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  La Vigne AA, revue internationale bimestrielle des Alcooliques anonymes  
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Témoignages...

Quatre décennies de témoignages!

À lire dans la section partages du site Internet de La Vigne, des témoignages et articles choisis dans des éditions parues au cours des 40 dernières années. Notre guide pour cette sélection : le mois de parution doit être le même que La Vigne en cours; l’année d’édition doit être de dix ans, vingt ans, trente ans et quarante ans en arrière; cinq ou six textes doivent être choisis dans chaque numéro sous les thèmes Étapes, Traditions, Concepts, Service, Groupe d'attache, le nouveau, la maladie; aucune manipulation du texte sinon à sa mise en page en format Word qui permet l’impression pour accomoder les groupes de discussion qui souhaiteraient s’en servir.

Nous avons besoin de plus que la sobriété
Son médecin lui a sauvé la vie
Dans tous les domaines de ma vie
Le mot « réclame » est-il vraiment à proscrire?
Citations
Alco-Actualité
Dépression
De la philisophie AA
AA en prison
Alateen
Perdre le désir de boire
Pratiquer la « thérapie du téléphone »
La langue m'a fourché
En état d'honneur
Suis-je arrivée à l'humilité
Mettre en pratique ces principes …
Bribes
Alco-Actualité
Avec de l'espoir
Les services dans les Alcooliques anonymes
Mes quatre pattes
Sec comme une rôtie
La grande expérience des services chez les AA
Le parrainage de service

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Vers le hautVolume 5, No 3 / Août 1969 – Septembre 1969 / Pages 1-5 (PDF pour impression)

NOUS AVONS BESOIN DE PLUS QUE LA SOBRIÉTÉ

zUn grave ressentiment rendit sa vie sobre incontrôlable.

Ma propre conviction, qui peut aller à l'encontre de la pensée de plusieurs membres A.A., est que, bien que la base sur laquelle nous devons construire est la sobriété, je ne crois pas que seule la sobriété soit le but d'A.A., du moins pas dans mon cas.

Il me faut une raison de rester sobre, ou je pourrais aussi bien dire, soûl. Et c'est la raison pour laquelle j'estime qu'au moins neuf des Douze Étapes ont été formulées.

Ces neuf dernières Étapes concernent la qualité de la sobriété plus que toute autre chose. J'ai peut-être complètement tort, et c'est plus que probablement le cas si j'applique ce prochain énoncé universellement, mais le fait de m'abstenir de boire ne constitue plus mon problème majeur. J'ai vaguement l'impression de pouvoir faire cela indéfiniment pourvu que je le prenne une journée à la fois et que je n'aie jamais plus la prétention de pouvoir prendre ce fameux premier verre.

Mais j'ai découvert que ma vie peut devenir tout aussi incontrôlable sobre que soûl. Et c'est ici que la Sixième Étape m'apporte sa grande contribution.

Les défauts de caractère dont nous consentons l'élimination sont beaucoup plus difficiles à envisager que la boisson qu'ils peuvent avoir causée. Et il est possible que ces défauts de caractère puissent prendre des formes de conduite désordonnée tout aussi implacables que la conduite. En vérité, il est presque facile pour un membre de devenir satisfait de lui-même à l'occasion de son troisième "gâteau" et de croire qu'il est arrivé au but de la sobriété, simplement parce qu'il ne boit plus.

Pendant trois ans, je me suis assis dans mon bureau, nourrissant une haine et un ressentiment qui, par des manifestations autres que la boisson, m'ont rendu tout aussi inutile que ne l'ait jamais fait l'alcool. J'ai dépensé, jusqu'à récemment, autant de temps à inventer des catastrophes imaginaires pour les deux victimes de ma haine que j'en ai jamais dépensé à boire. Oui, j'ai continué à travailler. Mais, ce que j'aurais pu accomplir si j'avais été libéré du ressentiment est quelque chose de difficile à imaginer, Il m'a fallu deux ans pour passer de la Cinquième Étape à la Sixième Étape. On penserait qu'au cours de cette période, je n'aurais jamais pu demeurer sobre parce que la haine, lorsqu'on lui donne libre cours, augmente en intensité, jusqu'au point d'obsession. Mais, par la Grâce de Dieu, je suis demeuré sec. Et, c'est précisément parce que cette "sécheresse" me fut possible que je dis que le but ultime d'A.A. concerne plus la qualité que la durée de la sobriété.

La Sixième étape devient le point tournant de ma pérégrination A.A. Elle signifie la fin d'une sécheresse vide et sans issue et le commencement d'une vie que les auteurs des Douze étapes avaient en vue et, sans doute, expérimentée eux-mêmes.

Peut-être certains d'entre eux eurent-ils des difficultés avec ces défauts de caractère. Il est significatif que la correction des défauts requiert trois étapes entières.

La cinquième étape nous demande d'admettre nos défauts de caractère et, dans la sixième, nous demandons à Dieu de les faire disparaître. Mais combien grande est quelquefois la distance entre les deux, car, dans l'entremise, nous devons consentir à l'élimination de nos défauts.

Le consentement à l'élimination d'un défaut de caractère est une épreuve atroce, parce qu'il signifie l'élimination d'une autre béquille. Les alcooliques sont friands de béquilles. Il signifie de faire face à la réalité. Et les alcooliques ne sont pas friands de réalité.

La plupart des défauts, comme le ressentiment, sont des défauts précisément parce qu'il y a attribution de mal disproportionnellement à l'objet de la haine.

Dans mon propre cas, la seule consolation que j'avais dans la vie était la croyance que deux individus que je méprisais étaient à la racine de mes problèmes, qu'ils avaient été la cause de ma boisson et étaient la source de tout mon malheur. Le fait est qu'ils ont réellement eu quelque chose à faire dans mon malheur. Ils ne sont pas totalement exempts de blâme. Estimer qu'ils n'aient rien du tout à faire dans mes difficultés serait aussi irréaliste que si j'allais en faire la personnification du mal. Mais ce n'est pas réellement là la question.

Tous les hommes et femmes sont imparfaits. Ce qu'il fallait que je vienne à comprendre était que, si je m'étais trouvé dans leurs souliers, j'aurais peut-être réagi comme eux. La plupart des gens agissent à partir de motifs variés. Il est rare qu'une personne ne justifie pas de quelque façon sa conduite.

La question, dans le cas présent, est que plusieurs des intentions malveillantes que je leur attribuais étaient, en réalité, une projection sur eux du plus mauvais de moi-même. Lorsqu'il y a en nous des choses auxquelles nous ne pouvons faire face, nous trouvons des boucs émissaires. Il est beaucoup plus facile de détester ces choses chez un autre que de les détester en nous-mêmes.

La sixième étape présume que Dieu éliminera nos défauts. C‘est que Sa Méthode est différente de la mienne. Je m'y prends comme un taureau dans une boutique de porcelaine. C'est-à-dire que je ne vais pas réellement au fond des choses. Lorsque je m'attaque moi-même à mes défauts, j'ai tendance à faire des généralisations impétueuses et à en arriver à de fausses conclusions.

Par exemple, j'ai vraiment essayé de me débarrasser de mes ressentiments. Mais il devenait toujours nécessaire pour moi, intellectuellement du moins, d'essayer de croire qu'en réalité, j'avais seulement mal compris les deux membres que je détestais et qu'ils n'étaient coupables d'aucun mal.

Mais ceci n'a pas fonctionné. Pour Dieu, il n'y a pas de distorsion des faits. Il ne Lui est pas nécessaire de me faire croire que c·es deux membres sont réellement des saints au fond de leur coeur pour que je ne les déteste pas. Ils ne sont pas des saints. Et je ne les aime toujours pas. Mais, maintenant, je peux m'admettre à moi-même qu'une partie de ma haine était une projection de ma propre imperfection. Je peux maintenant admettre que je suis coupable de cette imperfection et je peux la détester en moi-même sans écraser personne. S'il me faut ne pas aimer quelqu'un, au moins, je devrais être capable de ne pas les aimer à cause de leurs propres fautes, et non à cause des miennes.

Je prie pour qu'avec le temps, tout comme j'en suis venu à m'accepter moi-même, même avec ma propre imperfection, je puisse les accepter avec les leurs. Mais le formidable miracle qui s'est produit est que je ne passe plus de temps à mépriser qui que ce soit. Je suis libre de vaquer à ma vie. Ce n'est pas moi qui ai rendu cela possible. C'est Dieu. Il me libère de mes ressentiments en me rendant capable d'envisager les choses telles qu'elles sont. En d'autres mots, je peux fonctionner en sachant qu'une partie de ce que je sais sur ces deux personnes est vrai et, en même temps, je peux agir en sachant ce qui est vrai à mon propre sujet.

C'est de faire face à la vérité à mon sujet qui cause la douleur impliquée dans la sixième étape. Dans la cinquième étape, nous ne sommes pas réellement obligés de mettre nos défauts où est notre bouche, pour paraphraser un autre dicton.

Dans la cinquième étape, je peux admettre le défaut qu'est le ressentiment, mais dans la sixième étape, je dois l'envisager clairement et cela signifie faire l'expérience de l'insécurité de me retrouver seul sans la béquille du ressentiment que j'admettais avoir en moi dans la cinquième étape.

Il est difficile de décrire cette insécurité qu'on éprouve en rejetant la béquille d'un défaut de caractère. C'est plutôt comme un petit garçon qui saute d'une haute cheminée dans les bras de son père. La hauteur de la cheminée fait peur. Mais ça semble plus sûr et moins terrifiant que la perspective de tomber dans le vide. Et, ainsi, le petit garçon prie son père de le retirer de la cheminée et de le placer en sécurité sur le plancher. Mais le père ne développerait pas chez son fils un sens de confiance ou de foi s'il rendait cela si facile. Le père se tient près de la cheminée, et, gentiment, mais fermement, dit au petit garçon qu'il doit sauter dans les bras qui lui sont tendus, s'il veut réellement descendre.

Et cette expérience du saut est précisément ce qui est impliqué dans ce mot tant galvaudé, le mot « foi ».

Si seulement je consens à sauter du haut de la fausse sécurité de mes défauts, je peux connaître la vraie sécurité des bras de mon Père. Il est là, prêt à me recevoir, si seulement je veux répondre à son appel. Et je dois répondre, même si ce n'est que pour me rendre compte que je peux réellement abandonner la "sécurité" de mon perchoir de défauts et vivre enfin.

Dieu merci, j'ai finalement sauté de la hauteur angoissante de mon ressentiment. Et je me sens beaucoup plus en sécurité maintenant.

P.K


Vers le hautVolume 5, No 3 / Août 1969 – Septembre 1969 / Pages 10-15 (PDF pour impression)

26Parce qu’il connaissait AA
Son médecin lui a sauvé la vie

Cher docteur,

Vous allez peut-être trouver cela étrange qu'un de vos patients vous écrive, mais je me souviens d'une de vos phrases, "lorsqu'un malade guérit, c'est très rare qu'on entend parler de lui". Je voulais toujours vous écrire, surtout à l'époque de Pâques. Je vous dois une grande partie de mon bonheur.

Par la grâce de Dieu, je recevrai le 1er avril 1966 mon "Jeton en Or" pour dix années de sobriété. Vous comprenez sûrement ce que cela veut dire pour moi. C'est la preuve pour moi et pour tous les membres AA de l'efficacité de notre programme de rétablissement.

Si je retourne quelques années en arrière, je me rappelle, tout comme vous-même d'ailleurs, de la condition de ma santé, de ma famille, de ma situation et surtout de mon alcoolisme. Je dois vous avouer que lorsque vous m'avez dit que j'étais un alcoolique, le même soir, comme d'habitude je ne pouvais dormir. Je tendis la main encore une fois vers une bouteille près de mon lit (vieux canapé) et je me mis à penser ou à rêver je devrais dire au sujet de ce mot "alcoolique". Le problème fut vite résolu, je me suis dit "je suis de la sorte d'homme qui boira toujours". J'étais si malade et si mêlé, et le lendemain matin j'étais encore à chercher une autre bouteille pour chasser cette pensée et celle de ma misérable vie. Pour un homme de 31 ans c'était un mode de vie terrible. En décembre 1955 j'avais refusé l'aide d'AA que vous m'aviez offerte. Le matin du Jour de l'An de 1956 je me suis réveillé à l'Hôpital Reddy Memorial à la suite d'une autre hémorragie. On m'hospitalisait pour la troisième ou quatrième fois. Après trente jours à l'hôpital, je reçus mon congé. Je me souviens de ce jour comme d'aujourd'hui. La garde-malade du deuxième étage me serra la main et me souhaita bonne chance. Je vous ai rencontré au premier étage et encore une fois vous m'avez dit: "Eddy je sais que tu veux être un homme". Cela m'a regaillardi et je me suis senti beaucoup plus fort. Quelques secondes plus tard je me trouvais dehors au milieu des marches de la sortie de l'hôpital me demandant: "où devrais-je aller?" Je savais que ma femme avait déménagé (selon vos instructions … nouvel horizon, j'étais concierge dans une mais-on de chambres). Ma femme demeurait temporairement chez ma mère avec notre bébé. J'avais honte de revoir ma mère après tout ce que je lui avais fait. Je n'avais pas assez d'argent pour me louer une chambre. Alors je suis allé à un endroit où je pensais que ce serait tranquille et où les gens seraient gentils avec moi … dans une taverne. Quelques heures après j'étais ivre et je suis allé voir ma femme et ma mère. Je suis resté soûl pendant deux mois. Naturellement je ne suis pas retourné au travail.

Le jour de la St-Patrice, un samedi soir, j'étais soûl et si tanné que j'ai pensé m'enlever la vie, mais j'étais trop lâche pour le faire. Je n'avais pas perdu la foi. J'ai demandé à Dieu de faire quelque chose pour moi au sujet de mon problème de boisson. La main de Dieu était là tout près, mais j'étais aveugle ou ma bouteille était plus réconfortante. J'ai demandé à ma femme d'appeler les AA. Nous n'avions pas le téléphone et elle est allée chez le voisin. Quinze minutes plus tard un jeune homme venait me voir. J'étais tellement soûl que cela ne me toucha pas. Cependant je lui promis d'aller à une réunion AA avec lui. Le lendemain, avec quelques coups dans le corps, je faisais ma première réunion avec ma femme. Trois heures sans prendre un coup, c'était trop pour moi. Je ne suis pas resté pour prendre un café et je me suis rendu chez moi prendre un verre et puis un deuxième. Ma honte et mes remords redoublèrent et j'ai trouvé l'excuse que tous les alcooliques cherchent. Le laps de temps entre chaque verre devenait de plus en plus court, jusqu’à ce que les verres se succédèrent un après l'autre pour tenter d'atteindre un état d'oubli. Seulement de cette façon pouvais-je oublier les choses terribles que j'avais faites.

