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  La Vigne AA, revue internationale bimestrielle des Alcooliques anonymes  
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Témoignages...

Quatre décennies de témoignages!

À lire dans la section partages du site Internet de La Vigne, des témoignages et articles choisis dans des éditions parues au cours des 40 dernières années. Notre guide pour cette sélection : le mois de parution doit être le même que La Vigne en cours; l’année d’édition doit être de dix ans, vingt ans, trente ans et quarante ans en arrière; cinq ou six textes doivent être choisis dans chaque numéro sous les thèmes Étapes, Traditions, Concepts, Service, Groupe d'attache, le nouveau, la maladie; aucune manipulation du texte sinon à sa mise en page en format Word qui permet l’impression pour accomoder les groupes de discussion qui souhaiteraient s’en servir.

PLUS PRÉCIEUX QUE LA VIE
INCENDIE DANS LA «CUVETTE»
NOUS NE SOMMES JAMAIS SEULS
AA SUR CANAPÉ
LA PEUR : UN MANQUE DE FOI
JE CROYAIS QUE TU POUVAIS M’AIDER
LA PREMÈRE TRADITION
RESSENTIMENTS
EN PRISON IL APPRIT À FAIRE FACE AU MONDE EXTÉRIEUR
UNE ANECDOTE AA
MON ARTICLE DU SATURDAY EVENING POST
CITATIONS
ALCO-ACTUALITÉ
CETTE TREIZIÈME ÉTAPE
JE SUIS À BOUT
JE NE VEUX RIEN SAVOIR DE CE PROGRAMME AA
MON PROBLÈME MAJEUR, LE MANQUE D’HONNÊTETÉ
L’ALCOOLISME, UNE MALADIE DES ÉMOTIONS
CHERS AMIS ET AMIES AA
NOUS SOMMES TOUS SEMBLABLES DEVANT L’ALCOOL
JE LUI SERAI À TOUT JAMAIS RECONNASSANTE
LE SERVICE
PLIER LES GENOUX
SOUFFRANCE

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Volume 26, No 3 / Août 1990 – Septembre 1990 / Pages 2-5 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

PLUS PRÉCIEUX QUE LA VIE

Parfois, au moment où je m'y attends le moins, je me prends à me demander quelle impression cela ferait de retourner boire. Je me retrouve en train d'examiner l'un des nombreux nouveaux bars qui ont poussé dans mon quartier, et j'observe les buveurs de la nouvelle génération, jeunes et attrayants, qui s'amusent follement. Au fait, qu'est-ce que ça goûte, ces fameux coolers? Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas pris de boisson ou de drogue, que peut-être - je dis bien, peut-être - ce serait différent, cette fois. Peut-être qu'après plus de sept ans il ne reste plus à mon vieux corps une seule cellule alcoolique. N'ai-je pas appris à être responsable et raisonnable dans presque tous les domaines de ma vie? Dieu sait si je connais les pièges d'une boisson incontrôlée. Je suis un expert dans les questions de problèmes de boisson, ce qui fait de moi la personne la plus qualifiée pour les éviter, n'est-ce pas?

En fait, je n'ai jamais voulu être un buveur responsable; ça m'a toujours procuré des sensations, d'être sur la corde raide; j'ai courtisé le désastre aussi sûrement que le plaisir, et retourner boire, ce serait embrasser le chaos.

Moi et "Cliff", nous avions beaucoup en commun. Nous avions tous les deux commencé à boire dans les années 50 et nous étions tous deux devenus des épaves des bas-fonds de New York. Nous avons tous les deux mis beaucoup de temps à accrocher au mode de vie, après avoir connu AA; Cliff a mis dix-sept ans à obtenir une année de sobriété, et ça m'a pris huit ans avant de passer une année sans consommer quoi que ce soit.

Cliff est devenu sobre pendant la période où je tentais encore d'accrocher; quelques mois sobre, puis soûl ou drogué pendant quelques semaines, je suivais un scénario mortel qui me semblait sans issue et sans espoir. Mais après que Cliff eut réussi à rester sobre un an, j'ai eu une toute petite lueur d'espoir pour moi-même – pas une lueur très forte, bien sûr, mais une lueur tout de même.

On tend à voir les progrès de quelqu'un qui a eu des rechutes à répétition avec un regard sceptique, sinon pessimiste. Et c'était comme ça avec Cliff. Cela ne faisait pas trois mois qu'il était revenu, qu'il s'affairait à l'accueil; il restait après presque chaque réunion, pour essuyer le plancher (une tâche qu'il avait remplie auparavant, entre les rechutes – il n'y avait donc rien de bien nouveau cette fois-ci). Après environ six mois, pourtant, nous avons commencé à nous dire qu'il y avait quelque chose de changé chez Cliff, cette fois: il semblait à la fois plus sérieux et, d'une certaine manière, plus détendu; il levait la main pour parler plus souvent et disait des choses vraiment intéressantes. Il semblait y avoir plus d'honnêteté, cette fois, plus d'engagement.

Après sept mois de sobriété, Cliff nous a annoncé qu'il s'était trouvé un bon emploi à temps plein à la ville, le premier emploi digne de ce nom qu'il ait eu depuis des années. Certains d'entre nous ont alors pensé que Cliff allait désormais ralentir le rythme des réunions, et nous nous demandions comment il allait maîtriser l'infâme syndrome du "jour de paie". Tellement d'alcooliques se débrouillent bien tant qu'ils sont cassés, mais dès qu'arrive le premier grand jour de paie ils sont partis – ils prennent la route et disparaissent ! Cliff n'aurait pas pu mieux maîtriser la situation : quand le jour de son premier chèque est arrivé, il a demandé à un autre membre de l'accompagner pour aller l'encaisser, payer quelques dettes et ouvrir un petit compte à la banque. Il assistait à autant de réunions, sinon plus, qu'auparavant.

Avant même son premier anniversaire, Cliff parlait déjà fréquemment dans les hôpitaux, les prisons et les centres de désintoxication. Il dégageait une force tranquille, sérieuse, qui attirait les nouveaux venus, les "rechuteurs" chroniques et les cas difficiles. Après un an et demi de sobriété, il avait une demi-douzaine de "filleuls". Il demeurait toujours dans un foyer pour assistés sociaux, près du fleuve, où étaient hébergés des ivrognes, des drogués et des psychotiques; beaucoup de ces hommes ont été amenés à leur première réunion AA par lui - et certains d'entre eux se sont rétablis.

Il nous apparaissait clairement, dans notre groupe, que Cliff avait une qualité spéciale; même les anciens membres commençaient à s'en remettre à lui. Après deux ans et demi. Cliff semblait aussi fort que n'importe quel autre membre déjà rendu sobre par notre groupe. Il avait eu plusieurs tâches dans le groupe et nous l'avons choisi pour être l'un de nos trois responsables des nouveaux; en même temps, il est devenu président de notre groupe par acclamation.

Ce fut une année bien remplie pour Cliff. En plus de son prestige accru à l'intérieur du groupe, il était aussi devenu superviseur à son travail, il s'était fait une petite amie, s'était trouvé un appartement, avait quitté le foyer pour assistés sociaux et versé un acompte sur une voiture neuve. Je suis sûr que quelques-uns des types les plus prudents pensaient que Cliff allait trop vite, mais je ne me rappelle pas l'avoir entendu dire à l'époque – après, seulement...

Je revenais tout juste de l'une de mes nombreuses rechutes, lorsque c'est arrivé. C'était un lundi soir et je remarquai que quelqu'un prenait la place de Cliff parmi les responsables des nouveaux. À la pause entre les réunions, personne ne savait ce qui était arrivé à Cliff; il n'avait appelé personne pour dire qu'il serait absent, et personne ne pouvait l'appeler, parce que le téléphone n'était pas encore branché à son nouvel appartement. Le lendemain, quelqu'un a appelé à son travail, mais on n'avait pas eu de nouvelles depuis vendredi. Mercredi, nous savions tous que Cliff buvait. Ce soir-là, à la réunion, l'atmosphère était tellement pleine de pressentiments et de tristesse qu'on se serait cru à une veillée mortuaire.

Pendant les semaines qui suivirent, le groupe fut à l'agonie. Différents membres qui étaient proches de Cliff ont tenté de le faire s'inscrire dans un centre de désintoxication. Je ne me rappelle plus s'ils ont réussi à le convaincre, mais s'il est effectivement allé en désintoxication, il n'est pas resté longtemps, car sa boisson ne lui laissait pas beaucoup de répit. Il a assisté à plusieurs réunions pendant cette période. Il s'assoyait en arrière, le dos contre le mur. Il ne disait presque rien à personne, et il était très difficile et délicat pour la plupart d'entre nous de l'aborder. Comme s'il avait dit: "Je suis là, mais rien de ce que vous pourrez dire ou faire n'y changera quoi que ce soit."

Moi qui m'étais si étroitement identifié à Cliff, j'ai presque tout perdu le peu d'espoir que j'avais de devenir sobre. Si Cliff, malgré toute sa force, échouait après presque trois ans d'une sobriété stable et solide, quel espoir me restait-il?

Nous avons essayé de comprendre pourquoi Cliff était retourné boire. On a fait plusieurs hypothèses: il était allé trop vite; il se passait trop de choses en même temps, dans sa vie, il y avait trop de changements; son ego l'avait poussé à reboire et l'empêchait de revenir; il ne parlait pas suffisamment de ce qui se passait réellement; son parrain aurait dû voir les signaux d'avertissement; il se fiait trop à sa propre force et pas assez à sa Puissance supérieure; faisait-il assidûment ses Étapes?

C'est normal pour nous de faire ce genre d'analyse après coup. Nous croyons que si nous découvrons les raisons de la rechute de quelqu'un, nous pourrons prendre les moyens pour éviter que la même chose ne nous arrive. J'étais sûr que Cliff reviendrait, plus triste mais plus sage, prêt à compter à nouveau ses jours de sobriété. Nous avions rechuté et nous étions revenus si souvent, tous les deux - y avait rien là.

Le jour de sa disparition, un membre avait vu Cliff assis dans sa nouvelle voiture, stationné à quelques coins de rue du fleuve, buvant à même son 26 onces. Plus tard, un témoin a raconté à la police qu'il avait vu la voiture défoncer la barrière, foncer sur la jetée abandonnée et plonger dans l'eau.

Cliff a mis fin à ses jours il y a dix ans. Je connais plusieurs hommes, aujourd'hui sobres, qui ont été amenés à leur première réunion par Cliff; un autre, qui a eu Cliff comme parrain, est sobre depuis onze ans, Cliff m'a aussi légué quelque chose, mais je n'ai pas pu le voir avant d'avoir accumulé autant de sobriété que Cliff en avait quand il a rechuté et s'est tué.

Deux ans après sa mort, j'ai finalement jeté l'éponge. Ça faisait plus de sept ans que je m'habituais à la sobriété à crédit, et un matin au réveil, j'ai su que c'était fini: j'avais été soûl, j'avais été sobre et je m'apercevais enfin que j'étais mieux sobre. Pas très spectaculaire, mais c'est comme ça que ça s'est passé pour moi.

Après trois ans de sobriété, ma vie avait complètement changé: j'avais commencé à faire les choses dont j'avais rêvé; ma vie avait acquise une dimension et une profondeur que je n'aurais pas pu imaginer trois ans auparavant; il y avait dans ma vie des personnes aimées et aimantes, Il m'est apparu à ce moment-là que j'avais amassé un capital de sobriété que je ne pourrais pas facilement supporter de perdre: je ne me voyais pas en train de recommencer une fois de plus, Cette sobriété était devenue plus précieuse que la vie, plus précieuse que toute vie sans sobriété! Voilà ce que m'avait légué Cliff: la sobriété est précieuse! Ce que je n'ai pu savoir qu'après en avoir accumulé un peu.

Je ne sais pas ce qui a pu se passer dans la téte de Cliff le dernier jour de sa vie, Ça faisait presque un mois qu'il buvait; sa décision d'en finir n'était pas rationnelle, mais je peux comprendre son désespoir d'avoir perdu le cadeau qui avait tellement bouleversé sa vie. C'est facile de dire que l'orgueil l'a empêché de revenir, mais quel pouvoir avait-il sur l'orgueil dans l'état où il était? Tout ce qu'il savait, c'est qu'il ne voulait pas vivre, si cela voulait dire vivre la vie d'un alcoolique actif, lui qui avait goûté les doux fruits de la sobriété.

R,K" New York (N,Y,)
© AA Grapevine, septembre 1987,
"More Precious Than Life"

Traduit et reproduit avec permission

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Volume 26, No 3 / Août 1990 – Septembre 1990 / Pages 8-9 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

INCENDIE DANS LA «CUVETTE»

Combien de fois entendons-nous, dans des réunions, des choses qui nous aident, même si nous ne nous en rendons compte que beaucoup plus tard? J'en ai eu un exemple très spectaculaire récemment.

La première fin de semaine de mai, je me suis rendu en voiture de Millstone, petite localité des Appalaches où j'avais ma maison, à Lexington dans le Kentucky pour assister à quelques réunions. Comme le trajet est d'environ trois heures et demie, j'ai couché là, samedi soir, chez un ami dans le mouvement.

Le dimanche matin, je suis allé dans une réunion où le conférencier avait une histoire très touchante. Il racontait qu'alors qu'il avait environ dix-huit mois de sobriété, il avait trouvé, en rentrant chez lui, un soir après une réunion, sa maison rasée par les flammes et ses quatre enfants morts tragiquement dans l'incendie. son message était simple: c'était Dieu comme il le concevait qui lui avait permis de rester sobre dans cette terrible épreuve. Il dit aussi qu'il avait appris que rien n'est éternel et qu'aucun malheur, absolument aucun, ne pouvait être assez grand qu'il serve d'excuse pour boire. Il s'attarda quelque peu sur l'incendie et en fit même la remarque, en disant: "D'habitude, je ne m'étends pas aussi longtemps là-dessus, mais aujourd'hui, pour une raison quelconque, je me sens poussé à en parler,"

J'ai passé quelques heures encore à Lexington; j'ai dîné, magasiné, acheté une boîte de cartes de base-ball pour ma collection, puis je suis rentré.

Nous, ici, dans le Kentucky, nous appelons "cuvettes" les espaces entre les montagnes. Il arrive souvent qu'on ne peut voir la fin d'une cuvette à l'entrée de celle-ci. Moi, je vivais à huit milles de la ville, à trois cents verges au flanc d'une cuvette. J'ai aperçu la vapeur et la fumée dès l'entrée de la cuvette mais ce ne fut qu'à la dernière courbe, à environ trente verges de la maison, que j'ai vraiment pu voir ce qui n'allait pas.

