réactions d'effroi devant l'appareil distributeur. Les chercheurs firent alors ingérer de force aux rats le lait alcoolisé: en état d'ébriété, ces derniers ne craignaient ni l'appareil distributeur de nourriture, ni les chocs électriques.

Dès lors, débarrassés de leur aversion pour l'alcool, les rats burent de plus en plus volontiers le lait alcoolisé qui leur permettait de surmonter leur crainte.

Journal de Mtl

 

Notre couverture

Le paysage est simple - il inspire chaque 24 heures!

"Ne pas boire, vivre sobrement, faire du meeting, assister le nouveau venu, avoir un esprit et les yeux ouverts". Ce message de notre artiste-membre DEL., semble vouloir illustrer un besoin essentiel au cours de la période des réjouissances.

Le programme AA nous promet une bonne vie, 24 heures à la fois si nous demeurons éloignés du premier verre. C'est le meilleur bienfait que nous souhaitons pour chacun d'entre vous.

 
La rédaction  
 

Vers le hautVolume 15, No 4 / Décembre 1979 – Janvier 1980 / Pages 19-20 (PDF pour impression)

56AA ET L’AMOUR

Bonnes nouvelles pour tous les amoureux

Tu es marié(e)? Tu as un compagnon (une compagne) qui n'est pas alcoolique? Souviens-toi des premiers jours de ton arrivée dans AA. Ton ménage était au bord de la faillite. Ton partenaire ne te le disait pas, mais il (elle) se devait de prendre une décision très grave, se séparer à tout jamais de l'être aimé.

Puis, tu as connu AA. Lentement, ta vie a changé. Tu as fait AA pour toi. Tu as cessé de boire, ton caractère a changé, tu es devenu plus supportable, ça devenait encore possible de continuer à vivre à tes côtés …

Les jours ont passé, tu as étudié les étapes et tu t'es adonné à un nouveau mode de vie, tu as vécu tes étapes, tu as mis un Être Supérieur dans ta vie, tu t'es attaqué à tes défauts et tu as demandé à ton Dieu de voir à remédier à tes déficiences, à t'accorder le peu qui te manquait pour développer tes qualités. Tu es devenu une autre personne.

Parfois, ton conjoint est allé chez les AL-ANON, de son côté, il (elle) a étudié les étapes, mais vous en parliez rarement. Si toi, tu étudiais la sixième, lui ou elle n'en était rendu qu'à la troisième. Le dialogue était difficile, vous étiez sur des longueurs d'ondes différentes.

Les Services Généraux, à la demande d'un membre, ont étudié la question. Il y avait des groupes où l'on s'adonnait à l'étude des étapes, mais ces groupes étaient fermés, pour membres seulement. Pourquoi ne pas ouvrir ces groupes? Pourquoi des groupes officiellement reconnus n'étudieraient-ils pas les étapes, en permettant au conjoint non actif d'accompagner le membre et d'adopter le même mode de vie? Ne dit-on pas que nous, alcooliques, sommes des privilégiés de connaître un tel mode de vie? Eh bien, les Services Généraux ont accordé, à titre d'expérience, la permission à un groupe de se former, de faire l'étude des étapes pour l'alcoolique et son conjoint. Le seul groupe du genre, présentement (L'Avancement, à Pont-Viau) semble être un succès.

J'ai suivi les activités de ce groupe avec ma femme, depuis trois mois. C'est merveilleux, Ensemble, nous adoptons le même mode de vie, ensemble, nous prions et demandons l'aide de Dieu, ensemble nous lui confions notre vie, nous dialoguons, nous sommes sur la même longueur d'ondes. Malgré notre âge, nous n'avons pas plus de 40 ans, nous sommes comme de jeunes amoureux; tout fringants. Au lieu de discussions interminables, nous avons des échanges, nous partageons, nous nous aimons comme des jeunes amoureux. La vie est belle, grâce à AA, grâce à notre nouveau mode de vie. Il n'est jamais trop tard pour aimer. Toi qui te croyais un amoureux fini, usé, tu retrouveras une activité qui te surprendra, tu joueras les Don Juan, tu aimeras comme un jeune tourtereau.

AA a changé ma vie, mais le mode de vie que mon épouse et moi avons étudié, adopté et vécu ensemble, a fait de nous des être nouveaux. La joie, l'amour règnent dans le foyer. Les nuits et les jours ne sont plus assez longs pour nous dire combien nous nous aimons. Nos coeurs ont rajeuni de 20 ans.

Puissent de nouveaux groupes du genre se former partout au Québec, afin de sauver les couples qui sont en péril. Il fait si bon de voguer sur une mer calme, avec l'être aimé à ses côtés. AA est maintenant devenu un dispensateur d'amour pour les couples.

AA et son mode de vie sauvent un alcoolique, AA et son mode de vie peuvent maintenant transformer le couple. Que c'est beau l'AMOUR!

Elle m'aime, je l'aime, nous nous aimons. Merci AA.

P.D.

Vers le hautVolume 15, No 4 / Décembre 1979 – Janvier 1980 / Pages 28-33 (PDF pour impression)

57

UN ANCIEN GASPÉSIEN QUI ACCEPTE SON ALCOOLISME

Né d'une famille de 14 enfants, je pensais dans le temps que j'étais le mouton noir de la famille, mais aujourd'hui, je sais que j'étais traité exactement comme tous les autres membres de ma famille. Maintenant. je sais que j'avais des prédispositions pour devenir un bon alcoolique à cause du dédoublement de ma personnalité, de mon désordre psychique et mental qui n'a fait qu'augmenter au cours des années.

A l'école, je n'étais pas comme les autres enfants de mon âge. Je me sentais toujours épié et rejeté par mes camarades de classe, j'avais des complexes d'infériorité. Mes études se sont terminées très jeune, dès la 5e année.

J'ai touché à mon premier verre à l'âge de 11 ans alors que j'étais servant de messe. Ce fut cette première fois que j'ai eu mon premier "black-out". Ma tante, qui était dans l'église ce matin-là, m'a dit que j'avais monté les marches de l'autel en sautant et moi, je ne me rappelle de rien! ... Je venais de faire la plus grande découverte de ma vie et tout au long de cette vie, j'ai pris l'alcool pour une béquille, ceci jusqu'à l'âge de 41 ans, commettant mille et une bêtises qui m'ont presque conduit au carré Viger; je n'ai pas couché là mais je n'étais pas loin. J'ai mendié des cents à la porte des tavernes sur la "MAIN" pour m'acheter un verre de bière afin d'essayer de me débarrasser de mes tremblements et pouvoir fonctionner. J'ai perdu tant de jobs que je ne peux les compter. J'ai tout essayé comme travail.

Ma maladie de l'alcoolisme m'a fait boire, un dimanche matin, de l'alcool à friction; j'étais très malade et j'avais beaucoup de tremblements; je n'avais plus un sou à la maison et mon épouse n'en avait pas non plus; en un mot, j'étais rendu au bout de ma corde. Je n'ai pas besoin de vous dire que mon épouse et mes enfants ont souffert beaucoup à cause de ma maladie insoupçonnée qui me gouvernait.

Ma fille qui était âgée de 17 ans à ce moment-là était très écoeurée de la situation. Elle me dit un bon soir: "Papa, tu feras ce que tu voudras, tue-moi. si tu veux, mais tu ne m'empêcheras pas de te dire quelque chose." Cette enfant était frustrée de me voir pris avec l'alcool; elle était à bout de souffle elle aussi. Ce soir-là, je crois que Dieu s'en était mêlé car j'avais moins bu que d'habitude; mais mon caractère de révolté était toujours là ainsi que mon agressivité qui montait en flèche de jour en jour. Je peux vous dire que ce n'était pas un cadeau pour ceux et celles qui devaient m'endurer. Ma fille me dit comme ceci: "J'ai appelé un numéro de téléphone aujourd'hui et ce numéro c'est celui des Alcooliques Anonymes. Ils m'ont demandé si j'appelais pour moi et je leur ai répondu qu'il s'agissait de mon père et ils m'ont dit qu'il faudrait que ce soit toi qui appelles." Pas besoin de vous décrire la crise que j'ai faite! ... Moi! un alcoolique! ... Ça dépassait les bornes. Ma fille m'avait blessé dans mon orgueil et Dieu sait si j'en avais! Cette petite ne s'était pas mêlée de ses affaires, je vous assure que ça n'a pas été drôle ... Après une bonne crise, il s'est produit un grand calme dans toute ma personne ... mais je n'ai pas arrêté de boire tout de suite.

Ma délivrance approchait et je ne le savais pas. Pour moi, AA ça a cliqué dans ma tête et chaque fois que je prenais un verre après cela je pensais à cela et j'étais très malheureux; ça buvait mal et je n'avais pas encore connu ce qu'était AA. Trois semaines plus tard, après avoir passé par des crises de délirium trémens, j'étais rempli de remords; je pensais toujours à ce soir-là où ma fille m'avait parlé d'AA et je me suis décidé d'appeler l'intergroupe.