Deux semaines plus tard, un autre samedi soir, deux membres des AA. sont venus me chercher pour aller à une réunion AA. Ils se sont vite aperçus que j'étais ivre et malade. Ils se sont assis et ont parlé avec moi pendant quelques heures (avec véhémence cette fois-ci). Je me souviens encore que l'un d'eux m'a demandé si je pouvais rester sobre pour seulement une journée et m'a dit qu'il viendrait ensuite discuter de mon problème de boisson avec moi. Il m'a dit aussi que la seule façon de réussir dans cette association c'était d'être honnête et sincère avec soi-même. D'arrêter de boire pour moi, non pas pour plaire à mon médecin, à ma femme ou à mes employeurs. Je devais prendre une décision. Ils ont aussi ajouté: pour nous les alcooliques c'est une question de vie ou de mort (vous aviez déjà discuté de cela avec moi). Le lendemain c'était Pâques, le premier avri11956, mais j'étais si malade que j'ai pris une bouteille de bière (la dernière) et ensuite j'ai dit à ma femme "je vais maintenant essayer leur programme". Mais j'étais malade! J'ai souffert les tortures de l'enfer. J'espère ne jamais l'oublier. Ma femme vous a téléphoné au sujet de mon hémorragie, vous alliez m'envoyer une ambulance. J'ai refusé disant que chaque fois que j'allais à l'hôpital j'y retrouvais ma soif, J'ai accepté ma défaite et j'étais prêt pour A.A. A partir de ce moment-là je devins un autre homme, Un membre AA m'a appelé à 6 h, pour m'encourager, Je suis resté à la maison trois, jours sans boire et sans dormir, Je ne dois pas oublier que ma femme est demeurée à côté de moi pour m'aider. J'ai suivi toutes les suggestions données par les membres qui sont venus me voir et vos suggestions et conseils médicaux (une cuillérée de lait toutes les demi-heures et de la nourriture pour bébé les jours suivants, durant des mois ... )

Je suis allé aux réunions sept jours par semaine et j'étais des plus surpris de constater que je n'avais pas soif. J'avais toujours cru, docteur, que j'étais la seule personne au monde qui était aussi malade et aussi malheureuse, J.e ne pouvais jamais imaginer qu'il existait des personnes comme moi, et plus malheureuses que moi, Je me suis résolu à suivre le programme AA à la lettre parce que je réalisais que c'était ma seule planche de salut pour sortir d'une vie de misère et de peine. Je me suis attaché à un groupe et j'ai offert mes services. Ma femme et moi nous nous sommes faits de nouveaux amis et nous nous réunissions dans ma nouvelle maison. J'ai essayé d'aider les autres et de partager mon expérience avec d'autres alcooliques. Je sais que ceci est une des meilleures façons de demeurer sobre. Comme vous le savez quinze mois plus tard j'étais promu à une nouvelle situation. Je n'oublierai jamais que Dieu nous a récompensés avec un autre enfant, une fille cette fois-ci, pour donner un autre aspect à ma famille.

J'ai pensé dernièrement vous raconter mon histoire, même si vous la connaissez déjà.

Je profite de l'occasion pour vous remercier d'avoir introduit AA dans ma maison. Vous n'étiez pas seulement mon médecin, vous étiez mon confident (vous l'êtes encore). Votre grand coeur a pu comprendre ma maladie. Je sais aujourd'hui que la sobriété apporte des récompenses, mais, je n'oublierai jamais la paix d'esprit et la vie heureuse que j'ai obtenues. Vous en êtes le responsable.

Merci mon Dieu pour aujourd'hui et d·es millions de mercis à vous, parce que vous m'avez sauvé la vie. Que Dieu vous bénisse dans votre grande carrière.

Toute ma gratitude.

Eddy B., Montréal


Vers le hautVolume 5, No 3 / Août 1969 – Septembre 1969 / Page 15 (PDF pour impression)

27Dans tous les domaines de ma vie

La patience et l'humilité dans le malheur valent bien plus qu'une parfaite sérénité dans la prospérité matérielle et la bonne santé physique. Savoir accepter les reproches et les difficultés sans être pris par les émotions, voilà qui n'est pas facile. Dans ces moments-là j'essaie de me répéter que ces choses ne sont qu'incidents dont la vie est remplie. Pourtant que mon courage est grand quand rien ne me fâche, moi qui sais si bien aider les autres et leur dire la bonne parole qu'il faut et qui réconforte; et me voilà sans défense quand un malheur m’arrive. Dans ces moments-là je reconnais bien mon extrême sensibilité et j'en fais l'expérience souvent. Les plus petites choses me contrarient et dire que tout ça arrive pour mon bien. J'essaie de m'éloigner de tout ce qui peut me troubler, me renverser ou m'abattre. Mais il y a l'inévitable, la vie et ses imprévus. Aussi s'il m'arrive de ne pas être dans la joie c'est que je manque de patience. Qu'une remarque désagréable me fasse sursauter, je ne dois scandaliser personne par une riposte trop vive. Chaque fois que je conserve ma maîtrise, mes émotions se calment et une sensation d'équilibre, de paix et de grâce vient adoucir mon âme. Je viens alors de faire un petit progrès. Merci, mon Dieu, merci.

Le temps pour moi c'est aujourd'hui même si je suis plusieurs fois mis à l'épreuve. Surtout n'allez pas croire que je réussis toujours à me maintenir à un égal degré de sérénité alors que la persévérance est si difficile. Mais il y a toujours le 24 heures qui me sauve. C'est bien vrai de dire que c'est Dieu qui nous soutient et délivre ceux qui sont dans l'affliction. La prière de la sérénité est bien faite pour nous les alcooliques. Tout y est: Dieu, sérénité, courage et sagesse; et en si peu de mois.

29 Juin


Vers le hautVolume 5, No 3 / Août 1969 – Septembre 1969 / Pages 18-21 (PDF pour impression)

28LE MOT « RÉCLAME » EST-IL VRAIMENT À PROSCRIRE?

S’agissait-il de « réclame » lorsque Bill rendit visite au Dr Bob?
Comme fraternité sommes-nous trop « à cheval » sur l’anonymat?

La Onzième Tradition AA dit: "La politique de nos relations publiques est basée sur l'attrait plutôt que sur la réclame; nous devons toujours garder l'anonymat dans nos rapports avec la presse, la radio la télévision et le cinéma". Qu'il me soit permis de dire au début que cet article n'entrera dans aucune querelle avec la deuxième partie de la Tradition.

Continuons tous à préserver notre anonymat personnel vis-à-vis des média de communication. Ce que je querelle toutefois, c'est l'interprétation que l'on donne de plus en plus à la première partie de la Tradition, à savoir qu'elle nous enjoint de ne faire quoi que ce soit pour amener les gens à AA ou pour exposer AA aux gens par crainte du vilain mot "réclame".

D'accord, notre politique est basée sur l'attrait plutôt que sur la réclame. Je n'irai pas grimper sur une boîte de savon pour crier: "Mon nom est Jos Beausoleil et je suis venu vous sauver par l'entremise d'AA."

Mais, SI je prends A.A. au sérieux ainsi que mon engagement par la Douzième Étape à porter le message AA aux alcooliques qui souffrent encore, i! v a falloir que je fasse quelque chose qui ait l'air de la réclame pour y parvenir.

Le nouveau dictionnaire Random House nous donne deux définitions usuelles de "promotion" (réclame): "poussée de l'avant ou encouragement" et "matériel publié en faveur d'un produit, d'une cause, d'une institution, etc."

Un vieux membre dira sans doute: "Mais, ce n'est pas ce que je veux dire par "réclame".
D'accord. Que veux-tu dire par ce mot? "Eh bien, tu sais, lorsque quelqu'un va essayer de vendre AA."

Dis-moi, vieux membre, est-ce que tu ne "vends" pas AA lorsque tu réponds à un appel de Douzième Étape?

"Oh, ce n'est pas pareil" ... L'essentiel de notre conversation imaginaire mais réaliste semble être que le travail de Douzième Étape est acceptable aux membres qui sont attachés aux principes lorsqu'il est fait sur la base d'une personne à une personne mais inacceptable lorsque les proportions sont modifiées en élargissant l'auditoire.

Mais cet argument ne tient pas lorsque mis à l'épreuve. Le conférencier dans une assemblée s'adonne à une sorte de travail de Douzième Étape, et non pas sur une base de un à un. Fait- il alors de la réclame pour AA? Certainement, dans la mesure où il pousse: de l'avant et encourage AA.

"C'est là du AA régulier", dira notre vieux membre ultra conservateur. "Cette sorte de Douzième Étape est permise comme l'est la vraie sorte qui consiste à visiter quelqu'un qui a demandé de l'aide."

Mais, attends une minute, vieux membre. Le Docteur Bob avait-il demandé Bill W. à son aide? Est-ce que les premiers membres d'Akron ont fait demander le Docteur Bob? Les alcooliques à l'Hôpital Rockland State avaient-ils appelé A.A. en 1939? La réponse aux trois questions est non.

Si l'on juge à la lumière de la définition du dictionnaire ce que nous savons des premières activités de nos co-fondateurs, il devient évident qu'ils ont effectivement fait de la réclame A.A. Il fallait qu'ils le fassent: il n'y avait pas d'autre moyen d'attirer d'autres alcooliques qui souffraient que de "pousser de l'avant ou encourager" la nouvelle fraternité.

Vint le premier grand panneau-réclame AA: le fameux article de Jack Alexander dans le Saturday Evening Post. Nos rangs grossirent soudainement. Il y eut d'autres articles dans les magazines ainsi que des histoires vécues dans les journaux suivies d'autres augmentations dans le nombre de nos membres. C'était là de la réclame; il s'agissait de "matériel publié en faveur d' "AA". Cela eut pour effet d'aider les alcooliques et non pas de leur nuire.

Avec la croissance d'AA et une compréhension grandissante de notre maladie vint une étonnante découverte: un alcoolique n'est pas nécessairement une personne complètement dé·· chue! Aux tout premiers jours d'AA, elle l'était probablement. AA se changea alors pour s'adapter à cette découverte; il y eut une affluence de nouveaux membres qui n'avaient pas tout perdu et plusieurs d'entre eu."étaient en position d'atteindre le public. Des écrivains de renom firent des articles; des "personnalités" de la radio et de la télévision encouragèrent la cause. Le Comité de l'Information Publique de la Conférence des Services Généraux d'AA commença à prendre l'initiative en suggérant de l'information imprimée et diffusée au sujet d'AA; et ainsi agirent ceux qui s'occupaient d'information publique au niveau local.

Tous ces gens faisaient de la réclame AA, et, comme résultat, la Fraternité s'étendit à presque toutes les cités et hameaux des États-Unis, vers le nord, au Canada, vers le sud; en Amérique Latine, au delà de toutes les mers du monde.

L’ « attrait » seulement, le seul fait de s'asseoir passivement et d'attendre que les alcooliques souffrants nous découvrent et observent notre sobriété, n'aurait pas pu produire une croissance aussi explosive.

La conscience totale d'AA, additionnée de gens bien intentionnés (membres AA et non alcooliques) au sein du journalisme et des autres formes de communication de masse ainsi que dans d'autres agences intéressées à l'alcoolisme, a fait faire boule de neige à notre Fraternité. Avec la croissance, sont venues d'autres connaissances, des connaissances aussi importantes que la découverte qu'un alcoolique n'est pas nécessairement une épave que l'on trouve à Bowery ou au Carré Viger. A ce sujet, la partie la plus importante de ces connaissances nouvellement trouvées est qu'un grand nombre d'alcooliques qui souffrent ne reçoivent aucune aide. Personne ne fait quoi que ce soit pour eux. Leurs familles, amis, employeurs et médecins sont, soit complètement ignorants de l'existence d'AA, ou bien ont des conceptions erronées sur notre Fraternité dans son ensemble et sur nos membres individuellement. Si un membre AA peut lire cet énoncé sans désirer passer à l'action, le temps est venu pour lui de brûler la carte "Je suis responsable" qui se trouve dans son portefeuille!

En 1965, notre 13e Convention Anniversaire adopta comme thème: "Lorsque n'importe qui, n'importe où, tend la main en quête d'aide, je veux que la main d'AA soit toujours là ... et, pour cela, je suis responsable". Si vous acceptez ce thème, vous acceptez une grande responsabilité, parce qu'à ce moment même, des alcooliques qui souffrent tendent la main en quête d'aide, sans savoir où la tendre.

Nous avons tous entendu parler de cas fortuits où l'alcoolique désespéré s'est "justement adonné" à remarquer un avis d'assemblée, à "tomber" sur de la littérature ou à capter quelques mots sur AA à la radio ou à la télévision.

Mais ce que nous ne saurons jamais, c'est combien d'autres alcooliques désespérés il existe qui n'ont pas eu cette chance et qui pourraient s'adapter à notre programme s'ils savaient qu'il existe. Nos efforts au point de vue réclame suffisent-ils à les rejoindre, eux aussi?

Combien de membres potentiels perdrons-nous chaque année dans les ailes des "incurables"? Combien dans les prisons, dans les asiles et dans la mort? Devons-nous continuer à les perdre parce que, comme le disait (*) J. P. Miller, à Toronto, AA comme fraternité, est trop "à cheval" sur -l'anonymat?

Réclame n'est pas un mot à proscrire. Les mots à proscrire dans AA sont: inactivité, complaisance, "qu'il fasse – comme moi" et statu quo.

W. R.,  South Norwalk, Conn.


Vers le hautVolume 5, No 3 / Août 1969 – Septembre 1969 / Page 31 (PDF pour impression)

29CITATIONS

Jean Untel visite les prédicateurs, les médecins, les journalistes, les commis de bars ... avec le résultat que Middletown possède maintenant un  groupe dont il est le fondateur.

Comme fondateur, il est au début le maître. Qui d'autre pourrait l'être? Très bientôt, cependant, il en vient à partager sa présumée autorité de tout régir avec les premiers alcooliques qu'il a aidés. Ce directeur bienfaisant devient alors le président d'un comité composé de sers amis. Faute de pouvoir agir autrement, il est évident que ceux-ci se sont eux-mêmes désignés pour constituer la hiérarchie des services d'un groupe dont les cadres grandissent. Quelques mois après, Middletown bourdonne de l'activité des A.A. …

Des difficultés grandissantes assaillent maintenant le groupe. Les colporteurs colportent. Les coeurs esseulés languissent. Les problèmes arrivent en avalanche. Point plus important encore, des murmures sèment la confusion au sein du groupe et s'enflent au point de devenir un cri retentissant: "Est-ce que ces vieux membres s'imaginent qu'ils peuvent diriger le groupe éternellement? Procédons à des élections!" Le fondateur et ses amis en sont blessés et découragés. Ils affrontent crise après crise et membre après membre plaidant leur cause. C'est en vain, la révolution est st en marche. La conscience du groupe est en voie de prendre la relève.

L'élection arrive. Si le fondateur et ses amis ont été de bons serviteurs, ils peuvent - à leur grande surprise ~ être réélus pour un terme. Cependant, s'ils se sont opposés avec force à cette vague montante de démocratie, ils peuvent perdre leur titre sans autre forme de procès. Dans les deux cas, le groupe a maintenant ce qu'on appelle un comité par roulement, investi d'une autorité nettement limitée. Ses membres ne peuvent d'aucune manière gouverner ou diriger le groupe. Ce sont des serviteurs!

Extrait de "Alcooliques Anonymes"
pp. 291-292 (Deuxième Tradition)


Vers le hautVolume 15, No 2 / Août 1979 – Septembre 1979 / Pages 1-4 (PDF pour impression)

30ALCO-ACTUALITÉ

L’USAGE D’ALCOOL COMPARÉ À LA BOMBE – A

Warsaw (UPI) - La consommation d'alcool monte en flèche partout à un tel point qu'il peut devenir plus dangereux à l'humanité ,que la bomhe atomique, disait hier un scientifique Polonais.
 