Ma maison n'était plus là – envolée. À la place, un tas de cendre de deux pieds d'épaisseur et quelques blocs de ciment – rien d'autre. Il ne me restait plus qu'une chemise, une paire de chaussettes sales, quelques boîtes de livres que j'avais confiées à un ami, au Minnesota et les cartes de base-ball que j'avais achetées à Lexington. Comme je vivais trop loin de la ville, je n'avais pas pu avoir d'assurance; je n'avais donc aucune chance de récupérer quoi que ce soit, financièrement. Je ne sais plus combien de temps j'ai passé là, assis de côté sur la banquette de mon petit camion, les pieds ballants, la bouche ouverte, en me répétant mentalement: "plus rien, il ne reste tout simplement plus rien... "

Quand j'ai pu trouver quelqu'un en ville pour me dire ce qui était arrivé, on m'a appris que la maison avait brûlé tard la nuit précédente. C'était donc déjà un tas de cendres fumantes le dimanche matin, alors que j'assistais à cette réunion où j'avais entendu le conférencier dire: "Aucun malheur, absolument aucun, ne peut être assez grand pour qu'on le noie dans la boisson."

On dit, dans le Gros Livre, que tout seuls, parfois, nous sommes sans défense contre le premier verre. Moi, ce jour-là, je sais que j'étais sans défense. En fait, la première personne que j'ai pu trouver, ne sachant pas que je suis un alcoolique, m'a offert une bière ("Faut que tu prennes un verre", me dit-elle).

Mais je me rappelais cet homme. Je me répétais: "S'il a pu rester sobre, moi aussi, je le peux." Et c'est ce qui m'a permis de tenir le coup, jusqu'à ce que je puisse rejoindre mes amis AA.

Je ne sais même pas son nom, il n’y avait aucune raison particulière pour que je me fasse un devoir de le retenir à ce moment-là. Je crois qu'il était de Cincinnati, mais je n'en suis pas sûr. D'une certaine manière, ce n'est pas important: nous n'avons pas besoin de nous connaître les uns les autres pour nous entraider. Mais j'éprouverai toujours de la gratitude pour son expérience, sa force et son espoir, car ils sont devenus les miens.

L.O., Minneapolis
© AA Grapevine. octobre 1987
'Fire in the Holler'
Traduit et reproduit avec permission


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Volume 26, No 3 / Août 1990  – Septembre 1990 / Pages 13-14 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

NOUS NE SOMMES JAMAIS SEULS

La pièce lambrissée de bois, au "YWCA", quelques minutes avant la réunion, était sombre. J'ai donc allumé la lumière et me suis avancée dans la pièce vide. Attitudes (c'est le nom du groupe) est l'une de mes réunions AA régulières. C'est pratique, là où je demeure, c'est tôt le matin, de sorte que je peux faire le plein d'AA pour m'aider à passer la journée, et c'est une petite réunion de pas plus de cinq à dix personnes, d'habitude, de sorte que nous pouvons tous échanger.

Aujourd'hui, toutefois, j'étais la seule présente quand l'horloge indiqua 8 heures, l'heure habituelle de la réunion. Je me suis assise à la table, me demandant où était la personne qui devait animer. Comme je n'ai qu'un an et quelques mois de mouvement, je ne savais trop que faire. Partir, puisque personne à part moi n'était venu? Je devrais attendre quelques minutes de plus. Commencer la réunion? Toute seule?

Je décidai d'aller chercher le matériel AA entreposé pour nous. Le gardien m'ouvrit la pièce de rangement et je pris le sac en paille aux poignées effilochées. Il y avait, dedans, le Gros Livre, un exemplaire du Vingt-quatre heures, quelques brochures AA, un petit panier en paille (pour la "Septième") et deux cendriers. J'avais assisté à suffisamment de réunions pour savoir que nous commencions toujours par la lecture de l'Introduction, puis c'était "Notre méthode", tirée du Gros Livre. Ensuite, on choisissait un sujet et on faisait le tour de la table pendant le restant de l'heure, avant de conclure par le Notre-Père ou la prière de la Sérénité.

Il était maintenant 8 h 06, et j'ouvris le Gros Livre à la page 53. Devrais-je la lire? Devrais-je la lire tout haut? Ou simplement tout ranger et rentrer, puisque personne ne s'était présenté pour la réunion? Pendant un bref instant, j'ai vraiment pensé à ranger et à m'en aller. Je pourrais assister à d'autres réunions plus tard dans la journée.

Mais la pièce était confortable et tranquille, et quelque chose à l'intérieur de moi me disait de rester. Alors, toute seule, j'ai commencé la réunion! J'ai lu les trois premières pages de "Notre méthode", tout haut, puis j'ai regardé dans le sac de paille et j'ai trouvé Les AA pour la femme, une brochure du BSG. J'ai lu les quinze questions posées à la page 3 (dans la version originale anglaise) (telle la question 10: "Inventez-vous des occasions mondaines pour boire, comme inviter des amis pour le dîner, le cocktail ou le souper? - et comment!), puis la page suivante, intitulée "Vous n'êtes pas seules".

J'étais à peu près à mi-chemin dans la brochure (lisant toujours à haute voix, d'ailleurs), quand une femme entra.

"Est-ce que c'est la réunion AA?" demanda-t-elle.

– Oui. répondis-je. Il semble bien qu'il n'y aura que nous deux." Un coup d’œil à ma montre: 8 h 20.

"Je devais rencontrer mon amie ici. dit la nouvelle arrivante. Elle est en retard, et moi aussi. Désolée."

Je me présentai. puis suggérai que nous lisions l'Introduction et que nous commencions à échanger. Son amie arriva, et nous étions trois! Nous avons poursuivi notre réunion, et vers 9 h 30 une autre personne entra. Nous avons terminé tous les quatre, pendant la demi-heure suivante, échangeant nos opinions sur le sujet: le ressentiment et la rébellion.

Après la prière de clôture, je dis à une femme que j'avais songé à rentrer à la maison, puisque j'étais seule au début.

"Seule? dit-elle. Tu n'étais pas seule. Ne sais-tu pas que tout ce que ça prend, pour faire une réunion, c'est deux personnes?

Mais il n'y avait que moi ici, lui répondis-je.

Non, tu te trompes. Il y avait déjà deux personnes, ici: toi et Dieu.

Elle venait de me faire remarquer quelque chose qui m'avait échappé: la force et l'espoir d'AA et sa promesse que je n'aurai plus jamais à être seule, tant que j'aurai les outils du mode de vie et que le les utiliserai. Ma Puissance Supérieure avait passé tout ce temps-là près de moi!

B.P
New York. NY
© AA Grapevine, décembre 1987
"We are never alone"

Traduit et reproduit avec permission

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Volume 26, No 3 / Août 1990 – Septembre 1990 / Pages 19 - 21 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

AA SUR CANAPÉ

Voici ce que j'ai dit à Joe: "C'est libre, AA Tu prends ce qui fait ton affaire - comme dans une cafétéria. Ne t'en fais pas pour la spiritualité. Pourvu que tu fasses ta Première Étape, les autres, c'est pas urgent. Prends pas ton premier verre, pour aujourd'hui seulement. C'est aussi simple que ça. On est tous là pour t'aider. Appelle-nous, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit..."

C'est comme ça que "j'ai fait ma demande" à Joe, et il a répondu: "Je le veux." Il a admis qu'il était un alcoolique. J'étais fier de cette conquête facile. Mais la lune de miel a pris fin brusquement quelques semaines plus tard: Joe m'a téléphoné à trois heures du matin, plein comme un oeuf.

Comme je refusais de venir à son aide, il m'a remis mes charmantes paroles sur le nez: "Tchu m'avas djjt qu'tchu viendras à n'importe quelle heure d'jour ou d'la nuit."

Je lui ai répondu qu'il était capable de se débrouiller, maintenant. Puis je lui ai demandé: "Pourquoi as-tu attendu après avoir pris ton premier verre?

"J'chu un alcoolique, non? Tchu dijas qu’chétat une maladie." J'ai raccroché, dégoûté.

Quelques mois plus tard, Joe se battait encore. Finalement, quand il a abouti à l'hôpital, au département des alcooliques, je suis allé lui rendre visite, pour "corriger sa façon de penser". Mais voici plutôt ce qui s'est passé. "Écoute, me dit Joe, je suis vraiment un alcoolique et j'ai besoin du mouvement. Je suis prêt à faire tout ce qui sera nécessaire pour rester sobre. Tu m'excuseras si je dis ça, mais je pense que t'étais trop pressé de me voir devenir membre. Je suis sûr que tu pensais agir pour mon bien, mais t'aurais mieux fait de ne pas me dorer la pilule. J'étais prêt à me faire sermonner; j'étais assez battu pour ça. Mais tu m'as montré ça plus beau que c'était. Tu m'as vendu AA sur canapé avec truffes, dans une vitrine."

J'étais révolté. J'avais là un filleul ingrat qui m'en voulait, à moi, son parrain.

"Qu'est-ce que tu veux dire, Joe? lui demandai-je. Ne t'avais-je pas dit que c'était le premier verre qui était fatal?

"Oui, mais tu m'as aussi dit que c'est libre, AA. Eh bien moi. à partir d'aujourd'hui, j'ai décidé que je n'étais pas libre de prendre ce premier verre, vingt-quatre heures à la fois. J'ai assisté à beaucoup de réunions, malgré mes rechutes, et j'écoutais attentivement quand parlaient d'anciens membres à l'air serein."

"J'en ai entendu beaucoup dire qu'ils essayaient de faire les Douze Étapes exactement dans l'ordre où elles sont écrites, alléguant que les fondateurs devaient avoir de bonnes raisons pour les mettre dans cet ordre. J'ai même entendu d'anciens agnostiques dire qu'ils avaient au moins essayé de prier une Puissance supérieure dès leur arrive dans AA, ne serait-ce que pour dire "S'il vous plaît" le matin et "Merci" le soir pour la sobriété qu'ils avaient reçue en cadeau."

"Mais… tout en l’interrompant, lui dis-je, je fais tout ça maintenant, moi aussi, bien sûr, pourtant ça m'avait rebuté, au début, quand j'était nouveau, et je croyais..."

"Oui, je sais. Tu espérais que cela allait déteindre sur moi plus tard et tu craignais de me faire peur avec les "histoires de Bon Dieu". Eh bien, je me suis aperçu qu'on ne parle d'alcool que dans deux des Douze Étapes et que celles-ci sont presque toutes spirituelles. Je me suis demandé pourquoi tu avais glissé sur ça en me disant de ne pas m'en faire avec la dimension spirituelle, alors que le mode de vie lui-même est largement à base de spiritualité".

"La plupart des nouveaux, répondis-je, sont tellement dans la brume qu'ils ne sont pas prêts à accepter la Deuxième Étape et les suivantes. "

"Mais la Deuxième dit: "Nous en sommes venus à croire", s'exclama Joe, pas qu'il faut absolument croire dès le début! J'ai entendu un ancien membre dire que ça lui avait pris un an avant d'en venir à croire, mais qu'il avait continué à travailler sur cette Étape et à essayer. J'veux pas critiquer, bonhomme, mais tu m'as même pas dit d'essayer; tu m'as juste dit de me détendre... de ne pas m'en faire avec Dieu ou avec quoi que ce soit. Tu m'as dit "d'agir aisément", mais tu m'as mis ça mauditement trop aisé. Je te suis vraiment reconnaissant pour tout ce que tu as fait pour moi, mais si jamais je fais une Douzième avec quelqu'un, je vais lui dire "d'agir aisément". mais d'agir, de s'enlever les deux pieds de la même bottine, que notre mode de vie est un programme d'action!"

"Alors grouille-toi, Joe, t'as une Douzième à faire tout de suite ... avec moi. Qu'est-ce que tu dirais de changer de chapeau et d'être mon parrain, à partir de maintenant?"

Joe avait le sourire fendu jusqu'aux oreilles. J'étais vraiment fier de lui. "O.K.! Bonhomme, répondit-il, tu l'auras voulu! Mais n'oublie pas: à moins d'avoir envie d'un bon coup de pied au derrière, t'es aussi bien de ne pas m'appeler en plein milieu de la nuit après avoir pris ton premier verre!"

Et ce fut le début d'une belle amitié.

P.S.: Depuis ce jour, quand je présente AA à quelqu'un, c'est simple et sans détour. Plus besoin de canapés ou de truffes... Oui, ça marche! 

H.L.
© AA Grapevine, novembre 1987
"AA on Toast"
Traduit et reproduit avec permission


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Volume 26, No 3 / Août – Septembre 1990 / Pages 37-38 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

LA PEUR : UN MANQUE DE FOI

Mes cinq premières années dans le mouvement se sont écoulées sans accrocs majeurs. Bien sûr, la vie suivait son cours avec des bons et des mauvais moments, et j'appréciais de plus en plus la lucidité que le mode de vie me procurait. Le fait de ne plus "engourdir" mes souffrances intérieures, mes déceptions, mes frustrations, me permettait d'y voir plus clair et ainsi changer les choses que je pouvais changer. J'avais trouvé dans le groupe auquel j'appartenais et dans AA en général, de véritables amis qui m'aidaient à m'épanouir et à voir plus clair à l'intérieur de moi.

Alors qu'approchait la date de mon cinquième anniversaire d'abstinence, la maladie frappa ma famille. Un de mes enfants devait subir une intervention chirurgicale et durant les examens préliminaires, le médecin traitant m'avisa qu'il craignait la présence d'un cancer. Durant la semaine qui précéda l'opération, je dus affronter la vie une heure à la fois, ça suffisait. Des sentiments d'angoisse, de déchirement, de profonde douleur s'entremêlaient dans mon cœur et dans ma tête. Je priais Dieu du mieux que je pouvais, mais je n'arrivais pas à lui dire, du fond du cœur: «Que Ta volonté soit faite»!

Cette semaine-là, quand je suis arrivée à la réunion de mon groupe, j'ai voulu partager ma peine avec un bon membre pour lequel j'avais une profonde sympathie. Devant mon inquiétude, il rétorqua aussitôt: "Mais voyons! Tu ne dois pas avoir peur; ça ne t'appartient pas! T'as pas la foi? La peur, c'est un manque de foi! ... "

Je voulais bien croire que tout ça ne m'appartenait pas mais en même temps, je ne voulais pas perdre ma fille; j'avais peur. Je suis rentrée chez moi, encore plus bouleversée mais cette fois par le rejet et la culpabilité. C'était la première fois depuis mon arrivée à AA que j'avais un réel besoin de support et on ne me comprenait pas. Je me sentais coupable de manquer de foi alors que Dieu avait tellement fait pour moi.