Je ne me rappelle pas beaucoup de ce qu'on m'a dit au téléphone car j'étais dans un gros banc de brume; ce que je me rappelle, c'est qu'ils m'ont dit qu'ils m'enverraient quelqu'un. Ce quelqu'un ce fut Germaine. Elle avait 11 ans d'AA à ce moment-là et c'était au mois d'octobre 1964. Aujourd'hui elle a 26 ans de sobriété avec AA. J'ai voulu qu'elle soit ma marraine mais elle n'a jamais voulu me disant: "Je ne marraine pas d'homme. Je te présenterai un bon parrain." Elle me dit qu'il y avait une assemblée dimanche après-midi, à 2 heures, au sous-sol du presbytère de la paroisse St-Vincent-de-Paul et je m'y suis rendu tout en me promenant. Arrivé au local où était l'assemblée, je ne voulais pas entrer; je pensais à mes amis de taverne que j'allais perdre: "s'il faut qu'ils m'arrêtent de boire eux autres! " ... De plus, j'avais peur de rencontrer ce monde-là, je vous le dis, j'étais tout à l'envers.

Un moment donné, il sort un "vieux" du local avec bouteilles de coke vides à la main, il me dit comme ça: "Cherchez-vous AA?" et moi je me suis dépêché de dire non ... mais mon épouse qui était avec moi a répondu aussi vite oui et ce bonhomme-là m'a pris par la main et m'a dit: "Viens voir ça, si ça fait pas ton affaire tu t'en retourneras; et je l'ai suivi comme un petit enfant qui fait ses premiers pas.

Ce qui m'a frappé en entrant, ce fut la poignée de main chaude que j'ai reçue; ça faisait longtemps que j'avais pas donné la main à quelqu'un. On m'a fait boire mon café car j'avais trop de tremblements pour le boire seul et le message fut rendu par Germaine, celle qui a fait la douzième. Par une petite fenêtre au-dessus de sa tête, je pouvais voir un beau soleil d'automne et je trouvais cette femme-là belle, malgré son âge respectable; je ne croyais pas du tout ce qu'elle disait - ce n'était d'ailleurs pas possible ce qu'elle racontait à son sujet. Moi, assis sur mes mains, j'avais jugé tous ceux et celles qui étaient dans la salle excepté moi-même. Aujourd'hui je sais qu'elle disait la vérité. Elle m'a présenté un parrain en me disant: "Suis-le et tu vas aller loin." Ce type-là, c'était celui qui m'avait pris par la main, celui qui était venu me chercher dans la rue, c'était Viateur D., il est décédé aujourd'hui; il m'a parrainé environ 10 ans.

Quand mon parrain m'a parlé de mon jeton de trois mois, je ne voulais pas aller en avant pour le chercher. Pendant les pre­miers trois mois, j'ai toujours refusé d'aller lire les étapes. Je ne voulais rien faire, c'était bon pour les autres mais pas pour moi... Tout au long de ma vie, ce fut la même chose, toujours les autres mais jamais moi. Ça commençait à bien aller malgré tout, je ne buvais pas mais je n'écoutais pas mon parrain et au lieu de prendre mon jeton, je me suis trouvé une excuse et je suis allé boire. Je suis retombé dans ma vie d'enfer pendant 4 mois. Pas besoin de vous dire le trouble que j'ai fait autour de moi. les remords que j'ai eus. Je peux vous assurer que j'étais content de revenir à AA, le 16 mai 1965.

J'ai essayé à nouveau de fonctionner avec l'aide du même parrain et ça allait assez bien; je suis allé prendre mon jeton de 3 mois. Lorsqu'on me l'a donné, je n'ai même pas dit un mot, et je suis allé m'asseoir. Les membres, après l'assemblée, m'ont dit que j'avais bien fait cela et ça m'a encouragé. Il me semblait que je n'avais jamais fait rien de bien dans ma vie, avant ce jour-là et j'ai commencé à aller en avant, à lire les étapes, à remercier les conférenciers et ça allait pas mal jusqu'à ce que l'Expo 67 arrive ...

Tout d'abord je dois vous dire que lorsque j'ai fait ma première assemblée, j'avais 7000 $ de dettes. Je travaillais à temps partiel pour une compagnie de sécurité quand j'ai adhéré à AA. J'étais payé 1,00 $ de l'heure. En 1967, j'ai laissé ce boulot et je suis allé travailler comme menuisier de décor pour la Compagnie universelle à l'Expo pour un très bon salaire et je crois que ça m'a monté à la tête. Je me suis mis à travailler 17 à 18 heures par jour, 7 jours par semaine et mon parrain me disait que ce n'était pas bon ce que je faisais. Je n'avais pas de sobriété dans le travail, qu'il disait et qu'arrêter de boire était seulement de l'abstinence mais la sobriété ça devait être dans tous les domaines de ma vie. Moi, je me disait que le bonhomme n'était pas bon avec son affaire. Parce que je n'avais pas soif, j'étais sûr que je l'avais l'affaire ... Il me disait aussi que la fatigue, ça pouvait m'amener à mon premier verre mais moi, je ne croyais pas cela ... Qui a eu raison entre lui et moi? Je peux vous dire aujourd'hui que c'était lui qui avait raison. J'avais délaissé les assemblées parce que je n'avais pas le temps d'en faire, c'était seulement gagner de l'argent qui était important pour moi dans ce temps-là. Je n'avais pas pensé à ma sobriété.

Le dernier jour de l'Expo, j'ai reçu un cadeau et fut transféré au Théâtre du Canada; je travaillais comme machiniste de scène pour les spectacles. Le cadeau en question, c'était un 40 onces de scotch. J'ai payé un coup à tout le monde qui était avec moi, et il m'a resté un verre vide dans la main et je l'ai rempli. J'ai cherché quelqu'un à qui le donner et je n'ai trouvé personne. Qu'est-ce que vous pensez qui est arrivé à un gars, qui était fatigué d'avoir travaillé durant 6 mois, qui n'avait presque pas fait d'assemblées AA? J'ai commencé à parler avec le verre et c'est lui qui l'a emporté sur moi. J'en ai pris trois verres bien vite, en alcoolique. Après cela, je n'ai pas été capable de finir mon travail. Quelqu'un est venu me reconduire chez moi, car j'étais "black-out" et je ne me souviens de rien. Je me suis ramassé chez mon parrain ce soir-là, il m'a fait boire du café toute la veillée. Je suis revenu à moi vers 11 heures le soir; j'avais beaucoup pleuré et, merci mon Dieu, je n'ai pas été plus loin. Ma rechute a fini là. A ce moment-là, j'avais pris mon médaillon de 2 ans en argent mais je n'avais pas accepté mon alcoolisme. Le mot alcoolique me faisait encore peur et je pensais avoir fait ma troisième étape, ce n'était pas vrai, j'en avais encore rien fait.

J'ai recommencé en neuf et j'ai fait ma première étape avec toute l'honnêteté que je possédais et j'ai accepté mon alcoolisme avec toutes ses dépendances. J'ai pris des activités dans AA et j'ai commencé à lire beaucoup de littérature.

J'ai travaillé mes étapes mais il y avait toujours un ralentissement. Après 5 ans, il m'a semblé que je comprenais plus le mouvement. J'ai arrêté de faire de l'apitoiement et du ressentiment, qui sont les ennemis no 1 de l'alcoolique, et j'ai foncé de l'avant 24 heures par 24 heures.

Pour faire ma 3e étape, j'ai tout confié à Dieu, ma vie, ma famille et tout ce que je possède parce qu'il n'y a rien qui m'appartient. C'est tout prêté ce que j'ai. Je suis passé à ma quatrième étape: j'ai mis en lumière tous les coins et recoins du "bonhomme" sans rien cacher; ça m'a délivré. Ensuite je suis passé à la 5e, j'ai avoué à Dieu et à un autre être humain, qui est mon parrain aujourd'hui et à moi-même, tous les torts que j'ai. Il faut passer par là si l'on veut être capable de fonctionner droit.