Mikolai Tolkan, parlant au congrès international sur la dépendance de l'alcoolisme et de la drogue disait "Si quelqu'un parle sur la bombe atomique ou d'autres bombes comme des menaces potentielles à l'humanité, il se peut que la bombe alcoolique s'avère être là plus dangereuse. Cette bombe est déjà amorcée et peu de gens le remarque.

Tolkan disait que la consommation d'alcool en Pologne a monté de 35% entre 1970 et 1975. La plus grande augmentation dans un bloc d'un pays de l'est. Les chiffres officiels stipulent que trois millions de Polonais sur 35 millions se soûlent quotidiennement.

Les scientifiques de tous les pays du monde, incluant les États-Unis et L'Union Soviétique insistèrent au congrès que la consommation d'alcool est à la hausse partout

La plus grande augmentation dans la période entre 1970 et 1975 fut enregistrée dans les Pays-Bas avec 60%, disait un rapport

La Gazette.

« L’ALCOOLISMECE QUE DIT LE MÉDECIN »

Pourquoi certains sont-ils plus fragiles que d'autres à l'effet de l'alcool?

Face à l'alcool, les individus ne sont pas égaux, là encore les faits ouvrent la voie à de nombreuses recherches dans tous les domaines Sans que nous puissions donner encore de réponse. Ce qu'il faut surtout savoir, c'est que la femme est beaucoup plus fragile que l"homme à l'intoxication alcoolique.

Déjà la société tolère beaucoup moins bien l'alcoolisme féminin que l'alcoolisme masculin. Il est curieux de noter que parallèlement à cette intolérance sociale, la femme elle-même, dans sa structure physique supporte beaucoup moins bien l'alcool que l'homme. Très rapidement, les femmes présenteront des complications organiques graves.

L'âge moyen des cirrhoses est d'environ dix ans inférieur à celui des hommes. Il en est de même des complications neurologiques. Des études récentes du professeur LEREBOULET ont montré que l'ingestion de ½ litre de vin à 11 % à jeun provoque chez un homme de 65 kg. une alcoolémie à 0,64, chez une femme de même poids, le taux atteint 0,75. A quoi tiennent ces différences? En dépit de très nombreux travaux en cours, nous l'ignorons encore. Il existe 30% de malades alcooliques dans les hôpitaux généraux et 40% dans les hôpitaux psychiatriques.

Même s'il existe de façon évidente un état névrotique primaire ayant entraîné le recours à l'alcool, il faut, tout en associant, approprier, prendre en charge le symptôme alcool et le traiter de façon classique.

Il ne faut pas oublier que dans tous les cas l'alcoolisme est un symptôme aggravant majeur, brouillant toutes les cartes et empêchant par sa présence toute thérapeutique de fond. Bien entendu, en premier lieu, il faudra faire un bilan organique, traiter les diverses perturbations métaboliques hormonales, infectieuses que nous aurons découvertes, puis d'emblée, s'attaquer au problème) alcool, et, appliquer la plupart du temps le schéma classique de la cure de désintoxication, cure de dégoût à l'apomorphine. Ce n'est que progressivement dans l'ambiance psychothérapique du service que les problèmes psychologiques et psychiatriques seront abordés. En effet, le traitement physique mécaniste du malade alcoolique ne serait que de peu d'effets s'il ne permettait d'aborder les problèmes psychologiques. 11 faut surtout obtenir une déculpabilisation du malade afin de lui permettre de prendre ses responsabilités. Il ne faut pas perdre de vue que son intoxication a été la seule façon d'envisager la réalité, et de soulager ses tensions. Quand nous lui proposons l'abstinence totale ou de médicaments de défense, nous pensons absolument indispensable de l'orienter vers des groupes d'anciens buveurs pour l'aider à faire face à son nouveau mode de vie: A travers les groupes, les malades sortent de leur isolement, comprennent qu'ils ne sont pas les seuls à avoir ce problème, acceptent enfin leur identité d'alcoolique et la nécessité de l'abstinence. Il existe un certain transfert de la dépendance à l'alcool, en dépendance au groupe. Mais ce stade est toujours bénéfique et permet au malade de se libérer du toxique avec toutes les complications que cette consommation entraîne, de voir plus clair en lui-même et de faire face, enfin, à ses responsabilités.

La thérapeutique de l'alcoolisme passe pour moi, par les groupes  d'anciens buveurs. C'est plus de la 1 moitie du traitement. POURQUOI UN ANCIEN ALCOOLIQUE NE i PEUT-IL PLUS JAMAIS BOIRE UNF. GOUTTE D'ALCOOL???

C'est la loi du tout ou rien. Un malade alcoolique, qu'il soit a1coolique d'entraînement, socio-professionnel ou alcoolique secondaire à des problèmes psychiques, doit être considéré comme toxicomane face à un toxique.

Celui ou celle, qui a créé des liens pathologiques avec l'alcool ne pourra jamais reboire "normalement", l'expérience analogue de la toxicomanie tabagique d'habitude le prouve également.

Paris: le lien

Les employés alcooliques de la ville – souls ou sobres?

L'alcoolisme atteint 6% de la masse des employés de la ville et coûte aux compagnies au moins 25%, du salaire annuel en absentéisme et les domaines qui s'y rattachent. Les chiffres ont été donnés par Charles E. Shirley, directeur des programmes industriels pour la ville de New York affiliée au Conseil National sur l'alcoolisme. Selon Shirley, l'alcoolisme est le problème de drogue no 1 avec 400000 alcooliques qui vivent ici.

La Ville de New York et les lois de l'état prohibent maintenant la discrimination du travail contre l'alcoolique réhabilité, mais celles-ci apparemment sont violées routinièrement par au moins un large employeur: la Ville. Des avis apparaissant dans le "City Record", le journal municipal, qui annoncent une variété d'ouvertures d'embauche et qui mentionnent les qualifications nécessaires. Dans plusieurs annonces, les appliquants probables étaient avertis qu'une histoire d'alcoolisme pouvait les disqualifier. La clause est apparue sous forme d'avis pour les ouvrages tels que: gardien d'édifices, aide-mécanicien d'élévateurs et pour la maintenance de la ventilation et pour le drainage.
 
On pouvait lire: "L'usage abusif d'alcool qui lèse le fonctionnement normal rejettera (le postulant). Une histoire d'abus d'alcool peut le rejeter.". Se renseignant sur la clause sur l'alcoolisme, sans aviser de l'identité de l'employeur, la ville et l'état, sur les droits officiels humains furent unanimes à dire que c'était illégal. Utiliser le passé d'un alcoolique réhabilité pour le disqualifier est empêché non seulement par les lois de l'état et de la ville mais aussi par une décision de la Cour suprême d'état, il y a deux ans.

Dans ce cas-là, une Jeune femme qui n'avait pas touché à l'alcool depuis plus de cinq ans, fut rejetée comme cadet du département de la Police à cause de l'abus d'alcool des années passées. Elle poursuivit en justice et gagna sa cause. Après que la victoire initiale fut affirmée par les cours supérieures, elle se joignit à la force policière.  Tom Hillstrom, New York City News

Le service du Personnel de la Ville a annoncé (le jour suivant ]'annonce de l'item précédent) que les avis officiels des postes vacants ne mentionneraient plus "au 'une histoire d'alcoolisme" pourra disqualifier un postulant pour un travail à la Ville.

New York, Daily Press

L’alcoolisme au Canada

WINNIPEG (PC) - Pour chaque alcoolique qui réussit à se réhabiliter au Canada, on en trouve deux prêts à le remplacer. C'est l'avis exprimé par le directeur de la Commission de l'alcoolisme et l'abus des drogues, de l'Alberta, M. R.-M. Anthony.
 
Bien que le problème continue de: s'accentuer, ceux qui préconisent l'adoption de lois plus strictes seront "mis à l'index par les média, méprisés par les brasseries et les distilleries et écrasés par la masse qui ne comprend pas".

Toujours selon M. Anthony, nous avons besoin de lois pour contrôler et limiter le développement des établissements commerciaux dispensant des boissons alcooliques; pour renforcer les contrôles contre la consommation de ces boissons par les mineurs; pour réduire la publicité sur les boissons alcooliques; pour empêcher une nouvelle baisse de l'âge légal permettant de boire: pour faire disparaître enfin ces petits bars ou l'on sert de la bière et qui ne sont rien de plus que des "abreuvoirs pour cochons".

Les gouvernements provinciaux, a-t-il dit, ont capitulé devant la presse et la pression de l'industrie des boissons alcooliques, lorsqu'ils ont décidé d'abaisser l'âge légal pour la consommation à 18 ans. M. Anthony a ajouté que cette Industrie, pour pousser la consommation d'alcool, avait maintenant trouvé un allié dans les média.

LA PRESSE

Les pilules et l’alcool ne se mélangent pas

Dans "la double habitude" de l'utilisation, William Stockton rapporte que la racine de grandes quantités d'alcool et de drogue, est le résultat de l'augmentation de "l'état psychomoteur" auquel les habitués essaient de s'évader. Mais, poursuit-il, "les médecins … disent maintenant que l'explication peut être plus profonde, Les gens recherchent un changement ... Ils le recherchent même si le changement est pour le pire," Je crois que ce n'est pas une coïncidence si un pourcentage élevé de ceux qui sont atteints sont des épouses d'âge moyen. Une des raisons pour lesquelles elles recherchent un changement c'est que leur rôle est devenu de plus en plus difficile à maintenir. Alors que c'est un atout pour le mari d'avoir une femme à la maison qui l'attend pendant qu'elle vaque à ses occupations de maîtresse de maison et élève les enfants. Le fait d'attendre - avec peu à faire au delà des menus travaux - c'est un handicap auquel toute femme, c'est bien comprehensif, veut s'échapper. Ce n'est pas simplement l'ennui qui crée un désir de changement, c'est aussi la réalisation qu'eue une femme d'âge moyen dans notre société est une situation de plus en plus difficile et dénuée de statut.

Carol E. Curtis, Time Magazine


Vers le hautVolume 15, No 2 / Août 1979 – Septembre 1979 / Pages 5-11 (PDF pour impression)

31VRAI, nous sommes sobres!
Mais que faisons nous pour la …

DÉPRESSION

Quatre articles par des AA qui y sont allés

Beaucoup d'alcooliques cessent de souffrir de dépression quand ils deviennent sobres dans AA. D'autres membres - parmi lesquels notre co-fondateur Bill continuent d'éprouver des périodes de profond découragement. Lorsqu'un membre parle de sa propre dépression dans une assemblée, il y a usuellement au moins une personne dans le groupe qui est surprise d'en entendre parler, et qui est soulagée d'apprendre qu'elle n'est pas seule.

La plupart des gens déprimés sont convaincus que possiblement personne ne peut comprendre ce qu'ils éprouvent, qu'ils sont des martyrs solitaires dans un monde peuplé de lunatiques s'exaltant hystériquement pour rien. Si vous êtes maintenant parmi les personnes déprimées, vous n'avez pas besoin de bonnes nouvelles ou des événements heureux pour intensifier votre sens d'aliénation. Ce que vous avez besoin est infortune, de mélancoliques nouvelles, compatibles avec votre état d'esprit actuel. Heureusement, nous avons justement les bons renseignements en main. L'Association Nationale (Américaine) de la Santé Mentale a récemment dévoilé que quinze pour cent d'Américains âgés de dix-huit à soixante-quatorze ans montrent des symptômes de sérieuse dépression. L'Association mentionne même que la dépression est devenue "le problème de la santé mentale le plus important de la nation".
 
Toutefois, il ne faudrait pas que nous membres AA soyons vexés que notre problème favori, l'alcoolisme, soit relégué au second plan. Une autre organisation nationale (pas les AA) classe toujours l'alcoolisme au premier rang comme étant le problème initial de santé "publique", la dépression venant en second lieu comme problème de santé "mentale"".

J'avais été sobre dans AA plus de dix ans lorsque je fus frappé soudainement par cet état dévastateur, apathique et indifférent qu'on appelle dépression. Au cours de mes vingt-trois années de beuverie, j'ai habilement échappé à toute, période prolongée de mélancolie en buvant de l'alcool au moindre signe d'anxiété et de tristesse. Au début de ma vie AA j'étais fasciné et attiré par les membres qui parlaient de leur état dépressif permanent. Je les questionnais après les assemblées et je lisais les écrits de Bill W. se rapportant à ses propres découragements périodiques. Lorsque je fus atteint par la dépression, ce fut plus qu'une coïncidence que plusieurs de ces membres dépressifs me téléphonant pour partager leur expérience et leur compréhension. Avec le soutien de ces camarades alcooliques, je fus en mesure de m'en sortir.

En préparant cet article, j'ai découvert un remède contre la dépression. Il a été suggéré il y a plusieurs décennies par le docteur Alfred Adler, un des plus éminents psychiatres du monde entier. Ce remède est presque identique à celui que Bill W. a décrit comme étant le plus efficace dans son propre cas. Je suis tenté de le révéler dans la phrase suivante mais si je le faisais, il ne serait probablement pas accepté. Il serait rejeté parce qu'il est trop simple et en même temps trop difficile.

Tel un moteur à un cylindre en panne au point mort, la personne déprimée doit être secouée et bercée vers l'action afin qu'elle puisse fonctionner par sa propre puissance. La suggestion d'un autre psychiatre, le docteur Frédéric F. Flach, dans son exposé intitulé "La force secrète de la dépression" (The Secret Strength of Depression) est une suggestion encore plus vexante et défiante. Il émet l'opinion que la dépression est nécessaire pour libérer les individus entravés par la rigidité et l'insécurité du lien, d'habitudes de pensée restreintes et de libérer "les éléments vitaux de créativité" .

Pour un alcoolique déprimé, c'est une mare souillée que d'insinuer que leur pitoyable état d'esprit peut être un prélude à l'obtention d'un niveau élevé de sérénité et de progrès dans le programme AA. Cela peut se comparer au conseil exaspérant d'amis et des membres de sa famille:  « Courage! », "Essaie d'en sortir!" et "Cesse de t'apitoyer sur ton sort". Un tel optimisme est si beuglant et si suavement nuisible que la personne qui souffre est plongée davantage dans la mélancolie. Si une dépression ne rend pas habituellement ses victimes incapables d'action constructive, ce conseil d'encouragement résulterait en clans d'animateurs recevant un coup de poing dans la figure.

Je peux maintenant constater et réaliser qu'au moment où je suis sorti de mon état apathique il y a huit ans, j'étais en effet dans un meilleur état d'esprit qu'avant ma lourde chute. Mais j'avais assumé que le sentiment subjectif d'amélioration n'était qu'un simple contraste tout comme un poêlon d'eau tiède semble chaud à une main récemment plongée dans l'eau glacée.

De plus, en me rappelant les amis AA qui vinrent si rapidement, si mystérieusement et spontanément à mon aide, je peux maintenant reconnaître qu'ils étaient sortis eux-mêmes de leurs périodes d'abattement d'amour-propre avec beaucoup plus d'habileté pour partager avec les autres.