 La nuit qui suivit me parut interminable et au matin, lorsque j'essayais de remettre ma vie au quotidien en accomplissant des tâches ménagères, le cœur et l'esprit n'y étaient pas. Je demandais l'aide de Dieu, minute après minute. Il m'entendit puisque tout à coup, dans ma tête, jaillit une image: la réponse à mon interrogation sur mon manque de foi.

À plusieurs reprises, j'avais entendu et même raconté moi-même, l’histoire "Des pas dans le sable" dans laquelle on raconte que dans les moments difficiles, Dieu ne nous accompagne pas, il nous porte. Pendant que ces paroles résonnaient dans ma tête, je me voyais, enfant, le cœur serré, au bout des bras de mon père, ce grand homme de 6 pieds. Bien sûr, il était fort, il m'aimait, et n'allait pas me laisser tomber, mais ma nature d'être humain fragile faisait que j'avais le vertige, j'avais peur.

Je compris tout à coup que Dieu était là et qu'il me portait dans ces moments pénibles mais que j'étais encore humaine et j'avais peur ... Un sourire me vint aux lèvres et je sentis aussitôt une paix s'installer en moi, enfin!

Quelques jours plus tard, je fus étonnée de pouvoir dire dans ma prière du soir: Que Ta Volonté soit faite, sachant que mon Père céleste m'enverrait la force nécessaire pour vivre quoi que ce soit. Puis, tout s'est bien terminé; l'opération eut lieu, il n'y avait pas de cancer, chacun s'est remis de cette période difficile mais c'est enrichie que j'en suis ressortie.

J'ai découvert que c'est dans l'abandon qu'on retrouve la paix; je sais maintenant ce que veut dire: «Lâcher prise». J'ai aussi appris à me pardonner face à ma condition humaine, car bien que je tente de m'améliorer, je n'atteindrai jamais la perfection. Je resterai un être humain pour lequel il est normal d'avoir peur, surtout lorsqu'on touche à un attachement aussi viscéral que celui d'une mère pour son enfant.

J'aurai sans aucun doute d'autres inquiétudes, d'autres peurs à vivre dans l'avenir. Il s'agira pour moi de me donner la permission de les vivre sans les cultiver, tout en sachant que je n'atteindrai jamais la qualité de foi dont Abraham a fait preuve, il y a très très longtemps car cette foi tenait de la Sainteté.

M.S.


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Volume 26, No 3 / Août 1990 – Septembre 1990 / Pages 39-40 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

JE CROYAIS QUE TU POUVAIS M’AIDER

John Y. est sûrement le membre le plus dévoué et le plus actif que j'aie connu dans AA en quatre ans de mouvement. Qui plus est, il est mon parrain. C'est pourquoi j'ai été tellement attristé de ce qui lui est arrivé.

Quand je dis "dévoué et actif", je veux dire que ça ne le dérange pas d'avoir à faire des centaines de kilomètres dans la tempête pour témoigner dans une réunion. Alors, quand il se lève et se présente: "Mon prénom est John et je suis un alcoolique", tout le monde sait qu'ils auront droit à la vérité, sortie tout droit du livre.

Si un nouveau se pointe furtivement dans une de nos réunions, vous pouvez être sûrs que John Y. sera le premier à la porte pour lui tendre la main et lui dire: "Sois le bienvenu, mon ami, mon nom est John Y."

Et puis, quand on se pose des questions au sujet des Traditions ou de choses semblables, c'est John Y. qu'il faut consulter, car il a bien fait ses devoirs et peut vous citer la page et le paragraphe.

Tôt dans mon rétablissement, John Y., m'a clairement informé de la Tradition sur l'anonymat. Il m'a expliqué que mentionner aux gens mon appartenance au mouvement, même sur une base personnelle, de personne à personne, ça ne faisait que flatter mon ego. "Dieu veut que nous soyons sobres, dit-il et la manière dont nous nous rétablissons est une affaire strictement personnelle. Qui plus est, si, après avoir dit à quelqu'un que je fais partie d'AA, il m'arrivait - Dieu m'en garde - de prendre un verre, je ferais beaucoup de tort à AA,"

Au total, beaucoup de gens dans notre groupe croient que John est en quelque sorte le ciment qui nous tient ensemble. Moi, en tout cas, je ne sais pas ce que je ferais sans lui et pas seulement parce qu'il est mon parrain.

Mais que lui est-il donc arrivé, au juste? John Y. travaille pour la compagnie d'électricité où il a, je crois, un emploi de bureau. Son patron, apparemment, est un chic type. À l'époque où John buvait, ce patron le protégeait du mieux qu'il pouvait, de sorte que John Y. n'a jamais perdu son emploi. Après qu'il se fut rétabli, ils n'en ont jamais parlé ensemble. John, naturellement, croyait que sa sobriété parlait d'elle-même et le patron ne posa pas de questions – sauf une fois.

C'était il y a quelques années. John et son patron, un samedi matin, se sont rencontrés à l'improviste au restaurant du coin, devant un café. Essayant de lui tirer les vers du nez, le patron a voulu faire dire à John comment il faisait pour rester sobre, mais John lui a expliqué, gentiment mais avec fermeté, que c'était une affaire strictement personnelle. Le patron n'insista donc pas davantage.

Mais ce qui a tellement fâché John c'est ceci. Voici ce qui est arrivé.

John prenait un café au restaurant, samedi dernier, lorsqu’arrive son patron. D'après John, le patron avait l'air en piteux état, comme s'il avait pleuré. Il s'est assis près de John sans dire un mot.

Finalement, au bout d'un moment, John lui demande: "Quelque chose ne va pas, monsieur Brady?"

-      Ouais, répond M. Brady, c'est mon fils.

-      Il est malade?

-      M. Brady ne répondit pas tout de suite.

Finalement, il dit: "John, j'avais espéré que tu pourrais m'aider avec ce problème-là ... l'alcoolisme ".

-      Votre fils a un problème d'alcool?

-      Plus maintenant, répondit M. Brady. Il est mort.

B.F.P. 
AA Grapevine, novembre 1987, p. 35
"I had thought that you could help" 

Traduit et reproduit avec permission

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Volume 6, No 2 / Août 1970 – Septembre 1970 / Pages 5-7 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

LA PREMÈRE TRADITION

Par Bill

«Notre bien-être commun doit venir en premier lieu; le relèvement personnel dépend de l’unité des A.A.»

L'unité magnifique des Alcooliques anonymes est la qualité la plus précieuse que notre société possède. Nos vies et celles de ceux qui se joindront à nous, en dépendent. Sans unité, A.A. meurt. Sans unité, le grand cœur d’A.A. cesserait de battre, nos artères mondiales ne transporteraient plus la grâce vivifiante de Dieu, ce don qu'il nous a légué serait dispensé sans but. Les alcooliques, de retour dans leurs tanières, nous feraient des reproches et diraient: "Quelle grande chose A.A. aurait pu être".

Quelques-uns se demanderont anxieusement: "Est-ce que dans A.A., l'individu ne compte p!us? Doit-il être absorbé et dominé par le groupe?"

Nous pouvons assurément répondre à cette question par un gros "Non". Nous croyons qu'aucun autre organisme mondial ne prodigue plus de soins dévoués à ses membres individuellement; il n'en existe pas un qui respecte plus jalousement la liberté de penser, de parler et d'agir. Aucun A.A ne peut contraindre un autre à faire quoi que ce soit; personne ne peut être puni ou expulsé. Nos douze étapes de réhabilitation ne sont que des suggestions; les douze traditions, qui garantissent l'unité des A.A. ne contiennent aucun "Ne pas'. Elles disent plutôt "Nous devrions", mais jamais "Vous devez".

Dans l'esprit de plusieurs, cette liberté totale frise l'anarchie pure. Tout nouveau venu ou ami qui rencontre A.A. pour la première fois est réellement intrigué. Ces personnes constatent que la liberté penche vers la licence mais, toutefois, elles reconnaissent immédiatement que le mouvement A.A. possède une force irrésistible de but et d'action. «Comment, demandent ils, se peut-il que ces anarchistes puissent s'entendre? Comment peuvent-ils placer leur bien-être commun en premier lieu? Qu'est-ce qui les tient ensemble, pour l'amour de Dieu?»

Ceux qui analysent bien cette situation trouvent la solution à ce paradoxe étrange. Le membre alcoolique doit se conformer aux principes de réhabilitation. Sa vie repose sur l'observance de principes spirituels. S'il dévie trop, la punition est certaine et rapide; il tombe malade et meurt, Au tout début, il suit car il n'a pas d'autre alternative mais, graduellement, il découvre un mode de vie qui lui plaît. De plus, il constate qu'il ne peut garder ce cadeau précieux pour lui seul sans le partager. Il lui est impossible ainsi qu'à tout autre membre de survivre s'il ne donne pas le message A.A. Comme il n'est qu'une infime partie d'un tout, aucun sacrifice personnel ne doit être trop grand pour la survivance du mouvement. Il apprend à réduire au silence ses clameurs de désirs et d'ambitions si elles peuvent nuire au groupe. Dès que ce travail de douzième étape résulte en la formation d'un groupe il découvre que la plupart des individus ne peuvent se réhabiliter sans l'aide d'un groupe. Il est alors apparent que le groupe doit survivre ou l'individu périra.

Au tout début d’A.A., la question primordiale fut d'analyser la meilleure méthode de vie et de travail en groupe. Autour de nous, nous avons vu des personnalités détruire des nations entières. La lutte pour la richesse, la puissance et le prestige déchirait l'humanité comme jamais auparavant. Si les peuples forts étaient arrêtés dans leur recherche pour la paix et l'harmonie qu'adviendrait-il de notre horde erratique d'alcooliques? Comme nous avions déjà bataillé et prié pour la réhabilitation individuelle, nous avons honnêtement commencé à rechercher les principes qui permettraient au mouvement A.A. de survivre. Sur des milliers d'enclumes d'expériences navrantes, nous avons forgé la structure de notre société.

À de multiples occasions, dans plusieurs villes et hameaux, nous avons revécu l'histoire courageuse d'Eddie Rickenbacker et sa compagnie. Comme nous, ils avaient survécu à la mort mais flottaient à la dérive sur une mer déchaînée. Aucun ne pouvait être égoïste. Chacun se devait de considérer les autres et on découvrit que la vraie puissance résidait dans une foi à toute épreuve. Leur foi leur a permis de surmonter les difficultés, de corriger les défectuosités de leur frêle esquif et de surmonter l'incertitude, la douleur, la peur, le désespoir et même la mort de l'un de leurs membres.

C’est ainsi que cela s'est passé dans A.A Armés de la foi et à force de travail, nous avons pu bâtir sur les leçons d'une expérience incroyable. Elles vivent aujourd'hui dans les douze traditions des Alcooliques Anonymes qui, par la volonté de Dieu, nous garderont unis aussi longtemps qu'Il aura besoin de nous.

Bill W.

(The AA Grapevine Avril 1952)

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Volume 6, No 2 / Août 1970 – Septembre 1970 / Page 11 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

RESSENTIMENTS

Pourquoi se faire mal deux fois?

Le mot ressentiment est dérivé d'une racine latine qui veut dire "ressentir", "sentir de nouveau". Quelqu'un vous a trompé, mis des bâtons dans les roues, ou vous a blessé, et en faisant du ressentiment vous ressentez de nouveau les injures. Vous vous blessez de nouveau. Une personne qui a de la rancune est "semblable à quelqu'un qui, s'étant coupé une main en manipulant un couteau, se revanche en se poignardant l'autre main".

La meilleure façon d'éviter cette mutilation volontaire est d'appliquer, du moment que quelqu'un vous blesse, ce que j’appelle la "médecine spirituelle". Guérissez votre ressentiment immédiatement avant qu'il ne commence à s'ulcérer. Demandez-vous: qu'est-ce que je fais de mal? Est-ce que mon «ennemi» est plus malade que moi? Essayez d'être calme. Si quelqu'un vous blesse soyez raisonnable: pensez. Maintenant, pourquoi agirait-il ainsi? Il doit y avoir une raison. Je vais essayer de trouver pourquoi et enlever la raison, afin que s'établissent de bons rapports entre nous.

Si vous permettez que le ressentiment que vous avez contre une personne vous rende amer, la guérison deviendra plus difficile. Dans ce cas-là, vous serez peut-être obligé de drainer la plaie, Parlez de votre grief à un autre membre A.A, ami. Ou bien exprimez-vous librement dans une lettre adressée à vous-même et ensuite détruisez-la. Ayant fait cela, vous serez sur la voie de la guérison. Il s'agit d'oublier complètement la personne qui vous a offensé. Alors seulement à ce moment-là, comme de raison. le ressentiment est réellement disparu.

Cela ne peut se produire si vous vous cramponnez à l'idée que vous avez tous les droits d'être rancunier. Vous ne pouvez réussir également si vous ne vous intéressez pas au bien-être et au succès de l'autre personne. Cela aide de penser profondément et d'essayer de comprendre les problèmes des autres.

Si nous pouvions lire les histoires secrètes de nos ennemis, nous trouverions dans la vie de chaque homme assez de souffrances et: de peines pour désarmer toute haine, Alors pourquoi vous faire du mal deux fois? Évitez les ressentiments.

C. F. G.


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Volume 6, No 2 / Août 1970 – Septembre 1970 / Pages 22-24 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

EN PRISON IL APPRIT À FAIRE FACE AU MONDE EXTÉRIEUR

Je m'appelle Mack. Je suis un alcoolique de plusieurs années d'expérience. Je suis originaire d'une ville du sud-est du Texas.

Je commençai à boire à l'âge précoce de 15 ans. Lorsque débuta la seconde Grande Guerre, en 1941, j'étais tout un buveur. C’était seulement un passe-temps au début, mais au moment de mon licenciement, en 1948, c'était devenu quelque chose de beaucoup plus sérieux. J’eus de sérieux problèmes sous les drapeaux à cause de la boisson. Je sortis même des Forces armées et, la même année, j’épousais une merveilleuse personne que j'aimais beaucoup, mais j'ai continué à boire et j'empirais continuellement. Deux enfants naquirent. Je buvais toujours jusqu'en 1954, alors que mon épouse et mes enfants me quittèrent. Je ne les ai jamais regagnés.