C'est un cheminement, les étapes sont numérotées de l à 12; ce n'est pas pour rien. C'est comme une échelle, si on met le pied sur le premier barreau et l'autre sur le douzième on est dans une position inconfortable. On est mieux de les monter une à une, ça va mieux. Ma 6e étape a été très importante: Il fallait que je consente pleinement à ce que Dieu élimine tous mes défauts de caractère car ces défauts-là c'est moi qui les ai créés et ça prend des efforts personnels pour s'en débarrasser. 7e étape. J"ai demandé humblement à Dieu de faire disparaître mes déficiences; moi, je crois que je suis né avec ça et quand Dieu le jugera bon, et avec mes petits efforts, il les fera disparaître. A travers les 8e et 9e j'ai beaucoup d'amandes honorables de faites à date; ce sont des gros efforts mais comme ça fait du bien; ça libère. Aujourd'hui, je pratique la 10e, la 11e et la 12e et j'en ai pour le reste de mes jours. Pour faire la 10e, je continue à entretenir le ménage qui a été fait par la 4e; à mesure que je vois que j'ai des torts, je l'admets aussi vite que possible parce que je peux encore me tromper. Je reste et resterai toujours un être humain. La 11e étape est la continuité de la 2e et de la 3e demandant à Dieu de me faire connaître sa volonté et de me donner la force de l'exécuter. Pour moi, ça veut dire de passer à travers tous les événements qui m'arrivent avec courage en gardant le sourire et cela sans rouspéter. La 12e qui est l'étape de la transmission du message en aidant les autres sans regarder mes peines.

Moi, j'appelle ça, être disponible quand quelqu'un tend la main en quête d'aide alors je lui tend la mienne. Ce qui est important pour tout réussir ça, c'est de mettre ces 12 étapes en pratique dans tous les domaines de ma vie.

Aujourd'hui, je vis avec ma charmante épouse que j'aime bien gros, après 31 ans de ménage. Merci mon Dieu de l'avoir encore; elle m'a toujours suivi. Dans AA, elle a appris à me connaître à travers tous les messages qu'elle a entendus et elle pratique ces étapes avec moi. Je puis vous dire que je suis un privilégié car il y en a d'autres qui n'ont pas eu cette chance-là. Mes enfants, qui me sont prêtés, sont mariés aujourd'hui et ils viennent nous voir souvent. Je peux dire qu'après leur avoir fait mal, comme je l'ai fait, j'ai été chanceux qu'ils me pardonnent tout. Nous formons maintenant une famille unie et on est bien heureux.

Une autre chose qui m'a beaucoup aidé, c'est le parrain; c'est très important un parrain mais ça ne peut pas être n'importe qui. Pour moi un parrain, c'est un confident à qui je peux dire n'importe quoi et que ça reste là; l'anonymat, c'est très important. Aujourd'hui, je suis en mesure de vous dire en toute honnêteté que j'apprends à vivre en homme normal. Ce n'est pas parfait mais avec mon mode de vie, Dieu, et l'aide de plusieurs membres, je réussis à faire ça 24 heures à la fois sans me casser la tête pour demain. Parce que si je vis bien ma vie d'aujourd'hui, je prépare mon demain et j'ai beaucoup oublié hier. Quand je dis vivre en homme normal, c'est que j'ai divisé ma vie en plusieurs sections. Pour un extrémiste, c'est beaucoup ça. Je consacre du temps à mon travail, à ma famille, à mes AA, à mes loisirs, à peu près en parts égales. On nous dit que le bonheur c'est un sous-produit d'une vie bien vécue et je le crois. On est heureux dans la mesure qu'on veut l'être.

En terminant. je veux vous souhaiter tout le bonheur que je ressens aujourd'hui; ça n'a pas été facile mais 24 heures à la fois, ça se fait - sans précipitation tout en laissant le temps faire les choses.

Irenée P.

Vers le hautVolume 15, No 4 / Décembre 1979 – Janvier 1980 / Pages 39-40 (PDF pour impression)

58

LE PÈRE NOËL SE PAYE UNE CRISE D’APITPOEMENT!

Il est presque minuit au Pôle Nord et l'homme au costume rouge fait les cent pas. "Je ne peux certainement pas les visiter tous. Après tout ils sont plus d'un million de membres".

Sa femme apparaît, portant un cabaret. "Calme-toi et prends une autre tasse de café. Ma foi tu n'as pas été aussi nerveux depuis le naufrage du Nautilus. "

Le Père Noël (parce que c'est lui) se laisse tomber pesamment dans son fauteuil en soupirant: "Parfois je pense que je devrais prendre ma retraite." - Voyons, voyons dit la Mère Noël, en versant du café, tu as dit la même chose l'année dernière.

-      Les sous-marins sous la glace, dit le Père Noël, les satellites au-dessus du Pôle, les écrans de radar que je dois esquiver, et toutes ces personnes qui n'ont plus besoin de moi!

La mère Noël essaie d'être réconfortante: "Mais, mon cher, tu as toujours dit que les seules personnes qui croient en toi, ce sont les enfants et les alcooliques. Il y aura toujours de petits enfants".

-      "Mais ces grands enfants étaient plus fidèles. Ils me laissaient tout entre les mains. Maintenant un million d'entre eux ont trouvé un moyen de rester sobres et pas un n'attend plus rien de moi".
-      "Oui, les beaux jours sont finis" soupire Madame Noël avec résignation. "Souviens-toi de cet homme de Matane? Il découvrait toujours deux jours avant Noël qu'il était cassé et qu'il n'avait pas fait son magasinage".
-      "Sûrement que je m'en souviens. C'était moi qui arrangeais les affaires avec la compagnie de finance pour qu'il obtienne un prêt. Je lui stabilisais la main pour qu'il puisse signer le billet. Maintenant, regarde-le il a fait ses achats de Noël en novembre"!

Et le Père Noël de se souvenir: "Prends par exemple Pierre ... je ne me souviens plus de son nom. Chaque veille de Noël, pendant plusieurs années, je devais le ramener chez lui. Une fois j'ai même remisé mon berlot et j'ai conduit son automobile cinq coins de rue à travers la neige.

"Et ce couple, à Sherbrooke, qui s'est endormi en garnissant l'arbre de Noël et que j'ai dû réveiller afin qu'il puisse remplir les bas avant que les enfants ne descendent l'escalier.

"Je ne sais plus combien d'entre eux j'ai empêché de passer la Noël en prison. Si je n'avais pas chuchoté un mot dans l'oreille de ces agents de police" ...

Le Père Noël était près des larmes: "Me voici un vieux bonhomme, on ne me laisse plus rien faire. Quelques-uns d'entre eux agissent comme s'ils étaient le Père Noël. Ils sont reconnaissants et généreux au temps de Noël et sèment plus de joie que je ne le pourrai jamais".

"Balivernes! dit la Mère Noël, avec sa sagesse coutumière. C'est ton influence qu'ils diffusent. Si ce n'était du souvenir qu'ils ont de toi, ils n'apprécieraient pas autant le bonheur qu'ils éprouvent à Noël".

Le Père Noël grogne un peu et se lève, attachant son grand collet de fourrure. "Eh bien! qui sait'? je peux, peut-être, ajoute-t-il, rencontrer un adulte qui a besoin de moi, un pauvre homme accroché quelque part à un lampadaire".

-      "J'en suis sûre, j'en suis très sûre, tu en rencontreras", de répondre la Mère Noël en donnant une bise à son mari et en le poussant dehors dans la nuit.

R.S.

Vers le hautVolume 15, No 4 / Décembre 1979 – Janvier 1980 / Page 42 (PDF pour impression)

59JE M’APPELLE MICHEL, JE SUIS UN ALCOOLIQUE

Une fois de plus me voici derrière les barreaux, par ma faute, parce que je n'ai pas su dire non au premier verre!

Internement pour alcoolique à plusieurs reprises, cures, antabuses, etc. etc ... , j'ai tout perdu, place, foyer, enfants et voilà que j'ai fait la connaissance des AA, il y a 4 ans.

Et puis un jour, j'ai pensé être assez fort, guéri de ma maladie, et je suis parti seul dans la vie, me suis remarié, mais hélas ma force était en réalité bien faible. Je rentrais à la maison très tard du travail, puis je suis arrivé à ne plus rentrer. Les disputes et les reproches de mon épouse n'ont rien amélioré à ma situation, au contraire, l'alcool me rendait violent, créant des bagarres dans les bistrots, puis les rapports!!!

Oui, j'ai connu l'alcool bien jeune, séparé de ma mère à ma naissance, de père inconnu, j'ai tenté de retrouver ma mère, mais déception totale; alors pour oublier", on noie les chagrins, on ne va plus travailler, on dépense toute sa paie au bistrot, on fait des emprunts pour continuer de boire, "toujours pour oublier" mais rien à faire, Au réveil, la cruauté est toujours plus grande, et qui suis-je? Une loque, une éponge bien pleine.

Il faut sévir, alors c'est à nouveau l'hôpital pour une cure et reprise de contact avec les AA, car j'ai compris que seul, j'étais promis ma vie durant en prison, que j'étais un malade chronique et surtout pas à l'abri d'une rechute.

Chers Amis AA, que votre amitié soit perpétuelle, afin de m'aider et de me permettre de venir en aide à d'autres Amis(es) qui recherchent aussi la sobriété.