L'article de l'Association Nationale de la Santé Mentale sur l'influence de la dépression qui me fut envoyé à la librairie pour savoir si les livres et les revues récentes reflétaient bien la situation actuelle. Oui, ils le font. Dans la carte du catalogue, j'ai découvert les titres de douze livres traitant de dépression, tous publiés au cours .des deux ou trois dernières années. Les titres suggèrent tous des traitements variés et même des "guérisons". Heureusement, à ce moment-là, je n'étais pas déprimé parce que pas un seul de ces livres-là était sur les tablettes.

Quoi penser, sur les revues? J'ai consulté le "guide du lecteur couvrant les périodiques" qui comprend un index de presque tous les sujets contenus dans plus de cent revues. Débutant avec le plus ancien volume de l'étagère, à ['année 1919, j'ai constaté qu'aucune rubrique "dépression" n'y apparaissait. L'entête n'est apparue qu'en 1932, traitant seulement de la dépression économique. Pas avant la deuxième guerre mondiale, lorsque des milliers d'hommes et de femmes étaient dans les forces armées et que les familles étaient engagées dans le travail des usines de guerre, que l'on peut constater que le guide utilise le mot "dépression" dans le sens qu'on lui connaît aujourd'hui. Même-là on orientait le lecteur aux rubriques « hygiène mentale » et à des titres tels que "Solitaire c et solitude", "Périodes de t tristesse" et "La Névrose des fêtes de Noël" faisait autorité.

J’ai trouvé le mot "dépression" pour la première fois dans le titre d'un article paru en mars 1957 dans "Science Digest": "La dépression: Sa guérison, c'est le temps". En 1960, une autre revue populaire de sciences annonçait un "Remède anti-dépressif". Cinq ans plus tard, la même revue, oubliant qu'elle avait déjà proclamé un remède chimique, "prévoyait des guérisons pour la dépression avec des pilules et des injections", (aucune revue ne semble se rappeler de rien. C'est comme si un nouveau personnel de rédaction est engagé pour chaque numéro et que les membres de l'ancien personnel apportent les dossiers avec eux lorsqu'ils quittent leur emploi).

Dans les périodes plus récentes, les articles de revues assurent les lecteurs que la dépression peut être guérie et offrent des remèdes tels que des techniques de thérapie personnelle ou professionnelle, avec ou sans médicaments. Comme dans le cas de l'alcoolisme, on annonce constamment au cours des années de nouvelles guérisons et malgré tout, le nombre de malades ne cesse d'augmenter. Toutefois, on ne peut nier le fait que quelques personnes déprimées semblent répondre à chacun de ces divers traitements: chimiothérapie, consultations psychiatriques, (nouvelle nutrition ou) nutrition améliorée, le voyage - en fait, n'importe quoi, du karaté à la magie. Aussi, certains ne sont pas soulagés par aucun de ces traitements.

Mes lectures me font réaliser combien j'ai été chanceux lorsque je fus atteint d'une dépression en 1967. Je n'ai pas songé de boire à nouveau, ni de m'enlever la vie, même si, jour après jour, je sombrais davantage dans ma triste léthargie. Ce sont peut-être des circonstances extérieures qui ont provoqué cette perte d'amour-propre. Ma relation prometteuse avec une amie, membre AA, jolie, intelligente et active avait pris fin soudainement. Une période d'emplois instables, m'avait inquiété sans toutefois justifier chez moi la panique. J'avais annulé une invitation que j'avais reçue pour donner une conférence à un congrès AA dans un état du Midwest. Pourquoi ces bonnes gens devraient-ils débourser les frais d'avion et d'hôtel pour un conférencier AA ne pouvant leur apporter un exemple convaincant de la joie de vivre un mode de vie spirituel au sein de notre Association?

Après environ deux semaines de cette dépression progressive, je commençai à recevoir des appels de membres AA qui avaient déjà souffert eux-mêmes de telles dispositions, Ils me dirent qu'ils savaient ce que ( je ressentais et que cela s'arrangerait. Plusieurs mentionnèrent: "J'ai passé par là, tu sais, Tu veux en discuter?" Dieu merci. pas un d'entre eux ne lança l'habituelle expression: "Allons, courage!" L'effet stimulant de cet intérêt  était énorme. Cela ne me fit pas sortir complètement de ma vallée obscure, mais j'acquis de cette sorte un regain d'énergie emprunté et une incitation à me replonger dans l'action, à me libérer de ce "point mort".

Un des membres qui me téléphona en cette période me raconta comment, des années auparavant, dans son comportement dépressif, il en était ' venu à placer dans sa bouche le canon d'un revolver Magnum .357 pour en finir. A l'entendre narrer tranquillement son propre désespoir et d'une voix douce et chaude, il m'assura que moi aussi je passerais à travers, je sentis renaître mon , espoir et ma confiance. Si cet homme pouvait se rappeler ces moments de désespoir et même 1 en rire, moi aussi je pouvais y arriver! Ce membre et beaucoup d'autres me firent com prendre les aspects réels de la 1 cinquième tradition AA qui mentionne que "notre but principal - c'est de transmettre le 1 message à d'autres alcooliques qui souffrent encore", Pas seulement à l'alcoolique qui boit encore, mais également à celui qui est toujours souffrant.

Après quatre ou cinq appels de membres AA, je commençai à faire un inventaire personnel. Je dressai une liste de mes omissions et déficiences, il y avait ceux-ci: 1) J'avais négligé la culture physique que mon médecin m'avait recommandée, soit mon jogging journalier. 2) J'avais repris l'habitude de manger une grande quantité de tartes et de crème glacée. De cette façon, j'avais engraissé - les joues gonflées et une culpabilité cachée. 3) Au lieu d'entreprendre des activités productives, j'étais retombé dans mon ancienne marotte acquise à l'âge de six ans - la lecture - (une excuse idéale pour un écrivain, "grossir mon bagage de connaissances" - cette même raison m'ayant servie antérieurement pour passer beaucoup de temps dans les bars). 4) Je n'assistais qu'aux assemblées ouvertes comme auditeur. J'évitais les forums AA où j'aurais eu à m'ouvrir aux discussions.

Tout en recevant les appels de membres AA, je fus invité à parler dans une assemblée d'un quartier de Los Angeles, où je demeurais alors. Refoulant mon excuse de fausse humilité en prétendant que "je n'avais rien à offrir présentement", j'acceptai de donner mon message. Alors, devant une assemblée de cinquante personnes, je me levai, mentionnai mon nom en m'identifiant comme alcoolique et prononçai les paroles suivantes: "Après dix ans de sobriété AA, je suis maintenant en plein milieu d'une dépression, et je n'ai vraiment a u cu n e ra i son pou r cel a ' , . Ensuite, je fis part de mes négligences, de mon manque d'activités productives, de ma façon de manger comme un glouton et de mon habitude passionnée de la lecture. A l'énoncé de chacu ne de mes fautes, des rires fusèrent dans la salle - de bons rires spontanés AA qui effacent la honte, la crainte, la culpabilité et l'orgueil mal placé - de 1 ces rires qui signifient: "Bienveillant retour à la race humaine"!

Après cette assemblée, je me remis au travail. Je repris mon habitude de faire du jogging. Je cessai de manger des tartes. Je m'efforçai de régler les choses que j'avais laissées en suspens et je redevins actif pour les visites de douzième étape. Quelques jours seulement après mes premiers efforts, ma dépression disparut et je n'en ai plus jamais été affecté depuis.

L'année suivante, les bons membres AA de l'état du Midwest m'invitèrent de nouveau à adresser la parole à leur Congrès, ce qui pour moi était une marque de confiance et de magnanimité que j'apprécie toujours profondément.

Une dépression de deux semaines peut paraître bénigne pour les personnes qui en souffrent pour des périodes s'échelonnant sur des mois, mais pour ma part, ce fut vraiment une période assez réelle et misérable.

Dans le but de faire des comparaisons, j'ai demandé à des membres AA de Denver, Colorado, comment ils réagissaient lorsqu'ils faisaient des dépressions. Une femme d'environ soixante ans, sobre depuis douze ans, ayant présentement un cancer des os et qui en plus a été à demi invalide presque toute sa vie, m'a répondu ceci: "La dépression"? m'a-t-elle dit en souriant, "je suis si occupée que je n'ai simplement pas le temps d'être déprimée".

Sa réponse ne m'ayant pas totalement satisfait, j'ai posé la même question à un membre qui est sobre depuis trente cinq ans. C'est un diabétique et il m'avoua qu'i! avait subi de fréquentes dépressions. Dans son cas, ces périodes étaient marquées d'un profond sentiment de culpabilité dont il ignore les causes. "Le seul moyen qui fonctionne", m'a-t-il dit, "c'est de s'occuper à faire quelque chose".

Aller dans le centre-ville, flâner et regarder autour. Être avec les gens. Il faut que je me force à bouger. C'est très' difficile".

Une autre membre, sobre depuis dix-huit ans, est convaincue que le remède idéal consiste à prendre des vitamines et à se nourrir convenablement. Si vous jetez un coup d’oeil chez les marchands de journaux et de revues ou dans les magasins d'aliments naturels, vous constaterez qu'il existe des centaines de suggestions différentes et même contradictoires en ce qui concerne une "bonne nutrition". Cette membre AA a sans doute découvert ce oui lui convient, car elle respire la santé et la joie de vivre.

Notre co-fondateur Bill W. a écrit ce qui suit concernant ses propres périodes dépressives: "Quelquefois, nous les membres AA devenons déprimés. Je suis bien placé pour en parler; je détiens moi-même un record pour ces périodes douloureuses. Malgré le fait que les causes extérieures de ces dépressions étaient discernables, je suis convaincu que les raisons réelles étaient beaucoup plus profondes. Je pouvais accepter ma situation intellectuellement, mais je ne le pouvais pas émotivement. Il n'y a pas de solutions fermes à ces problèmes. Mais, la clef de l'énigme réside sûrement dans la pratique constante des Douze Étapes". (Ref. "As Bill sees it").

La chimiothérapie, le régime alimentaire, la culture physique, les activités, les douze étapes - c'est tout un programme pour le traitement et la guérison de dépressions! Il est peut-être temps maintenant de porter une attention spéciale sur le remède que je mentionnais au début de cet article et que le docteur Alfred Adler recommandait à un patient déprimé. Ce patient avait dit au psychiatre qu'il était prêt à faire tout ce qui était nécessaire pour se rétablir. Le docteur Adler lui fit part qu'il connaissait une méthode qui chasserait rapidement la dépression, mais que ce traitement était si difficile et radical qu'il n'osait le recommander. Naturellement, le patient voulut à tout prix connaître le secret. Avec une psychologie et un tact dignes de Dale Carnegie, le docteur Adler fit languir son patient jusqu'à la fin de la session. Voici la prescription du grand psychiatre, telle que relatée dans "Masks of Loneliness" de Manès Sperber: "Vous pouvez être guéri si chaque jour, chaque matin, vous considériez comment au cours de cette journée qui commence vous pourriez donner une joie réelle à quelqu'un d'autre. Si vous vous conformez à ce principe pour deux semaines, vous n'aurez plus besoin de thérapie".

En somme, cette prescription ressemble beaucoup à la suggestion de Bill de travailler plus intensément les douze étapes AA. N'est-ce pas? En considérant simplement la dépression comme une "punition" pour être retombés dans nos vieilles idées ou habitudes égocentriques, nous aggravons notre souffrance. Si elle est considérée objectivement, la dépression peut nous conduire à plus de maturité émotive et améliorer notre compréhension de la volonté de Dieu à notre  égard.

L.H.
(Denver, Colorado)


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32Une non alcoolique à la recherche
DE LA PHILOSOPHIE AA

Je suis une jeune femme mariée, avec une famille. Je n'ai jamais perdu de membre de ma famille à cause d'un problème de boisson et je ne subirai sans doute jamais cette épreuve. Mais je suis certainement une alcoolique autant que le membre qui essaie présentement de rester sobre un autre vingt-quatre heures seulement, ou même encore un dix minutes de plus.

Je dois chaque jour demander à ma Puissance Supérieure qu'Elle me donne la paix d'esprit et la tolérance envers mon prochain car bien que mon alcoolisme n'existe pas au sens physique, mon esprit est rempli de peurs, de prières, d'espoir et de désespoir qui sont à l'intérieur de la poitrine de la pire alcoolique sur cette terre.

Je suis née d'une famille souffrant de pauvreté et j'ai connu les ennuis causés par les dettes, la maladie et d'où provenait le prochain repas. Ces sentiments ont été constamment avec moi d'aussi loin que je puisse me souvenir, devenant insupportable et plus pénibles à accepter en vieillissant.

Lorsque j’avais cinq ans, mon père avait commencé à boire et depuis, il a connu les prisons et les sanatoriums. A l'âge de seize ans, je me suis mariée et j'ai eu la preuve que mon époux est la personne la plus compréhensive et la plus tolérante que je connaisse. Dès le début de notre union, j'étais sujette à des colères violentes, à des périodes de mélancolie, de bouderie et parfois, je ne parlais à personne pendant des jours et des semaines et si je le faisais, c'était avec une grossièreté intolérable. J'avais aussi mes bons moments et alors je basculais par dessus bord et je m'attendais à ce que tout le monde oublie immédiatement tout le mal et enfantillages que j'avais fait.

Je ne pouvais vivre en paix avec personne et quand mon premier fils vint au monde un an après notre mariage, je pouvais constater que mon tempérament et mon intolérance détruiraient mon foyer si je ne prenais pas les moyens pour l'éviter. Aussi bien mon mari que moi-même pouvions nous rendre compte que si je ne faisais pas quelque chose au sujet de mon comportement mental face à la vie, je me dirigerais très rapidement vers une institution psychiatrique.

Mon père et ma mère étaient séparés. Mon père vivait seul à Portland, Oregon dans un petit appartement délabré. Je décidai de quitter ma famille pour quelque temps pour essayer de me rétablir malgré que je ne savais comment m'y prendre pour y parvenir seule. Nous n'avions pas les moyens financiers pour avoir recours à un psychologue. Je me rendis à Portland visiter mon père et lui racontai mes déboires. Il me dit qu'il fréquentait AA et me demanda si je voulais l'accompagner.

J'étais un être désespéré et sans âme lorsque j'entrai ce soir-là dans la salle de réunion AA. Alors que se déroulait l'assemblée, je me mis à écouter de plus en plus attentivement ce qu'on y disait. J'éprouvai une très grande surprise en constatant que: tout ce qu'on mentionnait concordait exactement avec mon cas personnel excepté pour la partie concernant l'alcool!

Je retournai à AA le soir suivant et durant trois semaines je ne manquai aucune assemblée. Je commençai à me rendre au centre AA chaque après-midi pour parler aux hommes et aux femmes oui entraient. Je réalisai tout à coup que j'étais en train de devenir heureuse et que pour la première fois de ma vie j'avais l'impression de faire partie intégrante de quelque chose. Je me disais que ces gens autour de moi étaient mes amis et qu'ils m'aimaient vraiment. Les membres du groupe pouvaient comprendre mon problème et ils étaient enchantés de m'aider avant même d'avoir ingurgité de l'alcool.

Ils m'ont montré à croire aux gens et à faire confiance non seulement aux membres AA mais aussi à ceux qui ne sont pas des alcooliques. Dans ces trois premières semaines, j'ai appris leur prière de la SÉRÉNITÉ et à la réciter sincèrement. J'ai appris la tolérance, l'humilité et la foi. Bref, j'ai appris à vivre un nouveau mode de vie par le biais d'AA.