Durant toutes ces années, des gens me parlèrent, me supplièrent, firent tout pour me faire cesser de boire. Je ne buvais que davantage. Je fréquentai les hôpitaux, prisons et le reste. Mais, en mai 1957, à la suite d'une cuite de 2 mois dont je ne me souvenais de rien, j'aboutis dans une prison de comté.

J'avais contre moi des accusations qui allaient me mener en prison. Je n'oublierai jamais le juge et je serai toujours reconnaissant envers lui parce qu'il m'a donné un bon conseil. Il m'a dit: "Mon fils, il y a un programme où tu t'en vas qui t'aidera dans ton problème de boisson. Suis-le." Je fis alors du ressentiment à cause de ces paroles, mais, maintenant, je ne puis que le remercier du fond de mon coeur.

Je fus incarcéré à Huntsville, Texas, le 11 juin 1957. Deux mois plus tard, j’assistais à ma première réunion AA. À l’unité de ferme d'État de Darrington. J'ai reçu les conseils de nombre de gens merveilleux de l'extérieur qui venaient nous porter le message à l'intérieur des murs. Je me découvris réellement pour la première fois de ma vie. Je trouvai des gens qui comprenaient mon problème parce qu'ils avaient le même. Je découvris un mode de vie qui est toute ma vie maintenant. Je pratiquai le programme de toutes mes forces durant les 40 mois que je fus en prison. J'eus l'honneur d'être le secrétaire du groupe là-bas pendant un certain temps.

Les officiels de  la prison là bas furent merveilleux et compréhensifs et m’aidèrent à trouver et à entreprendre notre programme. Je rencontrai des hommes de tous les milieux, des hommes qui avaient tout fait dans le monde. Mais presque chacun d’entre eux me disait qu'il était sous l’influence de l’alcool lorsqu’il commit son crime. J'étais heureux au cours de mon stage en prison parce que j'avais trouvé une manière de vivre avec moi-même. On n'eut rien à me reprocher de tout le temps que je fus là. J’étais gérant de construction lorsque je fus libéré sur parole. Et vous voyez que je dois tout ça aux AA et à Dieu. Je n'ai de ressentiment contre personne; en fait, je suis content d’être allé en prison parce que je m’y suis retrouvé. Si je n'y étais pas allé, je serais tout probablement mort aujourd'hui. Je sortis le 4 août 1960, sur parole.

Je pratique toujours le programme, je suis toujours sobre et c’est  merveilleux!  J'ai maintenant tous les merveilleux amis qu’un homme puisse désirer, partout au pays, le genre d'amis dont on peut être fier. J’ai le respect de toute ma famille et de tous ceux là où je vis. Je me suis fais ici une bonne réputation d’honnêteté et je fais continuellement des assemblées un peu partout, parce que c’est ma vie. Ainsi, vous voyez qu’un homme qui n’était rien, qui n’avait pas d’amis, qui ne se respectait pas lui-même et qui était dans un monde de perdition totale, est allé en prison. Et là, il devint, grâce au merveilleux programme AA, tout ce qu'il n'était pas. Il découvrit une façon de vivre sans alcool.

Je me découvre maintenant pour la première fois dans ma vie, utile aux autres et consentant d’aider les autres. Je n'ai que gratitude et amour dans mon coeur pour tous ceux qui ont contribué à m'apporter AA en prison, tous les officiers du système pénal du Texas, pour leur aide et leur compréhension, et pour AA et Dieu. Donc, l'article de Warden Dowd qui a paru dans le GRAPEVINE de Novembre 1960 est véridique et je suis la preuve vivante que c’est réellement un miracle que je sois aujourd'hui sobre depuis 46 mois et l'homme que je suis aujourd’hui, Je dis donc qu'AA dans les institutions est merveilleux et un facteur réellement divin avec un programme qui réussit partout au pays pour le détenu qui en a besoin et le demande.

"Merci mon Dieu d'être aujourd'hui moi-même et non ce que j'étais. Merci."

MACK, Luling, Texas


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Volume 6, No 2 / Août 1970 – Septembre 1970 / Pages 30-31 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

UNE ANECDOTE AA

Le village d'El Prado, caché dans un coin isolé du vieux Mexique, n'a pratiquement pas changé depuis cent ans. La simple gent paysanne arrache toujours sa survivance du sol pierreux, paît ses troupeaux de chèvres, pèche un peu à la cantine du village et sauve son âme chez le Père Gonzales chaque dimanche à la vieille Mission espagnole.

Lorsque je dis que c'est presque la même chose que c'était, il y a une différence, petite, mais significative, dans la personne: d'un certain Pepi Valquez, et c'est là l'objet de ce récit. La vie de Pepi, jusqu'à voici quelques mois, avait été celle du villageois moyen: il avait un beau troupeau de chèvres et appréciait la tequilla à la cantine après une dure journée de travail et peut-être devenait-il quelque peu tapageur les jours de fiesta, mais qui ne l'était pas? Mais il semblait se produire quelque chose chez Pepi... Les troupeaux de chèvres commencèrent à le voir moins souvent alors que la cantine le connaissait plus. On ne le voyait jamais à la messe du dimanche et quelle joie avait-on à pécher à la cantine si on ne pouvait confesser ces péchés au bon Père le lendemain? Une telle façon de pécher était sacrilège. Pepi n'était plus le gai paysan chantant qui les faisait rire au dessus de leur tequilla; il les insultait en s'endormant en leur compagnie, et, ensuite, pour ajouter l'insulte à l'injure, au moment de la sieste quotidienne, il violait ce moment vénéré en devenant tapageusement ivre et en chantant à tue-tête. Vraiment, chuchotaient les villageois, Pepi est possédé par un démon.

Quelque temps plus taré, l'histoire s'écrivit à El Prado lorsque la localité fut envahie par une compagnie cinématographique américaine qui avait choisi cet endroit particulier à cause de son authenticité. Jamais n'y avait-il eu une telle excitation dans le village depuis que Pancho Villa le Magnifique avait envahi la ville, il y avait des années de cela.

Le tout débute un soir à la cantine. Pepi, qui buvait habituellement seul, était assis dans un coin, écoutant avec intérêt un des visiteurs américains. Ensuite, une semaine environ après le départ de la compagnie cinématographique, Pepi entra au bureau de poste, et, à la vue entière de tous ceux présents, développa un colis contenant un livre bleu imprimé en espagnol. Tenant le livre solidement dans sa main, on vit Pepi courant presque à la mission pour que le bon Père le lui lise. Et ici, le scénario sembla changer de nouveau: on vit moins souvent Pepi à la cantine, tandis qu'on le voyait plus souvent à la mission avec le livre bleu.

Les soupçons percèrent de nouveau rageusement dans l'esprit des villageois, car ils n'avaient connu qu'un seul livre de toute leur vie, le bon livre noir que le Père portait toujours avec lui, et si ce bon livre noir ne pouvait rien accomplir pour Pepi, quelle sorte de magie diabolique ce nouveau livre contenait-il? En fait, le village entier devint si enflammé que le Père ordonna que l'on sonne la cloche de la mission pour rassembler tous et chacun.

Dans le langage simple qu’ils comprenaient tous, on leur dit que le nouveau livre bleu avait été en partie inspiré du livre noir pour les gens atteints de la maladie qui était celle de Pepi et que El Dios Divino devait être présent lors de sa rédaction. Sur ce, il ouvrit le livre et commença à lire en espagnol: «Nous avons rarement vu faillir à la tache celui qui s'est engagé à fond dans la même voie que nous ... »

G.R., Fresno, Calif.


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Volume 6, No 2 / Août 1970 – Septembre 1970 / Pages 32-34 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

MON ARTICLE DU SATURDAY EVENING POST

Par Jack Alexander

Ordinairement, le diabète n'est pas coté comme un des dangers du reportage, mais mon article publié dans le Saturday Evening Post sur les Alcooliques anonymes a passé près de me coûter mon foie et peut-être devrions-nous dire ceci aux néophytes AA quand on leur demande de lire cet article. Ça pourrait les impressionner. Au cours de mes recherches j'ai bu assez d'eaux gazeuses pour être à flot sur le Saratoga. Alors il y a eu ces gâteaux des rassemblements AA, et le café divinement doux, et les bonbons. Nul ne pourra me faire croire que l'alcoolisme n'est pas tout simplement causé par un désir de sucre intense et anormal, même pas un savant psychiatre. Pour le reste j'ai bien aimé fréquenter les AA et travailler avec eux.

Ceci débuta quand le Post me demanda si le mouvement AA ne serait pas un bon sujet d'article. Tout ce que je savais alors de l'alcoolisme, c'est que, comme plusieurs autres non-alcooliques, je m’étais fait mordre la main (et frappé le nez) en de nombreuses Occasions, par des amis alcooliques à qui je tendais la main, - imprudemment, semble-t-il toujours après coup, A tout événement, j’étais d’un scepticisme compréhensible à propos de toute l’affaire,

Mon premier contact avec des membres AA eut lieu quand un groupe de quatre d'entre eux vinrent un après-midi à mon appartement. Leur visite me plut, mais ne m'enleva aucunement mes doutes, Chacun se présentait comme un alcoolique devenu "sec" selon l'expression officielle. Ils paraissaient bien, ils étaient bien habillés et alors que nous étions assis à prendre du Coca-Cola (c'était tout ce qu'ils buvaient) ils racontaient longuement leurs affreuses mésaventures de leurs vies de buveurs, Leurs histoires sonnaient faux et après le départ de mes visiteurs j'eus l'impression très nette qu'on se riait de moi, Ils s'étaient conduits comme un groupe d'acteurs envoyés pour une agence du Broadway.

Le lendemain matin, j'ai pris le métro pour me rendre aux Services Généraux des Alcooliques Anonymes dans Manhattan, où j’ai rencontré Bill W. Ce Bill W. est un type très désarmant et un expert qui endoctrine tout étranger dans des domaines comme la psychologie, la psychiatrie, la physiologie, la pharmacologie et le folklore de l’alcoolisme. Il passa une bonne partie de quelques jours à me donner des explications. Ce fut une expérience intéressante, mais à la fin, je me tenais encore les doigts croisés. Naturellement, il le savait sans me le dire, et durant les jours qui suivirent il m’amena dans les foyers de quelques membres AA où j'ai eu la chance de parler aussi à leurs épouses. Mon scepticisme a souffert quelques égratignures mineures, mais pas suffisamment pour me faire changer d'opinion.

Ensuite, Bill m'amena à quelques réunions AA dans un club quelque part à New-York. Il y avait là toutes sortes d'alcooliques dont plusieurs des siroteux à la lisière du mouvement, exhalant encore la boisson et la barbe longue d'une semaine. Alors, j'ai compris que j’étais parmi quelques alcooliques authentiques. Les barbus, ceux qui sentaient la boisson, avaient aussi leurs doutes; j'avais maintenant des compagnons.

La semaine passée avec Bill W. fut un succès à un point de vue. Je savais que j’avais l'information nécessaire pour un reportage intéressant mais, malheureusement, je n'y croyais pas tellement et j’en avisais Bill. Il demanda pourquoi je n'enquêtais pas sur les AA dans d'autres villes pour voir ce qui s'y passait. J'acceptai de le faire et nous traçames un itinéraire. Je me suis rendu à Philadelphie – d’abord et quelques membres AA locaux m'amenèrent à la section psychiatrique de l’Hôpital Général de Philadelphie; on me montra comment on procède dans le cas des patients alcooliques. Dans cet endroit obscur, c’était une chose impressionnante de voir des hommes qui étaient devenus sobres après plusieurs rechutes parler à un homme qui tremblait encore à la suite d'une cuite qui s'était terminée dons les bas-fonds de la ville.

Je me rendis ensuite à Akron. Bill m’y rencontra et promptement m'introduisit au docteur S. un autre homme qu'on avait de la difficulté à ne pas croire. Il y eut d'autres visites d’hôpitaux, une assemblée AA, et des entrevues avec des gens qui, un an ou deux auparavant, vivaient dans la nuit de l'alcool. Maintenant ils paraissaient calmes, avaient un bon langage, paraissaient stables et prospères, à tout le moins modérément prospères.

Le docteur S. nous conduisit tous les deux d'Akron à Cleveland, un soir, et la même chose se répéta. Cependant, l'argument le plus fort me parvint à Saint-Louis qui est ma ville natale. Ici, j’ai rencontré un nombre de mes amis personnels qui étaient membres des AA, et mes derniers doutes se sont envolés. Ils avaient déjà été de gais lurons; ils étaient maintenant sobres. Ce ne semblait pas possible, mais c'était vrai.

Quand l’article fut publié, le courrier fut surprenant. La plupart des demandes venaient de buveurs désespérés ou de leurs épouses, de mères, de pères ou d’amis intéressés.

Je suppose que pendant plusieurs années les lettres vont continuer à arriver et j'espère qu'il en soit ainsi, parce que maintenant, je sais que chacune a sa source dans l'esprit d'un alcoolique ou de quelqu'un qui l'aime, qui vit une espèce d'enfer de Dante, Et je sais aussi que cette victime est sur la voie du rétablissement si elle veut vraiment se rétablir.  Il y a quelque chose qui touche le coeur dans ça - particulièrement dans un monde où l'on s'est battu pour obtenir la paix pendant des siècles, sans jamais la trouver durant de longues périodes de temps.

(Mai 1945)


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Volume 6, No 2 / Août 1970 – Septembre 1970 / Page 39 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

CITATIONS

Une caractéristique frappante de toute bonne structure de travail est celle qui garantit un fonctionnement harmonieux et fructueux en raccordant les diverses parties et les diverses personnes de telle façon que personne ne puisse mettre en doute ce que sont les responsabilités individuelles et l'autorité correspondante de chacun(e). A moins que ces attributions ne soient bien définies; à moins que ceux qui détiennent l'autorité finale ne soient compétents et disposés à déléguer et à maintenir une autorité de fonctionnement convenable: à moins que ceux qui détiennent une telle autorité déléguée ne se sentent compétents et disposés à utiliser librement cette autorité transmise en tant que serviteurs dignes dans des situations douteuses.- les conflits personnels, la confusion, et l'inefficacité ne pourront être évités.

Le sujet de la responsabilité et de l'autorité nécessaire et équivalente est d'une importance si pressante que nous pouvons récapituler avec profit ce qui a déjà été dit, en même temps que nous examinons rapidement notre structure toute entière afin de mieux nous rendre compte comment ce principe s'applique et doit toujours s'appliquer dans chacune de nos activités et de nos attitudes.