Groupe « LE SUCHET »
Michel


Vers le hautVolume 15, No 4 / Décembre 1979 – Janvier 1980 / Page 47 (PDF pour impression)

60J’ÉTAIS SEULE, TRISTE ET DÉSEMPARÉE

Ces premières neiges du mois de décembre, me font penser à Noël. Je me souviens qu'à cette époque, l'an dernier, j'avais tout juste trois mois de mouvement.

J'étais seule, triste et désemparée. Je cherchais, je ne savais quoi et je me demandais ce que pouvaient bien faire les gens sobres à Noël. Je me sentais déplacée dans les réunions de ma famille et j'avais peur aussi; peur de ce premier verre qui me tentait trop.

J'étais effrayée de voir venir cette nuit de Noël, si longue, si froide et si noire que j'avais toujours connue où je me rappelais avoir tant pleuré de solitude et d'ennui.

C'est alors qu'on annonça dans les groupes qu'un Réveillon de Noël était organisé pour les membres AA et leurs familles. Je n'étais pas sûre d'y aller mais au moins, cette perspective m'apportait un grand réconfort. Je savais qu'il y avait un endroit quelque part, où je serais la bienvenue, où des amis seraient là, des gens comme moi, qui ne voulaient pas boire mais qui aimaient s'amuser quand même. Je ne serais pas seule.

Et enfin, j'y suis allée. L'accueil était chaleureux. Tout le monde était beau, gai et gentil. Il y eut un meeting, puis après une pause-café, la messe de minuit débuta. Nous étions environ deux cents personnes et quand on entonna le premier chant de Noël, tant d'Amour se dégageait de cette foule que j'en fus très émue. Après la Messe un buffet splendide fût servi, puis il y eut de la musique, des chants et de la danse. Tous s'amusaient beaucoup, comme du monde normal, d'une façon normale. Et le Père Noël fit son apparition pour distribuer des cadeaux aux petits et porter leur joie au maximum. C'était merveilleux.

Après un an, aujourd'hui, je suis toujours aussi seule et aussi triste, mais je ne cherche plus, Le nuage est parti, mes illusions se sont dissipées et face à une réalité qu'il m'est encore bien difficile d'accepter, je sais que j'ai des amis.

Un réveillon de Noël s'organise actuellement; une équipe de gars actifs et valeureux y travaille pour que chacun de nous, et surtout le plus seul, le plus malheureux puisse trouver en cette nuit de Noël, un peu de chaleur humaine dont il a tellement besoin.

Viendras-tu? J’y serai avec la main d' AA pour t'accueillir et te souhaiter un JOYEUX NOEL.

Louisette (Le Serviteur)

Vers le hautVolume 25, No 5 / Décembre 1989 – Janvier 1990 / Pages 9-10 (PDF pour impression)

61GÂTEAUX D’ANNIVERSAIRE

En ce qui concerne mon propre anniversaire, je ne peux rien dire de plus; je me propose à la place de vous parler « pâtisserie » et de vous communiquer la recette d’un gâteau d’anniversaire de seize ans.

Je m'appelle Annie, je suis  alcoolique, j'ai soixante-seize ans. 

Ce soir on fête, au groupe de Montmartre l'anniversaire du groupe ; j'étais présente à la création et à quelques anniversaires de sobriété d'amis anciens et récents. J'ai été très émue d'entendre les témoignages de chacun et de partager leurs joies.

Aussi, en ce qui concerne mon propre anniversaire, .le ne peux rien dire de plus; je me propose à la place de vous parler « pâtisserie » et de vous communiquer la recette d'un gâteau d'anniversaire de seize ans.

Prenez d'abord la prise de conscience et l'acceptation que ça ne va plus dans l'alcool, accepter la Force Supérieure qui vous guide vers AA ; où que vous soyez désormais, vous n'êtes plus seul en face de votre désespoir, à Paris, en province, à l'étranger.

Accueillez bien et faites le meilleur usage de ce que vous recevez : abandonnez le ressentiment, cessez de juger les autres, car cela rend mécontent et on ne peut pas les changer mais on peut changer sa manière de voir les choses et les gens; essayez même d'aider les autres comme ils sont, car il y a et il faut de l'amour pour vivre en AA.

La vie AA vous apporte, toujours à l'usage des gâteaux d'anniversaire que vous préparez, un triple héritage permanent, programme de douze étapes spirituelles, douze traditions et des services que vous utilisez et mettez en pratique sans réserve et dans la joie, toujours avec amour et tolérance.

En vous appliquant à vivre un jour à la fois, en étant présent parmi ceux qui vous ont aidés et éclairés, pour passer le message à votre tour, avec amour, toujours de l'amour, encore de l'amour.

À présent, il reste à ajouter le parrainage à ma recette. Choisissez le meilleur parrain, la meilleure marraine, celui qui vit dans la sobriété et la sérénité AA et qui vous inspire le désire de vivre de la même manière. Il ne vous donnera pas de directives pour rétablir votre vie mais il vous guidera toujours vers la partie du programme et des traditions AA dont vous pouvez vous inspirer.

Avec tout cela, je crois maintenant que nous pouvons faire bonheur à tous nos gâteaux d'anniversaire, car chacun d'eux est le meilleur.

Et merci à vous tous.

A. (Montmartre)
Partage - Octobre 1988


Vers le hautVolume 25, No 5 / Décembre 1989 – Janvier 1990 / Pages 11-12 (PDF pour impression)

62LES MÉDICAMENTS ET LES ALCOOLIQUES

Lettre d’un membre AA d’Angleterre, en réponse à une autre lettre publiée dans la revue pour membres AA SHARE. Il est question de médicaments et d’intolérance.

Cela m'a beaucoup préoccupée, quand j'ai lu la lettre écrite par May, de Brighton, dans le numéro de novembre, parlant de son embarras au sujet des médicaments.

Il est important de nous rappeler que beaucoup d'entre nous souffrent d'autres problèmes, en plus de l'alcoolisme, et ceux-la peuvent avoir besoin de traitements sous forme de médication prescrite. Il pourrait être insensé, sinon dangereux, de s'abstenir de prendre des médicaments dans de tels cas, simplement sous prétexte que les drogues ne sont pas à conseiller dans le traitement de l'alcoolisme. A ce propos, May, le lithium, pour autant que je sache, est un sel qui régularise l'équilibre chimique du cerveau, et non pas un stupéfiant. (Note de la rédaction: pour plus d'informations sur le lithium, voir le numéro de janvier 1989 de Share).

Je crois qu'il nous faut trouver le juste milieu, ici. Personne, dans AA, n'a le droit de dire à un autre membre de cesser de prendre des médicaments prescrits - ou même d'exprimer son désaccord. Je connais des membres qui se sentent coupables de prendre même des analgésiques. Je connais même une membre qui a rebu parce qu'elle ressentait une douleur aigüe et croyait qu' AA interdisait toute pilule. La douleur peut bousiller complètement la capacité d'une personne à penser rationnellement.

D'un autre côté, beaucoup de nos maladies et de nos maux sont causés ou aggravés par notre façon de boire, et nous découvrons souvent, après avoir réussi à rester éloignés de la bouteille pendant un bout de temps,  que les symptômes s'améliorent ou disparaissent. Il est alors plus facile de définir si nous souffrons effectivement d'un autre problème nécessitant des soins médicaux. Alors, avec l'aide et l'accord de notre conseiller médical, il est possible que nous puissions nous passer de médicaments.

Il ne fait aucun doute, dans mon esprit, que le programme de rétablissement AA peut rendre les médicaments inutiles, dans beaucoup de cas, et y arrive effectivement. Mais il n'est pas et ne sera jamais une panacée, pouvant guérir tous les maux. Ça fonctionne pour l'alcoolisme et nous ne pouvons qu'essayer d'aider la partie alcoolique du caractère de tout individu.

Liz, Surrey (G. B.)
Share, mars 1989.


Vers le hautVolume 25, No 5 / Décembre 1989 – Janvier 1990 / Pages 13-14 (PDF pour impression)

63

L’ANONYMAT :
LE FREIN DES MENEURS AUTORITAIRES

Ainsi que nos Traditions le rappellent, l’anonymat est plus que le refus de se mettre en valeur : c’est un rappel constant et pratique que l’ambition personnelle n’a pas sa place chez AA.

Notre livre « Douze et Douze » nous rappelle la raison des origines de notre 11ième Tradition : décourager le meneur autoritaire à la recherche d'un statut.

L'anonymat au niveau public garantit aux nouveaux arrivants que leur appartenance à AA ne sera pas dévoilée par d'autres, et qu'il ne leur sera pas demandé de la dévoiler eux-mêmes. Mais il est laissé à leur seule appréciation de le faire s'ils pensent qu'ils le doivent, quand et s'ils le décident.

Plus important, à long terme, le principe de l'anonymat personnel aide à décourager les conduites autoritaires, le profit et le prestige qui pourraient nous détourner de notre objectif primordial : rester sobres et aider d'autres alcooliques à le devenir.