Il Y a maintenant cinq ans que je suis mariée et nous sommes très heureux. Je suis profondément peinée lorsque je vois dans mon entourage des gens qui éprouvent toutes sortes de difficultés d'ordre mental et qui ne peuvent franchir les portes de AA .parce qu'ils ne boivent pas d'alcool.

Dans des salles de réunions AA on voit ce slogan: "La seule condition requise pour faire partie de ce mouvement est un désir sincère de demeurer sobre", Ce slogan représente l'espoir de tous, hommes et femmes qui désirent plus que tout au monde la sobriété.

Toutefois, tous comprennent que leur vrai combat pour une sobriété totale se livrera à l'intérieur d'eux-mêmes. Ils devront remplacer cette puissante force qui les poussait à boire par une puissance qui en est supérieure. Ils devront également surmonter ces sentiments d'infériorité vis-à-vis leurs amis qui n’ont pas le problème et de vaincre les craintes de retomber dans la misère.

J'ai fait beaucoup de travail de douzième étape depuis que je suis revenue à la maison. J’ai également donné conseils et suggestions à des personnes qui n'ont pas le problème d'alcool. Toutes ces personnes éprouvent les mêmes souffrances mentales que de vrais alcooliques, Tous mes conseils proviennent directement du "Gros Livre AA".

J'envoie les alcooliques vers AA où je sais qu'ils seront entre bonne main, mais Dieu merci, je peux également aider les autres personnes car AA m'a enseigné les rudiments pour leur venir en aide.

O.J. (Omak, Wash.)


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33AA EN PRISON

Récemment, lors d'une réunion, nous avons parlé des prisons. Un homme a demandé si les autres partageaient son opinion. Que ceux qui sont en prison, sont là à cause du tort qu'ils ont fait à la société et ils méritent d'être là.

Moi, j'écoutais tandis que les membres, un par un, donnaient leur avis. Ils jugeaient et ils condamnaient. Si un vote avait été pris, le résultat aurait été à peu près soixante-dix pour cent négatif et trente pour cent positif.

Éventuellement, mon tour vint et voici ce que j'ai demandé: "Que ceux présents qui ont déjà fait du pénitencier veuillent bien se lever, s'il vous plaît?" Sur environ trente qui assistaient à la réunion, quatre se levèrent. J'ai ensuite demandé à ceux qui ont fait de la prison de se lever. Plus de la moitié se mirent debout. A la fin, j'ai posé la question qui a estomaqué tout le monde. J'ai demandé: "Que ceux d'entre vous qui auraient dû aller en prison ou au pénitencier et n'y sont pas allés parce qu'ils ne se sont pas fait prendre, veuillent bien se lever?" Pas une seule personne du groupe n'est restée assise …
 
A chaque semaine maintenant, depuis cinq ans, j'ai assisté aux réunions dans les prisons d'ici, au Michigan. Je ne crois nullement que chaque personne en prison, alcoolique ou non, devrait être libérée. Je sais que les prisons seront toujours nécessaires. Mais je sais que beaucoup d'hommes sont en prison aujourd'hui parce qu'ils sont alcooliques, parce qu'ils souffrent de la maladie. Sans alcool, plusieurs d'entre eux n'auraient pas eu le courage nécessaire pour commettre les crimes dont ils se sont reconnus coupables. J'ai lu récemment, que quatre-vingt-cinq pour cent des gens en prison sont là à cause des drogues, et dans soixante pour cent des cas, cette drogue est l'alcool.

Pendant les années où j'ai participé aux meetings dans les prisons, j'ai vu beaucoup d'hommes recouvrer leur liberté. Plusieurs sont aujourd'hui réhabilités, parce qu'ils ont trouvé un nouveau mode de vie avec AA. Oui, il y a aussi ceux qui ont des rechutes, qui récidivent. Mais c'est un choix qu'ils ont fait librement - comme chacun peut décider si oui ou non il reste dans AA. Chaque homme que j'ai vu revenir en prison reprend le programme AA dès que possible. Dans tous les cas dont je me souvienne, ils ont dit qu'ils étaient de retour en prison parce qu'ils n'avaient pas continué avec AA tel que suggéré, mais ils avaient essayé de s'arranger seuls. Ils réussiront un jour, avec AA, parce qu'ils réessayent sans cesse.

Mais, ils ont besoin d'aide. A leurs réunions, ils ont besoin d'invités de l'extérieur. Ils ont besoin de membres AA pour correspondre avec eux. Ils ont besoin que des gens leur montrent qu'ils sont des êtres humains et sont aimés, pas uniquement écroués et oubliés.

Grâce aux merveilleux membres AA de la région de Bay City et d'un groupe d'amis fidèles des environs de Détroit, j'ai pu, la semaine dernière, apporter au groupe de la prison, la 500e copie du Gros Livre. Au cours de la réunion, nous avons un tirage, utilisant le numéro de prisonnier des détenus. Celui à qui appartient le numéro pigé gagne un Gros Livre. Nous avons l'intention de continuer d'apporter à ces hommes, ces livres formidables. Nous avons l'impression que si notre effort réussit à aider un homme du groupe, alors ça vaut tous les livres apportés là.

Ces hommes m'écrivent et vous ne pouvez imaginer toute l'aide que je reçois de ces lettres.

Donc, pour quiconque se pose des questions au sujet de AA en prison, j'espère avoir apporté de la lumière. Si vous avez l'intention d'aller à un meeting en prison dans votre patelin, ou dans votre province, laissez moi ajouter ceci: Attendez-vous à être accueillis comme des rois, préparez-vous à donner une bonne poignée de main à des gens qui l'apprécient; par-dessus tout; soyez prêts à accepter ces hommes à la réunion pour ce qu'ils sont des alcooliques participant à un meeting AA. Si vous assistez une seule fois à une réunion en prison, vous voudrez sûrement y retourner.

Surtout, évitez de juger et de condamner ces personnes. Souvenez-vous: "Sans la grâce de Dieu ... "

R.M., Bay City, Mich.


Vers le hautVolume 15, No 2 / Août 1979 – Septembre 1979 / Pages 28 (PDF pour impression)

34ALATEEN :
Une fraternité d’adolescents

ALATEEN est un rejeton d'Al-Anon, la fraternité mondiale de parents et d'amis d'alcooliques.

Destiné aux jeunes de 10 à 20 ans qui vivent dans un milieu familial alcoolique. 

LES BUTS D'ALATEEN SONT: permettre aux adolescents qui affrontent des difficultés où l'alcool joue un rôle destructif, de discuter entre eux de leurs problèmes. D'échanger leurs expériences. De s'encourager les uns les autres. De s'aider mutuellement à comprendre les principes d'ALATEEN. D'apprendre des moyens efficaces d'envisager leurs problèmes. ALATEEN ENSEIGNE: que l'obsession de boire est une maladie; par conséquent personne ne devrait condamner l'alcoolique. Que le parent malade déchu de sa dignité ne devrait pas être considéré avec mépris mais avec compassion. Qu'il faut acquérir un certain degré de détachement émotif afin de faire face à la situation. Qu'il est futile d'essayer par des reproches, par des supplications ou par la provocation, de forcer celui qui s'adonne à la boisson à devenir sobre. Qu'il est stupide et contraire aux intérêts des adolescents d'a voir recours à des représailles ou à des actes de révolte dont ils seront les seuls à subir les conséquences. Que les jeunes ont en eux des ressources spirituelles et intellectuelles qui leur permettent de développer leurs propres possibilités, peu importe ce qui se produit dans leur foyer. Que leur principale préoccupation doit être de se bâtir une vie fertile en expériences satisfaisantes et enrichissantes.

PARRAINAGE: chaque groupe ALATEEN est parrainé par un membre d'Al-Anon (parfois avec la collaboration d'un membre des AA) qui, bien que présent aux réunions, n'y participe pas à moins d'être invité à émettre son opinion ou à répondre à une question. La thérapie de groupe d'ALATEEN, tout comme celle des ALCOOLIQUES ANONYMES et D'AL-ANON, est basée sur les Douze Étapes.

Le lien


Vers le hautVolume 15, No 2 / Août 1979 – Septembre 1979 / Pages 40-42 (PDF pour impression)

35PERDRE LE DÉSIR DE BOIRE
Au-delà du désir d’arrêter de boire se trouve même un but positif plus grand

Lorsque j'ai demandé à mon parrain comment je pourrais obtenir le désir d'arrêter de boire, il m'a dit simplement: "Tu l'as déjà ce désir, sinon tu ne me l'aurais pas demandé! Il poursuivit en disant, "D'avoir le désir d'arrêter n'est pas important immédiatement. Ce qui est important c'est de perdre le désir de boire. Aussi longtemps que tu as le désir de trinquer, de prendre un verre', tu peux éventuellement boire à nouveau. Si tu veux ce que le programme AA a à t'offrir et si tu veux perdre le désir, alors tu dois travailler les Douze Étapes du programme AA.

Je voulais ce que mon parrain possédait et j'ai entrepris de travailler les Douze étapes pour la première fois, les complétant en moins de quatre mois. Je n'ai pas pris un verre d'alcool depuis que j'ai assisté à ma première assemblée AA et je suis certain que ceci est dû à l'incitation première de travailler les étapes le plus rapidement possible.

Aujourd'hui, je comprends pourquoi mon parrain insistait tant sur ce point. En travaillant avec les autres, moi aussi, j'ai beaucoup insisté sur le fait que perdre le désir est infiniment plus important que d'avoir un simple désir d'arrêter de boire. J'essaie d'expliquer que perdre ce désir était le commencement d'un nouveau mode de vie pour moi, et que j'ai commencé à perdre le désir de boire, en plus de mon problème, aussitôt que j'ai complété la Cinquième Étape. De plus je crois que le désir de boire, quittera quiconque aura honnêtement complété les étapes et que ce désir ne reviendra pas tant et aussi longtemps que nous continuons de pratiquer les principes AA dans tous les domaines de notre vie.

Plusieurs personnes sont déçues lorsque je dis que nous devons travailler la Cinquième Étape avant que commence à disparaître le désir de boire. Mais je leur dis ce qui est mentionné à la page 92 du Gros Livre, où est donné "la meilleure raison" de travailler cette étape: "Si nous passons pardessus cette étape, nous ne pourrons peut-être pas régler notre problème de boisson". Toutefois, même cela est un encouragement négatif, alors je dis aussi quels sont les mérites positifs de la Cinquième Étape, afin d'encourager les membres à travailler toutes les étapes.

A chaque occasion, je signale le milieu du paragraphe à la page 95 en ce qui concerne la Cinquième Étape: "Une fois que nous avons agi ainsi, ne retenant rien, nous sommes enchantés. Nous pourrons regarder le monde bien en face. Nous pouvons être seuls en paix et à l'aise. Nos craintes disparaissent. Nous commençons à ressentir le voisinage de notre Créateur. Il est possible que nous ayons eu certaines croyances religieuses, mais maintenant nous commençons à passer par une expérience spirituelle. Nous aurons souvent l'impression très vive que le problème de la boisson est disparu. Nous sommes convaincus que nous sommes sur la route large, marchant main dans la main avec l'Esprit de l'Univers".

Aussi, lorsque possible, je parle des promesses qui nous sont faites, à la page 83-84 pour travailler les étapes. Si j'ai le Gros Livre à la portée de la main, je lis ces promesses et je continue à lire à la page 104. Là en expliquant notre situation, en complétant la Neuvième étape et en commençant la Dixième étape, le livre dit: "Et nous cesserons de combattre quoique ce soit et qui que ce soit, même l'alcool. Car, alors, la raison nous sera revenue. Nous serons rarement intéressés à la boisson. Si nous sommes tentés nous nous en éloignons comme d'une flamme brûlante. Nous réagissons de façon saine et normale et nous constatons que cela se produit automatiquement. Nous verrons que notre nouvelle attitude envers la boisson nous aura été donnée sans aucune pensée ni effort de notre part. Elle se produit tout simplement. C'est le miracle de notre vie. Nous ne combattons pas la boisson et nous n'évitons pas la tentation. Nous avons l'impression que nous avons été placés dans une position de neutralité, en sécurité et protégés. Nous' ne nous sommes même pas débattus. Le problème, au contraire, a été enlevé. Il n'existe pas pour nous. Nous ne sommes ni fiers ni effrayés. Voilà notre expérience. C'est ainsi que nous réagissons, si nous nous gardons en pleine forme spirituellement".

Lorsqu'en premier lieu, j'ai lu le paragraphe précédent avec compréhension, j'avais mes doutes à savoir si mon désir de boire a effectivement été enrayé.

Même si cela fait un bon moment que j'ai complété les Étapes pour la première fois, occasionnellement je pensais toujours de temps à autre à prendre un verre ou d'avoir pensé qu'un verre serait bon au goût à un certain moment particulier, disons comme tout de suite après avoir tondu le gazon.

Un inventaire renouvelé de la Quatrième étape m'a aidé pour m'évaluer en ce sens. Je pense que ceci est quelque chose de tellement enraciné dans mon esprit de plusieurs années d'habitude, que je ne la perdrais jamais. J'ai entendu dire aussi que la Puissance Supérieure nous donne ces pensées de boire afin que nous n'oublions pas que nous sommes des alcooliques. Quelle que soit la raison, puisque j'ai complété la Cinquième étape, il n'y a pas eu un seul moment que l'idée de prendre un verre ne fut pas immédiatement suivie d'une pensée beaucoup plus rationnelle: "Non seulement je n'ai pas besoin de ce verre, je ne veux définitivement pas de cette boisson"! En d'autres mots, depuis que j'ai complété les étapes, l'idée de prendre un verre n'a pas une seule fois progressée d'aucune forme d'action. Conséquemment, j'ai perdu le désir actuel de prendre un verre et à ce jour, il n'est pas revenu.

"Le problème a été enrayé". Il n'existe plus pour moi. Je ne suis ni suffisant lorsque je suis devant l'alcool, ni n'en ai-je peur. Les bouteilles, les bars, les tavernes, les autres intérêts de l'alcoolique actif que j'étais jadis, ne sont pas plus d'aucun intérêt pour moi aujourd'hui que le macramé de mon épouse.

J'ai trouvé un substitut à tout cela, et beaucoup plus.

C'est la camaraderie que j'ai trouvée chez les Alcooliques Anonymes. J'ai trouvé une délivrance de la dépendance, de l'ennui, et de l'inquiétude. Mon imagination fut enflammée, La vie enfin veut dire quelque chose pour moi. Je sais que les années les plus satisfaisantes de ma vie sont à venir, J'ai trouvé tout ceci et plus encore dans notre fraternité.

Parce que je suis tellement heureux avec ce que j'ai trouvé, je veux le partager avec la personne qui demande: "Comment peut-on obtenir un désir d'arrêter de boire"? Je veux qu'ils aient ce que j'ai trouvé. Comme il est dit à la page 168 du Gros Livre, je veux qu'ils sachent que "Nous sommes  encore  à l'âge des miracles". Ma propre réhabilitation le prouve!

R.G.
Fort Knox, Ky.