La première caractéristique que doit posséder toute structure efficace est un point ou une série de points indiquant l'endroit où se trouve une responsabilité ultime et, donc, une autorité ultime. Nous avons déjà vu comment, pour les Services Mondiaux AA, cette sorte d'autorité et de responsabilité finales se trouvent dans les groupes A.A. eux-mêmes. Et, à leur tour, ces derniers ont remis une partie de leur autorité ultime à la Conférence et aux Syndics.

Nous avons observé comment les Délégués à la Conférence, représentant directement les groupes, détiennent en fait l'autorité ultime sur les Syndics.

(Douze Concepts de Service Mondial
par Bill W., pp. 52 et 53


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Volume 16, No 2 / Août – Septembre 1980 / Pages 1-4 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

ALCO-ACTUALITÉ

L’ALCOOLISME ET L’ENTREPRISE

Texte de: Alain-Daniel Dekar,
Conseiller, D. Sc. Soc.

Avertissement

Bien des buveurs sûrs d'eux-mêmes et jaloux de leur liberté de boire de l'alcool en quantité peu raisonnable seront étonnés de la description que je ferai de l'alcoolique. Leur surprise sera la preuve qu'ils n'en sont pas rendus là où l'alcoolique dont je parlerai est parvenu: la phase ludique de la dissimulation, le quart d'heure final de la croisière insouciante vers le naufrage, vers l'alcoolisme grotesque ou horrible.
 
Artisan très actif de ses catastrophes organiques, psychiques et sociales, le travailleur, ouvrier, employé de bureau ou dirigeant dans une entreprise a droit à une aide sincère mais aussi conditionnelle et limitée que son bon plaisir de boire lui semble inconditionnel et illimité.

Aimant l'alcool d'une façon monomaniaque, l'alcoolique n'est ni un damné métaphysique ni un paria biologique. Ce n'est qu'une personne que le plaisir de boire de l'alcool ancre chaque jour plus solidement dans une existence bête. L'entreprise doit-elle payer pour cette passion bien facultative et se taire parce qu'on lui dit qu'aimer l'alcool est une maladie?

En se taisant sur l'alcoolisme, l'entreprise endosse devant l'opinion une responsabilité pour un fléau dont elle est une victime économique de taille. Prochainement, ses syndicats vont lui demander d'assumer une responsabilité financière totale pour ceux de ses travailleurs qu'elle aura laissés devenir alcooliques.

I- UN DÉSORDRE DE LA CONDUITE

En plus d'abréger la vie du grand buveur, en plus des ravages dont il est la cause tristement familière, l'alcoolisme coûte cher à l'entreprise.

Ce travers alimentaire banal inflige un milliard de dollars de perte aux entrepreneurs canadiens et arrache aux contribuables le coût énorme des cures longues, répétitives et gratuites pour l"imbibeur" chronique peu consciencieux et bien moins méritant que l'enfant malade ou infirme auquel il dispute l'espace, le temps, l'argent des traitements.

Pris au piège de son plaisir ruineux, le buveur dit qu'il ne peut pas s'en sortir à moindres frais. Or, il boit parce qu'il n'aime pas être sobre. Il est heureux, ivre et quand vous lui jurez que son bonheur est artificiel, ce n'est là pour lui que votre point de vue.

L'alcoolisme est un abus délibéré d'alcool potable. Est abus ce qui dépasse la modération, et ne demandez pas à un alcoolique ou à un gros buveur de définir la modération: il vous décrira l'abus.

La modération est la dégustation plaisante et réconfortante du vin mesuré qui accompagne un bon repas; c'est le verre de bière de la bonne compagnie; c'est la coupe de champagne des grandes occasions ou le dé d'alcool du gourmet.

La boulimie d'alcool est stupide. La fuite dans l'ivresse est une aberration existentielle. La stupeur éthylique est une absurdité phénoménologique, celle de l'être qui s'assomme, même si des poètes ivres la chantent. Ces "libertés" sont tolérées pour la drogue ALCOOL (elles sont illégales pour les autres stupéfiants). Mais si l'ivresse chronique est une liberté, s'il faut soigner l'alcoolique comme on le fait pour l'opiomane et le suicidaire qui se rate, faut-il indemniser I'Imbibeur pour ses ivresses provocantes "sans égard pour sa responsabi-lité"?

N'allez surtout pas croire que l'on peut être alcoolique sans jamais être ivre. Les idiots qui écrivent cela méritent la bastonnade. Ce que l'alcoolique boit dans une tournée vous ferait tomber de votre chaise toutes les minutes pendant deux heures ou trois si vous êtes un abstinent ou une sobre demoiselle. Sauf pour ses gueules de bois et ses brefs épisodes de sobriété forcée, l'alcoolique est toujours ivre. Si vous croyez qu'un verre d'alcool ne rend pas ivre, prenez-le à jeun: vous ressentirez ce que l'alcoolique ressent tout le temps.

Mais on peut être alcoolique sans jamais tituber exagérément ou rouler sous la table. Le Conseil National de l'Alcoolisme des États-Unis (National Council on Alcoholism) a défini en 1972 des critères objectifs de diagnostic de l'alcoolisme. Le symptôme le plus sûr (et le moins flagrant) est une alcoolémie de 150 mg d'alcool par 100 ml de sang en l'absence de signe apparent d'ivresse prononcée.

L'alcoolique-type occupe un emploi, a une famille respectable, des compagnons de travail et des voisins discrets. Il ne couche pas dans la rue et ne fréquente pas les clochards. Le mythe du "skid-row", l'épouvantail de la misère est pour lui un mythe naïf et un épouvantail qui le fait rire. Le silence de son employeur est pour lui la preuve qu'il n'est pas alcoolique. Le gros de l'armée des alcooliques a de quinze à trente ans d'ancienneté aups du même employeur. L'alcoolique n’aime pas le changement. Il devient alcoolique insidieusement, petit à petit, aux yeux de ses patrons distraits ou myopes. Ils ne se souviennent jamais quand il est devenu alcoolique. Quand ils le découvrent à la suite d'une faute professionnelle monumentale ou dune tragédie du travail, ils le congédient sur-le-champ. Il est devenu un risque trop grand. "Dépisté" plus tôt, il aurait eu sa chance: choisir entre l'alcool et le travail.

La menace qu'un patron fait à un collaborateur alcoolique a immédiatement plus d'effet que les thérapies par-le-verbe. Si le chantage à la sobriété ou la perte de l"emploi est solide et réelle. il coupe la soif le temps qu'il faut, pour peu que le buveur tienne à son travail.

Bâtissant sur cette sobriété provoquée, l"entreprise peut guider l’alcoolique vers la guérison. Elle réussit le miracle de guérir l’éthylisme en l"empêchant. Quatre-vingts à quatre-vingt-dix pour cent des alcooliques (tous les degrés de l’alcoolisme) ne se soucient ni de cure. ni de conseils d'hygiène. Quatre-vingts à quatre-vingt-dix pour cent des entreprises ne se soucient guère de décourager l'alcoolisme. La lutte contre l'alcoolisme, là où existe un semblant ou un embryon de programme, est aussi molle que celle contre l'absentéisme ou les accidents du travail.

Un arbitre du travail s'est opposé à ce qu'on défende à un alcoolique de boire en déclarant qu'on ne peut pas lui "interdire" une maladie (sa maladie), ni lui ordonner d'être en bonne santé. Ceci n'est pas du tout une blague, L'employeur perdant ce grief n'a pas jugé utile de protester que l'alcoolisme, mal volontairement entretenu, n'est qu'un désordre de la conduite. L'employé sauvé à temps du chômage but toute sa paye rétroactive et mourut peu de temps après son retour au travail. Dans les pays industrialisés d'Europe et d'Amérique, ce scénario lamentable se répète chaque jour. Les employeurs n'excluant pas certains degrés de l'alcoolisme des maladies couvertes par leurs régimes de couverture du

salaire, les arbitres ne jugent pas de leur ressort de colmater cette voie royale vers l'abus, de boucher cette fissure dans le bon sens organisationnel. Si l’employeur ne se prononce pas contre l'alcoolisme, il admet comme maladies toutes les bizarreries de la conduite des buveurs impénitents. Il signe un chèque en blanc à l'escroquerie et à l'autodestruction.

L'Organisation Mondiale de la Santé définit l'alcoolisme comme un désordre chronique de la conduite qui prend la forme d'une consommation continuelle et excessive de boissons alcoolisées. Chronique ne veut pas dire éternel. Ce qualificatif médical désigne ce qui "se développe lentement et dure longtemps", Comme désordre lent et durable, l'alcoolisme peut être corrigé à temps et abrégé.

Pour que l'employeur accepte de faire la guerre à l'alcoolisme, il faut lui montrer cette plaie sous son vrai jour et soulager son esprit de toutes les sornettes qui lui en compliquent la compréhension. Le syndicat, de son côté, doit comprendre et admettre que sans pression formelle et officielle pour la guérison, le travailleur alcoolique va vers la ruine de sa carrière (de toutes façons), celle de son ménage, le malheur de ses enfants, les maladies organiques irréversibles, la folie éthylique, le décès prématuré ou le suicide au plus bas d'une dépression subséquente à une cuite monumentale. Si le syndicat ne dénonce pas l'alcoolisme comme un fléau qui décime la masse laborieuse et anéantit l'avenir de ses enfants, la solidarité des travailleurs perd son sens

À suivre dans le prochain numéro:
II- Une volonté maladive de boire.

Tiré de la rue COMMERCE
avec permission de reproduire par sections.

LÉGENDE SUR: « DES MAINS JOINTES»

Les "mains jointes" ont été conçues à la suite de compassion, d'amour, de dévouement et d'amitié sincère et loyale.

A la fin du quinzième siècle, deux étudiants des Beaux-Arts, Albrecht Durer et Franz Knigstein travaillent comme manœuvres pour gagner de l'argent afin de poursuivre leurs études. Parce que leurs emplois ne leur accordaient pas assez de temps pour avancer dans leurs études, ils ont convenu de tirer la courte paille pour déterminer lequel d'entre eux continuerait à travailler et à supporter l'autre; le gagnant demeurerait aux études.

Durer fut gagnant, et il promit qu'aussitôt ses études finies, il reviendrait pour financer les études de son ami. Durer a développé son talent et son génie, il est devenu un artiste reconnu, il revint pour respecter sa promesse à Knigstein.

 Il se rendit vite compte de l'énorme sacrifice que son ami avait fait pour lui. Le dur labeur manuel avait déformé et plié les doigts de Franz, ne pouvant plus ainsi tracer les coups de brosse délicats requis d'un peintre. Néanmoins, Knigstein ne fut pas amer. Il se réjouit du succès de son ami. Un bon jour, Durer l'a trouvé à genoux, les mains jointes, priant pour que continue le succès d'Albrecht. Durer a trouvé cette esquisse des mains de son ami, et compléta plus tard le chef-d'oeuvre connu sous le nom "DES MAINS JOINTES".

Les galeries et collections du monde entier exposent maintenant les oeuvres de Durer, mais ce chef-d’œuvre les dépasse tous. Ceci raconte l'histoire de l'amour du travail, des privations et de la gratitude, nous stimulant tous à trouver courage et rénité.

Une légende existe sur les mains jointes, ceux qui en possèdent une réplique connaîtront le courage et la sérénité. inspirant sûrement le recueillement.

Gracieuseté de J-Claude J.
(Ste-Anne-des-Plaines)


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Volume 16, No 2 / Août – Septembre 1980 / Pages 20-22 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

CETTE TREIZIÈME ÉTAPE

Elle a découvert  difficilement que les 12 Étapes  étaient  tout ce qu'il lui fallait pour qu'elle soit heureuse.

S'il y avait une façon de réussir la treizième Étape, cette femme que je suis l'aurait certainement trouvée, car j'ai bien essayé. Mais les gens qui donnent le conseil: "Ne faites pas de treizième Étape", ça ne fonctionne pas ; ils ont vraiment raison. Ça ne fonctionne pas. Même s'il semble que les hommes et les femmes alcooliques ont miraculeusement tout en commun dans beaucoup de domaines, il semble qu'il y a des choses précises où la chaussure fera très mal si elle est votre chaussure et si vous devez la porter chaque jour.

Au cours de mon premier mariage AA, qui a duré deux ans, j'ai bu deux fois plus qu'avant et j'ai pris des tranquillisants. Mon premier mari a continué à se désintégrer en buvant. C'est regrettable; il avait pourtant, comme chacun de nous, beaucoup à offrir.

Pendant mon deuxième mariage, qui heureusement n'a duré que deux mois, j'ai passé près de me suicider, ce qui est une façon difficile de demeurer sobre. Mon mari a retrouvé sa sobriété en vivant à l'intérieur d'un pénitencier à sécurité maximale, ce qui est une façon beaucoup plus difficile de mettre notre programme en pratique. C'était une relation maladive. Le prix que nous avons tous deux payé était beaucoup trop élevé: mon amour malheureux et son incarcération pour une cause criminelle.

Mon premier mari AA ne m'a pas fait boire. C'est moi qui ai bu. Et je n'ai forcé aucun de mes deux maris à retourner à la bouteille. Mais, je ne saurai jamais jusqu'à quel point mes défauts de caractère et de personnalité ont contribué à leur inconfort jusqu'au jour où ils ont jeté leur vie par-dessus bord. Je ne peux accepter de nouveau une telle responsabilité dans une relation intime avec un autre alcoolique. C'est peut-être là un signe important que je retrouve graduellement la raison.

Même si je n'avais aucune responsabilité, je refuse d'être complètement blâmée pour cette situation. J'essaie de me réhabiliter et d'être un être humain normal. Je ne mérite pas, et je ne peux porter, le blâme que projetterait sur moi une autre personne par son refus infantile de tout faire pour obtenir la sobriété.

J'ai besoin de cette méthode. C'est la seule solution que j'ai trouvée. J'ai cherché à bien d'autres endroits les directives où une personne craintive comme moi, peut trouver assez de courage pour maîtriser ses colères et assez de maturité pour admettre qu'elle ne peut tout faire et être tout pour chacun et devenir la personne que je veux être. Et c'était sans aucun doute le seul endroit, ou la nouvelle venue que j'étais, pouvait trouver des méthodes légitimes de vaincre la solitude et les autres problèmes de la vie.

Mais pourquoi suis-je ici dans A.A?

Dans plusieurs domaines, nous pouvons avoir des motifs ambigus. Quand je me cherche du travail, je pense au salaire, à la valeur humaine de mon travail et peut-être aux contacts sociaux que j'établirai. Certains vont à l'église pour Dieu et pour rencontrer leurs amis. Des gens adoptent des enfants à la fois pour aider ces enfants et pour enrichir leur propre vie. Et combien de personnes se marient pour des raisons qui ne sont pas celles d'une grande passion?