L'anonymat au niveau public nous assure donc pratiquement qu'aucun membre AA, en tant qu'individu, ne sera reconnu comme un porte-parole ou un meneur.

Nos Traditions empêchent nos membres d'utiliser leur appartenance au Mouvement pour réaliser une carrière, pour promouvoir leurs produits ou leurs services, ou pour donner du poids à leurs arguments dans une controverse publique.

Ainsi que nos Traditions le rappellent, l'anonymat est plus que le refus de se mettre en valeur ; c'est un rappel constant et pratique que l'ambition personnelle n'a pas sa place en AA. C'est pour cette raison qu'aucune exception au principe ne peut être tolérée et qu'il ne faut pas essayer de changer ce qui a fait ses preuves.

L'alcoolique sobre d'aujourd'hui est le même que le pauvre alcoolique souffrant d'hier. Aussi, je crois que nous devrions sauvegarder une Tradition  qui a été essayée et a fait ses preuves. Cela pourrait bien être le seul principe qui puisse nous garantir l'avenir.

PAGW (Rundabout)
" Share " - Décembre1985

Se rappeler que l'alcoolisme est une maladie incurable, progressive et fatale.

Bien des gens dans le monde savent qu'ils ne peuvent manger certains aliments, qu'il s'agisse d'huîtres, de fraises, d'oeufs, de concombres, de sucre ou autre, sans en subir de sérieux malaises, quand ils n'en deviennent pas sérieusement malades.

Une personne atteinte d'une telle allergie alimentaire peut s'apitoyer et se plaindre à qui veut l'entendre, gémissant sans cesse qu'elle est injustement privée de mets délicieux parce qu'ils lui sont préjudiciables.

De toute évidence, même si nous nous sentons lésés, nous serions mal avisés d'ignorer notre propre constitution physiologique. Si nous ne tenons pas compte de nos limites, il peut en résulter des malaises ou maladies graves. Pour être en santé et raisonnablement heureux, nous devons apprendre à vivre avec notre propre corps.

L'une des nouvelles attitudes mentales que l'alcoolique en voie de rétablissement doit acquérir réside dans la conviction qu'il ou qu'elle doit éviter l'usage de tout produit chimique (alcool et autres drogues qui en sont les substituts) s'il veut rester en bonne santé.

Comme preuve, rappelons-nous nos propres journées de buveurs, qui représentent au total des centaines de milliers d'années consacrées par des hommes ou des femmes à l'absorbtion d'une quantité incommensurable d'alcool. Nous savons qu'au fil de ces années où nous buvions ainsi, nos problèmes reliés à l'usage de l'alcool s'aggravaient continuellement. L'alcoolisme est progressif.

Vivre sans alcool, p. 9

Vers le hautVolume 25, No 5 / Décembre 1989 – Janvier 1990 / Page 23 (PDF pour impression)

64METTRE EN PRATIQUE CES PRINCIPES …

Sixième Tradition: Un groupe AA ne devrait jamais endosser ou financer d'autres organismes, qu'ils soient apparentés ou étrangers aux AA, ni leur prêter le nom des Alcooliques anonymes, de peur que les soucis d'argent, de propriété ou de prestige ne nous distraient de notre objectif premier.

 

1.    Devrions-nous, les membres de mon groupe et moi, recueillir des fonds pour doter notre hôpital local de quelques lits réservés aux AA ?

2.    Est-il bon pour un groupe de louer un petit édifice ?

3.    Est-ce que tous les responsables et les membres de notre club local des AA connaissent les Lignes de conduite des AA sur les clubs (disponibles gratuitement au Bureau des Services généraux) ?

4.    Est-ce que le ou la secrétaire de notre groupe devrait siéger dans le comité consultatif de la mairie sur          l'alcoolisme?

5.    Certains alcooliques se tiendront dans les parages d'AA seulement si nous avons une salle pour regarder la télévision et jouer aux cartes. Si c'est ce qu'il faut pour leur transmettre le message, ne devrions-nous pas être installés en conséquence ?

© AA Grapevine, juin 1987
Traduit et reproduit avec permission


Vers le hautVolume 25, No 5 / Décembre 1989 – Janvier 1990 / Page 28 (PDF pour impression)

65SUGGESTIONS POUR DES FÊTES SOBRES ET JOYEUSES

Les réceptions des fêtes sans alcool peuvent encore sembler redoutables aux nouveaux membres. Mais plusieurs d'entre nous ont connu les plus belles fêtes de nos vies sans consommer d'alcool, chose que nous n'aurions jamais imaginée, souhaitée ou crue possible au temps ou nous buvions. Voici quelques recettes qui vous permettront d'être joyeux sans qu'il vous soit nécessaire de consommer de l'alcool.

1.    Projetez plus d'activités AA pendant la saison des fêtes. Amenez des nouveaux aux réunions, offrez-vous à répondre au téléphone de la 12e Étape, donnez le message. Visitez des alcooliques en milieu hospitalier.

2.    Recevez des amis AA, particulièrement les nouveaux. Si vous n'avez pas l'espace voulu pour accueillir un groupe, n'invitez qu'une personne à dîner et recevez les autres au moment de prendre le café.

3.    Gardez à portée de la main votre liste téléphonique de membres AA. Si l'angoisse ou l'obsession de boire vous assaille, cessez toute activité jusqu'à ce que vous ayez téléphoné à un membre.

4.    Allez à l'église. À une église de votre choix.

5.    Ne restez pas inactif à broyer du noir. Faites de la lecture, visitez des musées, prenez des marches ou écrivez à vos amis.

6.    Ne vous croyez pas obligé de prolonger votre soirée. Prenez à l'avance un engagement important que vous devrez respecter.

7.    Informez-vous sur les réceptions, réunions ou autres rassemblements projetés pour le temps des fêtes par les groupes de votre région et allez-y. Si vous êtes timide, amenez un plus nouveau que vous.

8.    N'assistez à aucune réception des fêtes qui vous perturbe. Vous souvenez-vous de votre habileté à trouver des excuses lorsque vous buviez? Il est maintenant temps de mettre ce talent à profit. Aucune réception de bureau ne vaut votre bien-être.

9.    Si vous devez aller dans une réception où l'on sert de l'alcool et qu'il vous soit impossible d'être accompagné d'un membre AA, ayez des bonbons à votre portée.

10.   Ne commencez pas maintenant à vous préoccuper de ces tentations des fêtes. Souvenez-vous: « Une journée à la fois. »

11.   Profitez de la véritable beauté des fêtes qui se traduit par l'amour et la joie. Peut-être vous est-il difficile d'offrir des cadeaux tangibles, mais cette année, vous pouvez offrir de l'amour.

12.   « Après avoir connu ... » Point n'est besoin ici de répéter la Douzième Étape puisque vous la savez déjà.

Box 459, édition des fêtes 1988

Vers le hautVolume 25, No 5 / Décembre 1989 – Janvier 1990 / Pages 45-46 (PDF pour impression)

66JE N’ÉTAIS PLUS SEULE

Il y avait trois ans que je rôdais autour et à l'intérieur du Mouvement, tantôt abstinente, tantôt « trichant» (avec moi-même évidemment) un peu ou beaucoup. J'aimais les AA. Je donnais la main à tout le monde, me tenant toujours à la porte de toutes les réunions des AA, auxquelles j'assistais, et il y en avait beaucoup. J'étais une sorte d'hôtesse professionnelle chez les AA. Malheureusement, j'avais encore beaucoup de problèmes avec moi-même.

Un membre de mon groupe me disait souvent: «Si seulement tu faisais la Troisième Étape ... » Il aurait aussi bien pu me parler chinois! Je ne pouvais pas comprendre. Même si j'avais déjà été une étudiante modèle au cours de religion du dimanche, j'en étais venue à m'éloigner de toute spiritualité.

À une certaine époque, j'ai réussi à demeurer abstinente d'alcool pendant six mois. Puis j'ai perdu mon emploi et à cinquante-quatre ans, j'étais certaine que je n'en trouverais jamais un autre. Très effrayée et très déprimée, je ne pouvais pas envisager l’avenir et mon orgueil stupide ne me permettait pas de demander de l'aide à qui que ce soit. Alors, je suis allée dans un magasin de spiritueux pour me procurer ma béquille.

Durant les trois mois et demi qui ont suivi, je suis morte cent fois. Pourtant quand je le pouvais, je continuais à assister aux réunions des AA mais je ne parlais à personne de mes difficultés. Les autres membres avaient appris à me laisser seule parce qu'ils savaient qu'ils ne pouvaient pas m'aider. Je comprends maintenant leur réaction.