Vers le hautVolume 25, No 3 / Août 1989 – Septembre 1989 / Pages 7-9 (PDF pour impression)

36PRATIQUER LA « THÉRAPIE DU TÉLÉPHONE »

Lors de nos premières tentatives de sobriété, il nous est arrivé de boire sans préméditation, et parfois même à notre insu. Consciemment, nous n'avions aucunement projeté de boire, ni prévu les conséquences possibles d'un tel geste. Nous n'avions aucunement l'intention de déclencher une cuite prolongée. Maintenant nous avons compris que différer notre premier verre en le remplaçant par autre chose nous procure l'occasion de réfléchir sur nos expériences avec l'alcool, sur la maladie de l'alcoolisme et sur les conséquences probables d'un premier verre.

Fort heureusement, nous pouvons faire plus que simplement y penser, nous pouvons aussi agir. C'est alors que nous recourons au téléphone. À notre arrivée chez les AA, on nous a incités à maintes reprises à noter des numéros de téléphone de membres des AA, et à leur téléphoner au lieu de boire.

Au début, l'idée de téléphoner à une nouvelle connaissance, à quelqu'un que nous connaissions à peine, nous paraissait étrange et la plupart d'entre nous y étions réfractaires. Mais les membres des AA, particulièrement les plus anciens, continuaient d'insister. Ils disaient comprendre nos hésitations, car ils en avaient eu de semblables; néanmoins, disaient-ils, faites-en l'essai, au moins une fois.

De sorte que finalement, des milliers d'entre nous avons utilisé ce moyen. À notre grand soulagement, il s'avéra facile, agréable et surtout efficace.

La façon la plus rapide de comprendre cette expérience, avant d'en faire l'essai consiste à vous substituer mentalement au destinataire de l'appel. Il se sentira réconforté et reconnaissant de votre témoignage de confiance.

Ainsi, il sera presque toujours gentil, voire même charmant, aucunement surpris, mais plutôt très heureux de recevoir de vos nouvelles.

Il y a plus. Tentés de boire, nous avons réalisé que nous pouvions téléphoner à un membre plus ancien sans nécessairement mentionner que nous avions soif. Souvent, il comprenait implicitement. Peu importait l' heure de l'appel, le jour ou la nuit!

Parfois, nous étions soudainement et sans raison apparente, victimes d'une crise absolument insensée d'anxiété, de peur, de terreur, et même de panique. (Bien sûr, quantité d'autres êtres humains y sont exposés, pas uniquement les alcooliques).

Lorsque nous avons dit avec franchise ce que nous ressentions vraiment, ce que nous étions en train de faire et ce que nous désirons accomplir, nous avons toujours été parfaitement compris. Nous n'avons pas reçu simplement de la sympathie, mais une compassion totale. Tous ceux à qui nous avons téléphoné s'étaient, rappelez-vous, trouvés un jour dans la même situation et ne l'avaient pas oublié.

Plus souvent qu'autrement, il a suffit de quelques moments de conversation pour dissiper notre envie de boire. Nous avons reçu différentes suggestions, parfois pratiques, avisées et discrètes, parfois fermes, directes et amicales. Il nous est aussi arrivé de nous surprendre à rire de nous-mêmes.

On observe chez les alcooliques rétablis un vaste réseau de rapports sociaux amicaux reliant les membres des AA entre eux, même en dehors des réunions des AA et souvent sans qu'il soit fait mention d'alcool. Nous avons constaté que nous pouvons entretenir des rapports sociaux et faire ensemble tout ce que l'on fait généralement entre amis, à savoir écouter de la musique, causer, aller au théâtre ou au cinéma, dîner ensemble, faire du camping, de la pêche, du tourisme, ou simplement nous visiter ou communiquer par écrit ou par téléphone, et tout cela sans consommer d'alcool.

Ce genre de relation et d'amitié prend une importance capitale pour ceux qui décident de ne pas boire. Nous sommes libres d'être nous-mêmes au milieu de gens qui, comme nous, ont le souci de conserver une sobriété heureuse sans pour cela centrer nos vies sur la lutte contre l'alcool.

Bien sûr, il est possible de demeurer sobres au milieu d'alcooliques non rétablis et également avec les gros buveurs, même si leur société peut parfois nous incommoder. Mais avec d'autres alcooliques devenus sobres, nous sommes assurés que notre rétablissement personnel est hautement compris et apprécié. Notre sobriété est aussi chère à ces amis que leur santé l'est pour nous.

La transition vers la pleine appréciation de notre sobriété se fait généralement lorsqu'au début nous partageons avec ceux qui en sont au même point que nous. En partant, il nous semble malaisé de nous lier d'amitié avec des membres sobres depuis longtemps.

Nous sommes généralement plus à l'aise avec ceux qui, comme nous, débutent dans leur sobriété. C'est pourquoi nos premiers appels téléphoniques au sujet de notre rétablissement sont généralement échangés avec nos« contemporains» dans les AA.

Il n'est pas nécessaire de connaître un individu en particulier pour recourir à la « thérapie du téléphone ». Puisque le numéro des AA est listé dans presque tous les annuaires de téléphone du Canada et aux États-Unis (ainsi que dans plusieurs autres pays), il est facile de le composer pour entrer aussitôt en contact avec un interlocuteur sincère et compréhensif. Il peut s'agir d'un parfait étranger qui nous comprend néanmoins honnêtement, avec ses tripes. Même s'il ne nous a jamais rencontré, la compréhension est là.

Dès qu'on a fait un premier appel, il est beaucoup, beaucoup plus facile d'en faire un autre lorsque nécessaire. Petit à petit, le besoin de parler juste pour repousser l'envie de boire s'estompe, et nous réalisons alors que nous avons contracté l'habitude de ces contacts téléphoniques amicaux et nous la conservons juste pour le plaisir.

Cela vient généralement plus tard. Au début, nous recourons à la« thérapie du téléphone» uniquement pour demeurer sobres. Nous remplaçons l'alcool par le téléphone. Même si nous ne croyons pas vraiment que ça va marcher. Même si au fond, nous ne le désirons pas vraiment.

Vivre sans alcool, page 30
Disponible dans les groupes AA


Vers le hautVolume 25, No 3 / Août 1989 – Septembre 1989 / Pages 10-12 (PDF pour impression)

37LA LANGUE M’A FOURCHÉ

Cela faisait à peu près deux mois complets que j'étais dans AA et je n'étais pas encore tellement solide. J'étais un peu perdu sur cette question de l'alcoolisme étant une maladie. Comme prêtre, cela me gênait d'avoir été choisi par ma Puissance supérieure pour attraper cette maladie. Pourquoi est-ce que ça n'aurait pas pu être quelque chose de plus acceptable socialement? Comme le diabète ou l'affaissement de la plante des pieds. Il me semblait que, peu importe ce que les gens avaient à dire à la réunion, l'alcoolisme était un problème moral. Après tout, n'avais-je pas été formé pour rechercher la brebis perdue?

Je me suis promené comme ça pendant un bon bout de temps, avec ces idées confuses et troublantes qui me traversaient l'esprit. Puis un jour ma Puissance supérieure est intervenue. (Elle a un bon sens de 1 'humour - et une partie de mon réveil spirituel est venue de ce que j'ai pu réapprendre à rire.)

Un matin, mon téléphone sonna. Soeur Marie, d'un couvent local, m'appelait pour me demander de dire la messe pour les soeurs. (J'ai toujours eu un tout petit peu peur des religieuses, ce qui est une terrible affliction pour un prêtre!) Je lui ai répondu que je devais y penser et que je la rappellerais. Tout de suite j'ai appelé mon parrain pour lui demander quoi faire.

« Vas-y, m'a-t-il répondu. En tant que prêtre, c'est ton devoir, n'est-ce pas? »

Alors, plus tard ce jour-là, j'ai repris le téléphone pour appeler soeur Marie et lui annoncer que je serais heureux de dire la messe le dimanche indiqué. Elle me donna l'adresse du couvent, lequel était nouveau pour moi. De la manière dont elle parlait, je compris qu'il s'agissait d'un petit groupe de religieuses, peut-être quatre ou cinq, qui seraient là pour la messe. Je préparai un simple sermon basé sur l'évangile qui devait être lu ce jour-là.

Puis arriva le jour fatidique. Je me rendis en taxi à l'adresse que la soeur m'avait donnée et je fus consterné d'y découvrir un grand et impressionnant édifice: c'était la maison mère de la communauté religieuse tout entière. Je me rendis en tremblant à la chapelle, où 400 religieuses environ attendaient patiemment que la messe ne commence.

« Et ce sermon? » pensai-je, affolé. Les simples mots que j'avais préparés à l'intention de cinq ou six religieuses, ne conviendraient jamais pour une assemblée plus imposante de 400. J'étais mort de peur. En me préparant pour la messe, pendant les deux ou trois minutes à ma disposition, je demandai à ma Puissance supérieure de m'aider. Dans la sacristie, je mis les vêtements sacerdotaux préparés par les soeurs à mon intention, et puis ce fut l'heure. Le coeur serré et les jambes molles, je fis mon entrée dans le sanctuaire.

Tout en avançant dans la cérémonie, je n'avais pas la moindre idée de ce que j'allais dire au sermon. Alors, le moment arriva de monter en chaire, d'annoncer la lecture de l'évangile et de prêcher. Je gravis les marches en direction de la chaire, tout en demandant à ma Puissance supérieure de me guider et de m'aider. Au moment d'entreprendre le sermon, au lieu de faire le signe de la croix, comme le veut la coutume catholique, je pris une grande respiration et dis « Mon nom est Dan et je suis un alcoolique ... »

Il se fit un silence dans la chapelle et je me rendis soudain compte de ce que je venais de faire, que je n'étais pas dans une réunion AA, mais à l'église. (À ce moment-là, ma Puissance supérieure devait certainement sourire, mais pas moi.) Les religieuses me regardèrent, passablement stupéfaites et inquiètes. Alors, ma Puissance supérieure m'a aidé à comprendre que, parmi ces 400 femmes, il pouvait y en avoir une ou plusieurs qui avaient des problèmes avec l'alcool. Sinon, peut-être avaient-elles des parents ou des amis aux prises avec des problèmes d'alcool. Alors, plutôt que d'avoir rompu mon anonymat par accident et de m'en faire avec ça, je décidai de parler aux religieuses au sujet du mouvement AA et des Douze Étapes (telles que je les comprenais, à l'âge mûr et avancé de deux mois et demi dans le mouvement).

Je terminai la messe tant bien que mal et quittai le couvent furtivement. Je n'y pensai plus - après avoir raconté à mon parrain ce qui s'était passé, celui-ci avait ri, puis m'avait dit de ne pas m'en faire pour ça et de m'enlever ça de l'idée - jusqu'à récemment.

Je suis retourné à ce couvent, huit ans plus tard, rendre visite à soeur Marie.

Pendant que je l'attendais dans le parloir à l'entrée, une autre religieuse est passée, s'est arrêtée, puis est entrée dans la pièce où j'étais assis. Elle me regarda et me demanda: « Dan?» Je fis signe que oui et elle enchaîna: «Mon nom est Ellen et je suis une alcoolique. Je veux vous remercier pour votre sermon, il y a huit ans. Grâce à vos paroles ce matin-là, j'ai pu trouver le courage de me rendre à AA ... »

Il y a longtemps que je ne me suis senti honteux ou gêné d'être prêtre et alcoolique. En fait, je suis plutôt fier que ma Puissance supérieure m'ait choisi pour en aider d'autres. Je crois maintenant que je suis un alcoolique non pas parce que ma Puissance supérieure me punissait pour quelque faute imaginaire, mais plutôt parce qu'elle m'invitait (m'invite) à tendre la main pour en aider d'autres qui n'ont pas encore trouvé le programme de rétablissement que nous appelons Alcooliques anonymes.

D.J., Cochabamba (Bolivie)
« A slip of the tongue »
© AA Grapevine, mars 1987
traduit et reproduit avec permission


Vers le hautVolume 25, No 3 / Août 1989 – Septembre 1989 / Pages 13-15 (PDF pour impression)

38EN ÉTAT D’HONNEUR

J'ai vu« Marie» seulement trois fois. La première fois, c'était un mercredi soir; j’étais arrivée de bonne heure à la salle de réunion, pour aider à placer les chaises et les cendriers. La secrétaire du groupe était dans la cuisine en train de faire du café.

La porte s'ouvrit et une petite femme indienne, très vieille, entra dans la pièce. Elle semblait extrêmement nerveuse. Je lui dis: «Allô! Entre et assieds-toi, nous allons commencer la réunion bientôt. »

Elle ne répondit pas, se contenta de se diriger directement vers une chaise contre le mur, au fond de la pièce. Elle s'assit, croisa ses mains sur ses genoux et regarda le plancher.

Alors que toutes les habituées entraient l'une après l'autre, on l'invita à se joindre à nous à la table, mais elle fit signe que non de la tête, les yeux baissés.

Pendant la réunion, Marie ne leva jamais les yeux. Elle écoutait avec une profonde attention. Au moment de nous prendre la main pour réciter la prière de fermeture, elle se leva par révérence mais ne se joignit pas au cercle.

Alors elle s'assit, encore une fois les mains sur les genoux, attendant que tous les membres aient quitté, sauf la secrétaire et moi. Puis elle s'approcha de moi et me dit: «Mon nom est Marie. Je bois trop. Je peux pas m'arrêter. Il paraît que vous comprenez les Indiens. Voulez-vous m'aider? »

La secrétaire acheva de nettoyer la cafetière, puis nous laissa seules, afin que nous puissions avoir une conversation privée.

Les larmes aux yeux, Marie me raconta comment son fils, un Indien d'âge moyen, très fort, trempé dans la tradition, l'avait empêchée de demander de l'aide. Il croyait que de sortir de la famille pour de l'aide attirerait la honte sur la famille, que les Indiens sont capables de s'occuper d'eux-mêmes. Les étrangers ne peuvent pas aider, parce qu'ils ne comprennent pas la tradition. Tout en essuyant les larmes de ses joues brunes, elle dit: « Mais je ne peux pas m'arrêter de boire. Personne dans la famille ne sait comment m'aider à arrêter. Qu ' est-ce que je peux faire? »

Elle m'expliqua que ce soir elle était sortie de la maison furtivement, pour ne pas que son fils le sache, et que, si elle se faisait prendre, elle serait en état de déshonneur dans la famille. Elle dit qu'elle ne pourrait jamais, jamais revenir à une autre réunion, car elle était effrayée de ce que son fils pourrait faire.

Je pris une grande respiration en priant que ma Puissance supérieure m'indique les bonnes choses à dire, et pendant l'heure qui suivit je dis à Marie tout ce que je pouvais me rappeler, qui puisse aider une nouvelle. Puis je suis sortie pour aller dans la malle arrière de ma voiture chercher un grand sac d'épicerie en papier. J'ai pris, dans ma «réserve d'urgence» de littérature AA, un Gros Livre, quelques brochures et une copie de la prière de la Sérénité, et les ai mis dans le sac.

J'ai dit à Marie: «Rapporte ces choses à la maison. Si ton fils t'interroge, dis-lui que tu es sortie chercher des choses dont tu avais besoin.» Je lui fis un clin d'oeil et dis: « Avec un peu de chance, il pensera que tu es allée à l'épicerie acheter des affaires de femmes. Quand il sera parti travailler, lis tout ce que je t'ai donné. Tu trouveras mon numéro de téléphone dans la couverture du Gros Livre, si tu as des questions. Essaie de mettre le mode de vie en pratique, comme on le suggère dans les 164 premières pages du livre. En attendant, nous ne croyons pas au mensonge, même le plus petit, alors attends le bon moment, et dis à ton fils où tu étais ce soir et ce qu'il y avait réellement dans ce sac. Et dis-lui comment la visite et les livres t'ont aidée. Tu pourrais être surprise de sa réaction. » Je lui dis de ne pas s'en faire, que personne ici ne trahirait son secret.