Mais la sobriété, la santé mentale et la vie elle-même ne sont pas en jeu dans de telles situations. Celles-ci permettent qu'on puisse avoir des motivations mixtes sans qu'il se produise un désastre.

Se rétablir de l'alcoolisme est une toute autre histoire.

Je suis arrivée au mouvement complètement impuissante émotivement, mentalement et spirituel-lement.  Physiquement, j'étais en pleine forme, il n'a fallu que trois mois à mes yeux pour ne pas voir double. Financièrement, tout allait bien: ça m'a seulement pris six ans pour payer fidèlement les comptes que j'avais accumulés durant ma période d'alcoolisme actif. Je préférerais vraiment mourir plutôt que de retourner à l'état dans lequel j'étais: et je refuse de servir d'excuse, même bien involontairement. à quelqu'un qui retournerait à une situation semblable. Je ne peux pas accepter d'être amenée à une relation intime avec une personne non encore rétablie qui pourrait se servir de cette intimité avec moi comme excuse pour recommencer à se détruire lui-même ou elle-même.

Nous arrivons au mouvement AA avec des dépendances tellement dévorantes. Si nous les transférons de la bouteille au programme AA et à notre Puissance supérieure, nous nous rétablissons. Mais si nous nous lançons seulement dans cette solution instantanée, magique, parfaite qu'est une personne de l'autre sexe, l'addition de la personnalité de notre partenaire et de la nôtre effacera bientôt tous les principes de la sobriété et nous voilà de nouveau sur la route de la disparition; nous voilà de nouveau le cœur brisé, désillusionnés, grandement désappointés parce que "maman" ou "le père Noël" nous ont laissé tomber.

Pourquoi suis-je ici?

Pour me sauver. Point.

J'ai enfin appris, aussi difficilement que toute autre chose qui me plaît davantage, qu'il n'y a que Douze Étapes dans la méthode AA. Comptez-les vous-même. Il n’y en a pas plus. Et c'est tout ce dont j'ai besoin, Dieu merci. Tant que mes motifs demeurent clairs et que je garde à l'esprit la seule chose que je veux ici, je n'ai qu'à la prendre pour être heureuse.

Le mouvement AA ne résout pas mes problèmes personnels et j'en suis bien contente. S'il le faisait, étant la personne que je suis, je me construirais bientôt des ressentiments énormes parce que chaque problème ne serait peut-être pas réglé à mon goût ou quand je le voudrais. Mais AA me donne généreusement les outils et les orientations (la sobriété et des émotions équilibrées) qui me permettent de trouver les solutions nécessaires. Ensuite, c'est à moi de faire les efforts qu'il faut. Si le résultat n'atteint pas la perfection, je dois en accepter la responsabilité, parce que ça dépend de ce que je fais. Je ne peux pas blâmer la méthode AA, ni personne dans notre mouvement. Si je ne blâme personne, il m'est impossible de me soûler à cause de lui.

Je ne veux plus de difficultés. Ni les miennes. Ni les vôtres. Ni les siennes.

L.S., Chico


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Volume 16, No 2 / Août – Septembre 1980 / Pages 28 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

JE SUIS À BOUT

Mon mari s'enivre de plus en plus; j'ai tout essayé: la douceur, les menaces, rien ne réussit. Que dois-je faire? Ce cri de détresse si souvent entendu, comment y répondre?  

L'épouse qui se débat dans l'angoisse, la solitude, l'incompréhension de son entourage, les difficultés matérielles et autres, comment pourra-t-elle surmonter le découragement qui l'envahit et entrevoir la possibilité de sauver son foyer menacé? Bien souvent les gens les mieux intentionnés la dépriment encore davantage par des réflexions telles que:

- Tu es bien trop bonne, tu ne dois pas te laisser faire.

- Avec moi, ce ne serait pas vrai!

- Tu n'as pas besoin de lui donner de l'argent (comme s'il attendait qu'on lui en donne!)

- Je ne comprends pas que tu restes avec un homme pareil, tu vois bien qu'il n'y a rien à faire.

Et la pauvre femme ne sait vraiment plus quelle attitude adopter. D'autres épouses qui, comme elle, ont connu ces épreuves se sont groupées pour former le mouvement AL-ANON, groupe familial d'aide à la famille de l'alcoolomane. Au sein de ce groupe, l'épouse (ou éventuellement les parents ou les enfants) trouvera compréhension et amitié. Elle verra que beaucoup de cas sont semblables au sien et ont souvent trouvé une heureuse solution. Elle y apprendra à mieux comprendre le comportement de son conjoint (ou de son fils, ou de son père) et y acquerra une plus juste notion du problème. Car, il y a un PROBLÈME DE L'ALCOOLISME!

Des médecins l'ont étudié, des magistrats en ont pris conscience. Des groupements d'anciens buveurs, les "ALCOOLIQUES ANONYMES" se réunissent pour partager leur expérience, leur force et leur espoir en vue de résoudre leurs problèmes communs et aider d'autres à ne plus souffrir d'alcoolisme.

Des centres médico-sociaux spécialisés se sont créés, où l'alcoolomane peut être soigné, des assistantes sociales s'intéressent à la question, bref un véritable travail d'équipe s'est organisé pour sauver l'alcoolomane.

Mais la principale collaboratrice, celle dont le rôle est primordial. C'est évidemment l'épouse. C'est pourquoi il est important qu'elle soit informée et soutenue. Surtout qu'elle garde toujours l'espoir, c'est l'épouse d'un ancien buveur stabilisé qui l'y engage.

MADAME F.
Feuilles Familiales


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Volume 16, No 2 / Août – Septembre 1980 / Pages 30-33 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

JE NE VEUX RIEN SAVOIR DE CE PROGRAMME AA

C'est strictement pour les robineux, pensait-il, jusqu'à ce qu'il sache ce que sont vraiment les AA.

L’estomac noué, les nerfs à vif, incapable de penser, j'ai même eu l'embarras de ne pouvoir signer mon nom lisiblement. Mais je prenais quelques verres et le mal s'apaisait et l'euphorie revenait – pour un moment. Puis, encore des pertes de mémoire. Cela faisait mal. Cela n'était pas vivre.

Il me fallait voir un médecin; il me suggéra de voir un psychiatre. Ce dernier me suggéra de passer des tests psychologiques. J'ai dû retourner chez le psychiatre et obtenir des médicaments contre la dépression. Tout cela ne donna aucun résultat et aucun signe d'amélioration. J'ai été admis dans un hôpital de médecine générale pour raison de fatigue. On me donna encore plus de médicaments. Il n'y eut aucun signe de progrès. Rien ne fonctionnait, pas même moi. Finalement ma compagnie m'ordonna de prendre les bénéfices marginaux: congé de maladie. "S'il te plaît, fais ce que tu as à faire et soigne-toi bien, puis reviens travailler en pleine forme, cette fois". Cela nous permit, à la boisson et à moi-même le temps d'analyser pourquoi le monde entier était aussi injuste et pourri envers "ce pauvre petit" moi.

Que faire ensuite? Certainement, une personne qui pouvait manier les choses comme je le pouvais, devait savoir quoi faire ensuite. Avec quoi?

Mon épouse me faisait des suggestions voilées depuis longtemps sur AA. En somme, quel diable l'a mise en charge de leur programme de relations publiques?

Non. Pas d'AA! (Une bande de soûlons!) Alors elle suggéra bien timidement mais positivement, un rendez-vous pour une vérification dans un département spécialisé d'un hôpital. J'ai faiblement accepté. Après tout, rendu à ce point qu'est-ce que j'avais à perdre? Ah! Ma vie seulement, c'est ça!

Avant que vous puissiez dire "AA", nous étions rendus à l'hôpital, causant. Ils parlaient, dis-je. Devenant de plus en plus inconfortable et crispé, je ne pouvais plus accepter que l'on planifie pour moi. "Je ne veux rien savoir de ce programme AA, aussi". Ce sont les derniers mots que j'ai adressés aux conseillers avant d'être volontairement admis pour une période de quatre semaines d'hospitalisation afin de suivre le programme et le traitement d'éducation sur l'alcoolisme. (Il vous faut être sobre pour le dire).

Puis, j'ai appris sur la maladie de l'alcoolisme. Je ne savais pas que mon "AMI" détruisait ma vie.

C'est à ce point-là que j'étais malade. Imaginons, me faire dire que je ne pourrais plus boire, jamais. Qui sont donc, que diable, ces personnes ou ces groupes pour me dire de telles choses?

Est-ce que j'étais amer? Oh non, simplement un malade, (yuk!) dans son corps, dans ses pensées et dans son esprit. Quel fouillis pour un bon gars destiné à de grands succès. Pourquoi moi, mon Dieu?

Puis arriva le jour où je devais aller à AA. J'étais cédulé (je n'aimais pas ce mot) pour ma première assemblée. "Seulement deux jours à l'hôpital et ils vont me confronter à cette question d'AA; huh! Qu'ils essaient." Lorsque mon tour est venu de parler, je ne me suis pas identifié par mon nom, ni n'ai dit que j'étais "Uh, Uh! Un alcoolique". Mais j'ai dit, très professionnellement, "Je suis nouveau et je passe, merci". Personne n'a semblé impressionné. L'assemblée s'est poursuivie comme de coutume. J'étais habitué à parler en public à cause de mon gagne-pain et j'ai passé et personne n'a levé un sourcil! "Ces personnes dans AA jouent avec une rame hors de l'eau. Manquent-ils quelque chose?"

Certes pas, mais moi je manquais quelque chose. Je pensais toujours qu'AA était une foule de gens mal rasés, de faces sales et mal habillés, des vêtements froissés, vieillots, râpés, et un imperméable plutôt douteux, se réunissant dans une petite salle remplie de fumée pour boire du café ou de la soupe servie dans des gamelles d'aluminium et se racontant une histoire après l'autre jusqu'à leur prochaine cuite. Une vraie page de l'ancien temps dans mon esprit moderne!

A ma deuxième réunion j'ai commencé, un peu, à retrouver mes sens. J'étais après tout dans ma quatrième journée entière sans alcool, un record pour moi! Autour de la table, lorsque mon tour arriva, j'étais couvert de sueurs froides, les mains moites, mon corps entier crispé luttant avec énergie. (Je ne pouvais pas être nerveux, pas moi). La voix rauque, la bouche pleine de coton, je marmonnai les mots qui étaient finalement la vérité, sur moi-même et mes beuveries. Lorsque j'eus terminé je me sentis trop émotionné pour même tenir une tasse de· café que je désirais désespérément. Décontenancé, j'ai regardé autour de moi. A mon grand étonnement, la chaleur, la bienveillance d'un regard compréhensif m'accueillait. Le modérateur me conseilla avec un certain "amour ferme", ce dont j'avais besoin. Mais j'étais encore sous l'effet de la surprise par l'acceptation du groupe et le fait d'avoir raconté mes déboires, tels qu'ils se présentaient. Quelle sensation merveilleuse (je pouvais encore m'émouvoir).

Mes intentions à ce point, sont au-delà de mon pouvoir de communiquer. Des gens qui se soucient et partagent avec un incroyant ! Avec moi, une personne qui avait mentalement abaissé un programme qu'il ne comprenait même pas! J'ai un énorme travail de croissance à faire, et avec des personnes qualifiées pour me guider. Pourquoi' pas moi, Mon Dieu?

La chaleur d'AA et une orientation ferme - suggérée dans le Préambule du livre Américain (Twelve & Twelve); Douze Étapes et Douze Traditions, ainsi que la quantité de devises, tout cela et le Gros Livre comme base - leva le blocus autour de moi et laissa entrer le monde. Dernièrement, j'ai atteint un jalon dans mon programme "d'une journée à la fois". J'ai eu l'occasion de réfléchir brièvement sur mon dernier vingt-quatre heures d'assistance, de partage, et d'aide dans divers domaines. A cette conjoncture récente, c'est un plaisir de se rappeler les visages secourables, familiers, et d'anticiper la venue de nouveaux membres dans AA.

Le chaos, la peur et la solitude sont en grande partie sous contrôle.

Mon travail, ma famille et ma lucidité ne sont plus en danger.

Merci aux AA, la vie vaut la peine d'être vécue. Des problèmes se présentent encore, mais les solutions semblent plus faciles à trouver lorsque je suis libéré de l'alcool. Une dépression, comme je le sais maintenant, est simplement une passade causée par un objet matériel.

Oui, AA est efficace.

Aujourd'hui, je ne veux rien manquer de la substance du programme AA!

S.A.
Rockford, Ill


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Volume 16, No 2 / Août – Septembre 1980 / Pages 35-37 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

MON PROBLÈME MAJEUR, LE MANQUE D’HONNÊTETÉ

Mon nom est Henri et je suis un alcoolique âgé de cinquante-cinq ans. Il y a deux ans et demi à peine, j'étais tout à fait incapable d'honnêteté. Je fus présenté au mouvement AA au début des années cinquante. Ma première période de sécheresse dura six mois, puis je quittai les AA avec l'intention de contrôler davantage ma façon de boire. Vous pouvez bien vous imaginer ce qui survint. Ma vie fut un enfer durant les deux années qui suivirent, luttant sporadiquement contre l'obsession de boire, mais chaque fois, buvant plus que la fois précédente.

A cette époque de ma vie, l'honnêteté était un mot sans aucune signification pour moi. J'étais incapable d'être honnête envers moi-même et naturellement, je n'étais pas honnête envers les autres personnes, ni même envers Dieu.

Ayant besoin d'aide, je revins finalement à AA en juillet 1957, et par simple entêtement, je fus dix-sept ans sans boire. Vous remarquerez que je ne dis pas que je fus dix-sept ans sobre avec AA ce qui serait faux. Je n'ai tout simplement pas bu. Je comprends aujourd'hui qu'il y a une différence énorme entre la sécheresse et la sobriété, surtout la sobriété heureuse et contentée.

Lorsque j'analyse aujourd'hui ces dix-sept années passées, je réalise que durant presque toute cette période, les douze dernières années du moins, je n'ai connu qu'une longue période de sécheresse.

La raison: c'est que je n'avais pas encore le courage d'être rigoureusement honnête envers moi-même, envers les autres et même envers Dieu. Oh' j'ai bien fait des tentatives pour mettre les Étapes en pratique, mais ces essais étaient à demi-sincères. Je ne pouvais m'asseoir et écrire une honnête quatrième Étape; ma cinquième Étape était naturellement de même calibre. Je me répétais souvent qu'il y a certaines choses qu'il est inutile de rédiger et à plus forte raison d'aller confier ces choses à quelqu'un d'autre. Bien sûr, je continuais d'être mécontent et malheureux.