Un matin, je me suis réveillée et j'ai pris la décision de rester au lit toute la journée. De cette façon, je ne pourrais pas boire d'alcool. J'ai maintenu ma décision et lorsque je me suis levée à 18 heures, je me sentais en sécurité puisque les magasins où l'on vendait de l'alcool étaient fermés à cette heure-là. Durant la nuit, je fus désespérément malade. J'aurais dû aller à l'hôpital. Vers 19 heures, j'ai commencé à téléphoner à tous ceux à qui je pou vais penser, dans le mouvement ou à l'extérieur, mais personne ne pouvait ou ne voulait venir à mon aide. Dans un dernier effort, j'ai téléphoné à un aveugle pour qui j'avais travaillé et cuisiné pendant plusieurs années et je lui ai demandé si je pouvais prendre un taxi pour me rendre à son appartement. Je lui ai dit que j'allais mourir et que j'avais peur.

Il me répondit: «Meurs et va au diable! Je ne veux pas te voir ici. » (Plus tard, il m'a confié qu'il aurait voulu se couper la langue et qu'il avait pensé me rappeler. Dieu merci, il ne l'a pas fait !)

Je me suis couchée, convaincue que je ne me relèverais plus. Mon esprit n'avait jamais été aussi lucide. Je ne pouvais réellement pas trouver un moyen de m'en sortir. À trois heures du matin, je n'avais pas encore fermé l'oeil. J'étais soutenue par des oreillers et mon coeur battait à m'en fendre la poitrine. Puis, mes membres commencèrent à devenir engourdis, d'abord aux cuisses, puis aux bras.

J'ai pensé: « C'est fini. » Alors je me suis tournée vers l'unique source que seuls mon orgueil et ma stupidité m'avaient empêchée d'appeler. J'ai supplié: « Mon Dieu, s'il te plaît, ne me laisse pas mourir de cette façon». J'avais mis dans ces quelques mots toute mon âme et tout mon coeur tourmenté. Presque instantanément, l'engourdissement commença à disparaître. J'ai senti une Présence dans la chambre. Je n'étais plus seule.

Dieu soit loué, je n'ai plus jamais ressenti la solitude depuis. Je n'ai jamais pris un autre verre d'alcool et mieux encore, je n'en ai jamais eu le désir. Le retour à la santé fut long et les gens ont mis beaucoup de temps à me redonner leur confiance. Mais cela n'était pas important. Je savais que j'étais abstinente d'alcool et, d'une certaine façon, je savais qu'aussi longtemps que je vivrais selon la volonté de Dieu, je ne ressentirais jamais plus la peur.

On m'a récemment dit que j'avais une tumeur maligne. Au lieu de paniquer ou de me sentir déprimée, j'ai remercié Dieu pour les seize dernières années de temps emprunté qu’il m'a accordées. On m'a enlevé cette tumeur; je me sens bien et je profite de chaque minute de chaque jour.

Je crois qu'il y aura encore beaucoup d'autres journées. Aussi longtemps que Dieu aura du travail pour moi, je demeurerai ici.

Nous en sommes venus à croire, p. 19


Vers le hautVolume 35, No 5 / Décembre 1999 – Janvier 2000 / Page 9 (PDF pour impression)

67PERSÉVÉRANCE

J’ai connu les AA il y a onze ans, sans pratiquer le mode de vie. Je suis aller chercher un jeton de la nouvelle; la graine était semée.

Je n’avais rien compris et pourtant, c’est si simple. J’étais dans les AA, sans réunion, sans marraine, sans littérature et sans implication dans les services. J’ai eu un réveil progressif étalé sur environ dix années. Mon réveil spirituel est passé par l’intermédiaire de mes enfants. D’abord, ma fille qui, à l’âge de quatorze ans, fut témoin de mes états d’ébriété avancée. Elle m’a demandé de ne plus me mettre dans ces états parce que cela la dérangeait. Le choc a été brutal : c’était la première fois que je prenais conscience que mon état pouvait affecter une autre personne que moi-même. Cela m’a comme mise au monde une seconde fois : tout un choc!

Quelques temps après, j’ai arrêté de fréquenter les bars. Je me tenais avec des gens abstinents. Pendant ces années, je suis aussi de venue enceinte de mon garçon : cela a modéré l’évolution de ma maladie, car je vivais dans des conditions idéales pour moi. Mais toutes ces conditions ont changé peu à peu : déménagement de mes bons amis et amies, dégringolade de mon couple, problèmes financiers. Je suis donc revenue à la « dive bouteille », pour consoler les «bobos». J’ai commencé à prendre goût à l’alcool : c’était un remède à mes blessures, autant passées que présentes. J’ai ramassé tous les échecs de ma vie et je me suis apitoyée sur le sort que la vie m’avait réservé. Je sombrais, lentement mais sûrement, dans un état dépressif que j’avais très bien connu auparavant.

Ça fera bientôt un an que je fais partie d’un groupe des AA. Je m’implique du mieux que je peux, j’essaie d’entrer en contact avec mon Être suprême et j’essaie de comprendre la littérature. Je n’ai pas encore de marraine, mais je mets ça dans les mains de Dieu et j’assiste aux réunions au besoin. Je suis heureuse de cheminer. J’ai fais une thérapie qui m’a fait beaucoup avancer dans la compréhension des Étape, du mode de vie, et dans la façon de traiter la maladie. Je n’ai plus qu’à persévérer, encore et encore.

Les AA m’ont donné un sursis. J’étais condamnée à plus ou moins brève échéance. Dieu merci, je suis allée demander de l’aide. C’est sûrement mon Dieu d’amour qui m’y a conduite. Avant, je ne le voyais pas. J’étais aveuglée par les valeurs de la société, celle société même qui me donnait le dégoût de la vie en général.

Aujourd’hui, j’ai la conviction que le vrai bonheur est dans une autre dimension, quelque part, et que c’est dans cette vie qu’il faut aller. La foi, l’honnêteté, l’amour et l’humilité jalonnent cette voie spirituelle. Je vous souhaite à tous et à toutes, mes frères et soeurs AA, de rester dans cette voie spirituelle, qui est celle de la vérité absolue et de la vie éternelle.

Sylvie, Jonquière


Vers le hautVolume 35, No 5 / Décembre 1999 – Janvier 2000 / Page 16 (PDF pour impression)

68APRÈS NOËL,J’ARRÊTE …

Vingt-quatre heures à la fois, je l'ai juré et j'étais sincère. Pendant vingt-quatre ans, j'ai voulu arrêter de boire. Mais on n'arrête pas avant les Fêtes: ce ne serait pas correct, ce serait moche et les gens se poseraient des questions!
 
J'ai fait une naïve tentative de guérison permanente: dès le 2 janvier, j'ai assisté, loin de chez moi, à des réunions hebdomadaires, de grosses assemblées de 200 personnes, assis derrière une colonne qui me protégeait de la contagion des autres membres. J'arrivais cinq minutes en retard et je repartais cinq minutes avant la fin.

La « cure» a duré un an et, après une pause dans ma consommation, je suis revenu à « la vraie vie»: la descente progressive dans l'enfer de la rechute, de la honte, de l'échec.

Il y a quelques années, mon premier Noël abstinent approchait. J'avais cinq mois de 24 heures dans le corps, de tâches de café, d'accueil, de lecture d'Étapes et de Traditions. J'étais heureux de ne plus avoir soif. J'avais des amis dans les groupes que je fréquentais avec assiduité. Mais il me manquait la paix, la sérénité dont parle la prière, et les Étapes à saveur spirituelle. J'ai trouvé cette paix durant les Fêtes de 1994!

J'ai compris l'importance de vivre en toute conscience chaque jour comme s'il était mon premier ou mon dernier, comme s'il n'y en avait pas eu ni avant, qu'il n'y en aurait pas après. Mon attitude et mes comportements se sont mis à changer: ne pas boire est une chose, être bien dans sa peau en est une autre. C'est ce que j'ai cultivé en me collant à mes groupes. Je sais aujourd'hui que c'est la Puissance supérieure en laquelle je crois qui m’a fait comprendre et qui a opéré ces changements que je veux conserver de 24 heures en 24 heures, le plus longtemps possible. La seule manière qui me convient, c'est de continuer à vivre le plus possible dans le respect des Étapes, en harmonie avec les Traditions et en m'impliquant dans les services. Les AA m'ont donné tous ces outils pour être heureux. Il n'en tient qu'à moi de m'en servir. Noël approche. Je n'ai ni peur ni angoisse. J'ai trouvé la paix et la sérénité en acceptant ce que je suis, mon passé et mon présent. Après plus de 40 ans à essayer de devenir, je me satisfais de ce que je suis. Je me prépare à fêter Noël, sobrement, en pensant à tous ceux qui n'ont plus soif, et à ceux qui vont jurer qu'ils arrêteront de boire après Noël. Joyeuses Fêtes avec les AA!

Jean-Bernard B., Longueuil


Vers le hautVolume 35, No 5 / Décembre 1999 – Janvier 2000 / Pages 19-22 (PDF pour impression)

69

PERSISTE AVEC NOUS :
TU NE SERA PLUS JAMAIS SEUL!