Elle s'en alla, emportant son sac d'espoir. Je ne m'attendais pas à la revoir un jour à une réunion.

Pourtant, six mois plus tard, encore une fois je suis arrivée tôt à la salle de réunion. Marie m'attendait dehors. Elle sourit, mit sa main sur mon bras et me dit: «J'espère qu'on va m'inviter à parler, ce soir, j'ai quelque chose à dire. »

Elle dit: «Je suis rentrée à la maison et j'ai fait ce qu'elle m'avait dit. J'ai lu tous les livres et chaque brochure. J'ai fait de mon mieux pour faire ce que dit le livre et j'ai réussi à arrêter de boire, une journée à la fois. Aujourd'hui, mon fils m'a dit qu'il était fier de moi parce que je ne buvais plus. Ça me semblait être le bon moment, alors je lui ai dit ce que j'avais fait. Il resta silencieux pendant un long moment et j'avais peur qu'il ne soit fâché, mais alors il me dit que je devais assister à une autre réunion. Il dit que je devais vous dire merci pour une vie nouvelle pour une vieille femme. Il me dit que j'avais attiré l'honneur sur la famille. Je suis sobre depuis cinq mois.

D'une certaine manière, la prière de fermeture avait une bien plus grande signification pour nous ce soir-là, alors que Marie mit ses mains brunes dans les nôtres et se joignit à nous.

J'ai vu Marie une troisième fois. Sa photo parut dans le journal deux semaines après qu'elle eut assisté à notre réunion. Marie était morte en paix, dans son sommeil. Sobre. En état d'honneur.

Nous avons envoyé des fleurs à ses funérailles. La carte disait simplement ceci: «Bienvenue dans la plus belle de toutes les réunions, Marie. Garde-nous une place.»

S.F.,Coulee Dam (Washington)
« A State of Honor » © AA Grapevine, mars 1987
Traduit et reproduit avec permission


Vers le hautVolume 25, No 3 / Août 1989 – Septembre 1989 / Pages 28-29 (PDF pour impression)

39SUIS-JE ARRIVÉE À L’HUMILITÉ

Ce travail n'est pas un témoignage mais le fruit d'une recherche dans la littérature parles 12 Étapes, le Mode de Vie AA, le Grapevine. Il est le reflet de mon état d'esprit actuel, et bien sûr, toujours susceptible d'évoluer. C'est en fonction des circonstances que j'ai choisi ce sujet. Je me suis rendue compte que certains échecs sont dus, en fait à mon seul orgueil. Je fais peut-être actuellement une fixation, mais sur ce point, je suis de plus en plus convaincue que ce que je croyais être des problèmes de timidité, de communication, ... découlent essentiellement de mon immense orgueil. Nos échecs eux-mêmes nous infligent des leçons d'humilité et celles-ci, si douloureuses soient-elles, nous sont indispensables.

Mais pour nous, qu'est-ce cet orgueil?

L'orgueil est le principal générateur de la plupart des difficultés que les hommes rencontrent, le principal obstacle au progrès réel. J'ai passé trop de temps dans ma vie à m'attarder sur les fautes des autres. La vanité qui nous permet de rester confortablement installés dans l'ignorance de nos propres défauts, en est une forme des plus subtiles et des plus perverses. Trop souvent on entend dire: « Sans lui (ou sans elle), comme j'aurais été heureux! »

Pour la plupart des gens, l'alcoolique vit une double vie. Il a tout du comédien. Aux autres, il présente son personnage de scène, celui qu'il veut que ses amis connaissent. Il veut jouir d'une certaine réputation qu'il sait, au fond de lui, ne pas mériter.

Et l'humilité, dans tout cela? Pendant bien longtemps, l'humilité fut, pour moi, synonyme de faiblesse et surtout d'humiliation. Heureusement, les AA m'ont aidée à m'évaluer exactement. Par leur exemple, ils m'ont montré que l'humilité et l'intelligence ne sont pas incompatibles à condition de placer l’humilité avant l'intelligence.

Au début de notre sobriété, nous nous sommes séparés de l'alcool. Il le fallait, sinon il nous aurait tué. Mais nous ne pouvions nous libérer de l'alcool sans faire d'autres sacrifices. Nous devions jeter par la fenêtre l'apologie de nous-mêmes, l'apitoiement sur nous-mêmes et la colère. Nous devions cesser ce combat futile visant à assurer notre prestige personnel. Nous devions assurer la responsabilité de notre état lamentable et cesser de blâmer les autres d'en être la cause. Était-ce des sacrifices? Oui, en vérité. Pour acquérir assez d'humilité et d'amour-propre pour simplement rester en vie, nous devions abandonner ce qui avait été réellement nos biens les plus chers: notre ambition et notre orgueil illégitimes.

Recourir à notre humilité est un moyen pour nous efforcer de faire disparaître nos autres faiblesses, tout comme nous l'avons fait en admettant notre impuissance devant l'alcool. Si l'humilité nous a permis de trouver la grâce qui a chassé cette fatale obsession de l'alcool, alors il devrait y avoir espoir d'obtenir de semblables résultats concernant les autres problèmes que nous pourrions avoir, quelle que soit leur nature. Alors que 1 'humilité était autrefois ressentie comme une pauvre nourriture qu'il fallait ingurgiter de force, elle commence à devenir maintenant un aliment nourrissant qui peut amener à connaître la sérénité.

Quant à moi, j'essaie dans la mesure de mes moyens, de rechercher la meilleure définition de l'humilité. Cette définition ne sera jamais absolument parfaite parce que je serai toujours imparfaite. Actuellement, j'adhère à celle de Bill qui nous dit: « L'humilité parfaite serait un état d'affranchissement complet de soi-même, la libération de toutes les exigences si lourdement inhérentes à mes défauts. L'humilité parfaite serait mon entière bonne volonté, en tout temps et en tous lieux, à connaître et à accomplir la volonté de Dieu tel que je le conçois.» Il ajoute: « qu'il ne faut pas se décourager en pensant ne jamais atteindre un tel idéal. Il ne faut pas non plus s'enorgueillir en espérant un jour pouvoir atteindre toutes ces vertus. » (5 articles de Bill « L'Humilité»).

Il suffit que ce principe me serve de point de repère et qu'avec le temps, je m'en laisse imprégner. Maintenant, il me semble me voir telle que je suis.

M. (Cointe), Partage - Octobre 1988


Vers le hautVolume 25, No 3 / Août 1989 – Septembre 1989 / Pages 37 (PDF pour impression)

40METTRE EN PRATIQUE CES PRINCIPES …

Quatrième Tradition: Chaque groupe devrait être autonome, sauf sur les points qui touchent d'autres groupes ou l'ensemble du mouvement.

  1. Est-ce que je soutiens qu'il n'y a que quelques bonnes façons de faire les choses dans AA ?
  2. Mon groupe considère-t-il toujours le bien-être de l'ensemble d' AA ? Des groupes avoisinants? Des « isolés» en Alaska? Des« internationaux », loin en mer? de tel groupe, à Rome ou au Salvador ?
  3. Est-ce que je rabaisse le comportement d'autres membres, quand il est différent du mien, ou bien est-ce que j'y apprends quelque chose?
  4. Est-ce que je garde bien en mémoire que, pour les gens de l'extérieur qui savent que je suis dans AA, je représente peut-être, jusqu'à un certain point, notre association bien-aimée tout entière?
  5. Suis-je prêt à prendre tous les moyens pour aider un nouveau venu à aller jusqu'au bout - ses moyens, pas les miens! - pour rester sobre?
  6. Est-ce que je partage ma connaissance des outils AA avec d'autres membres qui n'en ont peut-être pas entendu parler?
" Practice These Principles ... » ©AA Grapevine, avril 1987

Vers le hautVolume 25, No 3 / Août 1989 – Septembre 1989 / Pages 38-39 (PDF pour impression)

41BRIBES

 LA VOITURE DE DIEU

En plus du fait que mon loyer était dû et que je n'avais pas assez d'argent pour le payer, le concierge de l'édifice à logements où je demeurais m'informa que j'allais devoir déplacer la voiture brisée qui était dans le stationnement depuis deux mois.

Je me suis lancé dans mes« pauvre de moi» habituels et me suis fait dire par quelques amis AA de tout remettre à Dieu - y compris la voiture. Alors j'ai dit: «D'accord, Dieu, prends cette damnée voiture, elle est à toi. Déplace la, toi.» C'est ce qu'il a fait.

En l'espace de quelques secondes, nous avons entendu un énorme fracas.

Les éboueurs venaient d'échapper un conteneur à vidange sur la voiture de Dieu. Non seulement ont-ils acheté la voiture à un prix suffisant pour payer le loyer, mais ils l'ont aussi remorquée.

S.D., Port Isabel (Texas)
"God's Car ", AA Grapevine, avril 1987

LA RECHERCHE D'UN MIEUX ÊTRE

Tout alcoolique est à la recherche d'un mieux-être. Se sentant exclus de la société, il essaie de vivre dans un monde unique, c'est à dire: le sien.

Au début, tout ira pour le mieux, il aura découvert un élixir qui, il le croira, le rendra supérieur à son entourage. Par la suite, ce même élixir deviendra un poison pour lui. Graduellement, il perdra son identité, son caractère changera, ainsi que ses manières d'agir. Il aura franchi cette frontière invisible de la maladie de l'alcoolisme.

Les remords et le mal de vivre l'amèneront vers la période la plus creuse de son existence. C'est à ce moment, qu'il en viendra à demander de l'aide et que débutera la plus merveilleuse aventure; celle d' AA.

G., Kirkland ( Qc )

A L'AIDE DES ETAPES

Mon nom est C., je suis un alcoolique. Il y a près d'un an, je tentais d'arrêter de boire par mes propres moyens, cela dura deux mois. Je connus ensuite la rechute, la descente vers les bas-fonds.

À un moment, j'ai eu l'idée d'aller dans une maison de thérapie. C'est là que j'ai connu le mouvement des Alcooliques Anonymes, c'est là que j'ai trouvé l'amour que je cherchais depuis longtemps. C'est là aussi, que je me suis rapproché de ma Puissance supérieure, Dieu. J'ai commencé à mettre les Étapes de notre programme en pratique, petit à petit. J'ai aujourd'hui sept mois d'abstinence, et à chaque jour, je fais un pas de plus. Merci à tous.

C., Rive-Sud (Qc)

OUI, JE SUIS BIEN UN ALCOOLIQUE

Je m'appelle D., je suis une alcoolique.

Ça m'a pris plusieurs vingt-quatre heures avant de pouvoir m'identifier comme alcoolique ... J'étais très malheureuse et j'avais besoin d'aide. Je ne m'aimais plus et je demeurais avec un homme qui buvait à tous les jours. J'ai entendu parler d'Al-Anon, et j'ai fait plusieurs vingt-quatre heures dans Al-Anon. Dans ce mouvement, on nous suggère de faire des meetings AA afin de mieux connaître la maladie. À mon premier meeting AA, je me suis demandée « serait-il possible que je sois alcoolique. »

Un jour, j'ai lu dans le Gros Livre, que si j'en doutais, je n'avais qu'à recommencer à boire et c'est ce que je fis. Après avoir bu durant quelques jours, j'ai admis que j'étais une alcoolique en puissance et que je n'avais plus besoin de m'enfoncer davantage pour m'identifier.

Depuis ce temps, à chaque fois que je me pose des questions, je n'ai qu'à repenser à ce qui m'a fait le plus mal lorsque je buvais, et j'ai pas le goût de recommencer.

Aujourd'hui, je suis heureuse et je continue à mettre en pratique notre merveilleux mode de vie.

D.P.- Montréal

Vers le hautVolume 25, No 3 / Août 1989 – Septembre 1989 / Pages 42-43 (PDF pour impression)

42ALCO-ACTUALITÉ

LA MANIÈRE DOUCE CONTRE L’ALCOOLISME

Parmi les 6,000 employés de la grande entreprise pharmaceutique Schering, à Berlin-Ouest, 300 sont alcooliques. Les renvoyer aurait coûté trop cher, aussi la direction a-t-elle mis au point un «programme interne» de lutte contre l'alcoolisme.

Multiplications des fautes professionnelles, manque de concentration, perte de rendement, les méfaits de l'alcoolisme sur le travail sont connus. Mais il n'est pas facile de renvoyer des employés qui sont souvent dans la maison depuis des années.

En outre, le droit du travail ouest-allemand considère l'alcoolisme comme une maladie, avec «obligation d'assistance» de l'entreprise et prise en charge des caisses d'assurance. Tout cela coûte cher.

Trop au goût de beaucoup des entreprises de la RF A, qui ont préféré, à l'image de Schering, venir en aide à leurs employés en leur procurant assistance médicale et soutien psychologique. Ainsi, BASF, Bayer, Boesch, Siemens ou Volkswagen, pami les plus connues, disposent aujourd'hui d'un tel programme.

Consommation inquiétante

Les chiffres de consommation d'alcool ont atteint des niveaux inquiétants: les Allemands de l'Ouest boivent en un an 1451itres de bière, plus 25 litres de vin, plus six litres de schnaps par personne (chiffre de 1985). Cette moyenne avait été calculée en tenant compte de l'ensemble de la population de la RFA, enfants compris.
 
En 1987, 1.8 million d'Allemands de l'Ouest étaient considérés comme alcooliques. Qui plus est, selon une étude récente de l'Office fédéral de la Santé, 12 millions de citoyens de la RFA boivent sur les lieux de leur travail, souvent de façon quotidienne.

Pour assurer le suivi de son «programme interne », Schering a recruté 23 travailleurs sociaux dans son service du personnel. Leur rôle : exercer une « pression constructive » sur les employés concernés, en alternant mesures disciplinaires et offres de soutien.

L'employé alcoolique est convoqué pour un premier entretien. «Nous nous attachons uniquement à l'évocation des fautes professionnelles », explique le chef du personnel de l'entreprise pharmaceutique, Dietz-Cornelius Valentien. Doucement, on en arrive à parler« de possibles problèmes d'alcoolisme qui y seraient liés », poursuit M. Valentien.

Désintoxication

La personne concernée est ensuite envoyée dans un établissement de désintoxication. Il lui est clairement spécifié que son poste de travail lui est conservé, à condition qu'elle fasse montre d'un changement d'attitude à son retour de cure.

Si la première tentative échoue, l'employé doit se rendre à un deuxième entretien, plus formel celui-là, auquel assistent plusieurs responsables de l'entreprise. «J'étais complètement silencieux », raconte Harald Wahl, qui a mis plusieurs années à se défaire de sa dépendance vis-à-vis de l'alcool. «Je savais que cette fois-ci c'était sérieux ».
 