Je suis marié et père d'une famille de cinq enfants. Leurs vies prenaient le même cheminement que la mienne, à ce moment-là. Je me demande souvent aujourd'hui pourquoi et comment ils ont pu m'endurer pendant tant d'années. Je prie Dieu tous les jours afin qu'ils puissent un jour me pardonner en temps! D'après moi, des années de sécheresse continue, comme ce fut mon cas, peuvent apporter plus de souffrances et de malheurs à la famille immédiate qu'aucune lutte avec la bouteille n'a jamais pu faire.

Comme les années passaient, ma vie spirituelle et mentale allait se dégradant. Je cessai complètement d'assister aux réunions et laissai mes ressentiments dégénérer en haine. Je devenais de plus en plus misérable face à moi-même et aux yeux des autres. Le seul moment où je pensais à Dieu était celui où je désirais obtenir quelque faveur; j'essayais alors de marchander, mais comme vous le savez ça ne fonctionne pas. Je me souviens de certains moments où je maudissais Dieu, debout dans la cour, avec tout ce qui me venait à l'esprit. Parlant de folie!

J'étais bien sur le chemin de l'asile. Comme vous pouvez le deviner, j'ai continué encore à boire durant deux autres années. Je me détestais tellement que je pouvais à peine me regarder dans la glace en me rasant. Bien sûr, d'être honnête, il n'en était évidemment pas question. J'étais plus malade que je ne n'avais jamais été de toute ma vie. Finalement, un bon matin, après une cuite de deux jours, Dieu décida de me venir en aide (j'aime à le penser maintenant) et de me donner une autre chance. J'ai décidé de suivre une cure de désintoxication, laquelle dura quatre semaines.

Lorsque je quittai le centre de désintoxication, je me sentais vraiment bien; je repris alors le chemin des assemblées. Je m'asseyais et j'écoutais, mais je n'en retirais pas grand chose. Les affaires n'allant pas comme j'aurais aimé à la maison, je me remis, alors, à boire. Par la suite, je fus deux semaines, parfois trois mais jamais plus.. sans prendre de boisson. Je continuais d'aller irrégulièrement aux assemblées, mais rien ne semblait m'atteindre profondément. A chaque rechute les choses allaient de mal en pis, et j'avais réellement peur de ce qui pouvait m'arriver.

Un jour alors que j'étais seul, en train de lire le chapitre "Notre Méthode" du Gros Livre, j'en arrivai à cette ligne: "S'ils ont la capacité d'être honnêtes...." et quelque chose m'arrêta brusquement là. Puis la réalité m'apparut de plein fouet. Enfin, j'ai réalisé instantanément, merci mon Dieu, que je n'avais pas été complètement honnête et que si j'essayais de nouveau de faire mes Étapes à partir du commencement. Peut-être que ma vie serait alors différente. Et pour la première fois, depuis longtemps, je m'agenouillai avec toute l'humilité et l'honnêteté dont j'étais intérieurement capable et j'ai fait les trois premières Étapes, avec Dieu, tel que je Le conçois maintenant.

Depuis ce jour, ma vie a pris un autre sens. J'ai enfin réussi à faire les quatrième et cinquième Étapes avec un abandon complet et honnête, et je ne peux décrire entièrement le soulagement et le sentiment de liberté que j'ai ressenti depuis les derniers deux ans et demi.

Depuis que j'ai honnêtement remis ma volonté et ma vie aux soins de Dieu et que j'ai consenti à accepter ce qu'Il avait en réserve pour moi, une journée à la fois, j'ai trouvé une sérénité que je n'avais 'jamais rêvé obtenir.

Je réalise maintenant que le manque d'honnêteté était mon problème majeur durant toutes ces années. Je prie Dieu qu'Il n'y ait pas trop de membres comme moi et je suis réellement peiné pour ceux qui le sont.

J'aime AA maintenant. C'est ma vie entière et je sens que je suis dans les AA. Avant, je traînais un peu partout dans les groupes. J'ai entendu beaucoup de membres dire que c'était un programme difficile. En fait, je ne le trouve pas difficile du tout. Je réalise que plus je travaille les Étapes et plus je transmets le message AA, plus le programme est facile à suivre. J'essaie d'améliorer mon "contact" conscient avec Dieu, chaque jour, J'aime faire du travail de douzième Étape et je tiens à ce que vous sachiez que j'irai n'importe où, n'importe quand pour aider quelqu'un à trouver ce que je sens posséder aujourd'hui.

H.C. (Winyard)


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Volume 16, No 2 / Août – Septembre 1980 / Pages 39-40 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

L’ALCOOLISME, UNE MALADIE DES ÉMOTIONS

Je suis un alcoolique de 52 ans qui a bu durant 25 ans. Aujourd'hui, sobre depuis 12 ans, par le miracle des AA et la grâce de Dieu.

En 1975, un article de La Vigne AA écrit par un non membre qui connaît bien le Mouvement des Alcooliques anonymes nous parlait du bonheur. Il disait que le bonheur est un état relatif de nos émotions agréables, allant de la satisfaction à la félicité, avec le désir de continuer. J'ai aimé cette synthèse. Toute ma vie a passé par les émotions, dues à ma grande sensibilité.

Les années 30, je les ai vécues dans l'insécurité que j'appellerais: l'émotion de la peur. J'ai eu peur souvent, pour devenir peureux de tout, tout le temps. Cette émotion négative m'a amené automatiquement à l'angoisse, deuxième émotion négative que j'ai connue longtemps. Ces deux grandes émotions m'ont conduit infailliblement à la troisième, le ressentiment, je l'ai vécu constamment.

Avec la première émotion, la peur, une de mes grandes déficiences a surgi avec le temps, l'égoïsme, qu'on peut ajouter aux quatre émotions négatives. Je n'ai pu vivre bien dans ma peau en vivant dans ce, sombre négatif. Après 30 ans, s'en ajoute une sixième: l'apitoiement et à 40 ans je complète mon alcoolisme par la fin des émotions: le désespoir où plusieurs de nos frères finissent leur vie prématurément.

Il y a 12 ans, le découragement m'a appauvri beaucoup intérieurement. Puis, je suis entré dans ma nouvelle vie positive, avec les AA.

Un jour où j'étais au désespoir, découragé à la suite d'une perte de contrôle de mon être; à ma grande surprise, je n'ai pas eu de réponse à mes actes.

Mes parents me disaient: "Ça n'a plus de sens."

Je répondais: «C'est vrai

On me dit: "Tu es un alcoolique. "

Je réponds: "C'est vrai."

- "Tu es malade."

- "C'est vrai."

- "II faut te faire soigner."

- "Je suis prêt."

Ma femme se rend chez le médecin pour moi et il lui répond: "Votre mari est alcoolique. Appelez un membre AA." Ce qui fut fait.

L'attrait de Claude qui est venu me voir me disant: "Je suis un alcoolique, sobre et heureux" créa en moi une première émotion positive, l'Espoir. Ce qui m'amène à mon premier meeting où Laurier X., ce géant d'homme que j'ai connu 20 ans auparavant, me donne une poignée de main "jusqu'au milieu du bras", y mettant de la pression avec le sourire et la grande sincérité que j'ai ressentis immédiatement. L'espoir est devenu encore plus fort, de cela je m'en rappellerai toujours: la base de ma nouvelle vie.

L'espoir m'amène à une deuxième émotion positive: la Fraternité et l'Affection m'ont conduit à la plus belle et la plus g r a n d e valeur humaine: l'AMOUR.

À cela s'ajoute un état d'amusement que je connais dans les Anniversaires, les Congrès, J'aime aussi le chant, la musique, les messages, Avec cette émotion, je dis à mes frères et sœurs que je les aime et ils me répondent: "Nous t'aimons aussi" et ça m'a rendu de plus en plus heureux.

J'ai pu vivre souvent cette émotion de sécurité et aujourd'hui, je connais LA PAIX et LA SÉRÉNITÉ.

Je remercie Dieu, tel que je Le conçois (Il est mon Père) de m'avoir fait connaître ces côtés émotionnels de ma vie et de m'avoir éclairé par le mouvement où sont les émotions positives, afin que, quand mes émotions négatives veulent prendre le dessus, je puisse trouver dans le mouvement, avec mon parrain et mes frères, tout l'espoir, la fraternité, l'affection, l'amour, la stabilité, l'amusement honnête, la paix et la sérénité possibles.

Merci pour tout.

Marcel M. (Beauharnois)


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Volume 36,  Numéro 3 / Août 2000 – Septembre  2000 / pages 9-10 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

CHERS AMIS ET AMIES AA

Ça fait longtemps que je me dis: je vais m’asseoir et écrire mon partage; mais je remets toujours au lendemain ... Ce soir, j’ai vu mon voisin, un membre en rechute. Il arrive de l’hôpital. Il s’est coupé tous les tendons du bras droit. II était saoul. Il me dit encore qu’il ne recommencera plus, mais son empressement à me fermer la porte au visage m’a rendu triste ... un autre qui ne veut pas ou ne peut pas se soumettre à ce simple programme. Ceci m’a décidé à ne plus remettre à demain ce que je peux faire aujourd’hui, car aujourd’hui, merci mon Dieu, je vis un autre vingt-quatre heures et je vous dis que les AA, ça marche.

Ma vie, depuis ma dernière cuite, n’a pas toujours été rose, mais jamais aussi mauvaise qu’auparavant. C’est vrai, il y a eu des moments où je me suis entendu dire: «Je ne suis plus capable de consommer, je vais mourir et, à jeun, je me sens mourir, je n’en peux plus.» Quand je consommais, ça ne passait pas et à jeun ça passe ... Quand j’ai le nez écrasé dans le mur, je pense à m’en remettre à Dieu et, tout à coup, le poids qui a été si lourd à porter disparaît. Par la grâce de Dieu, je m’en sors, vingt-quatre heures à la fois. Il m’arrive de moins en moins souvent d’avoir le nez écrasé! Je pense à Dieu pendant que je vous écris, j’y pense le matin, durant la journée, quand je me couche... et, tranquillement, les choses se transforment en moi et autour de moi. Je suis loin d’être une sainte! Parfois, durant une réunion d’affaires, un membre me tape sur les nerfs, mais le ressentiment ne reste pas et nous nous en parlons. Ça, c’est facile! Mais au travail, à la maison avec nos enfants, notre conjoint… c’est autre chose de mettre notre programme en pratique! Ils ont le don de me faire perdre la boule! Mais à force de servir dans les AA, pas simplement dans mon groupe, mais dans la pyramide des AA, j’apprends à être en relation avec les gens et je peux apporter ceci à la maison, au travail, avec mes voisins ... Merci aux AA pour tout ce qu’ils m’apportent.

II y a tellement plus que notre réunion quotidienne! Moi, j’ai découvert un vaste monde dans les AA... Comme il y a toutes sortes de travaux dans un journal ... II y a des représentants de La Vigne AA, des gens qui dessinent pour La Vigne AA, qui écrivent pour La Vigne AA, il y a des R.S.G., un comité d’aide téléphonique, des partages dans les écoles, des visites à un alcoolique qui souffre à l’hôpital pour lui transmettre le message, un délégué à New York, et je pourrais continuer… Tu pourrais faire partie de ces gens-là, si tu le désires. Moi, ça me fascine! J’occupe peut-être un emploi qui m’intéresse plus ou moins, mais dans les AA, je me permets de réaliser mes rêves d’enfance et d’exploiter tous mes talents. Et même d’en découvrir en cours de route! En même temps, je mets en œuvre ma douzième Étape en transmettant le message ... Je trouve que je suis restée jeune de caractère, peut-être à cause de ma consommation, peut-être à cause de mon enfance, mais une chose est certaine, chez les AA, je suis arrivée comme un bébé, remplie de peur, d’incertitude, d’anxiété, d’insécurité, de gêne.

Aujourd’hui, l’enfant en moi me suit toujours, mais j’apprends à aimer la femme que je suis devenue, moins insécure avec le temps. J’apprends à m’aimer telle que je suis, à avoir confiance en moi, à arrêter de me juger, à éprouver la joie de vivre! Autant j’ai voulu mourir et j’ai prié Dieu de venir me chercher, autant, aujourd’hui, je prie mon Dieu d’amour de me permettre de vivre un autre vingt-quatre heures tel qu’il sera. Merci pour les services, les tâches et les membres sérieux qui ne lâchent pas les AA. Merci à Dieu, car aujourd’hui, je ne survis pas, je vis tout simplement!

Anonyme, avec amour

P.S. Aujourd’hui je suis heureuse: grâce à Dieu, mon voisin a déménagé et il fait maintenant partie des AA! Merci mon Dieu de venir en aide à un être qui souffre.


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Volume 36,  Numéro 3 / Août 2000 – Septembre 2000 / pages 11-13 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

NOUS SOMMES TOUS SEMBLABLES DEVANT L’ALCOOL

J'ai connu l'alcool vers l'âge de quatre ou cinq ans. Mon père avait l'habitude de me demander de lui apporter une bière et il me permettait d'en prendre une gorgée pour me remercier. J'ai aimé le goût de la bière dès la première fois. Mon père avait des problèmes avec sa consommation d'alcool. Très jeune, j'ai appris à détester l'effet de l'alcool sur mon père. J'avais honte de lui, de son attitude et de son comportement lorsqu'il consommait. Je l'ai vu à plusieurs reprises tenter de cesser de boire. Il n'y parvenait que pour de brèves périodes. Je le détestais pour ce qu'il faisait vivre à ma mère, à mon frère et à moi-même. Vers l'âge de 11 ans, je me suis juré de ne jamais lui ressembler.

Pendant mon adolescence je considérais que ma consommation d'alcool était équilibrée. Il m'arrivait de voler du vin dans la sacristie de l'église et, lorsque je participais à des soirées avec des amis, je consommais plusieurs bières; mais mon comportement demeurait respectable et agréable envers les autres. Alors que j'étais étudiant au cégep, j'étais surpris que l'on m'invite à participer à des concours de « videurs de pots de bières », Je considérais que ces épreuves s'adressaient aux gros buveurs, pas à moi. Je me disais qu'ils se trompaient à mon égard parce que certains me voyaient souvent à la brasserie du coin. Ils ignoraient sans doute que je me rendais à cet endroit pour étudier lorsque je n'avais pas de cours. Aujourd'hui, je réalise qu'il y a très peu d'étudiants que se rendent à la brasserie à 8 h 30 le lundi matin pour étudier.