Mon histoire d'alcool a commencé quand j'avais 16 ans. Un an plus tard, j'aurais été mûr pour les AA. Malheureusement pour moi, ce n'est qu'après 32 ans que j'ai vu une lumière d'espoir dans la noirceur où j'avais plongé. Je ne me serais jamais douté de l'endroit où mon premier verre me conduirait. Je dois dire que durant les dix dernières années de mon alcoolisme, je suis descendu aux enfers à plusieurs reprises.

J'étais habité par le désespoir, la peur, l'angoisse et le sentiment que personne au monde ne pouvait aimer ce que j'étais devenu, pas même mon épouse ni mes quatre enfants qui, je le voyais bien quand j'étais en vacances chez moi, avaient hâte que je reparte. Je dois vous dire que pendant les dix-sept dernières années où je buvais, j'ai travaillé dans le Grand Nord canadien. Je venais en vacances tous les six mois. Lors des cinq dernières années, dès que j'arrivais chez moi, mes enfants me demandaient quand je repartirais ...

La ligne de radar DEW était devenue un véritable paradis pour un alcoolique comme moi, jusqu'à ce qu'elle devienne un enfer. Nous avions, les autres chefs du syndicat et moi, négocié l'ouverture du bar de chaque station de radar 24 heures sur 24. Un jour, même le médecin de la compagnie, qui avait observé mon comportement, avait averti les patrons que j'étais un alcoolique chronique et qu'ils devaient se débarrasser de moi. Mais, comme j'étais président du syndicat, la compagnie avait en quelque sorte les mains liées.

Je savais que deux de mes frères et une de mes sœurs faisaient partie d'une « association» et qu'ils ne buvaient plus. Lorsque je venais en vacances, toujours avec plusieurs verres sous la cravate, je disais à mes frères qu'ils n'avaient pas de volonté et que moi, je pouvais, de moi-même et SEUL, cesser de boire quand je voulais. Et c'était vrai: lorsque je tombais par terre, ivre mort, je cessais de boire ...

Finalement, je suis arrivé chez moi en vacances un 8 décembre, soûl depuis le premier du mois; et je ne pouvais plus m'arrêter. Le 23 décembre, c'était notre 25e anniversaire de mariage. Les enfants et mon épouse avaient pensé qu'on pouvait aller souper dans un restaurant. l'ai conduit l'auto ... Il doit y avoir un Dieu pour les alcooliques, car je suis arrivé au restaurant sans encombre, mais les oreilles pleines des cris de peur de mon épouse et de mes enfants. Mon épouse m'a dit: « Si tu ne donnes pas les clés de l'auto à ton fils Robert, on prend un taxi et on retourne immédiatement à la maison. » Je ne voulais pas argumenter sur le trottoir parce que j'avais hâte d'entrer au restaurant pour boire.

À notre retour, j'ai vu la tristesse dans les yeux de ma famille: c'était bien loin de ce que j'aurais voulu lorsque je venais en vacances. Le lendemain, j'ai secrètement appelé ma petite sœur et je lui ai demandé si elle allait encore à ses assemblées où ils montraient comment ne pas boire. Elle m'a dit: « Oui. Pourquoi? » Je lui ai dit que j'étais seulement curieux de savoir ce qui s'y passait. Elle m'a répondu: « Ça fait longtemps qu'on t'attendait, mais l'assemblée où je voulais t'amener a eu lieu hier. Essaie de ne pas boire, 24 heures à la fois, et je vais aller te chercher le 30 décembre. » Je n'ai pas bien compris pourquoi elle avait dit cela.

Comme nous n'étions que le 24 décembre, je me suis dit que j'allais commencer un 24 heures après Noël, le soir du 26 décembre, à minuit moins cinq. j'avais un 40 onces de Dry Gin devant moi et, pour un 26e jour de suite, je ne pouvais plus me contrôler. Alors, j'ai dit à mon épouse: « Je dois finir ce verre avant minuit. » Elle m'a dit : « Quelle différence est-ce que ça peut faire? » Je lui ai répondu: «Parce qu'à minuit, je vais être un AA. » Elle ne l'a pas trouvée drôle, mais il n'en reste pas moins que ç'a été mon dernier verre. Dans ma tête, je croyais qu'un 24 heures des AA devait commencer à minuit et finir à minuit.

Le 30 décembre, j'ai assisté à ma première assemblée des AA. Je n'ai pas compris grand-chose, sauf que j'étais très surpris de me voir entouré d'autant de visages souriants et de recevoir autant de poignées de main sincères. Je ne comprenais pas que l'on m'accepte aussi facilement. Je n'avais pas besoin de leur dire que j'étais nouveau: je tremblais de tous mes membres ...

La veille au soir, j'avais vu des rats entrer sous ma porte de chambre, sortir de la garde-robe et monter jusqu'au plafond. Il y en avait un sur mon ventre qui me regardait droit dans les yeux et j'étais paralysé par la peur. Ne pouvant rien faire, j'ai cru ma dernière heure arrivée.

Pendant ma première semaine, je n'ai pas bu: je voulais connaître le « secret» qui faisait que tous ces hommes et ces femmes pouvaient ne pas boire, surtout durant la période des Fêtes. Je suis allé à ma deuxième réunion, cette fois avec l'esprit un peu plus ouvert: je ne voulais rien manquer, espérant qu'ils me révéleraient leur secret. .. Pendant que j'écoutais le conférencier, les larmes se sont mises à couler sur mes joues: pour la première fois de ma vie, je venais de comprendre que j'étais un alcoolique.

Comme je devais retourner dans l'Arctique deux jours plus tard, j'ai laissé ma fierté de côté et j'ai demandé de l'aide. On m'a donné de la littérature et quatre cassettes sur lesquelles on avait enregistré huit conférenciers. l'ai acheté le livre Vingt-quatre heures par jour. On m'a aussi remis 12 cassettes enregistrées par un membre, expliquant les Douze Étapes.

Et je suis parti pour l'Arctique. Arrivé dans le Nord, j'ai averti tous mes amis de buvette que je ne buvais plus, que j'étais un membre des Alcooliques anonymes. L'anonymat, je ne connaissais pas ... Les gageures ont été jusqu'à cinquante contre un que je ne finirais pas la semaine. Tous les soirs, je m'enfermais dans ma chambre, les écouteurs sur les oreilles, et j'écoutais les conférenciers et les Étapes.

Ça a duré trois mois. Je voyageais d'une station à l'autre, comme spécialiste des problèmes électriques de réfrigération et de chauffage. Après deux jours dans une de ces stations, le chef cuisinier, avec qui j'avais bu très souvent, m'a dit: «Je vois bien que tu ne bois pas. De plus, j'ai appris que tu étais membre des AA. » Quand je lui ai répondu que c'était exact, il m'a serré la main en me disant qu'il était, lui aussi, alcoolique et membre des AA. Je lui ai demandé comment il faisait pour s'en sortir et il m'a dit qu' AA avait pensé à tout: « Tu peux écrire aux Services généraux à New York, m'a-t-il expliqué. Il y a un groupe qui tient des réunions par la poste, c'est « Loners lnternationalist. »

C'est ce que j'ai fait et, dix jours plus tard, j'ai reçu une lettre de Yolande, qui s'occupait du bureau des personnes isolées. Elle m'a dit, entre autre: « Si tu persistes avec nous, tu ne seras plus jamais seul! »

Moi qui me pleurais sur l'épaule et qui me sentais complètement seul! Alors, mon nom a paru dans le Bulletin mensuel des personnes isolées, et un magnifique voyage a commencé pour moi. J'ai reçu des lettres de partout dans le monde et j'ai entrepris une correspondance avec des personnes de différents pays. Je me suis choisi un parrain, par cassette, en Australie. Deux ans plus tard, il faisait 13 000 milles avec son épouse pour venir me voir chez moi pendant mes vacances.

C'est ça qu'on peut appeler le véritable amour, distribué gratuitement à travers le monde!

J'ai passé seize Noëls dans l'Arctique, dont trois, sobre. Je ne peux oublier mon premier: l'angoisse me rongeait et j'avais tellement peur de tomber! Les membres multipliaient les lettres et les cassettes. Enfin, ce fameux Noël est arrivé. Ça faisait trois jours qu'on fêtait, à la station. Il y en avait qui pleuraient à chaudes larmes dans leur verre. C'était la tristesse incarnée ... Je me suis enfermé dans ma chambre, mes écouteurs sur les oreilles, et j'ai écouté les cassettes des membres de partout. J'ai lu mon Gros Livre et mon Vingt-quatre heures ...