Stricte interdiction de consommer de l'alcool sur les lieux du travail, visite obligatoire à un groupe d'entraide. La pression de l'entreprise est devenue manifeste. Mais les plus récidivistes reconnaissent que cette mise en demeure leur était nécessaire. «J'avais tout simplement besoin de cette pression de l'entreprise. Sinon je ne me serais jamais pris en mains» estime M. Wahl

Journal de Montréal, 1er juin 1988

Vers le hautVolume 35, No 3 / Août 1999 – Septembre 1999 / Pages 9 (PDF pour impression)

43AVEC DE L’ESPOIR

Je vous écris ce petit mot pour vous dire combien vous me faites du bien. Je suis détenue depuis peu pour avoir perdu la maîtrise de ma vie, même si je n'ai consommé aucune substance. J'ai commis un délit; pourtant ça fait sept ans que je n'ai pas bu d'alcool. Il s'est formé un froid avec quelques membres de ma famille. Je suis une vraie marmite sous pression: je peux être bien pendant un certain temps et, tout à coup, j'explose en frustration et je pose des gestes agressifs comme celui qui m'a amenée ici. Il y a quelque chose que je n'ai pas compris. Je poursuis quand même mes réunions des AA à l'intérieur des murs, car c'est ma bouée de sauvetage. Je me confie à mon Être supérieur, Dieu. Je commence à trouver quelques réponses. Je lis beaucoup de littérature des AA et je continue à garder espoir, car je sais que je vais m'en sortir un jour. Même si ce n'est pas facile, je veux dire au nouveau de garder espoir, car ça marche, les AA.

Une détenue

 


Vers le hautVolume 35, No 3 / Août 1999 – Septembre 1999 / Pages 22 (PDF pour impression)

44LES SERVICES DANS LES ALCOOLIQUES ANONYMES

Les services dans les Alcooliques anonymes m'ont permis de rencontrer mon parrain de service, qui est ensuite devenu mon parrain. Je n'aurais jamais cru qu'un jour ce serait possible pour moi d'avoir une relation comme celle que je vis aujourd'hui.

Tout cela s'est produit lorsqu'un jour, j'assistais à une réunion des R.LV. dans mon district, simplement par curiosité. J'avais dit, lors de mes débuts dans les AA, que je ferais tout dans les AA, quand ce serait le temps. P ... qui était R.L. V. dans son groupe, avait besoin d'un adjoint. «Tu vas être mon adjoint ». J'ai dit« OK! ». J'étais dans le Mouvement depuis trois mois comme adjoint au RL.V. et ensuite, le R.L.V.D. m'a demandé d'être son adjoint. Cela m'a surpris. Je me demandais: «Pourquoi moi?» Je n'avais pas beaucoup confiance en moi. Il est certain que, pour moi, c'était un gagnant et j'ai décidé de lui faire confiance et de me laisser guider. Il me disait tout le temps combien ça pouvait lui apporter de servir comme RL.V.D. : de voir arriver des nouveaux membres qui parlaient très peu et qui, après quelques réunions, commençaient à se sentir à l'aise et parlaient plus, qui posaient des questions, qui commençaient à s'intéresser à la littérature, qui après leur terme de R.L.V. acceptaient des mandats de responsables de la littérature ou de l'accueil du nouveau, de R.S.G.

C'est pour cela qu'il est important d'avoir des R.L.V. dans les groupes, qui vont devenir des serviteurs de confiance. Après dix mois comme R.L.V.D., je comprends ce qu'il me disait: la confiance que ce poste m'a donnée, j'ai pu l'utiliser à mon travail, ce qui me permet de prendre ma place.

Dan

Vers le hautVolume 35, No 3 / Août 1999 – Septembre 1999 / Pages 23 (PDF pour impression)

45MES QUATRE PATTES

Si j'ai bu, ce n'est pas parce que j'étais le sixième d'une famille de huit enfants. J'ai bu parce que je voulais avoir du plaisir. Au début, c'était vrai, mais, par la suite, la maladie a fait son œuvre et je buvais pour fuir les réalités quotidiennes.

Quand je suis arrivé chez les AA, j'avais entendu dire que je tomberais en amour avec le Mouvement et c'est arrivé! Je vais vous partager ce que j'ai retenu d'un congrès des AA à Hull, au Québec. Un alcoolique racontait que sa façon de s'asseoir sur une chaise, pour être bien à l'aise, c'était sur quatre pattes et il a défini les quatre pattes.

La première patte était les réunions des Alcooliques Anonymes le plus souvent possible.

La deuxième patte était l'implication. L'implication pour moi, au début, c'était d'être l'animateur, le RSG, le représentant à la littérature, le représentant de la douzième Étape et celui qui fait le café. Mais aujourd'hui, je peux vous dire que c'est bien plus que cela.

D'après moi, c'est l'alcoolique qui partage avec un autre alcoolique; c'est de ramasser sa chaise, son verre à café, son cendrier; c'est donner à la collecte pour payer mon café, la salle et tous les services des AA. Là dessus, je me suis fait un cadeau: j'ai assisté à une fin de semaine d'information sur les services des AA.

La troisième patte, c'est d'avoir un parrain avec qui partager. Je ne dis pas que c'est la recette miracle, mais je partage avec mon parrain tous les jours ou presque. On parle de choses et d'autres, mais la majorité du temps, ça tourne toujours aux vraies choses du quotidien.

La quatrième patte, c'est d'essayer d'avoir dans mon quotidien le mode de vie des AA, la prière de la Sérénité qui dit tout, les slogans et les Étapes des AA. Je dois vous avouer que je ne fais pas cela tous les jours, mais quand je débarque de ma chaise des AA, j'essaie de me rasseoir sur mes quatre pattes et je peux vous dire que ça marche.

Merci au conférencier de Hull de m'avoir éclairé et permis d'être bien le plus souvent possible.

Michel P., Saint-Hubert

Vers le hautVolume 35, No 3 / Août 1999 – Septembre 1999 / Pages 33-34 (PDF pour impression)

46SEC COMME UNE RÔTIE

Mon problème est à peu près le vôtre! C'est ce qui m'encourage à vous exposer mon cas. Je m'appelle Urbain, je suis un alcoolique, né d'un père et d'une mère non alcooliques. Mon frère aîné faisait de la bière, c'est ce qui m'a amené, en 1928, à l'âge de six ans, à consommer de l'alcool.

Je suis allé à l'école jusqu'à l'âge du séminaire, mais une controverse survint: je voulais devenir un avocat et mes parents, eux, voulaient que je sois un prêtre. Alors, j'ai pris le marché du travail et la boisson a toujours progressé.

Comme tout bon alcoolique, je me suis marié en 1947 à l'âge de vingt-cinq ans, en boisson. Je me suis rendu compte que j'étais marié à une jolie fille. Elle m'a donné trois beaux garçons et une fille; c'est une belle famille que j'adore.

Mon épouse est décédée après trente-cinq ans de vie commune. J'avais alors huit mois de sobriété ou d'abstinence par mes propres moyens, c'est-à-dire sec comme une rôtie.

Un mois après, j'ai vécu une rechute qui a duré quatre mois. Je consommais deux caisses de vingt-quatre bières par jour, sans manger un repas, car si je mangeais, je ne pouvais plus boire.

Je vais vous dire aussi que j'ai commencé à fréquenter l'hôpital en 1962. J'ai alors subi un premier infarctus et ce jeu s'est poursuivi jusqu'en 1983. Cette année-là, j'entrais à l'hôpital pour l'ablation d'une tumeur au sein; le lendemain de l'opération, je sortais de l'hôpital et, le soir même, j'étais ivre mort. J'ai continué à boire pendant huit jours. Le 15 de ce même mois, je suis rentré à l'hôpital pour une insuffisance cardiaque. Je suis demeuré neuf jours aux soins intensifs. J'ai pris une autre cuite de deux jours à ma sortie. J'ai dû être hospitalisé à nouveau. Le médecin m'annonce que la médecine ne peut plus rien dans mon cas: ce n'est qu'une question de temps.

Alors, j'ai continué mes cuites jusqu'à ce que je rencontre, lors d'une hospitalisation, une petite femme de 28 ans. Elle m'a parlé des AA et de son bonheur. Elle en était à sa deuxième année de sobriété. À ma sortie de l'hôpital au début d'octobre, j'ai pris une autre cuite de deux jours. Je suis très malade, alors, et je prends contact avec elle. Le matin même, elle entre chez moi. Elle m'apportait de la littérature des AA ainsi que les douze questions.

J'étais un alcoolique pure laine, à 100%. En octobre 1983, j'ai assisté à ma première réunion, après un cheminement de quatre jours avec elle. Je dois vous dire que, la même semaine, elle m'avait donné le truc pour enlever la soif. Avec la sincérité que j'avais à ce moment -là, elle a été ma planche de salut. J'ai donc profité de la grâce de Dieu, car c'était peut-être ma seule chance. Je suis sobre depuis octobre 1983 et ma dernière hospitalisation remonte au mois de décembre de la même année. Je suis devenu sobre et c'est le chemin qui conduit au bonheur. Je vais fêter bientôt toutes ces années de sobriété heureuse, par la grâce de Dieu et l'aide des membres des AA et des réunions assidues.

Ça marche pour moi et je crois que ça va marcher pour toi. Ce n'est pas la longueur des années qui compte, ce sont les 24 heures que tu réussis à passer sans boire. Bons 24 heures

Urbain V., Mistassini

Vers le hautVolume 35, No 3 / Août 1999 – Septembre 1999 / Pages 35-36 (PDF pour impression)

47LA GRANDE EXPÉRIENCE DES SERVICES CHEZ LES AA

Bonjour mes amis et amies. Mon nom est Michel et je suis un alcoolique. J'écris ce texte pour témoigner des bienfaits et des cadeaux qui nous sont donnés lorsque l’on dit OUI aux services dans le mouvement des Alcooliques Anonymes. J'ai maintenant cinquante-trois ans et j'ai eu le privilège de prendre un gâteau anniversaire de vingt ans en mars dernier. Je suis marié depuis trente ans et j'ai deux enfants dont un garçon de vingt -neuf ans et une fille de vingt -six ans.

Suite à un appel à l'aide de ma part, Denis est venu me chercher chez moi, il y a vingt ans, pour me présenter aux Alcooliques anonymes. Dès ma première réunion, je le comprends aujourd'hui, j'ai eu le grand privilège d'aimer le mouvement des AA et ses membres. À compter de ce moment, ma vie a commencé à changer parce que j'ai commencé à écouter et à apprendre par les publications des AA et, surtout, par l'exemple des membres qui m'entouraient.

Je me souviens qu'au tout début mon parrain m'a dit que si je voulais rester sobre et être bien dans ma peau, je devais dire OUI lorsque l’on me proposait une fonction. J'ai donc accepté les fonctions que l'on m'a données dans le groupe, sans analyser en profondeur les pourquoi et les comment, mais tout simplement en disant OUI et en croyant que si j'avais une fonction, j'y serais bien et je grandirais, en plus de servir notre mouvement des AA.

Je croyais, avec tout l'orgueil que j'avais à ce moment, qu'en disant OUI, je pourrais aider le Mouvement et les membres, mais j'étais loin de me douter que je serais celui qui serait le plus aidé en servant.

Je crois sincèrement que j'acceptais des fonctions parce que j'étais bien et que ça me rendait heureux d'être parmi les membres des AA.

J'ai servi au niveau du groupe et, sans m'en rendre compte, ces fonctions remplissaient chez moi un énorme manque d'appréciation, de valorisation et d'amour. Imaginez, pendant toutes ces années d'alcoolisme, je n'étais jamais au bon endroit au bon moment et jamais quelqu’un ne m'avait dit: «C'est beau Michel. Tu fais bien ça, Michel. Continue, on a besoin de toi. » Dans le groupe, les membres démontraient ces sentiments envers moi ... Quelle sensation!. .. Merci! …

C'est d'ailleurs ce qui m'a permis de continuer: cette fraternité des membres que j'ai toujours appréciée tout au long de mes années de service.

Je vous entends, ceux qui disent: « Il y a de la controverse dans les services » ... Eh oui! Mais la controverse m'a aidé à me dépasser, à changer d'idée, à grandir. Et oui, ça fait partie des services dans les Alcooliques anonymes et c'est un des ingrédients qui permet la transformation que nous recherchons tous.

Alors, j'ai servi au niveau du groupe, ce qui, un jour, m'a permis de découvrir le district où j'ai servi tour à tour comme responsable de l'information publique, A.R.D.R et R.D.R. Ensuite, j'ai découvert la région où j'ai servi comme vice-président, délégué-adjoint et délégué.

Imaginez: auparavant, personne ne me faisait confiance; même mon épouse ne me faisait plus confiance pour aller au dépanneur. Chez les AA, vous me faites confiance au point de me confier des responsabilités comme celle de représenter les groupes de la région à la Conférence des Services Généraux à New York.

Michelà suivre ...

N.D .L.R. - Exceptionnellement, ce témoignage se poursuivra dans notre prochain numéro

Vers le hautVolume 35, No 3 / Août 1999 – Septembre 1999 / Pages 39-40 (PDF pour impression)

48LE PARRAINAGE DE SERVICE

Le parrainage chez les AA reste essentiellement le même, qu'il s'agisse d'aider un autre individu dans son rétablissement ou de l'introduire aux services. On peut le définir comme le partage de l'expérience d'un alcoolique qui a fait certains progrès dans son rétablissement ou dans son fonctionnement dans les services avec un autre qui en est à ses débuts. Ces deux formes d'accompagnement découlent des aspects spirituels de notre programme.

Certains peuvent penser qu'ils ont plus à offrir dans un domaine que dans l'autre. Il incombe au parrain de service d'expliquer les divers aspects du service: organisation d'une réunion, travail de comité, participation active aux congrès, et ainsi de suite. Il est important que le parrain de service aide l'individu à faire la différence entre les besoins du Mouvement, ses propres besoins ou ceux d'un autre membre de groupe.

Le parrain de service commence par encourager le membre à s'impliquer dans son groupe d'attache: café, publications, nettoyage, assistance aux réunions d'affaires ou d'intergroupe, etc. Le parrain de service devrait se rappeler que tous les membres n'ont pas le désir ou les qualifications nécessaires pour aller au-delà de certains échelons et conséquemment, le parrain de service peut aider l'individu à trouver les tâches répondant à ses talents et à ses intérêts. Quels que soient les échelons de service où s'implique une personne, ils tendent tous vers le même objectif: partager l'ensemble des responsabilités des Alcooliques anonymes. Éventuellement, le parrain de service encourage le membre intéressé à cette forme de service à assister aux réunions de district et à connaître l'histoire et la structure des Alcooliques Anonymes. La personne qui s'initie à cette tâche devrait commencer à comprendre les responsabilités du travail de service et éprouver de la satisfaction quant à cette forme de douzième Étape. On devrait encourager ces membres à participer aux activités de district et à envisager leur élection à des postes d'adjoints dans le district, afin de connaître les responsabilités des diverses tâches dans la structure de service. Pendant cette période, il est important que le membre continue de s'imprégner des trois legs, l'Unité, le Rétablissement et le Service, et qu'il comprenne que le principe de la rotation lui permet non seulement de progresser dans les services, mais offre aussi aux nouveaux le privilège de servir. La rotation nous permet en plus de comprendre que personne ne devrait s'accrocher à un poste de confiance assez longtemps pour en éprouver un droit de propriété, décourageant de ce fait les nouveaux qui s'intéressent aux services. Désormais, grâce à la connaissance et à l'expérience, le membre plus nouveau est conscient que le service est notre produit le plus important après la sobriété. Sachant cela, il peut partager sa vision avec d'autres et assurer l'avenir du mouvement des Alcooliques anonymes.

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