J'ai continué mes études à l'université, je me suis marié, j'ai divorcé il y a 10 ans, et je suis père de deux adolescents. Pendant une quinzaine d'années, j'ai consommé de l'alcool sans jamais dépasser le niveau qui ferait de moi un être détestable comme mon père l'avait été. Je réalise aujourd'hui que je me suis raconté plein d'histoires et créé des illusions pour justifier et, par la suite, tolérer ma consommation d'alcool. Je n'achetais jamais de caisses de 24 comme mon père. J'achetais plutôt quelques cartons de six bouteilles. Je jetais mes bouteilles vides au lieu de les accumuler et de les retourner au dépanneur. Je jugeais ceux qui arrivaient au dépanneur avec plusieurs caisses de bières. Je me disais: «Encore un autre alcoolique... pauvre gars... ça ne doit pas être drôle, sa vie... ». Au cours des deux années qui ont précédé mon arrivée dans un groupe des AA, ma consommation d'alcool a progressé rapidement. J'ai pris conscience de l'emprise que l'alcool avait sur ma vie, sur mon comportement, sur ma solitude et sur mon isolement. J'ai tenté de modifier ma consommation et même de cesser de boire. À chaque fois, mes bonnes intentions s'effondraient après quelques jours. J'avais perdu la maîtrise, je souffrais et j'avais très peur. Je ne comprenais pas comment cela s'était produit. J'ai repensé à mon père, décédé depuis maintenant plusieurs années, qui n'était pas parvenu à contrôler sa consommation d'alcool et je me suis reconnu. Je me suis également rappelé cet autre homme que j'avais côtoyé pendant près de 10 ans, un alcoolique, également décédé aujourd'hui, qui s'était rétabli et avait trouvé une vie heureuse et sereine avec l'aide du mouvement des AA.

Je me suis présenté à ma première réunion des AA. J'avais peur d'être jugé, j'avais honte de moi, mais je désirais m'en sortir. Je ne voulais plus vivre sous l'emprise de l'alcool. J'ai assisté à trois ou quatre réunions par semaine au cours de la première année. Je ne consommais plus d'alcool. J'ai lu plusieurs livres des AA; je priais beaucoup, j'étais fier de moi. Cependant, je ne parlais jamais à personne durant les réunions. J'arrivais juste à temps pour le début et je partais aussitôt après. Je n'arrivais pas à entrer en contact avec les autres. En écoutant les différents conférenciers parler de leur période active de consommation d'alcool, j'en suis finalement venu à croire que je n'étais pas un alcoolique. Eux, oui, sans aucun doute, mais pas moi. Des circonstances exceptionnelles m'avaient entraîné temporairement à une consommation d'alcool plus élevée pendant une certaine période de ma vie. J'ai donc conclu que je n'étais pas à ma place dans une réunion des AA et j'ai recommencé à consommer de l'alcool après 16 mois d'abstinence.

J'ai passé quatre mois à boire de l'alcool tous les jours. Ma consommation était maintenant beaucoup plus grande qu'auparavant, et je buvais maintenant le matin en me levant. Je me suis engouffré davantage dans la solitude et l'alcool. J'ai réalisé que bien que nous soyons tous des êtres uniques, nous sommes terriblement semblables devant l'alcool. J'ai eu peur de ne pas avoir le courage de revenir vers un groupe des AA. J'ai trouvé le courage nécessaire, il y a un peu plus de deux mois.

Pour la première fois, j'ai réussi à me lever pour aller chercher le jeton du nouveau, à avouer ma faiblesse et à m'identifier comme alcoolique. Vous m'avez accueilli. J'ai trouvé un parrain qui m'accompagne, m'encourage et me soutient dans mes démarches.

J'arrive beaucoup plus tôt aux réunions et je vais parfois prendre un café avec quelques membres après les réunions. J'ai commencé à m'ouvrir aux autres membres et j'y trouve de nouveaux amis. Avec l'aide de mon parrain, j'ai commencé à servir dans les groupes: lectures, secrétariat, accueil. Ce mois-ci, j'ai même le privilège de préparer le café dans mon groupe d'attache.

Vingt-quatre heures à la fois, avec votre aide, la prière et mes efforts, je progresse lentement vers le rétablissement, l'unité et le service. J'y trouve un bien-être grandissant et rassurant. Je souhaite pouvoir un jour remettre aux AA ce que le Mouvement fait actuellement pour moi.

Merci.

René D., Sherbrooke


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Volume 36, Numéro 3 / Août 2000 – Septembre 2000 / pages 20-21 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

JE LUI SERAI À TOUT JAMAIS RECONNASSANTE

Bonjour, je m'appelle Manon et je suis une alcoolique. Étant fille unique, j'ai été élevée dans un monde d'adultes. Depuis toujours, j'ai bu sur les genoux de mon père et lorsque j'en ai manqué, je me suis cachée pour boire avec mes cousins.

Depuis mon entrée à l'école, je me sens différente. Les enfants peuvent être tellement méchants ... et ce malaise intérieur va me suivre jusqu'à mon entrée au secondaire. À ce moment, je m'empresse de m'impliquer dans une foule d'activités afin de m'étourdir et de noyer cette boule qui me hante depuis tant d'années.

Enfin, à 15 ans, je découvre les bienfaits de l'alcool: le plaisir, la confiance en moi, l'audace et l'affection des hommes. Mais cette affection se transforme vite en dépendance.

Il m'a fallu cinq ans de consommation régulière pour atteindre mon bas-fond et cela, sans drogue. Ça me fâche de me faire dire: «Vous êtes chanceux vous, les jeunes; vous arrivez plus vite avec la drogue». Eh bien, pour ma part, l'alcool m'a suffi pour réaliser que ma consommation me faisait perdre la raison. Déjà, à 16 ans, je me disais: « Si je continue comme ça, à 40 ans, je vais être alcoolique ».

Lors d'un stage de plusieurs mois en Ontario, un collègue a vu que l'alcool était un problème pour moi. Il a donc pris de son temps pour m'expliquer lentement les 12 Étapes du mode de vie auquel il avait adhéré quatre ans auparavant. Je lui serai à tout jamais reconnaissante. Il a semé la graine des AA en moi et, quelques mois plus tard, j'assistais à ma première réunion des Alcooliques anonymes.

J'ai tellement aimé l'accueil que j'aurais tout fait pour y rester, même arrêter de boire. J'avais déjà cherché partout un endroit où je pourrais me sentir bien comme chez-moi, sans jugements, sans questionnements, sans attentes. J'avais essayé la pastorale, l'armée, le militantisme, les voyages, et rien ne m'avait donné la paix intérieure que je recherchais. Mais lorsque je suis entrée dans une salle des AA, je m'y suis sentie comme dans le ventre de ma mère.

J'ai tout de suite aimé les AA. J'ai «débrumé» rapidement et je me suis impliquée immédiatement. Mais à cause de mon travail, j'ai dû déménager souvent au cours de mes premières années ce qui a fait que, malgré mon temps d'abstinence, j'étais toujours la petite nouvelle. J'avais besoin de ça. J'avais besoin d'être accueillie à chaque fois.

Depuis six ans que je chemine avec vous, vous m'avez appris à bien me comporter en public; vous m'avez appris à respecter mes collègues; vous m'avez appris à prendre des responsabilités et, pour arriver à tout ça, vous m'avez appris à prier.

Je remercie mon Dieu plusieurs fois par jour pour ce qu'il me donne: ma fille, qui est mon rayon de soleil, la beauté d'une fleur, la caresse du vent, la saveur d'une pêche, le sourire d'un passant, la mélodie d'une chanson. Tant que je vais apprécier ce qui m'entoure, je n'aurai rien à craindre. Merci d'être là ! Merci de m'avoir accueillie si souvent!
Merci aux AA !

Manon


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Volume 36, Numéro 3 / Août 2000 – Septembre 2000 / pages 26-27 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

LE SERVICE

Salut, je me prénomme Pierre et je suis un alcoolique. Si je n'ai pas bu aujourd'hui, c'est par la grâce de Dieu et l'aide des AA. L'alcool m'a fait faire des choses que je n'aurais pas faites sobre. J'ai cherché le bonheur dans l'alcool et le plaisir. Pourtant je n'ai trouvé que la souffrance. Le bonheur n'est pas un sous-produit. J'ai compris ça dans les AA.

Avant, j'étais centré sur moi-même. J'ai compris que pour être heureux, il fallait que j'aille vers les autres.

Ce qui m'a amené vers les autres, c'est le service. On n'entend pas beaucoup parler de service dans les partages lors des réunions. Je trouve ça un peu dommage. Ça fait partie de notre triple héritage, servir dans les AA. Pour moi, ça prend les trois legs pour se rétablir avec les AA.

Ma première tâche dans les AA a été le café. À mes débuts, j'en ai fait pendant plusieurs mois d'affilée. Il fallait que j'arrive tôt pour préparer aussi la salle. Sans le savoir, je commençais mon rétablissement. Je commençais à servir les autres et à me sentir quelqu'un pour quelqu'un.

La première fois que j'ai rempli la tâche de secrétaire, d'animateur, ça n'a pas été facile. J'avais beaucoup de difficulté à m'exprimer. Cette tâche m'a aidé à me donner confiance, à faire face à mes peurs.

J'ai été responsable de la salle de réunion de mon groupe d'attache, de voir à ce qu'il ne manque de rien et d'ouvrir la porte pour celui qui fait le café. Pour moi, un groupe d'appartenance, c'est très important, c'est le cœur du Mouvement. Quand nous prenons des décisions dans la conscience de groupe, c'est toujours pour le mieux-être du groupe, pour le bien-être commun, pour celui qui arrive et qui souffre encore et pour le Mouvement des AA dans son ensemble.

Aujourd'hui, je comprends mieux, depuis que j'ai fait un terme comme RSG, pendant deux ans et demi. J'ai compris qu'un RSG dans un groupe des AA, ce n'est pas un « patron », c'est celui qui fait le lien entre le groupe et le district. Cette fonction m'a appris à prendre ma place, à faire face à mes peurs, à m'exprimer, à émettre mes opinions, à mettre beaucoup d'humilité et d'amour dans ma vie et à me prendre moins au sérieux, parce que mes idées ne faisaient pas toujours l'affaire de mes frères et sœurs AA dans les réunions du district.

Dans mon groupe d'attache aussi, mes opinions ne faisaient pas toujours l'affaire de la conscience de groupe. Auparavant, il fallait toujours que j'aie raison, que le monde dise toujours comme moi. Dans les services, j'ai appris que chacun a droit à ses idées.

Il y a une phrase que j'aime beaucoup dans les AA: « Les ambitions personnelles, chez les AA, n'ont pas de place ». Pour moi, c'est dans l'unité qu'on se rétablit parce que seul, je ne suis rien.

À partir du mois de janvier 2000, je vais être adjoint au RDR de mon district. À mon groupe d'attache, je vais être trésorier.

Moi qui pensais boire jusqu'à ma mort, je n'ai pas touché à mon premier verre d'alcool depuis le vingt-cinq septembre 1994. Merci, mon Dieu! Aujourd'hui, par Ta grâce, je n'ai pas bu. J'ai fait ça un jour à la fois.

Alcoolique un jour, alcoolique toujours


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Volume 36,  Numéro 3  / Août 2000 – Septembre 2000 / page 22 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

PLIER LES GENOUX

Bonjour à vous tous qui lirez ces quelques lignes. Je suis un alcoolique qui est arrivé chez les AA complètement battu, après plus de 20 ans passés à boire. Physiquement, j'aurais pu continuer un bout de temps encore, mais moralement, j'étais défait, toujours plein de remords, faisant promesse sur promesse de ne plus boire de la sorte. Mais rien n'y faisait: je recommençais après quelques jours!

J'ai connu les AA par l'intermédiaire d'une membre des Al-Anon. Cela n'a pas été facile au début. J'avouais volontiers avoir un problème avec l'alcool, mais pas être un alcoolique. Après six mois d'abstinence, j'étais tellement découragé que je pensais sérieusement à en terminer avec la vie. Rien n'allait plus. J'étais renfermé sur moi-même, ne faisant confiance à personne. Qui aurait pu deviner que je n'allais pas bien, puisque je ne laissais rien paraître de ce que je vivais à l'intérieur!

Pour la première fois, j'ai plié les genoux pour demander à Dieu de me venir en aide; que si les AA pouvaient faire quelque chose pour moi, que cela se fasse au plus vite!

Je me suis joint à un groupe et j'ai commencé à m'impliquer; du café, j'en ai fait beaucoup... Par la grâce de Dieu, j'ai aussi découvert la littérature des AA, dont La Vigne qui, avec les nombreux partages que j'y ai retrouvés, m'a permis de me reconnaître comme alcoolique.

Merci à vous tous, qui m'avez probablement sauvé la vie. Maintenant je veux vivre pleinement ce que j'ai à vivre avec le merveilleux mode de vie des Alcooliques Anonymes.

Malgré la période sombre du début, je n'ai pas connu de rechute et, un jour à la fois, si Dieu le veut bien, je vais bientôt fêter mes quatre ans d'abstinence. La soif est disparue comme par miracle.

Merci, mon Dieu!

Anonyme, Iles-de-la-Madeleine


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Volume 36,  Numéro 3 / Août 2000 – Septembre 2000 / page 35 (PDF pour impression)

QU’EST-CE QUE L’ACCEPTATION?

SOUFFRANCE

Je suis une jeune membre de 24 ans qui est abstinente depuis deux mois. Mon abstinence face à la consommation va bien, mais ma sobriété émotive en arrache. Je passe une période plus difficile et j'ai du mal à vivre et à gérer mes sentiments. Par l'écriture, je trouve un certain apaisement et, Dieu merci, La Vigne AA m'aide à partager ces moments. Les AA ont un mode de vie super, mais la réalité de la vie est toujours là. J'ai du mal à accepter d'être fragile et si émotive. Je suis une enfant, au fond. Et avec tous les rôles de dure que je me suis imposé pour éviter de faire voir mes émotions, je suis déboussolée. Mais malgré des périodes plus difficiles, je rends grâce à Dieu et je remercie le Mouvement. Car si je n'avais pas le Mouvement. .. ???

Je garde courage, car de meilleurs jours sont à ma portée. il me suffit d'accepter mes faiblesses et de chercher de bonnes ressources. M'accrocher, quoi!

Merci.

Dyna P, Beauce

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