Je me suis réveillé le 26 décembre au matin et je me suis rendu compte qu'il Y avait un an que je n'avais pas bu. J'ai aussi compris que Noël ne durait que 24 heures dans une année. La joie que j'ai ressentie de l'avoir passé sobre est incroyable! Yolande avait raison de me dire que je ne serais plus jamais seul. J'ai enfin pris conscience que je n'étais jamais seul, puisque mon Être suprême est toujours avec moi et ne demande pas mieux que de m'aider, SI JE LE LUI DEMANDE.

Aujourd'hui, bien que mon épouse et moi ayons de graves problèmes de santé, nous vivons dans la paix et la sobriété. Et soyez assurés que les Noëls ne me font plus peur, car je sais que je peux passer 24 heures sans boire. Le 26 décembre 1999, j'aurai passé un 24e  Noël abstinent, si Dieu le veut!

Albert L., Anjou


Vers le hautVolume 35, No 5 / Décembre 1999 – Janvier 2000 / Page 28 (PDF pour impression)

70SOBRE, HEUREUSE ET CONFIANTE

Je m'appelle Stéphanie et je suis alcoolique. J'ai retrouvé le sens de la famille et le goût de vivre grâce à Dieu et à l'aide de notre Mouvement. Je suis arrivée au mouvement des AA à l'âge de 14 ans. Après un an d'abstinence, la seule chose que j'avais changée était de ne plus consommer. Je n'avais plus d'intérêt pour rien et Dieu était bon dernier.

Après six mois de batailles, j'ai capitulé. La souffrance était devenue mon repas quotidien ... et j'ai décidé de me donner une seconde chance. Aujourd'hui, j'ai 18 ans et en janvier dernier, j'ai fêté mes deux ans d'abstinence. Pour être plus honnête avec moi, j'ai aussi décidé de régler mon problème d'anorexie que je traînais depuis trop longtemps.

C'est donc dire que la grâce de Dieu a fait son œuvre. Je connais maintenant plusieurs dividendes de ma sobriété: j'étudie au cégep, j'ai un emploi stable, j'ai réussi à me payer une auto, je me suis engagée avec mon amoureux et j'emménage avec lui d'ici peu. Mais le plus beau cadeau que Dieu m'a offert est d'avoir réuni ma famille avec moi dans les AA : le Mouvement, pour nous, est une affaire de famille.

Merci infiniment au mouvement des AA.

Stéphanie, Saint-Jérôme

Vers le hautVolume 35, No 5 / Décembre 1999 – Janvier 2000 / Page 31 (PDF pour impression)

71RESTÉ GRÂCE AUX SERVICES

J'ai vingt-six ans. Aujourd'hui, j'ai passé une autre journée sans boire et c'est pour cette raison qu'il me fait plaisir d'écrire à La Vigne AA : si j'ai passé une belle journée; c'est grâce au mode de vie des AA et au bien-être qu'il m'a procuré.

Je suis arrivé aux Alcooliques anonymes à l'âge de 22 ans. J'étais alors complètement battu par l'alcool. J'avais perdu la maîtrise de ma vie: j'étais sans emploi, ma compagne m'avait quitté ce jour-là et je n'avais plus ni permis de conduire, ni automobile. Plus rien ne fonctionnait. Tout ce qui avait de l'importance pour moi s'était envolé à cause de mes comportements et de l'alcool. Mais, par-dessus tout, j'avais perdu le goût de vivre: les idées suicidaires avaient envahi mon esprit.

J'ai assisté à ma première réunion des AA avec l'espoir de retrouver goût à la vie et de résoudre mon problème d'alcool. Avec le temps, j'ai trouvé une façon de ne pas boire, mais aussi une façon de vivre une vie plus agréable et plus harmonieuse. On m'a donné quelques trucs, au départ, comme ceux de ne pas toucher à mon premier verre et de prendre à une journée à la fois, de parler à quelqu'un de mon état d'âme, et de trouver un Dieu tel que je Le concevais.

Ensuite je me suis impliqué dans l'action. J'ai pris des tâches comme le café. Je me suis ensuite inscrit à un groupe où mon lien d'appartenance a grandi avec le temps. À six mois, je suis devenu représentant de La Vigne AA dans mon groupe et je me suis occupé de la littérature. Tout cela m'a aidé à reprendre confiance en moi et à vaincre ma timidité. J'ai aussi eu la chance de créer des liens avec plusieurs membres. J'ai fait la connaissance de mon parrain, qui m'a aidé à me rendre à un an sans boire. Après un an, quand je suis déménagé, j'ai continué le programme des AA : je me suis engagé dans un nouveau groupe et je me suis fait de nouveaux amis. J'ai été adjoint au R.S.G. durant deux ans et mon mandat de R.S.G. a commencé il y a quelques mois.

Je peux vous dire que ma vie s'est grandement améliorée. J'ai une compagne depuis deux ans, et j'ai fait l'acquisition de ma première maison il y a un an. J'ai aussi une auto et un permis de conduire en règle. Alors je dis merci aux membres des AA, pour ça et pour tout ce qu'ils m'ont montré!

Je dis en terminant que la plus petite action dans les AA peut rapporter des dividendes énormes. N'ayez pas peur de vous impliquer et vous serez récompensé tôt ou tard!

Pierre, Princeville

Vers le hautVolume 35, No 5 / Décembre 1999 – Janvier 2000 / Pages 40-41 (PDF pour impression)

72À COUP D’AMOUR

Ce soir, j'ai reçu mon jeton de trois mois. Je suis un « bébé» dans les AA qui, à coup d'amour et d'espoir, avance dans la vie. J'ai commencé à boire il y a 14 ans. Au début, c'était occasionnel, les fins de semaines, mais depuis un bon huit ans, je courais les occasions afin de prendre ma petite bière et, quand il n'y en avait pas, j'en inventais. À plusieurs reprises, j'ai essayé d'arrêter de consommer par mes propres moyens, mais la plus longue période d'abstinence a été de deux mois. Pendant ces courtes périodes, je n'étais qu'abstinente et, d'une fois à l'autre, je tombais toujours plus bas. J'avais assisté à des réunions des AA, mais je me disais que ce n'était pas pour moi; seulement j'accompagnais des amis.

Je suis devenue une buveuse solitaire autant que sociale, c'est-à-dire que je prenais toujours mon premier verre de la journée quand j'étais seule. Mes amis étaient de bons consommateurs de bière et je fréquentais le plus possible ceux qui buvaient; les autres, je les trouvais ennuyants. J'avais toujours hâte de re­venir du bureau pour ouvrir la porte du réfrigérateur et me mettre ce maudit poison au gosier; j'en étais rendue au point où pour me remettre en forme, je devais prendre un autre verre. Les idées noires sont devenues partie intégrante de ma vie, moi qui, plus jeune, étais amoureuse de la vie; je pensais même au suicide. Merci Jésus, je n'ai pas mis mes idées noires à exécution. La lumière a fait surface le 17 juillet dernier, alors que j'avais pris un coup la veille, une habitude quotidienne. Je me suis levée pour aller travailler et ma journée a été de courte durée ... j'étais trop mal en point. J'ai récolté une autre journée d'absence, et ce qui n'était pas la première, malheureusement. Mais Jésus a placé sur ma route un patron très indulgent; donc, vers midi, alors que j'essayais de me remettre avec une petite bière, j'ai eu un éclair et je me suis dit que je ne serais jamais capable d'être heureuse avec la petite brune dans ma vie: c'était elle ou moi. Je me suis dit qu'elle aurait le dessus sur moi un jour ou l'autre, que jamais elle ne me lâcherait tant que je ne ferais quelque chose pour m'en débarrasser totalement. Je débutais ma première Étape et j'ai communiqué avec le centre d'aide téléphonique des AA.

Mais comme je souffrais beaucoup, j'ai aussi appelé mon beau-frère qui est membre des Alcooliques anonymes depuis quelques années pour lui demander de m'accompagner à ma première réunion. Je posais ce geste pour moi, he oui, pour moi. Il faut vous dire que mon beau-frère est devenu un grand copain.

Depuis, le Mouvement est une grande partie de ma vie; jamais je ne m'en sortirais sans les réunions. J'y vais à tous les jours, et parfois deux fois par jour. J'ai refait connaissance avec mon Jésus d'amour, je réapprends à découvrir la vie avec mes yeux d'enfant, à m'épanouir à la moindre tendresse que la vie m'apporte. J'ai de nouveaux amis avec lesquels je suis heureuse et cela, sans être obligée de me masquer avec l'alcool. À coups de 24 heures, le soleil s'installe dans ma vie.

Pour toi, le nouveau, ça peut paraître long parfois, mais sois assuré qu'avec les AA, ça marche. Assiste aux réunions, ne lâche pas, donne-toi une chance de t'accrocher aux AA. Prends le temps d'être heureux et n'oublie pas que tu en vaux la peine; la vie est si belle; on n'a pas à la noyer. N'oublie pas que tu es unique et que nous ne sommes plus jamais seul quand on a mis Dieu dans sa vie.

Sylvie, Windso

 

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